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lundi 3 août 2015

Début d'Angoulevent.

Début d'Angoulevent.




- Par la sang-bleu, je pense avoir gagné.
- Par Saint Lézin, c'est moi, voici douze!
- Douze? j'aurais perdu! Il faut donc que ce soient dés pipés!
- Pipeur toi-même qui jetais l’œil au fond du cornet et ajustais les coups.
- Mensonge et jonglerie!
- Affronteur et hasardeur de dés!
- Corde et tonnerre, si je me fâche!
- Par la sang-bleu, si je me lève...
Ainsi clamaient les deux joueurs.
" Boute-les d'accord et dos à dos, dit François à l'oreille d'Angoulevent, tous deux ont tort! ce sont les archers de Monsieur le Prévôt qui gentiment chevauchent ce banc dérobé à quelque église et jouent aux passe-dix, laissant leurs compagnons faire le guet en leur lieu."
Angoulevent, à qui point n'était l'imaginative éveillée de si grand matin et qui ne savait trop que faire, saisit au vol l'idée et si dextrement empoigne et lève en l'air un bout du banc, que Tuybelim charmé de la farce veut en être et, sans souci de gâter son capuchon, donne de la tête comme un bélier forcené 




et plus en bas précipite les deux gens d'armes, qui, "culebutants", étourdis, ébaudis, crient à tue-tête: 
"- A l'aide! Ah compaing, si j'ai pipé les dés, me deviez-vous pour cela bousculer de si mâle façon?
- Sang-bleu! compaing, si j'ai faussé le coup, me deviez-vous si rudement bouter vos pieds au front?
- Ha! mes "povres" épaules! Ha! que ne suis-je paisible à faire le guet à mon tour!"
Dans un instant fous auront déguerpi et toute leur vie disputeront ensemble les deux archers, chacun croyant que ce fut l'autre qui lui fit ce mauvais coup.

Grand Almanach Français illustré, 1891

dimanche 2 août 2015

Origine du Sandwich.

Origine du Sandwich.


Quand on entend nommer Sandwiches des tranches de pains entre-lesquelles est entreposée une tranche de jambon, on est porté à croire qu'il y a là un souvenir de quelque fait d'alimentation relatif aux îles du même nom. 
Erreur!
Notons d'abord que ces îles furent nommées ainsi par le grand navigateur Cook, en l'honneur du comte de Sandwich, ministre de la marine sous le règne de George III.
Or ce ministre, quand il était retenu tardivement au Parlement pour en suivre des débats, avait coutume de manger gravement, à son banc ministériel, quelques-unes des tartines réconfortantes, qui, vu la singularité du fait, ont reçu et gardé le nom de cet homme d'Etat.

Grand Almanach français illustré, 1891.

La gageure des deux marottes.

La gageure des deux marottes.

Voyez, voyez, comme Engoulevent et Tuybelim dansent la morisque! Est-ce là danse d'honnêtes gens, ou sauterie de méchants diables d'enfer? Voyez leur air satanique et le mauvais rire qui court de leurs nez crochus à leurs mentons en pointe!



Messire René, roi d'Anjou, eut bien tort de laisser, dans sa bonne ville, au premier jour des liesses du carnaval, ses deux fous que Dieu confonde! Et entre eux s'est engagé pari à qui plus videra de pots, cassera de vitres, tourmentera de bourgeois; à qui plus mènera de bruit, navrera de chiens et de chats, narguera de moines; à qui plus vexera de gendarmes, effrayera de damoiselles! Mêmement convenus sont entre eux qu'à celui par qui plus de drolatiques méfaits auront été commis, large et copieuse repue sera ce soir offerte, et, après le repas proclamé sera Archifou et Prince des Sots d'Angers!
Et pour juge du débat ont pris l'escolier François, François qu'on nomme aussi Villon, aujourd'hui même arrivé de Paris, qui pour entrer en danse dérobe un poisson au povre porte-panier! Fermez vos huis, tenez-vous cois, bourgeois et hobereaux, ou vous en verrez bien d'autres.
Marotte rouge! marotte jaune! la querelle des deux marottes vous causera plus de nuisance qu'aux Anglais celle des Deux Roses. Il ne vous chault guère à laquelle échoira l'avantage, et la meilleure des deux n'a rien qui vaille pour vous, pauvres bourgeois d'Angers.

Grand Almanach français illustré, 1891.

Radiguet opticien.

Radiguet opticien.


Grand Almanach Français illustré, 1891.

Machine sure et commode pour tirer des silhouettes.

Machine sure et commode pour tirer des silhouettes.






