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mardi 15 mai 2018

La destruction des mouches.

La destruction des mouches.

Il n'est pas besoin d'avoir vécu dans le fond du Midi pour apprécier le degré d'importunité de cette bestiole désagréable qu'est la mouche.
Dès qu'apparaissent les premiers rayons de soleil printaniers les voilà qui bourdonnent: isolées, en petits groupes, comme un détachement d'éclaireurs, elles commencent à fouiller votre appartement, jusqu'à ce que l'essaim grossissant forme une cohorte noire importune, rageuse et qui vous exaspère. C'est un véritable fléau et, pour peu que vous ayez dans votre voisinage, des écuries, un dépôt d'immondices quelconques, les mouches viennent s'abattre par milliers dans votre cuisine et dans toutes les pièces du logis.
Dans un rapport extrêmement intéressant présenté au Comité d'hygiène du County Council de Londres, les docteurs Shirley Murphy et Hamer ont étudié plusieurs points forts intéressants de la diffusion de cet insecte malfaisant. L'enquête à laquelle ils se sont livrés est des plus intéressantes; il s'agissait de savoir si le Comité d'éducation était en droit de s'opposer à l'établissement de dépôts de déchets, de détritus ou de fumiers au voisinage de ses écoles. Il n'y a pas de doute que les étables, les écuries, les dépôts d'engrais ou de fumiers favorisent la reproduction de la mouche à un degré supérieur à une maison propre et nettoyée d'une façon régulière. Mais jusqu'à quelle distance peut se produire la diffusion des mouches? Théoriquement, il n'y a pas de limites; mais en fait, il en existe, et voici les preuves fournies par ces expérimentateurs.
Pendant les chaudes journées de l'été 1907, ils ont noté avec précision le nombre de mouches qu'on pouvait trouver dans le voisinage de douze établissements tels que étables, écuries, dépôts d'engrais, manufacture de jambons, clos d'équarrisseur et fabrique de catgut.
On établit des postes d'observation dans des immeubles, aussi ressemblants que possible, par leur distribution, leur mode de construction, les uns des autres, habités par des ouvriers et dans des conditions de propreté relative et à distance égale de chacun de ces douze dépôts, c'est à dire, les uns à 50 yards, les autres à 200 yards (soit près de 200 m, le yard mesurant 91 cm). Les mouches, qu'il eut été difficile de compter au vol ou au passage, étaient recueillies sur des papiers imprégnés d'une substance adhésive, miel et résine; toutes les heures, les papiers étaient changés dans tous les postes et on avait ainsi un chiffre approximatif.
Or, à une distance de 150 m et même de 200 m, l'influence de ces dépôts d'immondices ou de fumiers, sur l'apparition des mouches dans l'immeuble, était des plus évidentes. Au voisinage immédiat les logements devenaient presque inhabitables et pour peu qu'ils soient mal tenus et sales, la propagation des insectes y est encore plus prononcée qu'ailleurs. J'avoue qu'il n'est pas besoin de l'enquête minutieuse à laquelle se sont livrés les deux hygiénistes anglais pour s'assurer de ce fait. Il suffit d'entrer dans une ferme du vieux temps et il en existe encore de nombreux échantillons, où l'étable est voisine du logis; les mouches y sont légion. L'espèce la plus commune, la musca domestica, est celle qu'on rencontre en majorité dans ces captures; mais il y avait aussi un grand nombre  de mouches homolomyia canicularis, qui ressemblent à la mouche ordinaire et quelques échantillons de la mouche bleue, le calliphora vomitoria, mouche plus dangereuse que les autres.
Beaucoup de maladies peuvent être transmises par ces vilaines petites bêtes qui se promènent partout, sur le plat servi sur la table, sur les rideaux de votre lit et surtout dans les endroits les plus sales et les plus retirés. La cuisine et les cabinets d'aisances les attirent et le Dr Murphy cite à ce propos une petite histoire assez drôle, dont je ne garantis en rien la véracité. Un voyageur se plaignait, dans un hôtel américain, de ne pouvoir aller aux water-closets sans être importuné par la multiplicité des mouches. "Allez-y à l'heure du dîner" lui conseilla un sommelier philosophe: "en entendant la cloche de la table d'hôte, les mouches changent de résidence".
Je disais que les mouches peuvent être les agents propagateurs de certaines maladies; ce fait a été prouvé, j'en ai parlé jadis, pour la tuberculose, la fièvre jaune, la malaria, la dysenterie. Il faut donc à tout prix les faire disparaître et les détruire dans la plus large mesure possible. Voici, à cet égard, un procédé très simple, qui a donné entre les mains de son inventeur de très bons résultats. Le Dr Delamarre, médecin-major à Saint-Denis, conseille l'emploi du formol en solution au dixième. On remplit quelques assiettes de cette solution et on les pose dans la pièce envahie par les mouches, sur des tables, sur des chaises, sur le sol. Vingt-quatre heures après, ces assiettes et la zone environnante sont remplies de mouches et de moustiques empoisonnés; ceux qui n'ont pas été sidérés sur place vont tomber à quelque distance. Aucun papier tue-mouche, aucune préparation mouchivore destinée à les engluer ne donne pareille hécatombe. Il suffit de renouveler les solutions tous les deux jours. A l'hôpital, où se sont faites les premières expériences, on plaçait des assiettes un peu partout; chaque crachoir, à la tête du lit du malade, était rempli à moitié de la même solution. A partir du jour où on installa ces nouveaux tue-mouches, les malades purent dormir tranquilles: mouches et moustiques étaient condamnés.
Imaginez-vous à quel chiffre de victimes on est arrivé en une journée? La salle cubait environ 520 m, chaque jour, on y a récolté 4.000 mouches, soit en dix jours, 40.000. La proportion est respectable. Que chacun chez soi se livre à pareille chasse et l'on sera sous peu délivré en grande partie de ces insectes désagréables.
J'ai dit que les moustiques étaient, comme les mouches, attirés et tués par le formol: mais il faut les attirer. Le moustique n'est pas comme la mouche, à vous agacer pendant le jour; il est noctambule et pour le faire tomber dans le piège, il est bon de mettre au milieu de l'assiette de formol, une petite veilleuse en verre. Gardez-vous, pour les uns comme pour les autres, de mettre du sucre ou du miel sur le bord de l'assiette, les insectes iront sucer le sucre et n'iront pas sur le formol.
Puisque je parle de la destruction des moustiques, signalons en passant un moyen d'en détruire les larves. Il serait, au dire de M. de Puyberneau, chef de service de santé au Gagon, plus efficace que le pétrolage, parce qu'il est plus durable. Il faut prendre (ce qui dans nos pays n'est pas à la portée de tous) des feuilles de cactus épineux, opuntia vulgaris; on les hache menus, et on les malaxe dans l'eau de façon à former un mucilage épais que l'on projette à la surface des mares, pièces d'eau, où vont pondre les moustiques. La plus grande partie du mucilage s'étale à la surface de l'eau et forme, comme le pétrole, une couche isolante qui empêche les larves de venir au contact de l'air. Le mucilage pénètre dans leurs trachées et détruit par asphyxie les insectes naissants. Cactus et formol, nous voici armés pour la lutte contre l'ennemi dans les temps chauds.

