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mercredi 15 juin 2016

Noël à l'hôpital Trousseau.

Noël à l'hôpital trousseau.

Les petits malades de l'hôpital Trousseau ont célébré, dimanche, les fêtes du 25 décembre. Ils n'ont pas attendu que leur calendrier marquât le retour de ces fêtes pour dévaliser les branches d'un sapin géant que le bonhomme Noël avait planté dans une de leurs salles et qu'il avait chargé de bonbons et de joujoux.




Ils voulaient, en effet, dans le décor charmant d'une fête enfantine, faire leurs adieux à un de leurs bienfaiteurs les plus dévoués, un de leurs médecins le plus illustre, M. Cadet de Gassicourt, qui, atteint par la limite d'âge, allait les quitter.
Un magicien célèbre a fait devant eux les tours les plus surprenants, et il a prié les organisateurs de la fête de faire une distribution de jouets qui, au grand étonnement de tout le monde, sortaient du fond de son chapeau. Cette distribution faite au milieu des bravos et des cris de joie, un petit malade, le jeune Bistinguo, a récité un compliment à M. Cadet de Gassicourt. Le savant, en termes émus, a remercié ses petits malades et il leur a promis qu'il les viendrait voir souvent et qu'il ne les oublierait jamais, puis il a demandé qu'on illuminât l'arbre de Noël.
Cela fait, les enfants ont défilé devant le sapin géant que les dames présentes dépouillaient de toutes ses richesses pour les leur distribuer.

                                                                                                                Marcel Edant.

L'Illustration, 26 décembre 1891.

La mode.

La mode.



L'Illustration, 5 décembre 1891.

La compagnie de la Mère-Folle.

La compagnie de la Mère-Folle
                                  à Dijon.



"La ville de Dijon, qui est un pays de vendanges et de vignerons, dit le père Ménestrier, a vu long-temps des spectacles qu'on nommait la Mère-Folle. Ces spectacles se faisaient tous les ans au temps du carnaval, et les personnes de qualité, déguisées en vignerons, chantaient sur des chariots des chansons et des satires, qui étaient comme la censure publique des mœurs de ce temps-là. C'est de ces chariots à chansons et à satires que vient le proverbe latin des chariots d'injures: Plaustra injuriarum.
Cette compagnie subsistait dans les Etats du duc Philippe le Bon avant 1454. On en voit la confirmation accordée cette même année par ce prince par un mandement en vers, dont voici un extrait:

Phelippes, par la grâce de Dieu, 
Duc de Bourgogne, ce bon lieu,
De Loihier (?), Brabaut et Lambourg,
Tenant à bon droit Luxembourg, 
Comte de Flandre, et d'Artois, 
Et de Bourgogne, qui sont trois, 
Palatin de Hainault, Hollande,
Et de Namur, et de Zélande,
Marquis du saint impérial, 
Seigneur de Frise, ce fort val, 
De Salins, et puis de Malines,
Et d'autres terres, près voisines,
...............................................
Voillons, consentons, accordons,
Pour nous et pour nos successeurs,
Des lieux ci-dessus dits seigneurs, 
Que cette fête célébrée
Soit à jamais un jour l'année,
Le premier du mois de janvier;
Et que joyeux fous sans dangier,
De l'habit de notre chapelle,
Fassent la fête bonne et belle,
Sans outrage ou dérision;
Et n'y soit contradiction
Mise par aucuns les plus saiges;
Mais la feront les fous volaiges,
Doucement tant qu'argent leur dure,
Un jour ou deux.........................

Cette pièce est scellée au sceau du duc, en cire verte, aux lacs de soie rouges, verte et clinquant.
Il existe une autre confirmation en vers de la même fête, datée de 1482, et signée par Jean d'Amboise, évêque, lieutenant en Bourgogne, et par le seigneur Baudricourt, gouverneur.
La compagnie dijonnaise était composée de plus de cinq cents personnes de toute qualité, officiers du Parlement, de la Chambre des comptes, avocats, procureurs, bourgeois, marchands, etc. Les assemblées se tenaient ordinairement dans la salle du jeu de paume, et les associés portaient des habillements étranges et bigarrés de couleur verte, rouge et jaune, un bonnet de même couleur à deux pointes, ou deux cornes avec des sonnettes, et ils tenaient en main des marottes ornées d'une tête de fou.
Les charges et les postes étaient distinguées par la différence des habits. Le chef, élu à la majorité des voix, s'appelait la Mère-Folle. Il avait toute une cour comme un souverain, une garde suisse et des gardes à cheval, des officiers de justice et de sa maison, un chancelier, un grand écuyer, et toutes les autres dignités de la royauté.





