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mardi 19 septembre 2017

Les Hooligans et le chat à neuf queues.

Les Hooligans et le chat à neuf queues.

Les Hooligans, ce sont les Apaches de Londres. Telle est, du moins, la désignation qui sert, de l'autre côté du détroit, à qualifier le mauvais sujet, cette fleur de corruption, qui s'épanouit chez nos voisins comme chez nous.
Ses crimes et sa lâcheté sont les mêmes; comme à Paris, il a son argot spécial que les honnêtes gens ne sauraient entendre. Comme le ruffian des hauteurs de Belleville ou des halles, le hooligan de White-Chapel est un jeune homme, un gamin presque, un dégénéré alcoolique ou fils d'alcooliques. Il porte rouflaquettes et cheveux lissés sous la pommade et son élégance (?) est la même que celle du voyou parisien, avec une petite note britannique en plus: complets clairs et cravate de couleurs au lieu des teintes sombres qu'affectionnent nos Apaches.
Pourtant, il n'est pas, comme à Paris, le roi de la rue. Les policemen londoniens ne le supportent pas. Et la justice anglaise n'est pas désarmée devant lui comme nos tribunaux.
Les Anglais, toujours pratiques, ont vu bien vite qu'un séjour dans les prisons n'était pas pour effaroucher cette catégorie de délinquants. Chez eux, une fausse sentimentalité n'a pas aboli les châtiments corporels, seules peines auxquelles les Apaches pourraient être sensibles. 
Le chat à neuf queues fait trembler à Londres tout ce petit monde interlope.

Comment on corrige l'Apache.

Un de nos confrères qui a eu récemment l'occasion de visiter une maison de correction anglaise, a donné une description détaillée de cet instrument de torture, le mot n'est pas trop fort.
C'est plus qu'un fouet, c'est une arme formidable. "A l'extrémité d'un manche en cœur de chêne est solidement fixée une capsule de cuir de buffle qui s'épanouit en neuf lanières longues, peu flexibles, incassables, et agrémentées par surcroît de quelques nœuds. Dans une main ignorante et débile, un pareil engin serait déjà redoutable; entre les rudes pattes du tortionnaire, c'est pire que le fléau des granges qui sépare les graines de l'épi..."
Le nombre des coups varie selon la gravité du délit. Un seul coup pour les fautes légères, cinquante coups pour les offenses sérieuses, et c'est là le maximum que puisse supporter le patient sans danger de mort.
Le condamné, nu jusqu'à la ceinture est placé sur un chevalet à garrot qui lui immobilise bras et jambes: dès lors, ni les plaintes ni les hurlements n'arrêterons le bras du justicier. Au vingtième coup, il est très rare que le condamné ne s'évanouisse pas de douleur. La peau est taillée à vif par les lanières, le sang ruisselle de tous côtés, et l'on emporte le hooligan à l'infirmerie où l'on panse ses blessures.
Après cela, il y regarde une seconde fois avant d'attaquer les femmes dans la rue ou de décharger son revolver sur les passants inoffensifs, pour faire une blague!...

Mon dimanche, revue populaire illustrée, 26 juillet 1908.