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vendredi 17 juin 2016

La plus grande pharmacie du monde.

La plus grande pharmacie du monde.


Tous nos lecteurs vont penser qu'elle est en Amérique, terre féconde en excentricités et en canards:
- Qu'ils se détrompent: ce bazar unique et gigantesque de la camomille et des onguents existe depuis deux cent trois ans en Russie sous le nom d'Ancienne Pharmacie Nikolska, et il est une des curiosités de Moscou.
La Deutsche Medizinische Wochenschrift, revue spéciale des morticoles d'outre-Rhin, qui nous révèle son existence, en fait une description enthousiaste, "elle est grande comme un ministère!".
Voyez plutôt: au rez-de-chaussée d'un immeuble monumental se trouvent la droguerie et la pharmacie proprement dite. un escalier de marbre, revêtu de somptueux tapis, conduit à la salle publique où l'on reçoit les ordonnances et délivre les médicaments. A côté se trouve la "chambre de fer" où sont rangées les substances vénéneuses et les poisons; deux gardiens en interdisent l'accès. Le deuxième et le troisième étage servent de dépôt; au quatrième se trouve le cabinet du directeur, la bibliothèque, le réfectoire et la salle de récréation.
Cette pharmacie occupe le chiffre fantastique de sept cents employés de toutes sortes. Ils se répartissent ainsi: 13 maîtres apothicaires; un docteur-médecin; 106 gérants; 95 aides pharmaciens; 18 élèves; 20 droguistes; 86 aide ouvriers et 20 ouvrières.
Le chiffre des ordonnances dépasse deux mille par jour et atteint dans l'année le demi-million.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 10 février 1907.

L'industrie des marieurs.

L'industrie des marieurs.


Elle est fort achalandée, dans tous les pays du monde civilisé, l'industrie des marieurs.
Cette industrie est même très sérieuse, disons-nous, car on lui doit des unions singulièrement nombreuses. En certaines grandes villes, sur vingt mariages qui se contractent, il y en a toujours cinq ou six qui relèvent des agences matrimoniales. L'habileté de certains courtiers est telle qu'ils arrivent à marier de bon amour des légions de célibataires qui, sans eux, seraient restés confinés dans leur morose solitude et n'auraient jamais connu les joies de la vie de famille.
Malheureusement, il y a aussi des agences dont la clientèle ne recherche le plus souvent que des aventures, ou ne voit dans le mariage qu'un moyen de se procurer de l'argent.

Une agence interlope.

C'est dans l'un de ces bureaux que nous nous hasardions un jour, mon ami Z... et moi, désireux que nous étions de mener une enquête personnelle dans les curieux dessous d'une institution dont l'affaire du Bois-le-Roi * venait de nous révéler les déplorables agissements.
Cette annonce d'un grand journal avait attiré notre attention:
"A marier, orpheline, vingt ans, jolie, un million, peu exigeante; rien à payer d'avance." Suivait une adresse.
- Voilà notre affaire, nous disions-nous, nous commencerons par soulever le voile de ce mystère.
A l'heure qu'une lettre de l'agence, qui amorçait ainsi sa clientèle, nous avait indiquée, nous nous présentâmes dans un grand salon ( c'était au deuxième étage d'un ancien hôtel de la rive gauche) où se trouvaient réunis, graves et silencieux, trois ou quatre messieurs d'âge incertain et quelques jeunes dames au visage masqué par d'épaisses voilettes, que chaperonnaient de vénérables duègnes.
Une heure s'écoula avant qu'une vieille domestique vint nous informer que la directrice de l'agence allait nous recevoir et nous fûmes aussitôt introduits dans une sorte de boudoir où, confortablement assise dans un grand fauteuil, une allègre matrone coiffée d'une perruque ce cheveux blancs, nous fit signe de prendre place sur des sièges qui nous mettaient en pleine lumière.
- Que demandent ces messieurs?
- Madame, répliqua mon ami, je suis seul ici candidat au mariage, et c'est mon futur témoin que j'amène avec moi. Il ne sera pas de trop dans notre entretien. Nous avons lu votre annonce de l'orpheline et je viens me renseigner sur les conditions réelles de cette union dont les avantages ont dû attirer ici une foule de quémandeurs.
- Assurément. Plus de douze prétendants m'ont déjà écrit. Mais avant que je vous renseigne sur les très réels mérites et la haute situation de cette jeune personne, permettez que je vous interroge. On ne se marie pas dans notre maison sur une simple présentation et nous n'engageons des pourparlers qu'après avoir pris sur les futurs conjoints toutes les informations qui nous sont nécessaires.
Mon ami dut alors répondre à une formidable série de questions précises, sous l'avalanche desquelles il eut quelque peine à garder son sérieux. Où êtes-vous né? Où avez-vous été élevé? Jusqu'où avez-vous poussé vos études?  Qu'espérez-vous faire après le mariage? Où comptez-vous habiter? Sous quel régime désirez-vous que le contrat soit fait? Comment comptez-vous employer la dot? Quelle est votre religion? Pratiquez-vous un peu ou beaucoup? Quelles sont vos opinions politiques?
Harcelé, essoufflé, le pauvre candidat semblait à certains moments demander grâce.

