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vendredi 9 mars 2018

L'éclairage électrique en Corée.

L'éclairage électrique en Corée.

D'après les nouvelles apportées par le dernier courrier de l'Indo-Chine, on se disposerait à éclairer le palais du souverain de la Corée par l'électricité. C'est la Société électrique Edison, de New-York, qui est chargée de l'entreprise, et elle ne doute point du succès, étant décidée à ne rien négliger pour cela, fallût-il y mettre du sien.
Les appareils pourront fonctionner au mois d'avril, du moins l'espère-t-on.

Journal des Voyages, dimanche 29 mai 1887.

vendredi 28 juillet 2017

Les Français ont les premiers exploré la Corée.

Les Français ont les premiers exploré la Corée.


On me parlait récemment de l'étonnement de certaines personnes devant l'abondance de noms français que présentent les cartes de Corée.
Cet étonnement s'explique très facilement: fort ignorants, en France, de tout ce qui concerne les choses de la Marine, fort oublieux de toutes nos gloires maritimes, nous négligeons d'apprendre dans nos écoles, les grandes pages de notre histoire navale: et c'est ainsi que nous ne savons pas que la Corée fut pour la première fois explorée, voici un demi siècle, par des marins de chez nous. L'hydrographie coréenne est une découverte française, et des marins de France réussirent là où avaient échoués des matelots d'autres nations. La page est intéressante et vaut, en ce moment, d'être rappelée.
Jusque vers 1830, la Corée, que les Anglais appelait fort justement the hermit nation, avait en effet vécu dans un isolement complet et volontaire. Un certain Pic-Ki y avait, en 1780, fondé une église chrétienne qui, en 1831, comptait 10.000 fidèles, et à qui le pape envoya alors un évêque in partibus. En 1836, les P. Maubant et Chastan, et l'évêque Mgr Imbert arrivèrent à Séoul par la Chine: ils furent décapités le 30 septembre 1842. Et pour les venger, le 1er juin 1846 l'amiral Cecil se présenta avec sa division devant l'île Or-Ien-To; mais tout se borna à une démonstration platonique qui surexcita l'orgueil coréen.
Venus présenter de nouvelles réclamations, le 10 août 1847, le capitaine de vaisseau Lapierre, sur la Gloire, et Rigault de Genouilly, sur la Victorieuse, échouèrent malheureusement leurs bâtiments dans la baie Basilhall, mal relevée sur une carte anglaise. Les équipages se retranchèrent dans l'île Ko-Koum To, qui devint l'île du Campement, et les lieutenants de vaisseau Delapelin et Poidloue étant allés à Shangaï chercher des secours, lord Marqu'har, avec la frégate Dœdalier et les bricks Espiègle et Childer, vint sauver les français, le 1er septembre 1847.
Les Coréens, croyant leurs côtes inaccessibles, refusèrent toute satisfaction, pillèrent un baleinier français, et, après un moment de crainte, pendant l'expédition de Chine, en 1860, massacrèrent en 1866, neuf missionnaires et dix mille chrétiens.
La chine ayant prudemment conseillé à la cour de Séoul d'offrir des réparations, celle-ci répondit fort audacieusement: "Que ce n'était pas la première fois que des français étaient tués en Corée et que jamais leurs compatriotes n'avaient réclamé."
Le 10 septembre 1866, la corvette Primauguet, l'aviso Déroulède et la canonnière Tardif, parurent devant Kang-Hoa et reconnurent la route de Séoul, cependant que le gros de la division mouillait à Che-Fou. Puis la frégate la Guerrière, les corvettes à hélices Laplace et Primauguet, les avisos Déroulède et Kienchan, les canonnières Tardif et Lebreton, commandés par l'amiral Roze, forcèrent l'entrée du fleuve Han-Kang (rivière Salée). L'île Kang-Hoa, de 400 kilomètres carrés, fut prise: la résidence royale, les archives, onze forts, trois dépôts d'armes, des poudrières, des magasins furent saisis. Les navires français passèrent où n'avaient pu passer des navires américains.
Mais la marche sur Séoul par le fleuve fut manquée: deux échecs, un à la porte de Séoul, un à la pagode de Trieun-Tong-Sa, dû à la faiblesse numérique des effectifs engagés, relevèrent la morgue des Coréens; Les récits de M. H. Zuber, officier de l'escadre, qui publia un curieux récit illustré dans le Tour du Monde de 1873 et de M. Ridel, vicaire apostolique de Corée, montrent que l'on cherchait plus à faire peur aux Coréens qu'à conquérir le pays.
On fit beaucoup plus de la science que de la conquête; on dressa une carte, on fit l'hydrographie de la rivière Salée, du golfe du Prince-Jérôme dont on dénombra les 142 îles et îlots.
Une géographie et une histoire du royaume coréen furent ébauchées. Puis on fit l'inventaire des objets trouvés dans les forts et les magasins de Kang-Hoa: on y remarqua des canons se chargeant par la culasse, des fusils à répétition d'un mécanisme bizarre, mais ingénieux; on y enleva une magnifique collection de livres peints et illustrés, en papier de mûrier, qui sont aujourd'hui à la Bibliothèque nationale de Paris.
Bref, on s'occupa beaucoup de la Corée et fort peu des Coréens, et le 23 novembre 1866, l'expédition française quittait les côtes de "l'Empire ermite", emportant une très belle carte de la région étudiée et laissant à ces rivages les noms français encore utilisés aujourd'hui.
Aussi les Coréens furent-ils persuadés qu'ils avaient fait reculer l'escadre des barbares. Les membres de l'expédition eux-mêmes déclarèrent que l'aventure n'avait pas rapporté politiquement les profits attendus. Les seuls résultats étaient ethnographiques, géographiques et hydrographique.

