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dimanche 22 décembre 2013

Hygiène des enfans.

Hygiène des enfans.

M. Charles, médecin, appelle l'attention de toutes les mères sur une négligence dont elles ignorent les graves conséquences. Il a remarqué que, depuis quelques années, les mères de famille et les nourrices rejettent trop légèrement, et trop tôt, de l'habillement des enfans en bas âge, l'usage des bourrelets. Ces coussins en baleine ou en osier couronnant la tête de ceux-ci, tendent à amortir les vives commotions cérébrales que déterminent les chutes fréquentes auxquelles les expose leur démarche incertaine et vacillante, au temps où ils essaient leur forces et commencent à marcher.
La pratique médicale, aidée de l'anatomie pathologique, atteste que trop souvent des congestions sanguines cérébrales, des paralysies, des inflammations de la substance même du cerveau, ou de ses enveloppes, suivies d'abcès rapidement mortels, n'ont pas d'autres origine; ces affusions graves commencent d'abord par une irritation sourde et lente; elles donnent ensuite naissance à des transformations de tissus, qui amènent enfin  des convulsions, l'épilepsie, le tétanos, la léthargie, l'idiotisme et une foule d'autres affections, dite nerveuses, continues ou intermittentes, contre lesquelles l'art devient impuissant.

Journal des Connaissances Utiles, Février 1833.

Principes utiles à la conservation de la santé.

Principes utiles à la conservation de la santé, selon la constitution, le sang, l'âge et la saison.


