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samedi 6 mars 2021

 Origine du fiacre.


Autobus et taxi.
On a déjà oublié le "fiacre". La mécanique endiablée a relégué le vieux saint dans les musées et on ne songe qu'au compteur... comme si la vie n'était pas assez brève!
L'origine du vocable ainsi appelé à déchoir est ancienne et obscure. Les historiens discutent; écoutons-les distraitement. Les vieux auteurs nous vantent cet adroit facteur d'un maître des postes d'Amiens qui imagina des carrosses de louage et qui s'installa en un hôtel Saint-Fiacre, près de la rue Saint-Martin. Il y a bien, aboutissant à la vieille rue Quincampoix, un cul-de-sac Saint-Fiacre, large d'un mètre et demi. Grand embarras: on ne voit guère l'entreprise de voitures dans cet étroit boyau. En tous cas, les fiacres d'alors étaient fort chers.
C'était le début du dix-septième siècle, et le Salon de l'Automobile n'inondait pas Paris de ses feux multicolores et des illuminations qui font jaillir le Grand Palais, en la nuit de décembre, comme un joyau féerique.
Le susdit Fiacre a aussi une autre origine témoignant de l'esprit pratique des malins automédons. Ce Fiacre ne fut pas tout à fait un saint, tout au plus un moine augustin déchaussé, mais fort révéré après sa mort. Il préservait des accidents, et, dès la fin du règne de Louis XIII, son portrait figurait sur la porte des carrosses, innocent fétiche...

Les Annales politiques et littéraires, janvier-juin 1907.

jeudi 26 septembre 2019

V'la les flics.

V'la les flics.


Connaissez-vous l'origine du mot "flic"? Non, très-probablement. Moi non plus, jusqu'à hier, je ne la connaissais pas. On me l'a expliquée, je m'empresse de vous la faire savoir.
Depuis quelque temps déjà, je le rencontrais chaque matin, le vieux juif qui me raconta cette histoire. Tous les jours, il avait une chose nouvelle à me dire.
Comme, ce matin-là, nous regardions un agent de police qui faisait circuler des marchandes des quatre saisons, il murmura:
- Ce flic fait vraiment du zèle!
Il ne m'avait pas habitué à l'entendre parler argot, et je le regardai. Il comprit sans doute mon étonnement, car il me dit:
- Vous ne connaissez pas l'origine du mot flic?
Comme je lui répondais par un hochement de tête, il poursuivit, sans que j'eusse besoin de l'encourager.
- Jusqu'en 1857, à peu près, tous les boulevards dans la partie comprise entre l'Ambigu et le Cirque d'hiver, au delà de la Place de la République, toute cette partie des boulevards comportait un certain nombre de théâtres, placés non loin les uns des autres*. Ma vieille mémoire ne peut tous vous les énumérer, mais je me souviens de certains d'entr'eux: les Funambules, le Petit Lazari, l'Ambigu, le Gymnase, les Folies-Dramatiques, le Lyrique, les Délassements comiques, le Café du Géant, Déjazet... Vous voyez que quelque-uns ont survécu!
Tous les samedis soirs, les jeunes ouvriers, les apprentis, accouraient au sortir de l'atelier et, en attendant l'ouverture des portes, ils faisaient la queue. Ils achetaient leur place à l'avance à un crieur qui était dehors...
- Qu'est-ce que tu veux toi?...
- une volaille! (une place de poulailler).
Et le marchand délivrait "une volaille".


En attendant l'ouverture aussi, la plupart de ces jeunes ouvriers cassaient la croûte. Ils achetaient à des camelots qui allaient et venaient devant les théâtres, et dont la plupart étaient juifs alsaciens, des petits pains fourrés et des fruits. 
Inutile de vous dire que tous ces petits camelots étaient traqués par les agents, qui ne leur laissaient pas une minute de répit. 


Et, en bons camarades, dès que l'un d'eux apercevait au loin le bicorne d'un policier (en ce temps-là, le képi n'existait pas), il s'empressait d'avertir les autres, dans son langage mi-hébraïque, mi-allemand:
- Kommen die flie! (Voilà les mouches!)
Les autres camelots, gavroches parisiens, avaient adopté la formule, pour se faire comprendre de leurs collègues alsaciens, mais ne sachant pas l'allemand, ils l'interprétèrent un peu de travers, en disant:
- V'là les flics!