Lavater recommandait cette machine: il en a publié le dessin. Il faut, dit-il, un siège adapté à cette opération de manière qu'on puisse y appuyer la tête et le corps (c'est à peu près ainsi qu'on est assis aujourd'hui chez les photographes). L'ombre doit se réfléchir sur un papier fin, bien huilé, bien séché, placé derrière une glace parfaitement claire et polie qui entre dans le dos de la chaise.
Derrière cette glace se tient le dessinateur: d'une main il saisit le cadre, et de l'autre il dessine avec le crayon. La glace, enchâssée dans un cadre mobile, peut être haussée ou baissée à volonté. L'un et l'autre sont échancrés par le bas, et cette partie du cadre doit reposer fortement sur l'épaule de la personne dont on veut tirer la silhouette. Enfin, vers le milieu de la glace, on attache une barre de bois ou de fer, garnie d'un coussin, qui sert de point d'appui, et que le dessinateur dirige à son gré par le moyen d'un manche de la longueur d'un demi-pouce. Avec le secours du microscope solaire, on réussira mieux encore à saisir les contours, et le dessin en sera plus correct.
Lavater n'était pas très-satisfait de l'art de tirer les silhouettes. Il trouvait, avec raison, que la  silhouette n'exprimait pas assez complètement les caractères. Combien l'invention de la photographie l'eût enthousiasmé! Il n'hésitait pas, toutefois, à porter des jugements d'après les silhouettes, selon les règles de son système, dont on parle beaucoup et assez légèrement sans le connaître. Il dit, par exemple, de cette jeune personne assise dans la machine: "il y a là de la bonté avec beaucoup de finesse, de la clarté dans les idées et le don de les concevoir avec facilité, un esprit fort industrieux, mais qui n'est point dominé par une imagination bien vive et qui ne s'attache guère à une exactitude scrupuleuse."

Le Magasin Pittoresque, août 1865.

samedi 1 août 2015

Une veuve vraiment sollicitée!

Une veuve vraiment sollicitée!

A Coolgardie, dans l'Australie, la veuve d'un directeur des mines reçut quarante-deux demandes en mariage quelques minutes après la mort de son mari! Citons au nombre des postulants: le médecin qui avait signé l'acte de décès de l'époux, le pharmacien fournisseur de médicaments, le clergyman et son clerc, le shériff, le magistrat judiciaire, le conducteur des eaux, le gardien de la prison, le gardien du cimetière, plus un citoyen "qui vend du tabac et du vin, tue les porcs, plaide en justice, fait la barbe, purge les hommes et tond les chiens."
La belle déclina toutes ces offres, car elle avait promis son cœur et sa main à un ami d'enfance, tueur de rats et de lapins à Melbourne.
Il faut dire que les femmes sont plutôt rares dans les districts miniers, misérables villages où règne le revolver, quand ils ne sont pas pillés et brûlés par les dernières tribus indigènes de l'Australie!

Mon Dimanche, Revue populaire illustrée, 5 février 1905.

L'école pour Fiancées.

L'école pour Fiancées.

Chères lectrices, il est inutile de vous expliquer le "coup de foudre", car beaucoup d'entre vous, que nous devinons toutes charmantes, l'ont provoqué chez de pauvres mortels! Quand, en présence d'une jeune femme, un homme a ressenti le coup de foudre, son esprit n'évoque plus qu'une image: celle de la bien-aimée; sa pensée ne va plus qu'à un seul être: la toute belle; le reste du monde lui est indifférent: il faut qu'il épouse celle dont la beauté et la grâce ont conquis son cœur tout entier. Eh bien! l'expérience nous apprend qu'en général de pareils mariages ne sont point heureux. L'homme n'a point recherché les qualités morales et intellectuelles de sa fiancée, il ne s'est préoccupé ni des différences de rang ou d'éducation, ni des heurts possibles de caractère, il n'a rien fait pour assurer la stabilité de son bonheur. Et la lune de miel achevée, l'habitude prise de la vie en commun, l'amour s'éteint, les incompatibilités de goûts, d'humeur, de pensée, s'accusent, et le beau rêve finit dans l'enfer conjugal.
Pratiques, les Anglais et les Américains ont voulu éviter ce triste épilogue des mariages d'amour. Ils en ont recherché les causes et en même temps, ils en ont trouvé le remède.

A l'école, mesdemoiselles.

Puisque les princes qui épousent des bergères deviennent malheureux à cause de la différence d'éducation qui sépare mari et femme, éduquons la femme, disent-ils, puisqu'un artiste qui fait de sa servante sa femme ne l'aime plus sous prétexte qu'elle ne comprend rien à l'art et témoigne d'un goût déplorable, enseignons la beauté à l'épouse. Élevons les femmes au niveau de leurs maris!
Et ils ont fondé des écoles spéciales pour fiancées. Quand un jeune lord ou un fils d'industriel richissime a exprimé sa volonté bien arrêtée d'épouser telle gentille petite ouvrière ou telle demoiselle de magasin, et que tous les arguments et menaces n'ont pu lui faire abandonner son projet, ses parents proposent à leur future belle-fille un stage, à leurs frais, dans une institution de fiancées. La jeune fille, que la nécessité de gagner sa vie avait placée à treize ans à l'atelier, apprend non seulement les usages mondains et les arts d'agrément, mais aussi les sciences et les lettres qui font d'elle non un bas bleu, mais une femme instruite. Après deux, trois, cinq ans (maximum), selon l'intelligence de la jeune fille et son degré d'instruction antérieure, la petite miss est en état de faire honneur à son mari, et d'être une maîtresse de maison accomplie.