1- L'alimentation ne doit pas être uniforme. On a besoin de varier les substances qu'on livre à son estomac, afin qu'il s'habitue  à leurs diverses impressions, mais on ne doit point user à chaque repas d'une grande variété de mets.
2- Les mets qui excitent immodérément l'appétit ruinent les meilleures constitutions.
3- Gardé trop long-temps, le meilleur pain s'altère. Le pain chaud est indigeste; le pain bis est moins nourrissant que le pain blanc; celui qui contient du son moisit promptement; le pain de froment est le meilleur.
4- Les alimens tirés du régime animal sont plus nourrissants que les autres. La chair de poisson est moins nourrissante. La viande des jeunes animaux contient moins de sucs nutritifs que celle d'animal parvenu à son entier développement.
5- Les alimens féculens sont de facile digestion, nourrissent beaucoup; combinés avec certaine quantité de viande, ils forment une excellente nourriture. Les végétaux herbacés sont peu nutritifs. Les fruits le sont moins encore; l'on doit s'en abstenir lorsqu'ils ne sont pas bien mûrs.
6- L'eau est le meilleur dissolvant, celle des fleuves ou des rivières est la plus convenable à l'usage alimentaire.
7- On peut faire plusieurs repas dans la journée, mais, avant d'en commencer un autre, il faut toujours attendre que la digestion des repas précédens soit faite, et, pour cela, quatre heures au moins sont nécessaires. Les enfans doivent manger plus souvent que les adultes et les vieillards, parce qu'ils besoin de croître, tandis que les autres n'ont qu'à réparer les pertes qu'ils ont faites.
8- Que tout changement d'alimentation ne se fasse que graduellement: des alimens peu sains, mais auxquels l'estomac est habitué, sont souvent préférables à une nourriture plus salubre dont on n'a pas l'habitude.
9- Le vieillard fera plusieurs repas dans la journée, ne fatiguera pas son estomac. Un seul repas par jour expose à de fréquentes indigestions. C'est à la vieillesse que les excès dans les alimens et les liqueurs fortes sont surtout nuisibles.
10- Celui qui est doué d'une forte constitution n'a pas toujours un bon estomac. Lorsque l'on ne ressent pas des besoins irréguliers qui indiquent une grande sensibilité de l'estomac, ou de l'aversion pour les alimens, ce qui annonce de l'inertie dans cet organe, lorsque l'on respire facilement, que l'on a ni coliques ni borborygmes, on est en état de bien digérer.
11- L'homme robuste doit prendre des alimens tenaces, qui excitent les organes de la digestion, stimulent et soutiennent l'organisation.
12- Le régime des personnes robustes doit être très-varié. Sans se livrer à des excès, elles doivent changer fréquemment leur manière de vivre.
13- La nourriture des sujets faibles, infirmes, valétudinaires, doit être substantielle, légère, prise en petite quantité plusieurs fois le jour. Les végétaux flatulens ne leur conviennent pas. point de substances grasses, visqueuses, pesantes. Exercice modéré, bains tièdes, bains frais. Frictions sèches sur la peau. Se coucher de bonne heure, au midi de préférence à toute autre exposition, se lever matin, se coucher de nouveau si l'on est fatigué, éviter le froid du matin et du soir, le soleil du midi, les vapeurs et les brouillards, ne jamais travailler immédiatement après les repas.
14- La nourriture animale convient dans le Nord, et pendant les saisons froides. Les habitans des pays chauds se trouvent mieux des substances végétales. Régime mixte dans les climats tempérés.
15- En hiver, on peut faire usage d'alimens forts, excitans, qui exigent une forte action de l'estomac, de boissons stimulantes. Dans cette saison les forces digestives ont leur plus grande énergie; l'estomac doit être fortement exercé afin qu'il puisse donner aux autres organes la force de résister à l'impression du froid; on dort et on mange plus que dans les autres saisons. Aussi, vers la fin de l'hiver, doit-on se mettre un peu à la diète, car la surabondance de sang, à cette époque, dispose aux inflammations pour le printemps.
16- Le printemps est la saison de la végétation. Le sang, déjà en excès, circule avec plus d'activité. On doit diminuer sa nourriture; user, de préférence des alimens végétaux; boire moins de vin qu'en hiver, qu'il soit plus léger et mêlé d'eau. Les constitutions sanguines sont le plus exposées aux inflammations à cette époque. Il faut éviter le passage subit du chaud au froid, d'un exercice violent à un repos complet; ne point quitter trop tôt les habits d'hiver.
17- L'été active le système veineux, la sécrétion de la bile. C'est alors que l'on doit faire usage des viandes blanches, de la chair des jeunes animaux, de légumes et de fruits, ne boire que peu de vin mêlé à de l'eau fraîche, user des assaisonnemens avec modération. Les alimens compactes, les viandes grasses et visqueuses, les exercices violens sont très-nuisibles pendant la grande chaleur. Un usage modéré des fruits, les bains frais et les boissons rafraîchissantes sont de la plus grande utilité.