L'organisation de la compagnie était militaire. L'infanterie, qui était de plus de deux cents hommes, portait un guidon ou étendard, sur lequel étaient peintes des têtes de fous en grand nombre, avec leurs chaperons, et plusieurs bandes d'or.
Ils portaient un drapeau à deux flammes de trois couleurs, rouge, verte et jaune, de la même figure et grandeur que celui des ducs de Bourgogne; au milieu de ce drapeau était peinte une femme assise, vêtue pareillement de trois couleurs, ayant en sa main une marotte à tête de fou, et un chaperon en tête à deux cornes, avec une infinité de petits fous, coiffés de même, qui sortaient par les fentes de sa jupe, avec d'autres bandes d'or.
Quand on se réunissait pour manger, chacun portait son plat. Les cinquante suisses de la Mère-Folle étaient des artisans de la ville qui se prêtaient volontairement à ces jeux.
Dans les occasions solennelles, lorsque la compagnie parcourait la ville, c'était avec de grands chariots peints, traînés par des chevaux caparaçonnés. Les chariots défilaient par les plus belles rues de la ville, et des pièces de vers étaient récitées devant le logis du gouverneur, ensuite devant la maison du premier président du Parlement, et enfin devant celle du maire; tous marchaient en bon ordre, masqués, et avec leurs habits de trois couleurs, suivant leurs offices.





La Mère-Folle montait quelquefois sur un chariot qui lui était particulièrement destiné, et que tiraient deux chevaux seulement. Toute la compagnie précédait et suivait  alors ce char en bon ordre.
Quatre hérauts s'avançaient en tête devant le capitaine des gardes; après eux venaient les chariots, et ensuite la Mère-folle précédée de deux autres hérauts. Elle était suivie de ses dames d'atours, de six pages et de douze laquais, de l'enseigne, de soixante officiers, des écuyers, fauconniers, grands veneurs et autres. La marche était fermée par le guidon, cinquante cavaliers, le fiscal vert et ses deux conseils, et enfin par les suisses.
S'il arrivait dans la ville quelque événement singulier tel que mariage bizarre, querelle, larcin, mystification, etc. aussitôt les chariots sortaient, et l'infanterie était sur pied. Quelques personnes de la compagnie se déguisaient de manière à figurer la scène qui avait causé du scandale dans la ville; et c'est ce qu'on appelait faire marcher la Mère-Folle ou l'infanterie dijonnaise.
Quand quelqu'un se présentait pour être admis dans la compagnie, le fiscal lui faisait des questions en rimes. Le récipiendaire était debout en présence de la Mère-Folle et des principaux officiers de l'infanterie; il devait répondre également en rimes et avec ingénuité, sinon sa réception était différée.
Les formes de la réception consistaient à mettre sur la tête du nouveau confrère le chaperon de trois couleurs, et à lui assigner des gages sur des droits imaginaires. On lui délivrait aussi un acte ou un diplôme. On connait quelques uns de ces diplômes fous rédigés dans des termes burlesques. En voici un exemple:

Acte de réception de M. de La Rivière, évêque et duc de Langres, pair de France.