                                                                                                       Georges Toudouze.

Le Petit journal militaire, maritime, colonial, 17 avril 1904.

vendredi 27 juin 2014

En Corée.

En Corée.


Le Japon est en guerre avec la Chine depuis quelques semaines. Les origines de ce conflit, dont il est difficile de prévoir la durée, sont dues à des raisons complexes d'ordre politique qu'il serait trop long de vous exposer ici, et qui ne vous intéresserez d'ailleurs probablement pas. Il vous suffira de savoir qu'en réalité la Chine et le Japon se disputent la suprématie de l'influence en Corée.
La Corée est une longue presqu'île de la côte orientale de l'Asie, bornée au nord par la grande montagne Blanche de la Mandchourie, à l'est par la mer du Japon, au sud par le détroit de Corée et à l'ouest par la mer Jaune. Au point de vue de l'étendue et de la configuration du terrain, on a comparé la Corée à l'Italie.
Autrefois le territoire de la Corée était absolument fermé aux étrangers. En dehors des ambassades que l'empereur de Chine envoyait annuellement au roi de Corée, personne ne pouvait y entrer sous peine de mort. Ce furent les Pères missionnaires qui bravèrent les premiers cette défense; ils franchissaient la frontière pendant la nuit malgré les douaniers nombreux qui faisaient bonne garde; mais ils durent bientôt renoncer à ce passage, car le gouvernement coréen, ayant eu connaissance de cette violation de frontière, fit dresser des chiens à la poursuite des étrangers. C'est alors que les missionnaires se risquèrent à entrer en Corée montés sur des jonques conduites par des chrétiens chinois qui les déguisaient en orphelins coréens dont le costume particulier et le grand chapeau cachant entièrement le visage, les garantissaient contre toute question indiscrète. De nos jours, il suffit d'un simple passeport pour entrer dans ce pays.



Les Coréens sont sous la domination d'un roi qui est le maître absolu de ses sujets. "C'est un crime de lèse-majesté, dit M. Elysée Reclus, de prononcer le nom que le souverain a reçu de son prédécesseur; c'est au autre crime de l'effleurer, et même après sa mort, les courtisans doivent prendre soin de l'ensevelir sans qu'il y ait contact direct entre leurs mains et son corps. L'honneur d'avoir été touché par lui est inestimable; ceux auxquels ce grand privilège a été conféré ornent d'un ruban de soie la partie de leurs vêtements sanctifiés par la main du maître."
Le roi qui règne actuellement en Corée est, paraît-il, un esprit assez distingué et largement ouvert aux idées de progrès. Lorsqu'il parvint à sa majorité, affranchi de  la tutelle d'un régent à l'intelligence médiocre, aux préjugés antiques et hostile aux étrangers, il contracta de nombreux traités d'amitiés, de paix et de commerce avec les pays étrangers, dont les nationaux purent dès lors pénétrer à leur guise en Corée. 