" Et c'est ainsi que ce nom leur est resté, termine mon interlocuteur".

                                                                                                                           ALY.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 7 octobre 1906.

* Nota de Célestin Mira:

* Le boulevard du Temple était surnommé le "boulevard du crime" en raison des nombreux théâtres jouant des mélodrames relatifs à des faits divers, assassinats, meurtres et vols.


Le boulevard du crime (boulevard du Temple) peint par Adolphe, Théodore, Jules Martial Potémont, en 1862. On distingue, de gauche à droite, le Théâtre historique, le Cirque olympique, les Folies dramatique, la Gaîté, les Funambules, les Délassements comiques.


La carte ci-dessus, publiée par l'Association de la Régie Théâtrale (regietheatrale.com) montre les emplacements des principaux théâtres situés sur le boulevard Bonne-Nouvelle, le boulevard Saint-Martin et le boulevard du Temple, en 1836. (Plan de Jacoubet)

samedi 8 juin 2019

Personnages de l'ancien théâtre.

Personnages de l'ancien théâtre.


Arlequin* avait un grain de philosophie; c'est lui qui disait:" Si Adam s'était avisé d'acheter une charge de secrétaire du roi, nous serions tous gentilshommes." Il disait encore: "Autrefois les gens de qualité savaient tout sans rien avoir appris; mais à présent ils apprennent tout sans rien savoir." Nul type n'a été plus employé que celui-là.
Pierrot* ne fut inventé que pour jouer les rôles de l'ancien Arlequin: lorsque celui-ci eut acquis la réputation d'un homme d'esprit, c'est au pauvre Pierrot qu'échut l'héritage de la bêtise.
Colombine* était la compagne obligée des valets maîtres fourbes; c'était la fille alerte et rusée, tour à tour maîtresse ou suivante, amante de Celio* l'amoureux ou d'Arlequin serviteur, tient plus du caractère français que les autres types. Colombine est coquette avant tout.
Isabelle*, sa cousine, est une fille de bel air qui donne un peu dans le sentiment.
Le Capitan* tenait du soldat fanfaron de la comédie latine; son rôle, qui était peu agréable pour l'acteur, consistait à recevoir des coups de bâton supportés très patiemment après beaucoup de bruit et de rodomontades. Il avait vu le jour ordinairement en Calabre. Plus tard l'Espagne s'en empara; elle en fit les matamores*.
Polichinelle*, assurent quelques auteurs, ressemble aussi beaucoup au Maccus*, acteur des atellanes* des Latins. Voilà des origines bien respectables. M. Charles Magnin, l'intelligent érudit, a démontré, du reste, que les fantoccini* de Rome et de Florence sont renouvelés des Grecs. Il est curieux de remonter l'origine des marionnettes en France. Les fantoccini français n'ont été établis qu'en 1677, au Marais. On avait élevé un théâtre d'enfans, surnommé le théâtre des Bamboches, titre emprunté au surnom d'un peintre hollandais, nommé Laër, et surnommé Bamboche, parce qu'il se bornait à peindre de petites figures. Les bambochades eurent du succès; mais les directeurs trouvant que leur petite troupe était trop dispendieuse, imaginèrent d'employer de nouveaux acteurs moins coûteux à nourrir, à loger, à vêtir. Ils formèrent alors une troupe d'acteurs de bois, et s'en trouvèrent bien. Ils n'eurent plus à contenter les exigences de chacun. Les jalousies, les rivalités de coulisses furent supprimées. Point de relâche par indisposition; point de rôle refusé: la paix régna dans la maison. Le cadre dramatique fut bientôt trouvé. On dit à Polychinelle: Toi, tu seras invulnérable et toujours triomphant; à Cassandre*, Tu seras toujours dupé; à l'aveugle, Tu te laisseras tuer; au commissaire, Tu seras battu; aux archers, Vous serez emportés par le diable. Nul acteur ne murmura. Ce qui fut dit, fut fait, et voilà, deux cents ans que la pièce se recommence, quatre ou cinq fois le jour, sur toutes les places publiques du monde civilisé.
Scapin* appartenait au pays d'Arlequin, il était de Bergame; c'était un fourbe de première volée, toujours prêt à servir les amours des jeunes gens, à tirer de l'argent des pères, et ayant eu l'honneur de servir le roi sur ses galères. Ce Scapin est devenu un personnage de la comédie française. Il a engendré les Frontin, les Hector, les Lafleur, et toute cette race des valets fripons et libertins. 