"Les superlatifs et mirelifiques lopinans de l'infanterie dijonoise, nourrissons d'Appolo et des Muses, enfans légitimes du vénérable père Bontems: A tous foux, archifoux, lunatiques, éventez, poëtes par nature, par beccare et par bémol, almanachs vieux et nouveaux, présens, absens et à venir; salut: Pistolles, ducats, portugaises, jacobus, écus et autres triquedondaines: Sçavoir faisons, que haut et puissant seigneur La Rivière, évêque, duc et pair de Langres, ayant eu désir de se trouver en l'assemblée de nos goguelus et aimables enfans de l'infanterie dijonoise, et reconnoissant capable de porter le chaperon de trois couleurs et la marotte de sage folie, pour avoir en eux toutes les allegresses de machoires, finesse, galantises, hardiesse, suffisance et expérience des dents qui pourroient être requises à un mignon de cabaret, auroit aussi reçu et couvert sa cahoche dudit chaperon, pris en main la célèbre marotte, et protesté d'observer et soutenir ladite folle à toute fin, voulant à ce sujet être empaqueté et inscrit au nombre des enfans de notre très-redoutable dame et mère, attendu la qualité d'homme que porte ledit seigneur, laquelle est toujours accompagnée de folie. A ces causes, nous avons pris l'avis de notredite dame et mère, et avons par ces présentes hurelu, berelu, reçu et impatronisé, recevons et impatronisons ledit seigneur de La Rivière en ladite infanterie, de sorte qu'il y demeure, et soit incorporé au cabinet de l'inteste, tant que folie durera, pour y exercer telle charge qu'il jugera être méritée par son instinct naturel aux honneurs, privilèges, prérogatives, prééminences, autorité, puissance et naissance, que le ciel lui a donnés, avoir pouvoir de courir par tout le monde, y vouloir exercer les actions de folie et y ajouter ou diminuer, si besoin est; le tout aux gages dus à sa grandeur, assignés sur la défaite et ruine des ennemis de la France, desquels lui permettront se payer par ses mains aux espèces qu'il trouvera de mise; car ainsi il est désiré et souhaité. Donné à Dijon."
Si quelqu'un, étranger à la compagnie, avait médit d'elle ou fait tort à l'un de ses membres, il était cité par-devant la Mère-Folle, qui le condamnait pour sa punition à boire plusieurs verres d'eau, à d'autres peine semblables, ou à payer une amende. Il aurait en vain voulut échapper à l'exécution de la sentence. Jusqu'à ce qu'il  se fût soumis, des gardes de la Mère-Folle s'établissaient chez lui, et se faisaient régaler à ses frais par le plus prochain traiteur.
On voit que cette association étendait assez loin son action pour qu'il en pût résulter des abus. Il était difficile qu'elle n'allât pas, en de certaines circonstances, au-delà de ce que permet la raillerie. Et il paraît en effet qu'elle dégénéra, que des impertinences se mêlèrent à ses jeux, et qu'une partie des citoyens de Dijon, fatigués d'être molestés par elle, demandèrent son abolition. Leur pétition fut écoutée sous Louis XIII, comme le prouve la pièce suivante:

Edit qui abolit et abroge, sous de grosses peines, la compagnie de la Mère-Folle de Dijon.

Par édit donné à Lyon, le 21 juin 1630, vérifié et enregistré à la cour, le 5 juillet suivant, il est dit: "Considérant les plaintes qui nous ont été faites de la coutume scandaleuse observée en la ville de Dijon, d'une assemblée d'infanterie et Mère-Folle, qui est vraiment une mère et pure folie; des désordres et débauches qu'elle a produits et produit encore contre les bonnes mœurs, repos et tranquillité de la ville, avec mauvais exemples. Voulant déraciner ce mal et empêcher qu'il ne renaisse si vite à l'avenir, nous avons de notre pleine puissance et autorité royale, abrogé, révoqué et aboli, et par ces présentes signées de notre main, abrogeons, révoquons et abolissons ladite compagnie d'infanterie et Mère-Folle; défendons à tous nos sujets de ladite ville et autres de s'assembler ci-après, s'enrôler et s'associer sous le nom d'infanterie ou Mère-Folle, ni faire ensemble festins pour ce sujet, à peine d'être déclarés indignes de toutes charges de ville dont dès à présent nous les avons déclarés indignes et incapables d'y être jamais appelés; et outre ce, à peine d'être punis comme perturbateurs du repos public."

Le Magasin pittoresque, novembre 1838.

mardi 14 juin 2016

Une nouvelle hypothèse sur l'affaire Lafarge.

Une nouvelle hypothèse sur l'affaire Lafarge.


