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dimanche 6 octobre 2013

D'où viennent les noms des étoffes?

D'où viennent les noms des étoffes ?

Le damas, l'indienne, la perse et le madras tirent leur nom de leur pays d'origine.
Le calicot a pris naissance à Calicut, ville de l'Inde.
Le taffetas vient du persan tâftah, participe passé d'un verbe signifiant tisser.
Les mots soie et satin (en latin seta), dérivent du nom de la province d'Asie, la Sérique, où se fabriquaient ces étoffes.
La gaze vient de la ville de Gaza, en Palestine.
La mousseline doit son nom à Mossoul, en Turquie d'Asie.
Du mot mo, qui désigne une chèvre sauvage d'Asie mineure, et du mot hair, qui signifie le poil de cette chèvre, nous avons fait mohair.
La faille est fabriquée en Flandre: le nom flamand est falie.
De l'Orient nous vient le châle (en arabe shâl).
L'alpaga tire son nom d'un ruminant d'Amérique du Sud, réputé pour la longueur et sa finesse des poils de sa toison.
Enfin, le velours vient de velu, la lustrine de ce qu'elle est lustrée, la dentelle rappelle les petites dents qui la bordent.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 10 mai 1903.

samedi 5 octobre 2013

La suppression du plus vieux journal du monde.

La suppression du plus vieux journal du monde.

La récente révolution chinoise a amené la suppression, par le président Yuan-Chi-Kaï, du King-Bao, le plus vieux journal de la Chine, et vraisemblablement du monde entier.
Le président de la jeune République chinoise vient en effet d'interdire "à tout jamais" la publication du journal king-Bao, paraissant depuis 1500 ans. A une époque où on n'avait en Europe aucune idée de l'imprimerie ou d'un journal, le Chinois Gou-Koung trouva le moyen de fabriquer des caractères avec du plomb et de l'argent, et fonda, en l'an 400 de notre ère, sous l'empereur Fin-Khouang-Tsang, le journal King-Bao qui ne cessa, depuis, de paraître jusqu'à nos jours.
Au début, le journal était imprimé sur dix feuilles de soie jaune brochées ensemble et était envoyé aux principaux personnages de l'Empire.
Peu à peu, le King-Bao devint le journal le plus lu de la Chine. La bibliothèque de l'Empereur renferme d'intéressants documents sur l'histoire de ce doyen des journaux. Les rédacteurs en chef de ce journal déployèrent maintes fois un courageux patriotisme; c'est ainsi qu'au huitième siècle, le rédacteur en chef du King-Bao accusa de trahison le prince impérial Tin-Mo-Ling, qui fut de ce fait soumis à d'effroyables tortures et finalement brûlé vif.
D'autre part, cette feuille exposait déjà à ses lecteurs, il y a neuf cents ans, des idées que nous croyons toutes modernes. Par exemple, au douzième siècle, le rédacteur en chef du king-Bao osait recommander au gouvernement d'abandonner les vieilles traditions et cérémonies et "d'envoyer en Europe des hommes intelligents chargés d'y apprendre des nouvelles choses, de voir et d'entendre ce qui s'y faisait". Ce rédacteur, le célèbre poète Gour-Ston-Tchang, fut d'ailleurs, pour ce conseil, décapité, et sa tête, dont les oreilles avaient été coupées et la langue avait été arrachée, fut promenée dans toutes les villes de la Chine septentrionale.

                                                                                                                         B. V.

Le Journal de la Jeunesse, premier semestre 1913.

Amusante bévue d'un relieur.

Amusante bévue d'un relieur.

Le conservateur d'une bibliothèque provinciale confiait récemment à un relieur, tout nouvellement établi, un exemplaire en deux volumes de La vie des Grands Capitaines, dont l'auteur est Pierre de Brantôme, l'illustre écrivain français du seizième siècle.
Quelques jours plus tard, le commerçant lui retournait les deux volumes, habillés d'une magnifique reliure et soigneusement empaquetés.
Le conservateur, grand bibliophile, se préparait à aller féliciter son nouveau relieur, lorsqu'en examinant le titre imprimé en lettres d'or sur le dos des volumes, il poussa soudain une exclamation indignée.
Le relieur, à qui le nom de Brantôme était inconnu, l'avait écrit sous la dictée du conservateur, et il avait négligé d'en vérifier l'orthographe. Si bien que, sur chaque volume, on pouvait lire le nom de l'auteur ainsi disposé:

                                                              Pierre de Bran
                                                                    tome I
                                                              Pierre de Bran
                                                                    tome II

L'érudit amateur de livres fut d'abord tenté de se facher. Mais à la réflexion, il prit son parti de cette mésaventure. Les deux volumes figurent aujourd'hui en bonne place dans sa bibliothèque et sont au nombre des curiosités qu'il fait admirer aux visiteurs de marque.