18- L'automne est accompagné de changemens brusques de température. Aux approches de l'hiver il faut revenir peu à peu à l'usage des viandes, à une alimentation et aux boissons toniques. Usez encore de végétaux, surtout, si l'été a été chaud. Que les vêtemens soient plus chauds vers la fin de l'automne. Enfin, suivant l'irrégularité des saisons, il faut observer les préceptes précédens. Souvent on est obligé, le même jour, de laisser des habits légers pour en prendre des plus chauds; que la nourriture soit également appropriée à l'état atmosphérique.
19- Les personnes d'un tempérament sanguin bilieux ne doivent user de viandes que modérément. Les végétaux leur conviennent beaucoup mieux. La vie de l'homme sanguin doit être variée, et s'il n'a pas de dispositions marquées pour la pléthore (disposition à devenir trop gras), il peut faire usage de tous les alimens et de toutes les boissons.
20- Celui chez qui le sang surabonde dois prendre des alimens peu nourrissans, des boisson rafraîchissantes; qu'il prenne un exercice modéré; qu'il s'abstienne de vin pur, de liqueur, de café; les viandes blanches, les herbes potagères, les fruits doivent faire la base de son régime. Si l'on est pléthorique, il faut éviter les alimens succulens, gras, huileux, assaisonnés; ne boire que peu de vin, jamais pur; préférer les végétaux et les viandes blanches.
21- Le sujet bilieux doit suivre ce dernier régime, éviter les épices, touts les stimulans; les acides lui conviennent; le lait ne lui est pas avantageux; point de graisse, point de viandes noires, de fromages, d'alimens doux, sucrés, mielleux; peu de vin ou mêlé à beaucoup d'eau; exercice modéré, sommeil prolongé.
22- Le sujet nerveux s'abstiendra d'alimens visqueux, de légumes farineux, de pâtes non fermentées de mets d'une digestion difficile, d'assaisonnemens excitans; qu'il mange du pain bien levé, bien cuit, des viandes blanches, gélatineuses, telles que le veau, l'agneau, la poule, le poulet; des herbages, des fruits; qu'il boive un vin léger, de la petite bière ou un cidre bien paré, peu chargé; point de viandes noires, bœuf, pigeon, gibier, etc., exercice léger, par une température modérée et peu humide; fréquentes distractions.
23- Les lymphatiques ne doivent pas beaucoup se nourrir de végétaux, les plantes réputées antiscorbutiques, diurétiques, leur conviennent; point d'alimens gras, visqueux ou provenant de jeunes animaux; pas de poisson, de farineux, de légumes féculens; qu'ils mangent des viandes riches en fibrine, du bœuf, du mouton, du gibier, etc.; qu'ils usent, mais sans excès, de vins généreux, de liqueurs spiritueuses, d'assaisonnemens; l'exercice, surtout par une atmosphère sèche et chaude, est indispensable; l'oisiveté suffit pour rendre lymphatique; il leur faut un régime tonique, un sommeil léger, l'air des montagnes.
24- Peu de viandes aux enfans et aux jeunes gens; les légumes, les racines, les herbages, les fruits leur conviennent; un vin léger trempé, mais pas de boissons spiritueuses. A mesure que la vie s'avance, il faut une nourriture plus tonique, plus réparatrice;
25- A peine l'organisme a-t-il atteint son point de perfection que bientôt il marche vers la décadence. La vieillesse ordinairement commence vers soixante ans. Après soixante-dix ans commence la décrépitude. Dans le premier cas où un homme est encore vert, qu'il évite les liqueurs fortes, les épices, l'abus de la table, les exercices violens, les passions vives; manger peu, surtout le soir, peu de viandes noires, pain bien cuit; végétaux nourrisans; vin vieux et généreux, pris modérément; point d'alimens gras, farineux, pesans.
26- A mesure que l'on avance en âge, on doit mener une vie sobre, régulière, tempérante.Tout doit être réglé, occupations, repas, excrétions, exercice, repos, sommeil. Porter de la laine ou de la flanelle sur la peau; éviter l'impression du froid, les sueurs abondantes; prendre quelques bains tièdes afin de faciliter les sécrétions.
27- L'éducation que l'on donne aux femmes les fait différer presque entièrement de l'homme. d'une constitution plus faible, plus irritable, elles ont toujours à craindre des maladies nerveuses. Leur régime se rapproche de celui de la jeunesse. Point d'alimens difficiles à digérer, pas de stimulans, d'épices, de café, de liqueurs; mais des viandes blanches, des végétaux, etc.
28- La femme qui mène une vie active, dont le physique et le moral se rapproche de l'homme, doit suivre le régime qui a été indiqué pour celui-ci, sauf les précautions qu'exigent les différens états qui sont particuliers à son sexe. La vieillesse est plus hâtive chez les femmes, mais ses progrès sont plus lents.