Mezzetin* doublait les Scapins, mais sans le manteau de velours et la dague que les Crispins *de Regnard conservèrent; il portait une fraise, une petite veste, une culotte et un manteau d'étoffe rayée de différentes couleurs. Il a donné naissance au Gros-René* et aux Covielle*. Mezzetin était quelquefois aussi un bourgeois à aventures; il avait une crédulité apparente, mais au fond on ne lui en donnait pas aisément à garder; il devinait les bourdes auxquelles il faisait semblant d'ajouter foi. Angelo Constantini* passe pour avoir inventé ce caractère, et l'on raconte même une aventure singulière arrivée à cet acteur, qui avait pris le surnom de Mezzetin. Auguste, roi de Pologne, le fit son camérier intime, trésorier de ses menus plaisirs, garde des bijoux de sa chambre... Mais parmi ces bijoux se trouvait sa maîtresse, et Angelo osa jeter les yeux sur elle. Il s'émancipa jusqu'à agir avec cette dame illustre comme il le faisait avec Colombine. Le roi Auguste le fit jeter dans un cachot. Il y resta vingt ans. On l'avait cru mort à Paris. Il reparut en 1729; il avait alors soixante quinze ans. On a de lui sous le nom de Mezzetin, quelques pièces de théâtre, et la Vie curieuse de Scaramouche.
Le chapeau rond, la fraise, le justaucorps noir à basques courtes, la ceinture de cuir jaune avec une grande boucle de cuivre, le manteau noir, les moustaches, l'épée et les bottines, voilà le costume de Crispin. Pourquoi celui-là, et non un autre? On a prétendu que c'était celui des déserteurs espagnols qui, après avoir fait une vie de miquelets, s'étaient vus forcés, pour subsister,  d'entrer au service des personnes riches qui voulaient avoir des hommes de main comme domestiques. Crispin se vante en effet d'avoir servi; il est certain d'ailleurs que le costume, conservé par la tradition, est d'origine espagnole. Crispin n'est pas plus brave qu'il ne faut; mais, à l'occasion, il paiera de sa personne; il fera du moins voir sa grande épée; c'est l'homme qui en imposera aux tuteurs et les fera trembler. Crispin est naturellement fanfaron: il a de l'esprit, il plait à Marinette par sa bonne mine; il a toujours l'air de revenir de la guerre; il raconte volontiers les campagnes qu'il n'a pas faites.
Le caractère de ce valet fut inventé, en 1630, par le comédien Raimond Poisson, autrement dit Poisson l'ancien, pour le distinguer de son fils et de sont petit-fils François Arnould, qui, plus tard, continua les traditions de son aïeul et de son père, et surpassa même leur réputation.
Pasquin* est intrigant, bel esprit, beau parleur et menteur en diable: aussi est-il rarement cru; il a mauvaise réputation, et il brouille plus souvent les affaires de son maître qu'il ne les raccommode. s'il faut tendre la main pour recevoir une bourse, oh! Pasquin est là; il ne la laissera pas tomber à terre, ne le craignez pas. Mais comme Pantalon*, poursuivi par un guignon inévitable, Pasquin mène rarement les choses à bien. Pasquin s'amuse trop à jaser avec les suivantes. Ce sont ses propres intérêts qui l'occupent avant tout. Voulez-vous rendre Pasquin le plus heureux des hommes? placez-le dans les Jeux de l'amour et du hasard, habillez-le en grand seigneur; qu'il croie courtiser une belle de condition, qu'il ait l'épée au côté... Alors Pasquin se déploiera dans toute sa splendeur! Quelle pirouette, quelle démarche déhanchée! la belle insolence!...
Scaramouche* était Napolitain; il jouait aussi les rôles des fanfarons poltrons. Scaramouche doublait les Capitans. Il obtint les bonnes grâces de Louis XIV; pendant plus de trente ans, il divertit ce prince. Louis XIV daigna un jour lui verser à boire; lorsqu'il eut vidé son verre, le roi lui demanda de quel pays il croyait ce vin: "Sire, reprit Scaramouche, le plaisir que j'ai eu en le buvant m'a empêché d'y réfléchir." Sa Majesté, et c'était ce que coulait Scaramouche, lui versa un second verre de vin pour connaître son opinion. Mazarin lui dit à ce sujet: "Tu peux te vanter que le plus grand monarque du monde t'a versé à boire. - Je ne manquerai pas de le dire à mon boulanger, reprit Scaramouche.- Eh bien! reprit Louis XIV qui était de bonne humeur, tu lui diras aussi que j'augmente ta pension de dix pistoles."