On sait que la fameuse affaire Lafarge redevient une brûlante actualité, et qu'il est fort possible que l'on arrive à la réhabilitation de la "dame du Glandier".
Aujourd'hui, comme il y a soixante treize ans, les partisans de l'innocence disent, avec une conviction jamais lassée: "Lafarge n'a pas été empoisonné, le chimiste Orfila s'est trompé, donc Mme Lafarge n'est pas coupable."
C'est entendu: mais enfin, supposons que l'on ne puisse pas suffisamment démontrer, au point de vue scientifique, le non-empoisonnement, faut-il donc que la malheureuse Mme Lafarge reste ensevelie sous le poids accablant d'une effroyable accusation?
Eh bien! non. Même si l'on admet que Lafarge a été empoisonné avec de l'arsenic (nous faisons la part belle à l'accusation), même dans ce cas, Mme Lafarge peut parfaitement être innocente! Et c'est en partant de ce point de vue nouveau que nous allons examiner un certain nombre de détails intéressants que l'instruction et les débats ne mirent malheureusement pas assez en relief: lourde responsabilité, soit dit en passant, pour les accusateurs de Mme Lafarge.
Les grandes lignes de l'affaire sont bien connues: dans le courant de 1839, une jeune et charmante Parisienne, très bien apparentée - elle était même cousine de Louis-Philippe- épousait un rustaud limousin, brutal et grossier, un veuf: Pouch Lafarge. 