Les petits bénéfices.

- Maintenant, monsieur, reprit la directrice avec un sourire malicieux, il vous reste une formalité immédiate à remplir, c'est le dépôt de vingt francs pour la correspondance, car il y aura d'abord un échange de lettres. Puis la présentation aura lieu probablement dans une loge de l'Opéra-Comique, dont la location reste à votre charge.






- Pardon, madame, mais vous disiez dans votre annonce qu'il n'y avait rien à payer d'avance!
- Vous ne voudriez pas, monsieur, nous laisser acquitter ces menus frais qu'il est de votre dignité de payer. Ce que nous vous réclamerons ensuite, c'est une commission de 2 pour 100 sur la fortune qui vous est promise... Nous passerons à ce sujet une convention dans notre prochaine entrevue.
Il fallut bien s'exécuter et nous prîmes congé. Mais la dépense s'arrêta à ces simples prémices. Un mot qu'en sortant nous entendîmes nous édifia sur la nature des opérations de l'agence. Il y avait dans l'anti-chambre deux hommes qui riaient de se rencontrer dans cet endroit.
- Tu sais que tu es refait, disait l'un d'eux. La virginale beauté dont tu me parles et qu'on t'a présentée à la Porte Saint-Martin sous le nom de Mlle Labrousse, m'a été présentée à moi, à l'Opéra, sous le nom de Mme veuve Dubuisson! C'est la même personne. J'en suis certain. Qui sait si elle n'a pas un troisième nom.
Nous comprîmes que ces présentations étaient la véritable source des gains de l'agence qui faisait quatre ou cinq fois par soirée payer par ses clients la location d'une loge où tour à tour ceux-ci étaient admis à présenter leurs hommages à la problématique fiancée que chacun se croyait seul à adorer.


L'intermédiaire idéal.

Nous allâmes frapper à la porte d'une autre agence de marieurs. C'était, par hasard, une agence sérieuse dont le directeur se vantait de faire chaque année deux ou trois cents mariages.
Il nous tint à peu près ce langage:
- Nous somme souvent calomniés, messieurs, on méconnaît les services rendus par les intermédiaires qui font les mariages, de sorte que je ne suis pas fâché de m'expliquer avec vous. Savez-vous que le quart des mariages est notre oeuvre et qu'à Paris seulement plus de cent offices, patentés ou secrets, sont continuellement occupés aux préparatifs d'unions assez rarement malheureuses. Sans doute, il y a dans le nombre des agences interlopes.
Que voulez-vous? Comme toutes les autres, cette institution a des brebis galeuses. Mais qu'importent? Les gens sérieux savent bien trouver des intermédiaires offrant de solides garanties de moralité et capables de les conseiller sûrement dans leurs recherches.
Les offres brillantes que vous pouvez lire dans les pages d'annonces des journaux ne sont pas de notre fait. Ces femmes promises au premier venu ne sont pas nos clientes. Nous ne recourons pas à cette publicité épicée.

                                                                                                                    Henri Plessis.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 10 février 1907.





*Complément de Célestin Mira


jeudi 16 juin 2016

Le théâtre nègre.

Le théâtre nègre.

Malgré l'ostracisme dont ils sont l'objet, les nègres occupent chaque jour une situation plus considérable aux Etats-unis.
Récemment, ils ont offert une véritable représentation de gala dans un théâtre de New-York. Les acteurs, les musiciens, les machinistes, ainsi que tous les spectateurs étaient nègres.
L'événement artistique était sensationnel, car il s'agissait de la première représentation que donnait une grande troupe d'opéra nègre qui venait de se constituer.
La salle offrait un coup d’œil magnifique. Non seulement étaient présents les plus riches noirs de New-York, mais encore chacune des villes importantes des Etats-Unis avait tenu à envoyer des délégations nègres pour assister à cette imposante manifestation. Toutes les dames étaient somptueusement vêtues; beaucoup d'entre elles étaient décolletées. Les corsages étaient richement décorés de fleurs.
On devait représenter Carmen, l'opéra de Bizet.
Il n'y eut qu'un point noir... non, un point blanc, au milieu de tant d'allégresse. La cantatrice qui devait tenir le rôle de Carmen et qui, comme cela va sans dire, était nègre, se trouva subitement indisposée une heure avant d'entrer en scène. On chercha bien en vain à substituer une autre chanteuse de même couleur. Il fallut donc s'adresser à une blanche; celle-ci accepta, mais ne voulut rien entendre, malgré la somme considérable qu'on lui offrait en plus, lorsqu'on lui demanda de se "colorer" le visage, afin que l'homogénéité de la troupe fût sauvegardée.
En Europe, une actrice aurait peut-être accepté facilement cette mascarade, mais en Amérique, où le préjugé de race est si fort, elle aurait été complètement disqualifiée si elle avait consenti à une telle abdication, en sorte que Carmen fut la seule blanche au milieu de ce grand tableau noir. La représentation n'en souffrit nullement.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 3 février 1907.