                                                                                                                            Cl.

Le Journal de la Jeunesse, premier semestre 1913.

vendredi 4 octobre 2013

Devoir conjugal.

Devoir conjugal.

Il est très important qu'un confesseur soit instruit de cette matière sur laquelle une infinité de personnes grossières ou emportées par leurs passions comment quelquefois de grands crimes. car, quoique l'usage du mariage soit licite, il ne l'est pourtant qu'en observant les circonstances requises, et en se réglant sur la fin pour laquelle le mariage a été institué, qui est d'avoir des enfants ou de s'acquitter de la justice que les époux se doivent respectivement, qui sont les deux motifs, qui seuls peuvent excuser de péché, ou au moins d'y trouver un remède à la concupiscence, lequel troisième motif n'est pas même exempt de toutes sortes de péché, comme on le prouvera dans la suite par les autorités de saint Augustin, de saint Fulgence, de saint Grégoire, de saint Bonaventure et de saint Thomas.
Au reste, celui des époux qui est requis par l'autre de lui rendre le devoir conjugal est absolument obligé à lui obéir sous peine de péché, qui est même ordinairement mortel, à moins que son refus ne soit fondé sur une cause légitime.

Dicrionnaire des Cas de Conscience 1847.

Les cochers annamites.

Les cochers annamites.

Les cochers annamites de Saïgon et de Cholon, à l'instar de ceux de Paris, viennent de faire parler d'eux. Ils avaient organisé une société secrète ayant pour titre: "Hoi-Van-Xe" ou "dix mille voitures", dont les membres avaient substitué aux tribunaux ordinaires un tribunal secret devant lequel étaient portés tous les différends, même ceux auxquels étaient mélés des étrangers qui recevaient défense, avec menaces à l'appui, de s'adresser à la police. Nulle part les cochers n'aiment la police. Certains des affiliés parcouraient le territoire de Cholon pour voler ou extorquer l'argent nécessaire aux besoins de l'association.
Tout dernièrement, malgré les punitions sévères infligées à quelques membres de l'association, une bande de cochers a assailli l'hôpital indigène de Cho-Quan, situé sur la route de Saïgon à Cholon, en proférant des menaces de mort contre le directeur de cet établissement. Il était nécessaire, comme le disent les considérants de l'arrêté pris à cette occasion par le gouverneur général, "de réprimer ces tendances manifestes des Hoi-Van-Xe à se soustraire à la justice des tribunaux et de ramener le calme dans les esprits terrorisés, en mettant fin, par une répression sévère, aux agissements de cette bande organisée."
Les deux principaux chefs  de l'association sont envoyés à Poulo-Condor pour cinq ans; quatorze de ses membres y sont envoyés pour trois ans.

Journal des Voyages, Dimanche 17 mars 1889.

Les almées de Tunis.

Les almées de Tunis.

Chez Hadj-Hassan.

Par une belle soirée de Ramadan, ce carême musulman si joyeux, lorsque la ville de Tunis en fête prenait cet aspect féerique qui lui est particulier à cette époque de l'année, un serviteur noir, vétu d'une longue robe jaune, vint nous chercher avec des ânes, pour nous conduire chez notre ami Hadj-Hassan-ben-Moussa, riche marchand de Bab-el-Souika, chez lequel nous devions passer la soirée.
Montés sur ces petits ânes, précédés du nègre écartant à coups de courbache la valetaille qui barrait le passage dans les ruelles étroites de la ville indigène, nous arrivâmes, en courant, devant la demeure princière du seigneur Hassan, lequel attendait à la porte, en fumant son inséparable chibouck.
- Bénis soient les hôtes qu'Allah m'envoie, dit-il en nous serrant les mains; qu'ils soient seigneurs et maîtres dans ma maison.
Et il nous introduisit dans un salon somptueux, où la collation était servie.

L'intérieur d'un riche Tunisien.