                                                                                                      Magistel, D. M.

Journal des Connaissances utiles, février 1833.

samedi 21 décembre 2013

Héroïnes par amour.

Héroïnes par amour.

Alors que les écrivains français s'ingénient à démonter le mécanisme de la "petite femme" boulevardière, malfaisante et bête, les romanciers anglais, américains, s'efforcent au contraire, de tracer les pures images de celles qui se haussent jusqu'à l'héroïsme pour continuer leur affection, leur tendresse à l'homme aimé. Sans doute les femmes qui se dévouent à leur foyer sont nombreuses, mais leur roman intime ne passionnerait pas des lecteurs nourris d’œuvres aux pages tragiques. Les conteurs étrangers ont donc empruntés à la vie réelle des exemples particulièrement brillants de courage et d'énergie accomplis par celles qui aiment.
C'est ainsi que le roman de Robert-Louis Stevenson: La plage de Falaise, si goûté des jeunes anglo-saxonnes, fut inspiré par une histoire vraie, une histoire de petite sauvage amoureuse, véritable héroïne de Loti.
Elle se nommait Lélua, une petite fille-fleur des îles Hawaï. Un jeune blanc vint chez les sauvages, un Américain, Macpherson, charmeur de serpents, preneur d'oiseaux rares. Elle l'aima pour sa force, la brusquerie de ses manières, ses allures d'homme supérieur, de civilisé.
Macpherson voulut bien accepter l'hommage de cette petite femme-enfant, au nom chantant, au corps frêle et souple, à l'âme toute simple et bonne. Et ils firent leur nid de branches et de feuilles.
Peu après leur union, l'homme civilisé fit preuve de sa supériorité morale, battant Lélua, l'obligeant à dépouiller les siens à son profit. Puis dès qu'il eut amassé quelque argent, le trafiquant abandonna sa femme pour continuer sa vie d'aventures. Et la petite sauvage demeura seule, méprisée des gens de sa race, regrettant le blanc brutal et alcoolique.
Cependant Macpherson atteint de la lèpre, fut relégué par les hommes de sa couleur sur un morceau de terre ses îles Molokaï, un rocher désert, un coin à pourrir.
Lélua apprit la détresse de l'aimé. Aller vers lui, c'était vouloir une mort affreuse, une lente agonie, l'émiettement hideux d'un être si joli. Elle s'embarqua sur un canot poussé par les siens vers ce lieu maudit. Puis, les rameurs refusant d'approcher l'homme pestiféré, elle se mit à la mer, nagea vers son destin.
Son amour de femme simple, "naturelle", n'est-il pas supérieur moralement à celui qui conduisit la princesse Henriette de Lichtenstein dans un couvent de bénédictines, niché dans une fissure des Pyrénées espagnoles?
Cette grande dame aimait un lieutenant de dragons, pauvre et de sang "peuple". Le jeune officier avait pu lui faire connaître qu'elle pouvait disposer de sa vie. Mais l'"adorée" ne pouvant épouser l'homme qu'elle avait choisi, ne sut qu'abandonner son titre, son rang, sa fortune, pour quitter un monde détesté. Elle eut assez de force pour se suicider moralement mais ne songea pas un instant à conquérir la liberté et vouloir la vie à deux, aventure que tentent chaque jour les bêtes les plus faibles de la création.

Une grande amoureuse.

Sous le règne de la terrible Elisabeth de Russie, une grande dame russe montra, par amour de son mari, une vaillance digne d'être célébrée par quelque poète épique.
Un homme d'état, Lapoukine, avait mérité, pour des raisons politiques, la haine de l'impératrice. Il fut envoyé aux mines de Sibérie. Sa femme Thérèse Lapoukine sollicite de la souveraine l'autorisation de le suivre en exil. Cette faveur lui fut refusée.
- Conseillez à votre maîtresse de m'accorder la grâce que je sollicite, déclara la femme du déporté à l'envoyé d'Elisabeth, sinon, je me vengerai. Je la sais cruelle et perfide, mais je fais le serment, si elle repousse ma requête,  de dévoiler, à tout venant et en tous lieux, certaine aventure scandaleuse où fut compromis la dignité de la couronne. Et je me pique d'étonner ceux-là même que rien ne saurait surprendre en ce qui concerne les mœurs de notre souveraine.
Le propos fut transmis tel quel à Elisabeth. La grande impératrice était incapable de clémence, malgré son beau commerce d'esprit avec tous les philosophes humanitaires. Elle maltraita fort le rapporteur de cette insolence et dit furieuse:
- Je saurais bien faire taire la pécore.
Le jour même, une troupe de soldat envahissait la maison des Lapoukine, s'emparait de Thérèse et l'entraînait vers une place publique. Le bourreau attendait la victime qui lui avait été promise. La noble femme fut fouettée devant le populaire et on lui arracha la langue.