A cette époque, l'armée fut également réorganisée à la façon européenne, mais aucune réforme ne vint modifier l'organisation administrative du pays, divisé en huit provinces à la tête de chacune desquelles se trouve un gouvernement nommé par le ministère des offices et emplois qui, au nom du roi, confère toutes les fonctions administratives aux hommes qui ont passé les examens nécessaires. Au- dessous des gouverneurs se trouvent placés les chefs de districts, dont le nombre s'élève à trois cent trente-deux, et qui ont eux-mêmes sous leurs ordres les mandarins administrant les villes importantes et les maires des villages et bourgades.
Il existe en Corée une hiérarchie de classes sociales dont voici l'ordre, en commençant par la plus élevée: lettrés, bonzes, mimes, cultivateurs, artisans, marchands, portefaix, sorciers, musiciens, danseuses, comédiens, mendiants, esclaves. Vient ensuite la classe, abjecte pour les Coréens, des tueurs de bœufs et des tanneurs.
Tout homme, en Corée, à moins qu'il ne fasse partie de l'une des plus basses classes sociales, peut se présenter aux concours imposés à ceux qui briguent les fonctions publiques; ces concours correspondent chez nous aux examens de bachelier, de licencié et de docteur.
Les Coréens, qui appartiennent à la race mongole, sont en général d'une taille un peu plus élevée que les Chinois et les japonais. Leurs costumes se rapprochent de ceux des Chinois; ils varient suivant les différentes classes qui composent la société. Dans la classe moyenne, les hommes, par-dessus une culotte et un veston, portent une sorte de longue redingote, se croisant sur la poitrine et fendue de chaque côté à partir de la ceinture. Les boutons et les agrafes étant d'un usage complètement inconnue en Corée, ce vêtement, presque toujours blanc ou de couleur claire, est fermé à l'aide de rubans noués de diverses manières. Le chapeau, qui se fait en feutre, papier, paille, crin, palmier, etc., qui est d'une grande perfection de forme et d'exécution et qui coûte fort cher, est posé sur le sommet de la tête et maintenu par deux rubans se nouant au-dessous du menton. "La Corée semble être le pays des chapeaux, dit M. Varat, l'un des derniers explorateurs qui aient visité ce pays; on en fait de toutes les manières, et nulle part je n'en ai vu de plus variés, depuis le diadème en carton doré du gouverneur de province jusqu'au plus modeste serre-tête du paysan."
Les Coréens sont généralement honnêtes, naïfs, bienveillants, confiants et hospitaliers, quoique tout d'abord pleins de réserves vis-à-vis des étrangers. L'une de leurs principales industrie est celle du papier, qui par sa souplesse, sa solidité et sa beauté, est considéré comme sans égal. Le papier coréen, fabriqué avec de l'écorce de mûrier, sert à tous les usages de la vie; on en fait des vêtements, des chapeaux, des chaussures, des lanternes, des vases, des portefeuilles, etc..., et il dépasse de beaucoup, dit-on, les plus beaux papiers de Chine et du Japon.
La Corée dont la population est évaluée à peu près à 11 millions d'habitants, a pour capitale Séoul, vaste ville entouré de murailles et dans laquelle on ne pénètre que par des portes monumentales d'un aspect des plus pittoresques. 



Séoul se subdivise en plusieurs quartiers, parmi lesquels le Palais royal et le quartier des nobles, composé de maisons élégantes et de jardins entourés de murs très bas. Aussi est-il rigoureusement défendu par une loi, et cela sous les peines les plus sévères, de regarder chez ses voisins. Cette interdiction s'applique à toute la ville, et lorsque la toiture d'une maison a besoin d'être réparée, il faut même indiquer aux propriétaires des habitations voisines le jour où les travaux doivent s'effectuer, afin qu'ils puissent prendre leurs dispositions pour soustraire aux yeux des ouvriers les détails de leur vie domestique.
Il y a au centre de Séoul un quartier où se sont groupés les Japonais qui font eux-mêmes leur police dans toute l'étendue de la ville où ils sont installés, et qui forme une cité dans la cité.
Les Chinois ont également leur quartier bien distinct. C'est là que résident presque toutes les légations européennes dont les fonctionnaires habitent, paraît-il, de très jolies villas aménagées à leurs usages.
Quant aux quartiers suburbains, ils ont un aspect misérable et sont habités par les classes les plus basses de la société.