Au dessus de la porte, se détachant en noir sur le fond or d'un cartouche, se lisait ces belles paroles en caractères arabes:
     Sois béni en entrant, sois béni en sortant.
L'argenterie, les porcelaines et les cristaux brillaient de toutes parts, étalant leurs rotondités scintillantes ou peinturlurées au milieu des figues de Barbarie, parmi les dattes du Djérid et les oranges de la Manoubiah.
Le traditionnel couscoussou au sucre et au safran nous fut servi; puis le nègre habillé de jaune versa sur nos doigts quelques gouttes d'une eau parfumée, en nous présentant une serviette en peluche, dans laquelle chaque convive essuie ses mains.
Hadj-Hassan se leva, se drapa dans son burnous, et, nous faisant signe de le suivre, il s'achemina vers le patio.
Il faisait une de ces nuits lumineuses d'Orient, dans lesquelles l'oeil semble plonger jusqu'au dernier rang des étoiles; des guirlandes de jasmins et de clématites, s'attachant aux balcons découpés, grimpaient jusqu'aux terrasses, laissant tomber les senteurs enivrantes de leurs grappes fleuries. Un jet d'eau gazouillait dans une vasque de marbre; un rossignol, enfermé dans quelque cage, ou blotti dans la verdure, chantait son éternel poème d'amour.

Une soirée de fête.

Le patio se montrait tout illuminé de lanternes multicolores, suspendues aux arcades mauresques; et entre deux flambeaux de cire embaumée, des coussins empilés, recouverts d'un tapis, formaient un siège fort confortable sur lequel nous prîmes place.
Au loin, on entendait comme un vague murmure, qu'accompagnaient les sons joyeux des fifres et des tambours de Basque.
Sur un signe de notre hôte, une demi-douzaine de musiciens entrèrent.
On nous servit le café et le grand nègre alluma nos pipes.
Tout à coup, un bruit épouvantable vint déchirer nos oreilles... les musiciens se mettaient d'accord, et commençait le concert...
Ces braves gens nous agaçaient les nerfs depuis un bon quart d'heure, quand un groupe de femmes fit irruption dans la cour, au son de la musique.
- Oh, oh ! dit mon voisin et ami, des almées; Hadj-Hassan, mes compliments.



Notre hôte inclina la tête et continua de fumer son narguileh.
A ce nom poètique d'almée, j'oubliais les musiciens et leur barbare musique pour ne plus penser qu'aux gracieuses danseuses !
J'avais entendu parler, dans quelques-uns de nos salons français, de ces odalisques lascives, une des joies des pays orientaux, une des principales distractions du Maure, grand amateur de farniente; aussi, je me promis d'en jouir tout à mon aise, puisque le seigneur Hassan allait étaler, devant nos yeux éblouis, une de ces pages curieuses de la vie musulmane.


Les almées.

Les almées s'avancèrent devant nous, baisèrent nos mains et se groupèrent ensuite à nos pieds, buvant notre café, fumant nos pipes.
En quelques lignes, traçons leur portrait.
C'était de ces beautés étranges et saisissantes au teint blanc comme du lait, aux yeux noirs comme ceux des gazelles du désert; de ces favorites de harem, que l'Orient garde avec un soin jaloux.
Rien de plus léger et de plus élégant que le costume de ces bayadères tunisiennes, sans lesquelles il n'y a pas de fêtes sérieuses dans la Régence.
Le sommet de la tête était recouvert d'un fez écarlate à gland d'or, d'où s'échappait une chevelure brillante et noire comme du jais, ornée de sequins. Une veste de satin rose, dessinant la taille sans la serrer à l'excès, était boutonnée jusqu'à la naissance de la gorge tenue dans un corselet en résille d'or, à travers les mailles duquel on apercevait la poitrine d'une blancheur rosée, éblouissante.
Une sorte de jupon court de gaze lamée d'or, retenu à la taille par une large ceinture écarlate, tombant à peine aux genoux, permettait de suivre le charmant contour des jambes, d'une élégance et d'une rondeur parfaites.
Les pieds étaient chaussés de babouches de cuir jaune, semées de perles; les bras ainsi que les jambes étaient ornées d'une profusion de bracelets de toute sorte, dus à la générosité des vrais croyants.
Telles étaient les houris que nous avions devant nous, et qui allaient danser les ballets de la Terpsichore orientale.

La danse des almées.