Le schopenhaueriste.

Le schopenhaueriste.



Un type nouveau. C'est le philosophe homme du monde, aimant le plaisir, fréquentant les salons et les théâtres, ayant bon estomac; mais jouant au blasé, au désillusionné, au dégoûté.




Le nom de Schopenhauer lui a plu; il l'a adopté et mis à la mode. Schopenhauer est devenu pour lui comme une espèce de tailleur moral, de chapelier transcendant, de bottier métaphysique. Il est schopenhauerisé comme on se morphinise, par genre.
Le schopenhaueriste n'est donc pas un misanthrope. C'est un pessimiste. Il s'amuse avec tristesse, il cause avec mélancolie, il rit avec désespoir. S'il mange des truffes, il vous dit qu'il en aura du mal à l'estomac. S'il boit du vieux vin, il est sûr d'en garder une abominable migraine. 




Dans le mariage, il ne voit que le divorce, dans l'amour il ne voit que la trahison. De tout cela il ne pense pas un mot et il serait incapable d'expliquer ses idées. Mais il est de chic d'être triste, maussade et d'être en proie aux blue devils, comme disent les anglais, Schopenhauer lui fournit les éléments nécessaires pour affecter ses façons lugubres.
Le schopenhaueriste joue dans les salons le rôle du Médecin malgré lui
"Savez-vous le latin?" dit Sganarelle à Géronte.
- "Non" répond celui-ci.
" Alors, Rosa, la rose, gloria, la gloire, Dominus, le Seigneur" etc.
De même le schopenhaueriste:
"Avez-vous lu Schopenhauer?" demande-t-il.
- "Non, monsieur."
Alors, il hausse les épaules, il vous plaint, il vous méprise et il vous explique que vous ne savez pas grand chose, si vous ne savez pas ce que c'est que Schopenhauer.






Règle générale: Le schopenhaueriste n'a jamais lu Schopenhauer.


Physiologies parisiennes, Albert Millaud, 1887, à la Librairie illustrée, illustrations de Caran d'Ache, Frick et Job.

Ceux dont on parle.

Albert Lambert fils.


Le plus fougueux de nos tragédiens. Jeune premier de belle prestance et plein de conviction. Au point de vue purement théâtral, on peut lui reprocher d'avoir adopté un verbe haut et violent qu'il parvient rarement à adoucir et dont la persistance émousse notre intérêt.
Si M. Albert Lambert fils pèche encore par quelque endroit, ce n'est pas par excès d'originalité. Il est le digne et consciencieux élève du Conservatoire où il obtient à dix-sept ans, un premier accessit de comédie, et, à dix-huit, un premier prix de tragédie.
Malgré ses quarante-et-un ans d'âge et ses vingt-trois ans de planches, on croirait toujours que M. Albert Lambert joue devant un jury et qu'il récite un morceau de concours. Il est sincère à force de travail, il atteint par ses efforts la chaleur et l'émotion, mais il ne peut arriver qu'à nous donner l'idée d'un tragédien. Le souffle vivifiant lui manque: il est à un grand artiste ce que serait une copie bien faite à un original dont on aurait perdu jusqu'au souvenir.
M. Albert Lambert n'est pas un vulgaire imitateur. S'il doit quelques parties de son jeu à Mounet-Sully, il n'est pas, loin de là, le simple reflet de son aîné. D'autres artistes, et en particulier son maître Delaunay, ont laissé sur cet esprit docile, une empreinte ineffaçable.
Puisque M. Albert Lambert est le tragédien indiqué pour succéder à Mounet Sully, puisqu'aucun autre astre de première grandeur n'a brillé depuis longtemps sous les ciels factices de nos scènes subventionnées, prenons notre parti de l'interprète officiel que nous possédons, et ne le chicanons pas sur ses dons d'acteur.
Aussi bien, M. Albert Lambert n'est-il pas dépourvu de toutes les qualités.
Il en possède une qui fait à elle seule, bien souvent, le succès des actrices.