Son mari, ramené de Sibérie, partagea la prison souterraine où la martyre de l'amour conjugal, se traînait sur la paille, sanglante et mutilée.
Par la suite, il est vrai, Pierre III, apitoyé ou redoutant quelque rébellion  des grandes familles russes, rendit la liberté aux victimes d'Elisabeth et leur offrit sur sa cassette un million de roubles et de vastes terres près d'Ustillich.
L'immense fortune actuelle des Lapoukine fut méritée par la bravoure d'une grande amoureuse.

La reine de San-Francisco.

C'est dans le merveilleux roman de la vie réelle que l'écrivain américain Bret Harte a rencontré "Miggle" l'héroïne par amour bien connues des lectrices du nouveau monde.
Elle se nommait Kalamadzoo-Kate, ce qui veut dire Kate de Kalamadzo (Michigan). Nous avons eu, en France, des demoiselles Émilienne d'Alençon ou d'autres lieux!
Au moment où la vieille Europe envoyait ses enfants les plus hardis conquérir les trésors de l'Eldorado, Kate régnait par son esprit et sa beauté sur tout un peuple de chercheurs d'or. C'était l'idole de ces rudes chevaliers d'aventure.
Les bijoux les plus rares, les équipages les plus somptueusement harnachés, les toilettes les plus riches appartenaient à Kate, par droit de séduction. On pardonnait à Kate toutes les extravagances. Elle était la grâce de ce temps de barbarie où l'on se disputait l'or à coups de pioche et à coup de couteaux.
Un jour, Kate disparut, abandonnant toutes ses richesses en la demeure presque impériale que lui avait offert le plus récent de ses adorateurs. San-Francisco pensa que sa reine courait le monde en incognito, pour la satisfaction de quelque caprice passager et futile. Mais il lui fallut déchanter, Kate ne revenait pas reprendre le sceptre de l'élégance. Était-elle devenue captive de flibustiers? Était-elle morte dans quelque rixe allumée par ses beaux yeux de conquérante d'hommes?
On apprit, enfin, par un mineur venu du Nord, que la reine des chercheurs d'or était devenue serveuse dans une mauvaise auberge, non loin de Kalamadzo, lieu de son origine.
Kate avait appris que son ancien fiancé, devenu paralytique, vivait dans un dénuement absolu. Et l'amour d'autrefois avait refleuri si bellement dans l'âme de cette grande coquette qu'elle avait quitté son peuple de courtisans pour venir en aide à l'élu de ses quinze ans. La souveraine de San-Francisco, Kate-l'idole, lavait la vaisselle, servait les voyageurs de mince importance pour gagner les dollars qui faisaient vivre l'infirme. 




Et l'homme, ne pardonnant pas l'ancienne trahison, devenu coléreux, brutal, employait ses dernières forces à frapper le tendre visage penché sur sa souffrance, sur sa détresse.
Mais Kate continua son oeuvre de consolatrice jusqu'au bout. Puis son fiancé mort, elle mourut doucement, faute de n'avoir plus à l'aimer.
Quelle merveilleuse source de puissance que l'amour, forme la plus parfaite de la vie, qui transforme de faibles femmes, de futiles "petites femmes" en héroïnes plus admirables que les plus grands conquérants!


Mon Dimanche, Revue populaire illustrée, 14 juin 1903.

Corps et âme.

Corps et âme.

Il faut que le corps ait de la vigueur pour obéir à l'âme: un bon serviteur doit être robuste. Je sais que l'intempérance excite les passions; elle exténue aussi le corps à la longue: les macérations, les jeûnes produisent souvent le même effet par une cause opposée. Plus le corps est faible, plus il commande. Plus il est fort, plus il obéit. Toutes les passions sensuelles logent dans des corps efféminés.

                                                                                                                            J-Jacques.

Mon Dimanche, Revue populaire illustrée, 14 juin 1903.

vendredi 20 décembre 2013

La jeune dame et le cocher.


La jeune dame et le cocher.