D'autres villes coréennes, comme Kang-Hoa, Taï-Kou et Fou-San, port de commerce situé sur le détroit de Corée, ont une certaine importance, mais ne semblent pas devoir prendre un grand développement commercial et industriel. L'avenir de la Corée paraît, du reste, bien incertain, et nul ne peut prévoir les conséquences que pourront avoir, pour les destinées de ce pays, les rivalités de la Chine et du Japon, non plus que l'issue de la guerre actuellement engagée.

                                                                                                                  Ernest Laurent.

Mon Journal, recueil hebdomadaire illustré pour les enfants, 29 septembre 1894.

samedi 22 mars 2014

La vraie Corée.

La vraie Corée.


Voici enfin un français qui connait la Corée, qui en parle autrement que par ouï-dire, qui a vécu là-bas, au pays du Matin calme, parmi les hommes aux chapeaux en tronc de cône, aux redingotes en fibre d'ortie, aux patins de bois et aux chignons enfermés dans des serre-tête en crin de cheval. Ce Français à nom Georges Ducrocq. Je vous recommande son petit livre: Pauvre et douce Corée. Le livre est court, pas même cent pages, et il est plein de choses et, quand on l'a fermé, on a, de la Corée et de la vie coréenne, une impression très différente de celle que nous en donnaient les reportage hâtifs des grands quotidiens.
Les habitants d'abord. Il y a en eux, si l'on en croit M. Ducrocq, un élément qui n'est ni japonais, ni chinois. De fait, ils sont grands, fortement charpentés; leurs yeux ne sont pas bridés; leur front saillant, poli et découvert, ressemble au front des Bretons. Et les femmes aussi sont grandes, élancées, la taille souple, les yeux noirs et veloutés. Leur luxe aux uns et aux autres c'est la chevelure.
"Il faut qu'une Coréenne soit au dernier degré de la misère pour vendre sa chevelure à un perruquier chinois. Personne n'y met le ciseau; les hommes la portent en chignon et maintiennent l'extrémité du toupet par un bout de corail rouge; les adolescents en font une natte; les femmes du peuple, un diadème qui leur sert de coussinet pour les fardeaux; les élégantes, des bandeaux collés sur le haut du front et noués sous la nuque avec une épingle d'argent."
Le costume des hommes est blanc de la tête aux pieds: vestes, pantalons, souliers, bonnets, il n'est que nos pierrots ou nos meuniers qui puissent donner une idée approximative des Coréens. Et ce blanc immaculé est si bien une particularité, un trait de mœurs national, que, loin de chez lui, dans les régions où il s'expatrie, le Coréen reste fidèle à son habit neigeux, tout en toile, été comme hiver, et sur lequel, les froids venus, il jette seulement un pardessus en fibre d'ortie. Seuls, les femmes et les enfants ont droit aux couleurs tendres, au bleu de ciel, aux tons saumonés, au gris perle; les Coréennes, embarrassées dans de grandes crinolines, les jupes remontant jusque sous l'aisselle, disparaissent dans de grands manteaux de soie aux manches flottantes et au capuchon hermétiquement fermé.
Ce capuchon, pour les hommes, est remplacé par un chapeau. Mais quel chapeau! Sauf à la campagne et dans le bas peuple des villes, tous les Coréens sont coiffés de hauts-de-forme cylindriques à larges bords, perchés sur le sommet de leur chignon, et qui, ne diffèrent que par la qualité du crin.
"On porte  un chapeau selon sa fortune et son rang: aux particuliers, des fibres de bambous; aux gentilshommes, des soie de sanglier."
Il n'y a qu'un cas où le Coréen de bonne compagnie remplace son chapeau par un bonnet de chanvre: c'est quand il est en deuil; il ajoute alors au bonnet un petit écran posé devant sa bouche, signe qu'il est contraint au silence par son deuil et qu'il est inconvenant de lui adresser la parole.
Ce deuil, très rigoureux, dure plusieurs mois. On connait qu'il y a un mort dans la ville au va-et-vient inaccoutumé que font les lanternes, à la tombée du jour, autour de sa demeure. Les enterrements coréens ont en effet lieu la nuit et l'usage est de louer des porteurs de lanternes, en aussi grand nombre que possible, pour grossir le cortège. Deux corbillards attendent devant la porte du défunt: le premier qui est laissé vide exprès pour tromper et dépister le diable; le second qui contient le mort, plié dans un petit cercueil, et qui est pavoisé de bandeaux de chanvre et de guirlandes de papier. Les fils du défunt montent sur ce char, à côté de leur père; les habits déchirés, les cheveux en désordre, ils agitent des sonnettes et poussent d'affreux gémissements, que répètent en écho les pleureurs à gages et les amis de la famille.