Six mois après, le 14 janvier 1840, Lafarge décédait.
Le contre-maître de sa forge, Denis Barbier, louche et mystérieux personnage, criait partout que le malheureux avait été empoisonné par sa femme. Celle-ci arrêtée, et, malgré ses angoissantes protestations d'innocence, étaient condamnée aux travaux forcés à perpétuité.
Lafarge avait-il été véritablement empoisonné? Non, disent les partisans de Mme Lafarge; et il semble bien qu'ils aient raison.
Admettons pourtant que de l'arsenic ait été administré: est-ce fatalement Mme Lafarge qui l'a donné? Pas le moins du monde.
Mme Lafarge n'avait aucune raison de faire disparaître son mari, et tout mobile d'intérêt doit être écarté.
En effet, les affaires de Lafarge étaient des plus embarrassées, il frisait même la correctionnelle, et Mme Lafarge avait dû répondre pour 30.000 francs de billets!
Alors, qui a pu verser le poison, si poison il y a?
Deux hypothèses sont possibles, et rigoureusement appuyées sur des faits précis.
D'abord, Lafarge lui-même a parfaitement pu s'empoisonner. Sa situation financière était effroyable, et c'est ce que l'instruction aurait du établir d'une façon précise.
Il laissait un passif de trois cent mille francs, et sa succession fut mise en faillite. Un procès posthume entre cette succession et la famille de sa première femme montra tout l'embarras de ses affaires.
Ce procès montra aussi que cette première femme était morte au bout de sept mois de mariage, exactement cinq jours après la confection d'un testament où elle abandonnait toute sa fortune à son mari!
La ruine de celui-ci n'avait d'ailleurs été que retardée; donc, suicide très possible.
Seconde hypothèse: Lafarge n'avait-il pas dans son entourage, quelqu'un qui fût nettement intéressé à sa disparition?
Si: et ce quelqu'un n'était autre que son étrange contre-maître, Denis Barbier.
Bien étrange, en effet! C'était un ancien marchand de vins, et Lafarge l'avait connu à Paris, en juillet 1839, au moment où il venait dans la capitale pour chercher à se remarier.
La connaissance s'était faite chez un agent d'affaires véreux. Lafarge avait négocié la vente de fonds de vins-liqueurs (lui, un maître de forges habitant à 130 lieues de Paris!) et s'était servi de l'argent, puis, ç'avait été entre ces deux individus toute une série d'opérations louches, de billets de complaisance, etc. et, finalement, Lafarge avait, ramené au Glandier son nouvel ami (?) à peu près en même temps que celle qui était depuis peu Mme Lafarge.
En Limousin, les mêmes relations énigmatiques continuèrent entre les deux hommes, et, au chapitre 49 de ses Mémoires, Mme Lafarge remarque à propos de Barbier: "Il se grisait; et passait tout son temps dans des voyages mystérieux."
Il y a plus. A la fin de cette année, 1839, Lafarge part pour Paris. Barbier vient le rejoindre dans le plus grand secret. Que se passa-t-il alors entre eux? A quelles manœuvres se livrèrent-ils exactement? On ne l'a jamais su.
Mais, quand Barbier revient au Glandier, il laissa échapper ce propos terriblement grave: "Maintenant, c'est moi le maître ici."
En outre, on établit ceci: Mme Lafarge avait prié Barbier de lui acheter une grosse quantité d'arsenic pour détruire les rats qui infestaient le Glandier. Barbier acheta l'arsenic, mais ne le remit pas à Mme Lafarge: alors, qu'en fit-il? Et si vraiment de l'arsenic fut donné à Lafarge, d'où provenait ce poison?
Ajoutons également que, quand Lafarge ressentit ses premiers malaises, c'était pendant son fameux séjour à Paris à la fin de 1839. Et qui se trouvait près de lui, en cachette? Toujours Barbier.
Et qui parla, le premier, d'empoisonnement par Mme Lafarge? Qui parcourut la région en excitant l'opinion publique contre la malheureuse? Qui se montra si abominablement hostile lors des assises, que les autres témoins le surnommèrent "le féroce". Encore et toujours Barbier. 
Faisons remarquer qu'aux audiences du 7 et 8 septembre 1840, des témoins établirent nettement des propos très graves tenus par Barbier; on rechercha celui-ci pour une confrontation: il avait disparu!
Maintenant, quel intérêt pouvait avoir cet homme à la disparition de Lafarge? C'est bien simple: on n'a pas oublié le voyage mystérieux de décembre, où Lafarge et son factotum s'étaient livrés à de louches besognes: Barbier n'avait-il pas grand besoin de faire disparaître un témoin gênant?
Autre chose: Barbier était un besogneux, il n'ignorait point le mauvais état des affaires de Lafarge, il prévoyait bien que l'usine serait, après la mort, revendue bien en dessous de sa valeur: n'avait-il point, là aussi, un intérêt puissant à supprimer son maître, pour le remplacer?
Nous avons eu la curiosité de le suivre un peu dans la vie, et, quatre ans après, nous l'avons retrouvé devant les Assises de la Seine, sous l'inculpation d'abus de confiance. Il fut acquitté, faute de preuves suffisantes, et la Président le félicita de son attitude... dans l'affaire Lafarge!
Il faut lire dans les Heures de Prison,  la façon dont la malheureuse condamnée juge Barbier.
Deux magistrats allemands, Toemme et Noërner étudièrent jadis le procès Lafarge: ils conclurent ainsi: "Nous ne voulons point accuser Denis Barbier, mais nous dirons que nous aurions trouvé, de la part de l'avocat général, une accusation contre lui beaucoup plus fondée que contre Mme Lafarge."
Et dire que celle-ci ne put obtenir que l'on ouvrit une instruction en faux témoignage contre "le féroce".

                                                                                                             Paul Peltier.

Le Magasin pittoresque, 1er août 1913.

Le médecin de théâtre.

Le médecin de théâtre.


C'est toujours un homme aimable, plus dilettante que médecin. Le jour où il est de service est le plus beau jour de sa vie, ou plutôt de sa semaine. Ce n'est pas en sacerdoce qu'il se rend au théâtre; il n'a pas la pensée qu'il remplit un devoir; il n'est pas préparé à l'idée d'une consultation à donner ou d'une ordonnance à libeller. 
C'est un spectateur privilégié entre tous, et rien ne lui est plus désagréable que d'être dérangé au milieu d'un acte pour s'en aller, au foyer, donner secours à quelque dame en syncope ou à quelque bourgeois frappé d'apoplexie. 




Son devoir professionnel, ce jour-là, consistait à applaudir un artiste aimé, à jouir d'une pièce en vogue, et non pas à fourrer de l'éther sous le nez d'un auditeur incommodé par l'acide carbonique.
Toutefois, le médecin de théâtre est heureux quand il est appelé sur la scène pour assister un acteur, et surtout une actrice, entravé par une aphonie subite ou un dérangement imprévu. 