Un instantané de la vie parisienne, pris au vol, en mai dernier; une de ces scènes rapides comme il s'en joue encore dans les rues de ce Paris si calomnié, où, quoi qu'on en dise, il se trouve encore de galants hommes pour protéger, et au besoin défendre les jolies femmes.
Il fait un temps de chien, la pluie et le vent font rage. Un fiacre s'arrête, au bord du trottoir, en face d'un grand magasin. Une jeune femme très élégamment habillée, s'apprête à en descendre; elle a des gants blancs comme c'est la mode aujourd'hui. Elle jette un regard navré sur la portière qui est toute éclaboussée d'eau sale, sur le marchepied où la bottine va enfoncer dans un épais lit de boue, sur la poignée qui est humide et maculée.
Elle a fort à faire de ramasser sa jupe autour d'elle, de déployer son parapluie, de se couler hors de la voiture, sans gâter sa toilette. Elle avait dans sa main le prix de la course. Elle le tend au cocher, et, au moment de partir, elle s'aperçoit que la portière est restée ouverte. C'est comme un mouvement instinctif chez la Parisienne. Elle saisit délicatement la poignée, à l'endroit qui lui semble le plus propre, et essaye de la fermer. La portière résiste. La dame insiste, et, après deux ou trois essais infructueux, elle arrive à fermer cette portière récalcitrante.
Elle s'éloigne en contemplant, avec une petite moue boudeuse, son gant tout mouillé qu'étoilent une ou deux petites taches.
Et cependant, le cocher s'évertuait, frappant à tout de bras sa rosse, à mettre la voiture en branle. Le cheval, sous un dernier coup de fouet se décida et partit, donnant au fiacre une secousse brusque. La portière, mal assujettie sans doute, se rouvrant, alla battre contre un candélabre et se brisa.
Le cocher, furieux, se jette à bas de son siège, court après la dame, la rattrape et se met à l'invectiver. Croiriez-vous qu'il a l'impudence de lui réclamer le prix de la portière en morceaux?
La dame, épouvantée, ahurie, filait du pas rapide de la Parisienne, sans répondre un mot, toujours suivie du butor qui l'accablait d'injures.
Il allait porter la main sur elle...
Heureusement, la dame était jeune et jolie. Un monsieur qui passait prit fait et cause pour elle, menaça l'automédon du sergent de ville, le poussa jusqu'à la voiture, et, saluant celle qu'il venait de protéger contre les brutalités de ce drôle, il s'éclipsa et disparut.
Elle le suivit un instant de l’œil, avec un petit air de dire:"Ce monsieur est vraiment bien poli, bien poli!... C'est dommage..."
Quelle jolie petite scène à mettre en vers! Coppée ne l'eut pas manquée, il y a dix ans.

Mon Dimanche, Revue populaire illustrée, 14 juin 1903.

Comment les poules parlent entre elles?

Comment les poules parlent entre elles?

Il faut avoir la passion de la science pour se rendre dans les grandes forêts de l'Afrique et s'enfermer dans une cage à barreaux de fer afin de nouer des relations suivies avec des chimpanzés et des gorilles en général peu disposés à entrer en conversation, tandis que les poules sont d'un abord facile et résistent rarement à la séduction d'une poignée de mil. Quel agréable moyen  d'échapper à la monotonie et à la solitude de la vie rurale que d'avoir de fréquents entretiens avec le coq de la ferme, de se mêler au caquetage des poules, d'être immédiatement informé de l'impression que les dernières nouvelles du village ont produite dans le monde des basse-cours.

 Le professeur fait cocorico.

C'est ce qu'à tenté de faire le professeur Hamerik, de l'Université de Baltimore.
Il a commencé par étudier les allures, les attitudes et les mouvements des poules.Comme elles, il sautille, penche la tête vers la terre, puis la relève et la tourne brusquement d'un côté; il frappe violemment le sol, d'abord une seule fois du pied gauche, puis trois fois du pied droit, comme s'il voulait creuser dans un massif de fleurs une de ces excavations qui fait le désespoir des jardiniers.