Scaramouche, n'ayant mangé un jour qu'une grosse poularde à son dîner, sentit que sa fin était proche... En effet, il était mort le lendemain, mais non sans confession! Il avait le don des grimaces; il était ce qu'on appelle, en termes de coulisses, bien facé. Il se présenta comme un acteur consommé dans une troupe nomade; il demanda à paraître d'abord dans le Festin de Pierre, "qu'il estimait sur toutes les autres comédies, dit Mezzetin, à cause du repas qu'on y fait." Il paraît qu'à le seconde représentation, le directeur, satisfait de ses talens, lui fit servir un gros poulet d'Inde, deux perdreaux et une tourte de pigeonneaux. Il expédia le tout aux grands applaudissemens du public.
La galerie des acteurs du Théâtre-Français nous offre d'abord les noms singuliers de Turlupin*, Bruscambille, Gaultier- Garguille*, Gros-Guillaume*, farceurs dont la réputation s'est conservée jusqu'à nos jours. Quelques-uns d'entre-eux jouaient des rôles de femmes, car la licence du théâtre ne permit pas dans le principe aux femmes de s'y montrer. Si l'on en croit les recueils d'anecdotes, le cardinal de Richelieu ordonna l'admission de Turlupin, de Gros-Guillaume et de Gaultier-Garguille, à l'hôtel de Bourgogne, après leur avoir fait jouer des scènes burlesques dans son propre palais. Bruscambille improvisait des intermèdes dont nous n'oserions citer ici les argumens. Gaultier-Garguille remplissait d'ordinaire les rôles composés d'après le Pantalon de la comédie italienne, dont nous venons de retracer le caractère; il portait un masque et s'acquittait convenablement des rôles sérieux. Il avait épousé la fille du célèbre Tabarin qui représentait des parades sur le Pont-Neuf*. Gros-Guillaume jouait à visage découvert, ou plutôt avec un masque de farine au moyen duquel, en remuant les lèvres adroitement, il blanchissait ses interlocuteurs.
Guillot Gorju*, acteur masqué, remplissait les rôles de médecins ridicules, personnages mis au théâtre avant Molière; il avait été élevé à l'école d'un opérateur. C'est ce Guillot-Gorju dont Molière, au dire d'un zoïle du temps, avait acheté ses manuscrits.
Jodelet* servit de type à Scarron*. Mondory* est le premier acteur sérieux qui ait réellement marqué. Mondory avait une déclaration ampoulée. On prétend que le rôle d'Hérode, dans Marianne, fut cause de sa mort: il le jouait avec trop de chaleur. Mondory était un homme d'esprit; il faisait des vers agréables; il était bon orateur. Il eut la faveur du cardinal de Richelieu.
Bellerose, autre acteur de renom, était, si l'on en croit Tallemant des Réaux, un "comédien" fardé, qui regardait où il jetterait son chapeau, "de peur de gâter ses plumes." Scarron lui a fait à peu près le même reproche dans son Roman comique. On croit que Bellerose a joué d'original le rôle de Cinna. Tallemant des Réaux lui préférait d'Orgemont. Michel Baron*, père du célèbre Baron, acquit aussi une belle réputation.
Floridor, gentilhomme sans fortune, prit le parti du théâtre, et y apporta la grâce et la noblesse du monde. Il gagna l'estime de Louis XIV et celle de Molière, lui fit la faveur de ne pas l'attaquer dans son Impromptu de Versailles, où il passa en revue la troupe rivale de l'hôtel de Bourgogne.
La Baron, la Béjart*, la Beauchâteau, la Baupré, Mlle des Urlis se distinguèrent dans ce temps. On cite entre ces deux dernières un duel à l'épée qui eut lieu sur le théâtre. Mlle des Urlis fut blessée au cou.
Enfin Molière se fit connaître comme acteur, et voici de quelle façon cavalière Tallemant des Réaux en parle:" un garçon nommé Molière quitta les bancs de la Sorbonne pour suivre la Béjart!... Il fait des pièces où il a de l'esprit. Ce n'est pas un merveilleux acteur, si ce n'est par le ridicule. Il n'y a que sa troupe qui joue ses pièces; elles sont comiques." Tel est le jugement porté par Tallemant des Réaux sur l'auteur du Dépit amoureux et de l’Étourdi, les seules pièces que le garçon nommé Molière eût alors composées.

