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mercredi 23 mai 2018

Les pirates annamites.

Les pirates annamites.

Le courrier de l'Extrême-Orient nous apporte les nouvelles suivantes de nos possessions de l'Indo-Chine:
Le 6 avril, le poste de Binh-Phu, province d'Hong-Yen, occupé par des gardes civils et des Linh-lé, a été attaqué par une bande de pirates dans des conditions assez étranges. Le poste est à deux pas d'un marché, si près qu'il est pour ainsi dire sous la main des habitants qui, d'un saut, peuvent envahir l'enceinte gardée. C'est ce qui est arrivé le 6 avril et voici le récit de cette aventure d'après l'Avenir du Tonkin.
Une cinquantaine de con-gaïs et de bagia, chargés de patates, de légumes de toutes sortes ont pris place au marché. Pendant les deux ou trois premières heures, elles se livrèrent à leur commerce, puis, insensiblement, se rapprochèrent du poste; l'une d'elle essaya de plaisanter avec un linh-lé de sentinelle, caressant son fusil, disant: cai-choum touttot, puis, tout à coup, saisit l'arme, pendant que les prétendues marchandes, qui n'étaient autres que des pirates parfaitement déguisés, s'élançaient dans le poste, revolver au poing. En un clin d’œil, sept fusils à piston et cinq carabines Gras étaient enlevés.
Le caï qui se trouvait dans sa chambre ne perdit pas la tête; il rallia les miliciens encore armés, commanda le feu; quatre pirates dont un chef restèrent sur le carreau; les autres prirent la fuite emportant les armes volées. Pendant la bagarre, cinq ou six personnes auraient été tuées sur le marché.
Les pirates tués laissaient entre les mains des miliciens deux revolvers d'ordonnance.
La petite garnison, n'étant plus en force, se retira à Luc-Dien, mais Binh-Phu fut réoccupé le soir même avec des renforts venus des postes voisins.
Les pirates retirés au village  de Dong-Hao se sont dispersés vers minuit dans les environs.
Il est à remarquer que ce stratagème n'est pas nouveau; le doi-van, qui nous sert actuellement dans la province de Bac-Ninh, s'en est servi plus d'une fois pour surprendre des villages. Les Annamites mâles se déguisent si aisément en femmes qu'il faut s'en méfier dans les régions suspectes.

Journal des Voyages, dimanche 28 juillet 1889.

lundi 20 juin 2016

Au Tonkin.

Au Tonkin.

Notre gravure montre un poste avancé dans les rizières, au Tonkin, et la sentinelle qui veille avec prudence. Nous ne saurions, en effet, être trop aux aguets dans ce pays où les pirates cherchent à continuer leur coupable industrie.





C'est ainsi que le 25 février au soir, sur le fleuve Rouge, en aval de Traihun, une bande du Than-Hoa a attaqué un convoi de 13 jonques, non escorté descendant de Lao-Kaï, avec un chargement de thé, d'étoffes, d'étain et d'espèces, puis un convoi montant de 23 jonques, escortés de tirailleurs.
Cinq jonques ont été coulées, quatre ont été amenées par les pirates dans l'arroyo de Nigoï-tié. Vingt-cinq femmes et enfants ont été enlevés. Plusieurs coolies ont été tués ainsi qu'un tirailleur. On compte également un blessé et deux hommes disparus. Trois mille piastres ont été enlevées.
Une reconnaissance envoyée le 26 février a ramené les dernières jonques. Les villages voisins auraient participé au pillage.
Un télégramme d'Hanoï, du 3 mars, dit que le Doï-Vo et sa bande, cernés dans le village de Giao-Phuny (Nam-Dinh), se sont fortifiés dans une maison où, après une résistance acharnée de plusieurs heures, ils ont été anéantis par le feu de la troupe. Le cadavre carbonisé du Doï-Vo a été reconnu; vingt et un autres gisaient à côté de lui. Trois miliciens ont été tués et trois autres blessés
Ce résultat considérable aura pour effet de mettre fin aux nombreux actes de brigandage qui désolaient les six huyens de la province de Nam-Dinh.