Les mariages sont aussi l'occasion d'un défilé par les rues, mais d'un défilé en plein jour et de bruyante allégresse. En tête, les demoiselles d'honneur, habillées de soie neuve et cassante, le savant échafaudage de leurs cheveux piqué de fleurs et de rubans. 
"Les servantes les suivent avec les cadeaux dans des mouchoirs de soie, puis les enfants qui portent comme des reliques les canards de bois peint, image naïve de la fidélité conjugale. Le petit frère de la mariée vient tout seul, sur un poney qu'il cravache, paré comme un prince, fier comme un roi, persuadé qu'il est le triomphateur du jour. Le marié arrive derrière, à cheval, au grand trot; un valet tient la bride. Serré dans un étui de soie, les cheveux cachés dans un filet de crin orné de deux ailettes, c'est souvent un tout jeune homme imberbe, marié par ses parents et qui s'amuse de cette fête comme un enfant. Enfin sur la dernière monture, un paquet tremblant de linge et de soie d'où sort une main brune où brille l'anneau nuptial; c'est la mariée."
Les tempes épilées, le visage tatouée d'une rosace sur les joues, d'une étoile sur le front, les lèvres fardées, les cils peints et collés, les narines et les oreilles cachetées, elle a l'air d'une idole plus que d'une femme. Mais la déesse de la veille ne tardera pas à se réveiller esclave: levée au petit jour, elle commencera dès le lendemain de ses noces son rude apprentissage domestique. A elle de nettoyer la maison, d'apprêter le riz et le bouillon de chien ou de citrouille, de brosser les vêtements du mari, etc, etc.
"Heureuses, dit M. Ducrocq, celles qui tombent sur un homme fidèle et indulgent, qui autorise les visites à la voisine et les cabinets de lecture!"
Car les Coréennes sont de grandes liseuses de romans. Il y a tout une littérature sentimentales, imprimée sur papier à chandelle, qu'on débite à bon marché dans les librairies de Séoul et de Chemulpo...
Les maisons coréennes sont fort simples: quatre murs de torchis, des lattes, une toiture en paille chez les pauvres, en tuile ou faïence bleue chez les riches, voilà pour l'extérieur. L'intérieur n'a qu'une ou deux pièces qui, sur la rue, prennent jour par une lucarne ou un treillis de bambou vitré de papier, mais sont largement éclairées du côté de la cour. Cette cour, chez les mandarins, prend quelquefois les proportions d'un vrai parc; même chez les Coréens de la plus basse classe, on y trouve tout au moins quelques plants de fleurs. Pour les jours de pluie ou d'hiver, quand ils ne peuvent jouir de la campagne, les Coréens ont des paravents qui leur en donnent l'illusion.
"Leurs peintres ont le talent de jeter sur le morceau de soie une branche d'épine en fleur, un vol de cigognes, une libellule, ou simplement une rose qui meurt dans un vase de bronze; et, comme ils improvisent, leurs dessins sont capricieux et vivants comme la nature même."
Ces peintres, les potiers, les chapeliers, les cordonniers, les quincailliers, les ébénistes, les tisseurs et surtout les parcheminiers, c'est toute la Corée industrielle. Le Coréen n'a qu'un passion et qu'il satisfait de son mieux; il aime à s'instruire; il ne fréquente pas que ses écoles, il fréquente aussi celles de nos missionnaires. Le catholicisme fait de grands progrès parmi eux: la cathédrale de Séoul est à peine assez grande pour contenir les catéchumènes des deux sexes.
"Pauvre et douce Corée" dit M. Ducrocq. Et, quand on a lu son livre, il n'est pas possible de ne pas souscrire au titre qu'il lui a donné, de ne pas reconnaître avec lui qu'il n'a pas l'ombre de méchanceté dans ce gentil peuple, affiné, puéril et rêveur, sur lequel se sont abattus les Japonais et qui agonise sans un cri, sans une plainte, aux griffes de ces rapaces.

                                                                                                        Charles Le Goffic.

L'Ouvrier, n°5, Journal paraissant le mercredi et le samedi, 18 mai 1904.