                                                                                                       Hippolyte Lucas.

Le Salon littéraire, dimanche 18 juin 1843.

Nota de Célestin Mira:

* Arlequin:



* Pierrot:



* Colombine:



*Celio: Il s'agit probablement de Lelio.



* Isabelle:


* Le Capitan:




* Matamore:



* Polichinelle:




* Maccus:



* Masque des atellanes:




* Fantoccini:




* Cassandre:




* Scapin




* Mezzetin:




* Crispin:




* Gros-René:


Marinette et Gros-René
dans le Dépit amoureux
de Molière.

* Covielle:




* Angelo Constantini:


Angelo Constantini
 dans le rôle de Mezzetin.

* La Vie curieuse de Scaramouche:




* Pasquin:


Statue de Pasquin à Rome.

* Pantalon:




* Scaramouche:



* Turlupin:



* Gaultier-Garguille:




* Gros-Guillaume:


* Tabarin sur le Pont-Neuf:


* Guillot Gorju:


* Jodelet:


* Scarron:



* Mondory:



* Michel Baron:



* Béjart:


mardi 5 novembre 2013

Origine du mot "tatouille".

Origine du mot "tatouille".

Le verbe français toouiller, téouiller signifiait remuer, brouiller. La forme contractée touiller s'est conservée dans le patois normand avec le sens de troubler, salir, et dans le patois lorrain avec le sens un peu différent de mélanger, secouer.
Tatouiller, et en normand, sa forme nasalisée tantouiller, signifie remuer, agiter fortement et à plusieurs reprises. Une tatouya en bressan signifie un mélange de viandes, un ragoût bon ou mauvais, mais en poitevin, une tatouillade est une mauvaise marmelade. Recevoir une tatouille signifiera donc recevoir une macédoine de coups, coups de pied, coups de poing, coups de bâton, toute la lyre.
La particule réduplicative ra renchérit encore sur le sens péjoratif attribué au radical tatouil. Si une touille est un mélange peu ragoûtant, une tatouille un mélange encore moins ragoûtant, la ratatouille est un mélange des plus dégoûtants. 

                                                                                                           Lpt. du Sillon.

Dans le langage populaire des environs de Paris, et en Brie, notamment, ce mot a deux acceptations bien distinctes. On dit donner ou recevoir une tatouille, c'est à dire une râclée.
On appelle aussi tatouille, une grosse femme de mauvaise tenue, une souillon, selon l'expression de Mr. Paul Argelès, une commère qui se laisse volontiers tatouiller, comme on dit en Normandie.

                                                                                                                      X.

L'Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, 30 septembre 1903.

dimanche 6 octobre 2013

D'où viennent les noms des étoffes?

D'où viennent les noms des étoffes ?

Le damas, l'indienne, la perse et le madras tirent leur nom de leur pays d'origine.
Le calicot a pris naissance à Calicut, ville de l'Inde.
Le taffetas vient du persan tâftah, participe passé d'un verbe signifiant tisser.
Les mots soie et satin (en latin seta), dérivent du nom de la province d'Asie, la Sérique, où se fabriquaient ces étoffes.
La gaze vient de la ville de Gaza, en Palestine.
La mousseline doit son nom à Mossoul, en Turquie d'Asie.
Du mot mo, qui désigne une chèvre sauvage d'Asie mineure, et du mot hair, qui signifie le poil de cette chèvre, nous avons fait mohair.
La faille est fabriquée en Flandre: le nom flamand est falie.
De l'Orient nous vient le châle (en arabe shâl).
L'alpaga tire son nom d'un ruminant d'Amérique du Sud, réputé pour la longueur et sa finesse des poils de sa toison.
Enfin, le velours vient de velu, la lustrine de ce qu'elle est lustrée, la dentelle rappelle les petites dents qui la bordent.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 10 mai 1903.

lundi 19 août 2013

Combien y a-t-il d'espèces de français?