A ce moment, le médecin de théâtre est considéré comme une providence, un oracle, un Deus ex machinâ. Il dépend de lui que la représentation continue. Le directeur, l'auteur, le régisseur, réunis avec lui dans la loge du malade, attendent anxieusement l'arrêt qui va sortir de la bouche d'Hippocrate. Il est l'arbitre de plusieurs destinées et le dispensateur de la recette.
Quand il n'y a pas de malades, le médecin va faire un tour sur le théâtre pendant les entr'actes. Il y est le bienvenu. Les artistes le reçoivent comme un père et profitent de l'occasion pour lui chiper une consultation gratuite.
Le docteur, qui est venu pour s'amuser, ne peut jamais être tout à fait dans la situation. Il reste spectateur, même en consultant. Selon l'artiste qui l'interroge, le médecin entrecoupe ses conseils avec les souvenirs de l'acte qu'il vient de voir jouer.
- Cher docteur, dit le premier comique en faisant une grimace, je souffre d'une dyspepsie pénible.
- Prenez du bismuth, répond le docteur en riant au nez de son malade. Mon Dieu, que vous êtes drôle!





- J'ai aussi une gastralgie!
- Cristi! comme vous dites ça... êtes-vous assez amusant! D'où souffrez-vous.
- De la rate.
- Ah! ah! ah! de la rate... Ça ne sera rien.
- Il le faut. Ma femme et ma belle-sœur ont une loge et tiennent à rire un peu... Ça ira, ça ira!...
Et le docteur et l'artiste se séparent, l'un en crevant de rire et l'autre en se tenant le ventre.
Dans les théâtres de musique, le docteur est un extatique qui, pendant toute la soirée, demeure sous le charme d'un andante bien exprimé ou d'une roulade admirablement exécutée. Ne le consultez pas. Il vous traiterait de travers, vous donnerait de l'ammoniaque pour de l'eau de Cologne et formulerait son ordonnance en si bémol.

Physiologies parisiennes, Albert Millaud, 1887, à la Librairie illustrée, illustrations de Caran d'Ache, Frick et Job.

lundi 13 juin 2016

Le Mont-Dore.

Le Mont-Dore.
(Puy-de-Dôme)



On désigne sous le nom général de Mont-Dore, et non pas Mont-d'Or, une chaîne de montagnes du département du Puy-de-Dôme, montagnes dont la circonférence est d'environ vingt lieues.
La vallée du Mont-Dore est formée par quatre montagnes: à droite, le Rigolet et Lucleigue; à gauche, Langle, d'où sortent les eaux thermales des bains, et Servielle, que le peuple a surnommé l'Ecorchade, à cause des ravins dont elle est sillonnée. 
Les feux souterrains des volcans ont tourmenté, soulevé, bouleversé ces masses énormes; leur aspect est devenu terrible, et leurs noms conservent souvent le souvenir de ces catastrophes épouvantables qui ne s'effacent jamais de la mémoire des hommes. Ici, c'est la vallée des Enfers, plus loin, le chemin du Diable, les Abîmes, etc. C'est surtout à l'automne que ces montagnes reprennent leur aspect sauvage, quand la cime des pins commence à blanchir, quand les redoutables Echirs ébranlent les airs.
Le Rigolet est une montagne à cime ronde, élevée de 230 toises au-dessus du village, couverte de bois et d'énormes prismes de basalte. Les gens du pays l'appellent le Capucin, parce que, parmi ces prismes, il en est un isolé, qui représente assez bien l'aspect d'un capucin enveloppé de son froc.
La vallée s'ouvre du sud au nord, et a près d'une lieue et demie de longueur; elle est terminée par le Mont-Dore, la plus haute montagne de l'Auvergne, et qui donne à la fois son nom, et au village des bains et à la chaîne de montagnes dont il fait partie. Ce mont ferme la vallée de sa large base, s'arrondit autour d'elle en demi-cercle, et, s'élevant par une pente peu rapide, forme un vaste amphithéâtre couvert d'une forêt de sapins. Cette masse imposante, dont la hauteur n'est pas moindre de 512 toises, doit son nom à un faible ruisseau nommé la Dore, qui y prend sa source, non loin d'un autre nommé Dogne. Les deux sources, se confondant dans la vallée, forment ensemble la rivière appelée la Dordogne.
Le lieu d'où s'élance la Dore est un large ravin de forme triangulaire, dont la couleur rougeâtre fait encore ressortir l'éclat argenté de ses eaux. Partout ailleurs, cette riche et sauvage décoration serait admirée, même isolée de tout ce qui l'entoure. Ici, elle ravit, parce qu'elle n'est que le complément d'un tableau magnifique. Cependant cette même cascade, dont le site et les détails, adoucis au loin par l'illusion de la perspective, se montre sous des formes ravissantes; si l'on ne craint pas d'essuyer quelques peines, même de courir quelques risques pour la considérer de près, on la trouvera horrible. Un chemin particulier conduit au Mont-Dore; il est même possible d'arriver à cheval jusqu'à la base du dôme qui le termine, et qu'on nomme le Pic-de-Lacroix. Mais à moins d'être accoutumé au péril des montagnes, il ne faut pas tenter d'escalader le pic. Beaucoup de personnes ne se verraient pas sans effroi sur la pointe de cette quille, entourée de tous côtés de précipices. Il règne sur le Mont-Dore et dans ses environs, un froid très vif; souvent au mois d'août on y voit de la neige qui n'est pas encore fondue.
La gorge où la Dogne prend sa source s'appelle les Enfers, et l'on est forcé d'avouer que, par son aspect effroyable, par les formes affreuses de ses rochers volcaniques, ses énormes morceaux de laves brisées, elle ne mérite que trop bien son nom.
La vallée du Mont-Dore offre aux regards des observateurs les curiosités les plus rares et les plus variées. 




