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dimanche 15 septembre 2013

Fard.

Fard.

Le fard est une pommade composée de blanc d'Espagne, de vermillon ou de quelque autre drogue, que les femmes mondaines appliquent sur leurs visages, pour paraître plus belles, et dont elles sont punies dans la suite par des rides prématurées qui les rendent laides longtemps avant la vieillesse. Les Païens ont condamnés cet indigne artifice.
...
Lydie use ordinairement de fard et de mouches, pour se conformer à la mode et à la coutume des femmes de son rang. Le peut-elle faire sans péché ?
R. L'usage du fard a été condamné par les saints docteurs. C'est, dit saint Cyprien, tract.de habitu virg., faire une espèce de violence à Dieu que d'entreprendre de réformer (soit par le fard, ou par quelque autre artifice de cette nature) l'ouvrage qu'il a formé, et de le faire changer de figure; et les personnes qui le font, semblent ignorer que c'est Dieu même qui fait tout ce qui nait, et que le changement qu'on y apporte est l'ouvrage du démon. Manus Deo inferunt, quando id quod ille formavit, reformare et transfigurare contendunt: nescientes quod opus Dei est omne quod nascitur; diaboli quodcunque mutatur.
Saint Augustin et Clément d'Alexandrie parlent le même langage. Et il en résulte qu'on ne peut excuser Lydie d'un péché qui pourrait même devenir mortel, si en se servant de ces vains ornements, elle avait intention de porter les hommes à la luxure, comme l'enseigne saint Antonin.
Nous disons que ce péché pourrait même devenir mortel, en cas que cette femme eût une intention lubrique. Car nous avouons qu'il n'est pas mortel de sa nature parce que comme dit saint Thomas, 2-2, q.169, à.2: non sempertamen talis fucatio est cum peccato mortali, sed solum quando fit propter lasciviam, vel in Dei contemptum: quibus casibus loquitur Cyprianus. Sylvius enseigne la même chose. Cette femme ne pécherait même pas véniellement si elle ne mettait du fard que pour cacher un défaut naturel ou pour plaire à son mari.


Dictionnaire des cas de conscience, 1847.

Nouvelles de nos colonies.

Efforts commerciaux à Tananarive.

Un ingénieur français, M. Iribe, vient d'installer à Tananarive une fabrique de porcelaine et une filature de soie. Son initiative a été couronnée d'un plein succès, ainsi que le constate l'article suivant du Progrès de l'Imérina :
Nous ne pouvons que féliciter M. Iribe des résultats qu'il a obtenus grâce à ses constants efforts. A Madagascar, les difficultés à vaincre au début d'opérations de ce genre sont fort lourdes, et on est tenu, pour réussir, à faire preuve d'une grande dose de persévérance. Aujourd'hui les premiers obstacles sont franchis; l'usine fonctionne et prendra peu à peu l'importance à laquelle elle est appelée. Les conditions de la culture du mûrier, de l'élevage des vers à soie, se modifieront rapidement, et Madagascar se trouvera dotée d'une industrie nouvelle propre à porter l'aisance et même la richesse dans certaines parties de la population.

Journal des Voyages, dimanche 17 février 1889.

Muselières pour dames.

Muselières pour dames.

L'homme a toujours abusé de sa supériorité physique pour infliger à la femme humiliations et parfois tortures.
Mais jamais abus de pouvoir a revêtu le caractère particulièrement tyrannique et offensant que celui dont MM. les anglais furent les auteurs au moyen âge. Oui, les anglais, ces gentlemen accomplis, nos professeurs de corrections et de belles manières, inventèrent et appliquèrent, il y a cinq siècles, ce génial appareil: la muselière pour femme, qu'ils appelaient la Bride de la mégère.


Dame ! pour être juste, il faut bien reconnaître que le bavardage est le péché mignon des filles de Mme Eve, qui la première ne sut pas tenir sa langue et fit un brin de causette avec le serpent ! Mais les hommes sont-ils si qualifiés que ça pour le leur reprocher, eux qui courent de meetings en conférences et qui avec leurs amis, jabotent des demi-heures au coin de tous les trottoirs ?
Voyez d'après le dessin ci-dessous, copie très exacte d'un des "appareils", conservé dans un musée de Londres, comment le John Bull du moyen âge s'y prenait pour imposer silence à sa tendre moitié.


La muselière se composait d'un cercle de fer entourant la tête à hauteur de la bouche et maintenu par une bride métallique, munie d'un ouverture pour le nez. Passant par dessus la tête, la bride se rabattait en arrière et enserrait la patiente. A la partie antérieure du cercle était placé une lame de fer, légèrement aiguisée, qui pénétrait dans la bouche. Sitôt que la langue remuait, elle se trouvait cruellement piquée.
N'est-ce pas qu'on n'est pas plus galant ? En France, à cette époque, se tenaient les cours d'amour, et les troubadours composaient pour les dames leurs plus beaux poèmes.