Combien y a-t-il d'espèces de français.





Notre épopée coloniale se glorifie aujourd'hui à l'Exposition de Marseille, où s'agglomèrent les pavillons exotiques d'une ribambelle de petites Frances lointaines, comme des annexes de la grande Patrie. L'idée de notre expansion mondiale tente de se justifier par la démonstration des résultats économiques, commerciaux, industriels. L'occasion est précieuse pour la politique et la science de s'intéresser de plus près à tant de questions controversées de colonisation et de civilisation.. Tant de problèmes restent posés, depuis le droit ou le fait de la conquête, et les responsabilités assumées de conduire à nos civilisations des races dites inférieures !
Mais il ne s'agit pas d'oser ici quelques unes de ces études ardues. Nous voulons seulement passer une revue rapide des millions de français du globe... qui ne nous ressemblent pas comme des frères. Leur nombre est considérable, car pour 35 millions de Français de France, il y a environ 43 millions de Français d'ailleurs. C'est à dire que la France englobe des échantillons de toutes les catégories humaines offrant des types variant à l'infini.




Dans la seule Algérie, qui compte 3 millions de Français, que de disparités entre le Berbère, l'Arabe, le Kabyle et le Chaonix ! Les Arabes de grande tente, ou sédentaires, sont les plus connus, et seuls, les Touareg gardent encore quelques mystères de leur vie de pirates des déserts.
En Tunisie, 1.800.000 protégés Français sont formés de races dissemblables (israélites, européens et musulmans) parmi lesquels on peut distinguer autant de groupes ethniques qu'il y a eu de conquêtes.
Les peuples les plus divers également s'entassent au long du littoral et notre Afrique Occidentale est le chaos des races. Les Maures, les Onolops, les Mandingues auxquels se rattachent les Bambaras forment le principal élément noir avec les Toucouleurs , plus guerriers que les autres. Il faut encore citer les Peulh ; en Guinée apparaissent des Sousous et vers les forêts de la Côte d'Ivoire sont établis 50.000 Pauhallas.
Au Gabon, il y a des Gabonais, de purs nègres, mais repoussés par les Pahouins , anthropophages.
Au Congo, voici les Loangos qui se tailladent la face, les Batikés ,les Langouassis et les Roubanguis. Ces derniers ne sont pas anthropophages, mais ils battent la région pour s'emparer d'hommes à revendre aux Bougos , qui s'en nourrissent. Consignons également les Sakkarras, dont Bangassou est le souverain. Au total, le Congo, le Sénégal, le Dahomey, la Côte d'Ivoire et la Guinée fournissent près de 18 millions de Français ! A Madagascar, les Hovas, numériquement inférieurs aux Sakalaves, occupent le plateau central, et les uns et les autres atteignent le chiffre de 2.500.000.
Dans l'Inde, nous n'avons pas à dépeindre les Européens, ni les Indiens avec leurs yeux admirables; signalons les Topaz , ou gens à chapeaux : ce sont des métis, métis de Portugais.
Parlerai-je des créoles noirs, blancs, métis des Antilles, ou des habitants de Saint-Pierre et Miquelon ? Il paraîtra suffisant de les avoir indiqués, tant ils sont en relation directe avec nous.
La Guyane Française est notre seule colonie de terre ferme en Amérique. Les types des Galibi sont les plus curieux.
Il ne nous reste que l'Océanie à explorer; les Papous, à tort dénommés Canaques, présentent un type remarquable, grand, noir, chevelu et barbu.
Le même Papou peuple les Nouvelles Hébrides.
Des Iles du Vent et des Iles sous le Vent, hélas ! de l'Eden polynésien, il semble qu'il ne demeure pas grand chose...Tahiti, Papeete.
Dans cette revue de cinématographie, il n'a été fait mention que du pittoresque le plus sommaire, et des sauvages ont été mis sur le même plan ( et même au premier plan) que des Français vraiment Français, quoique sous d'autres latitudes... Et tout cela sans tenir compte de ce qui, des uns et des autres, vient à la France, lui apporte son confort et son luxe...

Je sais tout, magazine encyclopédique de la famille, 15 septembre 1906.