Quelques surprises.

Or, savez-vous ce qui, fréquemment se produit quand la jeune fille a terminé son éducation? Elle refuse le brillant parti qui s'offre à elle! L'instruction a développé l'intelligence et le jugement de la jeune fiancée. Son futur mari, qui jusqu'alors lui était apparu comme une "aubaine" de richesse, se révèle sous son vrai jour, peu flatteur quelquefois, et la jeune fille, comprenant qu'après tout il est d'autres joies que celles du mariage imposé, refuse tout net d'épouser qui lui déplaît, en dépit du rang, du nom, de la fortune.
C'est ainsi que l'on vit, l'an dernier, cette unique aventure: une des plus nobles et puissantes familles d'Angleterre supplier à deux genoux la fille d'un pauvre fermier d'Ecosse de bien vouloir épouser leur fils, duc authentique, millionnaire et amoureux fou! La petite Écossaise ne voulait rien savoir, sous le prétexte que la jeunesse orageuse de son futur mari en avait fait un morose compagnon, toujours geignant, soupirant et rhumatisant.
Aux Etats-Unis, le plus jeune fils du "roi du coton" avait fait "élever" à vingt ans une servante de brasserie, rencontrée dans un misérable faubourg de San-Francisco. L'éducation dura quatre ans pendant lesquels Mary G... étudia la peinture avec tant de bonheur qu'elle surpassa ses professeurs. Et quant le "roitelet du coton" la vint chercher pour lui offrir son cœur et un palais, elle répondit:
- Nô!
Mary ne se sentait pas le goût du mariage.
Elle voulait se consacrer toute à son art. Et si le mariage la tentait quelque jour, elle épouserait un mari qu'elle aimerait, pas un indifférent. Et elle tint bon, elle remboursa le roi du coton des frais qu'il avait consentis pour elle, lui jura une reconnaissance filiale et s'en fut.
Mary G... deviendra un des plus grands peintres du nouveau monde. Et son ancien fiancé n'est pas marié...

Histoire d'un grand peintre.

Il serait injuste de prétendre qu'en Amérique seulement on a voulu concilier "le cœur et la raison". Les Parisiens qui ont été mêlés, il y a quelques dix ans, à la vie mondaine n'ont pas oublié la touchante histoire de ce peintre "arrivé" qui rencontra, un soir, dans un music-hall, une jeune femme dont l'esprit était aussi inculte que le visage plein de grâce. Il décida d'en faire sa femme; mais comprenant qu'un futur membre de l'institut ne pouvait donner son nom à une fiancée qui disait le cintième étage, qui parlait du colidor et avait rencontré quat'z-amies, il l'expédia à Lausanne, dans l'une de ces nombreuses institutions pour jeunes filles qui font de la charmante ville suisse la "ville des pensionnats". Quand elle en revint, après quatre années, la petite Parisienne parlait français comme Jules Lemaître et pianotait comme si, de sa vie, elle n'eût fait autre chose.

Comment se maria un académicien.

L'histoire d'un des plus charmants écrivains du XIXe siècle, qui, d'origine suisse,  fut membre de l'Académie française et mourut il y a cinq ans, ne diffère guère de celle-ci.
Parvenu à l'âge mûr, ayant goûté à tous les plaisirs et un peu blasé de chacun, notre homme de lettres remarqua chez ses parents une fraîche servante de dix-sept ans, fille de pauvres fermiers de la montagne, qui travaillait de l'aube à la nuit, comme un petit cheval de labour. Ainsi que tant d'autres, il aurait pu profiter de la situation de fils de la maison pour mettre à mal la pauvre enfant. Mais il avait été à même d'apprécier qu'une servante intelligente, jolie et affectueuse, peut faire mieux le bonheur d'un mari qu'une grande dame sotte et frivole.
Il plaça la petite paysanne, absolument illettrée, dans un pensionnat de jeunes filles où l'on entreprit son éducation et son instruction. La servante profita des leçons qu'elle reçut. Après cinq ans, elle fut une jeune fille accomplie et en état de devenir une maîtresse de maison. Alors l'écrivain l'épousa. Nul n'eut jamais salon plus fréquenté, intérieur plus confortable, vie de famille plus exquise. Et, non plus, personne n'eut compagne plus dévouée et meilleure conseillère!

Mon Dimanche, Revue populaire illustrée, 5 février 1905.