Mais quoi, ce dessin vous effraie, madame ? Vous vous demandez pourquoi cette dame du XXe siècle est ainsi muselée ? Rassurez-vous: la Bride de la mégère n'existe plus que dans les musées d'outre-Manche.
Nous avons voulu vour montrer l'aspect de la parisienne moderne portant la muselière des antiques "miladys". Cela jure n'est-ce pas avec la jacquette et le parapluie-aiguille ? Mais quel est le Français qui oserait tenter pareille impertinence ? Ses compatriotes l'obligeraient, pour le moins,... à se faire anglais...

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 19 avril 1903.

Policemen en jupons.

Policemen en jupon.

A une récente exposition organisée par l'élément féminin de New-York, les hommes avaient été sévèrement proscrits de tout emploi et ne figuraient qu'à titre de visiteurs.
Une femme-valet de pied ouvrait les portières; des femmes-contrôleurs recevaient les tickets, enfin la police même était faite de trente sergents de-ville femmes mesurant plus de six pieds de haut et revêtues d'un bel uniforme bleu.
A quand l'exposition de nourrices et femmes de ménage-homme ?

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 26 avril 1903.

samedi 14 septembre 2013

Chronique de l'émigration.

L'émigration au Canada.

La Société de géographie Commerciale a reçu d'un commerçant établi à Montréal une lettre qu'elle veut bien nous communiquer et dont nous publions quelques extraits intéressants pour les lecteurs du Journal des voyages qui s'occupent de l'émigration:
"Il est indiscutable que le Français qui arrive au Canada pour s'y créer une situation, qui y arrive après avoir lu tous les ouvrages, livres, brochures, journaux qui parlent du Canada, n'y rencontre neuf fois sur dix que la plus amère déception.
- Je voudrais que sur tous ces ouvrages, on mit en épigraphe cette phrase qui m'a été dite par un Canadien des plus hauts placés: "Oh! oui, nous aimons la France, notre belle France, mais nous nous défions terriblement de tous les Français !"
"Il faut donc bien nous persuader que pour réussir, il faut nous plier aux usages commerciaux anglais, qui sont ceux du Canada, et ne pas croire qu'il suffit de venir décliner notre titre de Français pour voir toutes les portes s'ouvrir devant nous.
"Il y a plusieurs maisons françaises qui sont arrivées à s'imposer. Je dirais même qu'elle jouissent de plus de vogue que les autres. Mais au prix de combien de travail et de sacrifices ont-elles obtenues ce succès ? Pour vous parler de la nôtre, par exemple, mon associé, ancien directeur général d'une des deux ou trois plus importantes compagnies d'assurance de Paris, ayant une fortune considérable et se trouvant administrateur du Crédit foncier canadien; moi arrivant avec des lettres d'introduction auprès de plusieurs ministres, fondé de pouvoir des établissements de premier ordre tels que la maison Cail, par exemple. Nous possédions les capitaux nécessaires, nous offrions des références financières et techniques telles qu'on peut en présenter rarement. Nous avions un stock de marchandises, le plus chaud appui du consul général et des vice-consuls de France, et nous avons été six mois pour enlever notre première affaire. Et savez-vous avec qui nous l'avons faite ? Avec les Anglais de la province d'Ontario ! Par exemple, dès que ce grelot a été attaché et qu'on a su par les journaux le succès des travaux entrepris, nos bureaux sont sans cesse remplis de gens qui viennent nous proposer des affaires.
"Est-ce donc à dire que je crois le Canada impropre à être un débouché pour nos produits et impropre à être un pays d'émigration ? Non, loin de là, ma persuasion est qu'au contraire il y a lieu pour la France de reconquérir le Canada par ses capitaux, son industrie et son commerce, qui ont un large et très sur champ dans ces immenses et riches provinces. Déjà le consul général de France vient de réussir à faire contracter au Crédit lyonnais l'emprunt de la province du Québec. C'est un brillant succès qui a littérallement stupéfié les Anglais.
.....
"Le résumé de mon opinion sur le Canada est que ce peut être un vaste et riche champ d'émigration et un superbe débouché pour notre industrie et notre commerce, mais il est de toute impossibilité d'y réussir sans un capital assez considérable et sans un travail acharné. J'ajoute que j'ai connu peu de pays où la conduite privée d'un individu ait plus d'influence sur son crédit d'affaires."

Journal des Voyages, 11 février 1889.

L'imitateur de bruits au cinéma.

L'imitateur de bruits au cinéma.