Il est beau, beau comme un athlète antique, beau comme les héros des romans de Georges Ohnet. Etant doué de quelque sens artistique, il n'a pas la sotte modestie d'ignorer sa beauté. Il la connait, la cultive et la pare de la manière la plus avantageuse. Il aime les costumes de l'ancien régime parce qu'il y trouve des ressources variées pour faire valoir ses lignes. L'habit moderne, au contraire, est très sévèrement jugé par M. Albert Lambert, bien qu'il permette encore, à son avis, à tout homme véritablement élégant, de montrer son goût personnel par le choix d'un nœud de cravate, par la nuance d'un gant, par le pli d'un pantalon. Il n'est pas de détails méprisables pour les grands tailleurs et pour les comédiens d'élite.
Quand l'étude de ses rôles et l'essayage de ses vêtements lui en laissent le loisir, M. Albert Lambert prend un crayon et dessine. Il ne dessine pas plus mal qu'il ne joue. Ses dessins sont honnêtes; ils sont délicats et corrects, comme il convient aux œuvres d'un sociétaire de la Comédie Française qui a fait, étant jeune, des études d'architecture.
La carrière de M. Albert Lambert fils est de celles qui ne courent pas de risques. A pas comptés, sans défaillance et sans bruit, il atteindra l'heure de la retraite et dans une vingtaine d'années, quand il prendra congé de Chimène et de Dona Sol, il emportera les sympathies du public à qui cet homme de tact sut toujours éviter les émotions vives.

                                                                                                              Jean-Louis.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 27 janvier 1907.

mercredi 15 juin 2016

Le bal à Paris.

Le bal à Paris.

Illustrations de Cham.




























L'Illustration, 1852.

Le joueur des cercles.

Le joueur des cercles.

C'est généralement un désœuvré ayant un patrimoine qui s'en va au galop. Il fait partie d'un grand cercle à Paris; mais il s'y ennuie au whist ou au bésigue chinois. Il aime mieux prendre sa volée vers un club où l'on joue.
Levé à midi, il déjeune, s'habille lentement et ne sait comment tuer le temps jusqu'à quatre heures. Il arrive au cercle avant la première banque, et c'est à peine s'il s'inquiète des nouvelles du jour.





"Est-ce qu'on va bientôt commencer?" interroge-t-il.
Il frémit, il piaffe. Les autres joueurs se montrent l'un après l'autre ou se serrent la main, sans se connaître, en se méprisant vaguement, mais avec la cordialité d'individus qui ont besoin les uns des autres.
Le joueur s'installe. Il tripote les jetons, il a hâte de recevoir sa carte. Il la tient enfin, puis l'autre... Grand silence.
"En voulez-vous?" dit le banquier.




Il file ses cartes l'une sur l'autre. Suprême émotion, indicible jouissance. Il abat, s'y tient ou en demande. Dans ce dernier cas, nouvelle émotion! espérance ou déception. Le banquier aussi prend une carte. C'est un dix. O joie! sensation! frémissement!
En deux minutes, le joueur a souri, grincé, sué, souffert, joui.
Et ainsi de suite jusqu'à sept heures, où l'on va dîner. Et pendant ces trois heures, quel argot et toujours les mêmes choses:
"- Charles, deux cents louis!
- Je me culotte.
- Le tirage à cinq, il n'y a que ça! (quand il réussit).
- Aussi pourquoi avez-vous tiré à cinq? (quand ça ne réussit pas).
- Vous avez tiqué, le banquier a vu que vous aviez sept.
- J'en donne.
- J'en prends.
- Une bûche.
- Vingt-cinq louis qui tombent.
- Charles, deux cents louis, s.v.p.
- Vous savez, un tel est mort?
- Il doit savoir maintenant s'il faut tirer à cinq.
- Les cartent passent.
- Huit! huit! neuf!
- Charles, deux cents louis!"
Le joueur va dîner, décavé, éreinté, nerveux. Il a perdu, il se couche de bonne heure, ou il finira la soirée au théâtre. Bast, neuf heures sonnent: il n'y tient plus. Il prend congé de ses amphitryons, sous un prétexte à peine acceptable, et le voilà parti pour le "tripot". C'est de ce nom qu'il qualifie le paradis où seulement il respire. Et la partie recommence jusqu'à deux heures du matin avec l'éternel refrain:"Charles, deux cents louis."
Quelquefois, le joueur gagne. Alors il a un bon mouvement. Il empoche son argent et s'en va; mais, arrivé à la porte: Encore un coup! se dit-il, et il revient à la table, jusqu'à ce qu'il ait tout reperdu...




Vingt-cinq ans plus tard, on retrouve ce décavé dans un cercle. Il n'est plus joueur, il est gérant.

Physiologies parisiennes, Albert Millaud, 1887, à la Librairie illustrée, illustrations de Carand'Ache, Frick et Job.