Le Petit Moniteur illustré, dimanche 27 avril 1890.

mardi 22 septembre 2015

Exécution de pirates chinois.

Exécution de pirates chinois.

Le 10 mai dernier, avait lieu à Kow-Loon, village de la côte de Chine et sur le rivage même qui fait face à l'île de Hong-Kong, l'exécution de dix pirates chinois. Leur crime, ou plutôt leur tentative criminelle mérite d'être racontée.
Au mois de novembre de l'année dernière, le steamer Namoa, de la Compagnie Douglas-Laprack, partait de Hong-Kong pour un voyage ordinaire vers les ports du Nord. Le Namoa, outre une forte cargaison d'opium, emportait un certain nombre de groups de piastres. Parmi les passagers se trouvaient une dizaine de bons apôtres à l'air candide et doux qui, comme les autres, avaient payé leurs places.
Tout à coup, dans la nuit, alors que le Namoa avançait à petite distance de la côte, les bons apôtres se sont transformés en forbans. Se précipiter sur l'homme de barre et le terrasser, empoigner l'officier de quart sur sa passerelle, fut pour eux l'affaire d'un instant.
Ils avaient déjà, à la faveur du tumulte et de l'obscurité, mis le bord au pillage, lorsque la défense s'organisa. Les dix pirates ne tardèrent pas à être acculés à l'arrière et, ne trouvant que cette route libre, sautèrent dans la mer. La proximité de la côte leur permit de gagner la terre à la nage. Malheureusement, il y a des juges, parait-il, même en Chine. Saisis et passés en jugement, ils viennent, par une exécution à laquelle on a voulu donner un grand retentissement, d'expier leur crime.
L'exécution a eu lieu à l'endroit même où ils ont touché terre et vis-à-vis de celui où le crime a été commis.



Après un solennel jugement, affiché dans toutes les provinces de l'empire, les pirates ont été amenés de la prison à Kow-Loon en grande pompe, accompagné du Tao-taï (préfet) de la province et des autorités. Là, après lecture du jugement, on les a fait agenouiller sur une ligne, à deux mètres les uns des autres, et en dix coups de sabres leurs têtes roulaient par terre à côté des corps.



Comme tout bon chinois, ils sont morts sans même pousser un soupir, avec ce mépris particulier de la vie, cette assurance tranquille de l'homme pour qui la vie n'est rien. Notre première photographie, fait au moment même de l'exécution, traduit ce sentiment avec une singulière éloquence.
Quant aux autorités, il est bien possible que la haine de l'étranger innée chez le Chinois ait momentanément seulement cédé à la peur et que cette exécution, malgré la pompe dont elle a été entourée, ne porte aucun fruit.

L'Illustration, samedi 4 juillet 1891.

vendredi 6 septembre 2013

Nouvelles de nos colonies.

La repression de la piraterie au Tonkin.

Un des principaux chef pirate de la province de Bac-Ninh possédait 300 man de riz, prêts à être récoltés. Le tong-doc, pour ne pas laisser augmenter les ressources d'un ennemi, résolut de faire faire la récolte sous ses yeux par des coolies, protégés par ses soldats. Comme il arrivait sur les lieux, il vit venir à lui un grand nombre de pirates, parfaitement déguisés en linh-tap, qui s'approchèrent en faisant les saluts d'usage et en se prétendant envoyés en renfort par le poste de Luc-Dien.
Arrivés à quelques pas, ils épaulèrent leurs armes et firent feu à bout portant sur le tong-doc et ses compagnons. Vingt-sept gardes civils, parmi lesquels un adjudant français, restèrent sur le carreau. Les autres s'enfuirent. Le tong-doc n'a pas été atteint et a pu se mettre en sûreté à Bac-Ninh.
La poursuite des pirates continue vigoureusement dans la province de Bac-Ninh.

Journal des voyages, dimanche 27 janvier 1889.

Nota de Célestin Mira, moine copiste : j'ignore ce qu'est un man (de riz !), si un lecteur aimable ou une lectrice charmante pouvait combler mon ignorance, j'en serais ravi.