Il s'agit de donner au spectateur d'une séance cinématographique une illusion plus grande encore que la vérité. Déjà, la musique de l'orchestre s'est adaptée à la pièce: si c'est une bouffonnerie, on joue des airs gais; on entend les accents de la polka que les acteurs dansent sur le rideau lumineux. Si c'est un drame, les airs sont, tour à tour, graves et pathétiques.
Mais il y a mieux. Dans certains "théâtres muets", on s'applique à reproduire tous les bruits qui interviennent normalement dans uns scène: le claquement d'une porte précipitamment fermée, la détonation d'une arme à feu, le roulement de la voiture dans l'assaut de la diligence ou tout autre pièce de ce genre.
Vous savez les merveilleux résultats qu'on obtenus certains vrais théâtres dans cet ordre d'idées. Ils renferment dans leurs coulisses des légions de machinistes qui savent imiter les éclairs, faire tomber la neige sur la scène, sonner des carillons, etc. Au cinématographe, ce personnel auxiliaire est beaucoup plus modeste et se réduit à un employé, l'imitateur de bruits, et c'est cet homme à tout faire que nous allons épier, pendant une représentation.
Il se tient généralement caché dans une petite chambre, juste derrière le rideau blanc sur lequel l'appareil envoie des projections, et il suit toutes les scènes du "film" avec plus d'attention que le plus enthousiaste des spectateurs. C'est qu'il ne s'agit pas de faire de "gaffes" et, par exemple, de tirer le coup de pistolet qui abat le cambrioleur, deux secondes avant que celui-ci a touché le sol. Il serait désastreux que l'on entendit le bruit de la vaisselle brisée, quelques instants avant que la cuisinière la laisse échapper de ses mains.
Aussi, l'imitateur tient-il ses yeux constamment fixés sur le rideau. En bras de chemise, il est assis devant une petite table qui est chargé d'appareils. Ils sont tous très primitifs. Lorsque vous entendez le cheval du courrier galoper à travers les rues pavées de la ville, ce bruit très particulier des sabots du cheval est simplement obtenu avec deux moitiés de noix de coco dont l'opérateur tapote légèrement la table.
Si, au cours d'une scène de ménage, il arrive qu'une partie du mobilier est renversée, l'affreux tumulte qui s'ensuit est provoqué par quelques haltères qui tombent de la table sur le parquet, en même temps que des fragments d'assiettes. Le faiseur de bruits donne aussi quelques coups de pied dans des sceaux vides, puis, en les empoignant, il les jette avec fracas sur le sol.
L'orage qui gronde s'imite au moyen d'une plaque de tôle qui est agitée. Pour faire entendre la pluie, on projette d'une boite de fer blanc dans une autre, quelques douzaines de pois chiches. Le faiseur de bruits a toujours à portée de la main un révolver chargé dont il fera usage au bon moment.
Il fait tinter les cloches de la petite église villageoise, après le mariage de l'héroïne, et si, dans uns scène mouvementée, une gifle s'abat sur la joue d'un individu, vous croyez entendre la gifle, mais vous entendez seulement le claquement de la semelle d'une vieille pantoufle sur un coin de table.
Quand vous voyez avec admiration, les grandes vagues se briser majestueusement sur le rivage, notre homme frotte vigoureusement la surface de sa table avec du papier de verre. Et quand les vagues s'étalent sur les sables et qu'on n'entend plus qu'une sorte de bruit soyeux, très doux, c'est que l'opérateur fait aller son bras moins vite et qu'il frotte plus légèrement.
Mais voici la scène attendu où paraissent les cow-boys. Ils allument un feu de camp et l'on peut entendre les flammes crépiter. Etes-vous bien sûrs que ce soit réellement un feu de bois qui flambe ? Ce pétillement qui vous trompe est produit par un fagot de petit bois très sec que l'on piétine.
L'imitateur siffle quand un des indiens appelle un de ses amis. Il sait encore produire le cri de guerre et faire entendre la flèche qui fend l'air et atteint son but.
A côté de lui, il y a un baquet d'eau. Vous le voyez tout à coup lancer dans le baquet un gros morceau de bois, puis agiter rapidement celui-ci dans l'eau.
Vous ne comprenez peut être pas tout à fait l'effet qu'il a voulu produire. Mais si vous jetez les yeux sur la scène, vous voyez qu'un agent vient de se précipiter dans la rivière pour porter secours à quelqu'un qui est tombé à l'eau et vous reconnaissez que la chute du corps dans l'eau et les remous ont été reproduits avec une étonnante exactitude.

                                                                                                           André Savignon.

Le Journal de la jeunesse, premier semestre 1913.

Jobelins et Uraniens.

Jobelins et Uraniens.

La querelle des jobelins et des uraniens, pendant les années 1638 et 1639, occupa beaucoup la cour et les salons de Paris, où régnait alors, on le sait, un goût très vif de la littérature. Voiture avait fait un sonnet sur Uranie, Bensserade en avait fait un sur Job. Lequel des deux était le meilleur ? Mmes de Montausier, de Sablé, de Longueville, etc... tenaient pour Voiture; le prince de Conti et sa compagnie prirent parti pour Job. Une personne d'esprit, Mlle Roche du Maine, pressée de donner son jugement sur Uranie et sur Job, répondit: "J'aime mieux Tobie." Le grand Corneille sortit d'embarras d'une manière plus aimable dans un sonnet qui se termine ainsi:

                                                               Chacun en parle hautement
                                                               Suivant son petit jugement;
                                                               Et s'il faut y mêler le notre;

                                                               L'un est sans doute mieux rêvé
                                                               Mieux conduit et mieux achevé...
                                                               Mais je voudrois avoir l'autre.

Magasin Pittoresque, 1879.