La Dordogne reçoit un ruisseau qui porte le nom de Cascade, et qui forme effectivement la plus célèbre de toutes les cascades de l'Auvergne. Ce ruisseau tombe d'une montagne volcanique, que les eaux ont creusée depuis des siècles; les couches qu'elles ont mises ainsi à découvert nous prouvent qu'elle fut formée par les diverses éruptions d'un volcan.
On peut monter à la cascade en suivant le ravin formé par le ruisseau; la fatigue est extrême, mais combien n'en est-on pas dédommagé! Quand on est arrivé au sommet de la montagne, on voit se déployer une vaste et magnifique décoration; c'est une immense coulée de basalte, qui, haute de 60 pieds, et terminée par une surface plane, est venue sur la montagne s'arrondir en demi-cercle. Cette enceinte ovale est presque aussi régulière, si l'on excepte un endroit qui s'est écroulé, que le plus bel amphithéâtre romain. C'est au centre de l'enceinte qu'est placée la cascade; c'est de cet hémicycle, haut de 60 pieds, qu'elle se précipite, et telle est la violence de sa chute, que les laves sur lesquelles elle tombe la font rejaillir avec tant de force, que, réduite en poussière humide, elle inonde le spectateur, même à une grande distance. On cite encore les cascades de Cureuil et de la Vernière, et les voyageurs ne manqueront pas de visiter le Pic-de-Sancy.
Le village des Bains, par son admirable position, devait offrir le coup d’œil le plus pittoresque, avant d'avoir été gâté par ces froides et plates constructions modernes, espèce de cage à voyageurs, dont les blanches murailles semblent une anomalie si choquante au milieu de cette nature sauvage et vigoureusement colorée. Le village est riche en sources thermales et minérales; il avait attiré l'attention des Romains, qui attachaient tant d'importance à ces sources, qui, outre leur utilité reconnue, emportaient avec elles quelques idées religieuses. Le temps et la barbarie des hommes ont épargné quelques restes des édifices qu'ils y firent élever; mais on n'a aucune donnée positive sur l'époque de ces constructions; on ne peut que conjecturer, d'après le style des sculptures, qu'elles appartiennent au Bas-Empire, et au IVe siècle de notre ère.
Malgré les attaques du temps, malgré le rude climat de la vallée, malgré les orages et les éboulements de la montagne de Langle, le petit bâtiment ou Ædicula, qui renferme la source des bains, est parvenu jusqu'à nous; il a 11 pieds de profondeur, 9 de largeur et 11 d'élévation. Au centre de cette construction, l'eau jaillit en bouillonnant, et sa chaleur est telle qu'elle fait monter le thermomètre à 36° de Réaumur.
Le vaste édifice destiné aux bains, dont la construction n'a été terminée que depuis quelques années, a nécessité quelques réparations, quelques changements dans la forme extérieure de l'Ædicula, dite les Bains de César. Son frontispice a été réparé, et la chaleur de ses eaux modérée par leur mélange avec des eaux d'une température moins élevée.
Il existe encore trois autres sources thermales, celle de Sainte-Marguerite et du Tambour, et le Grand Bain, ou bain de Saint-Jean. Le Grand Bain est situé à 20 pas  des Bains de César; le bâtiment qui le contient est de construction romaine, et dans les travaux exécutés il y a peu d'années, outre un grand nombre de curieux fragments d'antiquité, on a trouvé deux sources abondantes dont la température n'est pas au-dessous de 42 degrés.
Devant le village des Bains est une place au centre de laquelle est une source froide et minérale; à l'extrémité méridionale s'élevait un temple magnifique, dont le nom antique de Panthéon s'est conservé jusqu'à nous. On est parvenu à relever exactement le plan de ce monument. Il paraît que sa façade était ornée d'un fronton soutenu par six colonnes; cette construction paraît dater du Bas-Empire, et cependant tous ses ornements sont d'un goût et d'une délicatesse remarquables.
Les bains du Mont-Dore sont au nombre des plus fréquentés; du 15 juin au 20 septembre, ils reçoivent chaque année plus de deux mille baigneurs, qui pour la plupart, viennent moins pour y chercher la santé que pour y déployer tous les raffinements du luxe, et se conformer aux règles de la mode et du bon ton.