                                                                                                                  Dr A. C.

La Nature, 6 juin 1908.

mardi 11 juillet 2017

Guerre aux mouches.

Guerre aux mouches.

Durant les grandes chaleurs, et surtout dans les contrées méridionales, les mouches sont parfois un véritable fléau.
Les irritantes et incessantes attaques dont l'homme et les animaux sont l'objet de la part de cet insecte, les souillures dont il couvre les meubles, le linge, les aliments, les cas d'excitation folle auquel il réduit les bestiaux en général, peuvent à peine être évités, malgré les nombreuses précautions que l'on prend dans les villes et les campagnes.
Comment se préserver d'un essaim de mouches ou de moucherons, de cousins, de moustiques?
Certains pays dans le midi de la France sont fréquentés plus particulièrement par les mouches: la Provence, le Languedoc, le Dauphiné. Les côtes de l'Italie en sont infestées.
L'abondance de ces insectes est telle dans les départements de la Drôme, des Bouches-du-Rhône, du Var, des Alpes-Maritimes, que l'industrie a dû s'exercer pour inventer des engins de destruction ou de préservation.
On connait, à Paris, l'usage du papier empoisonné dit tue-mouches, exportation espagnole désignée: papel mata-moscas, fort employé aussi dans le midi, mais qui a l'inconvénient que voici: les mouches empoisonnées ne meurent pas sur l'assiette où est le papier.
On emploie utilement dans plusieurs départements un appareil en toile métallique, dans l'intérieur duquel les mouches pénètrent pour sucer du sucre ou un autre objet et n'en peuvent plus sortir.
Dans les magasins où sont en dépôt du sucre, de la réglisse, du beurre, etc., on étale des assiettes pleine d'un poison liquide qui offre le même inconvénient que le papier tue-mouches. dans ces magasins, le sol, les tables, les bureaux, les étagères sont jonchés de mouches mortes.
On voit dans beaucoup de salles de restaurants des rubans blancs, larges de 4 à 5 centimètres, se croisant près du plafond et se développant sur la longueur de la salle. Ce sont des engins non destructeurs, mais accapareurs de mouches. Les mouches attirées par ces lignes blanches s'y posent pendant quelque temps et laissent les dîneurs au repos.
Dans les salles et les cuisines dépourvues de ces appareils, les mouches pullulent et obscurcissent l'air. Les nappes des tables des restaurants sont littéralement noircies par les mouches.
Les maisons bourgeoises ne sont pas exemptes de ce fléau. Pendant les repas, on est fort incommodé, et l'on doit charger un domestique, armé d'un plumeau  fait en morceaux de papier, ou d'une branche de mûrier ou de peuplier, de chasser ces hôtes importuns.
Sur les places publiques, dans les rues, dans les écuries, on voit de malheureux animaux couverts de mouches qui sucent leur sueur. C'est sous le ventre que ces insectes se posent de préférence. On constate des cas d'excitation folle chez les ânes et les mulets qui sont devenus la proie des mouches. Il y a une espèce de mouche dite bovine qui pénètre dans les yeux et les narines des bestiaux et les rend furieux.
Le seul moyen de se préserver des mouches est de se renfermer dans une complète ou presque complète obscurité. La mouche se plaît au jour et au soleil. Les appartements où règne un demi-jour en sont à peu près exempts.