Pendant quelques instant, elles restèrent accroupies à nos pieds, se taquinant entre elles pour une goutte de café; puis sur un signe d'Hadj-Hassan, elles se levèrent, et l'une d'elles s'avança lentement vers un large tapis étendu sur les dalles de la cour.
Elle rejeta ses babouches hors du tapis, et resta, avec ses pieds nus, aux ongles teints de henné, aux phalanges chargées de bagues.
Le reste de la troupe l'entoura.
Etendant alors, d'un geste plein de grâce et de nonchalance, ses beaux bras nus, elle se mit à danser en chantant une romance que l'orchestre accompagnait en sourdine.
Autour d'elle, les étoffes brillantes flottaient et battaient l'air comme les ailes d'un bel oiseau; le cliquetis des bracelets et des anneaux, se choquant entre eux accompagnait cette danse.
Peu à peu, la danse s'anima, les talons frappèrent le sol en cadence, tandis que la teinte rose des pieds nus paraissait et disparaissait dans l'épaisseur du tapis d'Orient.
Les hanches ondulaient, pendant que les mouvements devenaient de plus en plus rapides et que la troupe de bacchantes tournoyait au milieu d'un bruit confus de chants, de cliquetis de sequins et de froissements d'étoffes.
Insensiblement, les danseuses diminuèrent la vitesse de leurs évolutions; elles s'arrêtèrent enfin toutes ensemble, imposant silence d'un geste aux musiciens.
Le cercle se brisa, les almées vinrent s'asseoir à nos pieds, laissant la jeune Mauresque seule au milieu du tapis.
Sur un rythme doux et suave, elle se prit à chanter; l'orchestre était muet. Cambrant son torse, redressant son corps, projetant en avant sa poitrine couverte d'une résille d'or, elle s'avança à petits pas, comme à regret, vers notre hôte; elle semblait plongée dans une profonde extase. Sa chanson devient plus langoureuse, plus passionnée, puis cesse par degrés.
La tête renversée en arrière, les bras roidis, l'almée semble lutter contre une force invinsible  qui l'entraîne vers Hadj-Hassan; ses grands yeux noirs expriment une sorte d'égarement sauvage; elle s'arrête enfin devant notre hôte.
Hadj-Hassan lâcha le tuyau de son narguileh, et regarda fixement les yeux de la Mauresque qui paraissait hésiter.
Tout à coup, poussant un cri sourd et prolongé, l'almée s'approcha vivement du marchand, qui lui couvrait le front de petites pièces d'or.
Hadj-Hassan avait repris le tuyau de velours rouge qui conduisait à ses lèvres la fumée parfumée de sa pipe.
Un serviteur apporta du café et des cigarettes aux almées, qui riaient en nous montrant leurs belles dents blanches. Alors Hadj-Hassan se tourna vers moi et gravement me dit:
- Quand ton maître, le pacha des Français, arrivera à Tunis, je le convierai dans ma maison et ferai devant lui danser les almées. Il en viendra de partout, en foule; elles l'entoureront, le presseront, le charmeront et ne le laiseront regagner son palais de France que lorsqu'il aura couvert leur front blanc de toutes les pièces d'or de sa bourse.
Nous verrons si Hadj-Hassan a tenu parole.
                       
                                                                                                          P. Noella.

Quand le numéro de Mon Dimanche paraîtra, M. Loubet sera près d'arriver à Tunis.Verra-t-il les almées? Viendront-elles, en se prosternant devant lui, se faire coller sur le front des pièces d'or à l'effigie de la République ? Ce que sont les almées de Tunis, M. P. Noella nous le dit dans les souvenirs que nous publions ici, et qui seront lus avec le plus grand intérêt.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 26 avril 1903.

jeudi 3 octobre 2013

Découverte due à un jupon.

Découverte due à un jupon.

Newton aurait trouvé la gravitation universelle en voyant tomber une pomme, Galilée les lois de la pesanteur en regardant se balancer la grande lampe de la cathédrale de Pise. La découverte des ballons aurait une cause aussi simple. Devant assister à une fête, Mme Montgolfier avait un jour lavé  chez elle un jupon très léger. Elle le mit à sécher au dessus d'un poêle fort chaud; l'air enfla le jupon, qui bientôt s'envola au plafond. Mme Montgolfier, émerveillée, appela son mari. Celui-ci vint, rit et rattrapa le jupon; mais il réfléchit sur ce qui c'était passé, et peu après, il construisit le premier ballon, qui comme le jupon de sa femme, s'éleva en l'air grâce à de l'air chaud.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 22 mars 1903.