Après avoir réussi à exécuter cette pantomime, le célèbre professeur a essayé d'imiter le chant du coq. En se livrant à cette étude, il a fait une découverte inattendue. Il a constaté que sur cent coqs, on n'en rencontre pas deux qui chantent de la même façon. Chacun de ces artistes sait donner un cachet individuel à une mélodie dont le thème général est à peu près uniforme. On se fait une idée de degré de perfection que peut atteindre un élève qui a suivi les cours de cent maîtres indifférents. M. Hamerik lance le cri du coq avec une habileté magistrale qui lui assurerait d'éclatants succès, s'il avait la fantaisie de fréquenter les réunions publiques de Paris.
Un homme qui sautille à la façon des gallinacés et sait attirer autour de lui, par des gloussements modulés avec art, les petits poulets qui croient entendre l'appel de leur mère, ne peut être considéré comme un étranger par les hôtes d'une basse-cour.

Comment les poules apprennent l'alphabet.

Quand la glace fut suffisamment rompue, M. Hamerik a pensé que le seul moyen de découvrir les secrets d'un vocabulaire, était d'enseigner aux poules quelques rudiments de la langue des hommes. Il se flattait de se faire peu à peu comprendre de ses élèves en attendant qu'un heureux hasard lui permit de deviner ce qu'elles disaient.
Il a procédé de la même façon que M. Jourdain, il a commencé par les voyelles. Dans sa basse-cour, il a choisi cinq cochinchinoises qui se distinguaient par leur intelligence et il leur a donné les noms de : Pat, Kèt, Kent, Pit et Pot. Puis il a essayé de les habituer à lui répondre quand il les appellerait.



Cette expérience a donné des résultats imprévus. Lorsque M. Hamerik appelait Pat, la poule interpellée n'arrivait jamais seule, ses trois camarades, Pit, Kent et Kèt se faisaient un devoir de l'accompagner. Il en était de même s'il prononçait le nom de Pit et Kent, les quatre cochinchinoises arrivaient en même temps.
Seule, Pot ne bronchait pas.
Lorsque le professeur l'appelait, elle arrivait en sautillant, avec la satisfaction d'une poule qui a mérité le premier prix d'alphabet.
De cette expérience, M. Hametik conclut que les poules ne savent pas distinguer les sons de a, de è, de eu, de i, tandis quel'o, produisait sur leur ouïe une impression toute particulière.

Le langage des poussins.

Un autre professeur de Baltimore, M. Morgan a noté sur le vif, pendant treize jours de suite, les faits et gestes d'un certain nombre de poulets couvés par des moyens artificiels et isolés de tout contact avec les autres être vivants, à l'exception de l'homme. Ces orphelins qui n'avaient jamais entendu le chant d'un coq ni le gloussement d'une poule, se sont mis à parler tout seuls la langue originelle de leur espèce, sans avoir eu besoin d'aucun maître.
Un tout petit piaulement indique une satisfaction discrète, tandis que des notes basses, à la fois redoublées sont le signe de la joie la plus intense qu'un jeune volatile puisse éprouver ici-bas, pendant les premiers jours de son existence.
Le signe d'alarme est un cri tout spécial, impossible à définir. Les poussins le font entendre chaque fois que leurs regards sont frappés d'un spectacle dont ils n'ont pas l'habitude: une guêpe qui bourdonne, un ver de terre de grande dimension, et même un morceau de sucre déposé sur le sol, leur inspire, au début, une égale frayeur.
Des notes plaintives et doucement réitérées sont l'indice de la faim. C'était par ce refrain que M. Lloyd Morgan était accueilli matin et soir lorsqu'il apportait de la nourriture à ses petits élèves.
Lorsqu'un poulet, âgé d'une quinzaine de jours est appréhendé malgré lui, par une main inconnue, il lance un cri strident; mais ce signe d'une contrariété très vive ne doit pas être confondu avec les appels de détresse qu'il pousse dans le cas où il est séparé de ses frères, et où il se croit abandonné, seul, à son destin. Les deux professeurs de Baltimore ont remarqué que les poules ont un penchant marqué pour le bavardage. Quand elles sont seules, elles chantent parfois, mais elles ne parlent jamais. Elles prennent leur revanche lorsqu'elles sont réunies et il n'existe pas dans la création de commères plus incorrigibles.