                                                                                                                                D.

Le Musée universel, revue illustrée hebdomadaire, premier semestre 1875.

jeudi 23 mars 2017

Envahissement de Paris et de la France par les mouches.

Envahissement de Paris et de la France par les mouches.

Une invasion de mouches.

Le public s'effraye facilement. Il n'y a pas un mois, en province et même à Paris, apparurent soudain des milliers de mouches noires que l'on n'avait pas remarqué jusqu'ici. Ces mouches, plus allongées que nos mouches ordinaires, avec de grandes ailes très mobiles et de longues pattes, abondaient de tous côtés. On ne pouvait faire un pas sans les écraser et les ignorants répétaient à qui voulaient les entendre, que ces mouches étaient les avant-coureurs du choléra. 
En Normandie, surtout sur le littoral du département de la Somme, les mouches s'abattirent du 10 au 16 mai, restant souvent inertes et sans force, comme épuisées par un long voyage. On a pu les voir par myriades aux environs de Paris, dans la banlieue, aux environ de Grignon.
On se trompait singulièrement en supposant qu'elles avaient envahi nos régions pour la première fois cette année. Ces mouches sont bien connues des naturalistes. Elles sont déjà venues, après la guerre, au printemps de 1872. Et naturellement, on ne manqua pas de soutenir à cette époque que leur apparition coïncidait avec l'ensevelissement de nombreux cadavres autour de Paris. Encore cette fois ces diptères causèrent une véritable frayeur et à tel point que M. Emile Blanchard, l'éminent et regretté professeur du Muséum, crut devoir rassurer les Parisiens en disant à l'Académie des Sciences la vérité sur ces mouches de malheur.

Légendes et réalités.

Ces insectes sont très connus et éclosent chaque année au printemps et presque tous à la fois. Ils ont toujours été remarqué par les naturalistes et on leur a donné des noms divers selon les époques de leur apparition. On les a appelés "mouches de Saint-Marc" quand les insectes venaient aux environs du 25 avril, date de la fête de saint Marc l’Évangéliste, ou bien "mouches de Saint-Jean" quand les insectes éclosent vers le jour de la fête de Saint-Jean-Baptiste, le 24 juin.
Ces insectes avaient été classés dans le genre "tipule" par Linné. Geoffray les rapporta au genre "bibion" qui signifie "petite grue". Les insectes, quand ils volent, réunissent leurs quatre pattes postérieures très longues en un seul faisceau filiforme porté obliquement en arrière, ce qui leur donne l'apparence de grues qui planent dans le ciel, leurs longues pattes rassemblées.
Les bibions, avant l'accouplement, volent assez haut et très vite s'ils sont pourchassés. Mais après l'accouplement, les insectes se traînent péniblement sur leurs pattes, tombent et meurent. Les mâles meurent d'abord, puis ensuite les femelles après la ponte. Généralement les bibions éclosent en quantité normale: il faut des circonstances spéciales, encore ignorées, pour que certaines années, comme en 1872 et en 1908, les mouches éclosent en quantité extraordinaire.
Cette mouche est inoffensive, ne fait aucun mal à la végétation; celle qui nous a envahi au printemps est la mouche de St-Marc, longue de 9 à 11 millimètre; son corps est noir et velu; les ailes sont blanches et bordées de brun chez les mâles. C'est une mouche commune partout, même quand elle passe inaperçue.
On peut donc se rassurer sur son compte et ne plus s'étonner de l'apparition du bibion. Pourquoi ces nuées en 1908? On ne saurait le dire: mais il en a été pour cette espèce comme pour tant d'autres. Nous avons des invasions d'insectes de temps en temps dont la cause nous échappe. Il y a des années à puces, des années à moustiques, etc.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 16 août 1908.