                                                                                                                  E. B.

Le Magasin universel, avril 1837.



L'étalage d'un libraire.

L'étalage d'un libraire.







                   Autrefois                                                            Aujourd'hui

Les Trois Mousquetaires................................................L'Assommoir
Vingt ans après.......................................................................Nana
Le vicomte de Bragelonne.................................................Germinal
Les Mystères de Paris....................................................Paris-Canaille
M. de Camors....................................................................Happe-Chair
Colomba...............................................................................Pot-Bouille
Chronique de Charles IX.............................................Les Gens pourris
Les Chants du crépuscule.............................................Les Blasphèmes
Méditations......................................................................La Muse à Bibi
Jocelyn.........................................................................Autour d'un Clocher
La Croix de Berny.......................................................Contes extra-galants
Sibylle...........................................................................Une affolée d'amour
La Lis dans la vallée......................................................Le Vice suprême
Contes d'Espagne et d'Italie..........................................Contes jaunes
La Fiammina......................................................................Un Cœur fêlé
Les Contes rémois........................................................Les Déliquescences
La Chartreuse de Parme.............................................Le Vice sentimental
Le Rouge et le Noir...........................................................Les Énervées
Sous les Tilleuls.................................................................Les Anémiées
Mimi Pinson.......................................................................La Fille Élisa
La Vie de Bohème...........................................................La vielle Garde
Le Lion amoureux......................................................Le Faiseur d'homme
Les Mariages de Paris.............................................Mémoire de Cora Pearl
Picciola................................................................................L'Hystérique
Le docteur Herbeau..............................................................Le Gaga
Tolla..........................................................................................La Glu
Sacs et Parchemins................................................................Le Suif
Eugénie Grandet.........................................................La Femme à soldats
La petite Fadette.....................................................................La Chair
La Dame aux camélias..........................................................La Teigne
La Médecin de campagne..............................................Charlot s'amuse
Un Homme sérieux.......................................................Mon petit Homme
Graziella........................................................................Ratée (histoire d'hier)
Ursule Mirouët.....................................................................Fille de fille
Paul et Virginie.................................................................Les Concubins





Physiologies parisiennes, Albert Millaud, 1887, à la Librairie illustrée, illustrations de Caran d'Ache, Frick et Job.