                                                                                                             G. Labadie-Lagrave.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 14 juin 1903.

jeudi 19 décembre 2013

Le carnet de Madame Elise.

La fâcheuse routine.


Je connais un philosophe sceptique et désabusé qui formule ainsi le résultat de ses longues observations sur l'humanité: "il y a peu d'individus capables d'avoir une idée personnelle par jour; tous les autres se laissent guider dans leurs pensées, comme dans leurs actes, par l'habitude, la routine, l'exemple."
Son affirmation est malheureusement exacte; les personnes qui pensent par elles-mêmes, qui débarrassent leurs jugements des idées préconçues, des vérités toutes faites ou des opinions accréditées sans contrôle, sont rares.
Dans bien des cas, cette docilité paresseuse est sans importance; qu'on se fasse bâtir un hôtel semblable à celui de M. X..., qu'on mange les bananes comme M. Y..., voilà qui est fort indifférent. Il est bien naturel que les travailleurs et les timides laissent aux dilettantes imaginatifs la tâche de décréter ce qui est de bon goût ou de bon ton et qu'ils marchent à leur suite, sans tenter une critique pour laquelle ils n'ont ni loisirs ni aptitudes.
Mais il est un domaine dans lequel cette routine est désastreuse au premier chef, c'est le domaine moral; alors que nous devrions être guidés uniquement par le désir de faire bien; d'accomplit notre devoir, d'être charitables, indulgents, nous nous contentons de consulter d'un regard morne la conduite de nos devanciers, de nos contemporains, et d'agir comme ils l'ont fait et parce qu'ils l'ont fait.
Le pli se forme dès la première éducation: les parents déclarent devant l'enfant docile: "un petit garçon n'a pas de taches à ses vêtements", du même ton péremptoire avec lequel ils disent: "un petit garçon ne doit pas mentir"; et l'intelligence juvénile ne s'appliquera pas à faire une distinction entre les valeurs relatives de ces deux préceptes, d'autant moins que s'il manque à l'un ou à l'autre, il sera puni de façon analogue. Quoi d'étonnant à ce que ses yeux naïfs regardent avec le même mépris l'homme dont les vêtements sont tachés et celui qui vient de dire un mensonge?
On ne lui fait pas remarquer que le code du savoir-vivre se compose de préceptes d'urbanité, de politesse, agrémentés de beaucoup de convention oiseuses, tandis que la moralité de l'être procède de principes immuables supérieurs à toutes les concessions et à toutes les habitudes élégantes. Il est un honnête homme de la même façon qu'il est un homme bien élevé: par habitude et par routines. Mais quelle est la valeur de cette âme moutonnière? Elle est peut être inoffensive, paraître à certains d'une qualité supérieure dans le courant de la vie, cependant elle ne vaut pas plus qu'un rouage bien réglé et n'a pas plus d'initiative que lui.
Survienne une difficulté, une situation imprévue qui réclame une initiative personnelle, elle sera inerte, ignorant les grandes idées qui président à la vie normale, elle ne pourra être ni vraiment bonne, ni vraiment dévouée, ni vraiment généreuse, parce qu'il faut adapter chacune de ces vertus aux circonstances particulières, parce qu'il faut être ingénieux pour demeurer sincèrement noble et grand, quand les complications de la vie et la lutte quotidienne réveillent sans cesse en nous l'égoïste instinct de conservation.
La personnalité morale a besoin d'être développée par une éducation judicieuse: quand l'enfant est petit on peut lui imposer certaines contraintes vertueuses sans lui en faire saisir la portée morale, mais, à mesure que sa conscience et que son intelligence s'ouvrent, il faut dresser devant lui, avec gravité, tous ses pivots immuables qui doivent être ses points de repère dans la vie; il faut lui inculquer des principes élevés, en insistant sur la valeur primordiale qu'il doit leur attribuer.

                                                                                                               Madame Elise.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 7 juin 1903.