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samedi 1 novembre 2014

Sécateur du seizième siècle.

Sécateur du seizième siècle.

Le sécateur que représente notre gravure était d'un usage assez fréquent au  seizième siècle; le soin que l'on apportait à la fabrication de ces instruments, le luxe de gravure et de ciselure que l'on remarque sur quelques-une de ceux qui font partie de nos musées ou des collections particulières, montrent assez que de hauts personnages ne dédaignaient pas de consacrer parfois leurs loisirs aux soins du jardinage et taillaient eux-mêmes leurs arbustes.



Ces sortes de sécateurs cependant pouvaient tout au plus servir à couper l'extrémité des branches les plus tendres, ou à écheniller les arbres; l'axe du mouvement de cisaillement se trouvait, en effet, trop écarté de la hampe tenue par le jardinier, et ne pouvait donner une grande force de pression au couteau malgré la longueur et la puissance du ressort: aussi l'usage en a-t-il été abandonné depuis longtemps.
On se sert aujourd'hui pour ébourgeonner les arbres hors de la portée du bras, d'un sécateur semblable au sécateur à main, placé horizontalement à l'extrémité d'une perche de 1,50 à 2 mètres de longueur, et qui s'ouvre et se ferme à volonté au moyen d'un fil de fer terminé par un anneau que l'on tire comme un cordon de sonnette.

Le magasin pittoresque, juillet 1876.

Hospice des incurables d'Ivry.

Hospice des incurables d'Ivry.
        (Département de la Seine)



C'est en 1634 que le premier hospice d'incurables fut fondé à Paris, par suite d'un don que le cardinal de la Rochefoucault fit aux administrateurs de l'Hôtel-Dieu "de ce que M. François Joulet, prestre, sieur de Châtillon, avoit laissé par son testament pour le secours des pauvres incurables."
MM. les administrateurs déclarèrent "qu'ils destinoient, affectoient et délaissoient dès lors (20 novembre 1634) la quantité d'environ dix arpents de terre appartenant à l'Hôtel-Dieu, à prendre en une pièce de dix-sept arpents ou environ, assize au terroir Saint-Germain des Prez, proche et derrière l'enclos des Petites-Maisons, en la grande rue, sur le chemin qui conduit à Sève (Sèvres), et par derrière à la Santé et chemin qui conduit de la rue du Bacq à Grenelle."
Les privilèges de cet établissement furent confirmés par des lettres patentes de Louis XIII, enregistrées en la cour du Parlement le 6 mai 1637.
Dans les documents originaux qui se rapportent à cette fondation, on trouve ce fait curieux que "Mgr Henry de Bourbon, évêque de Metz, abbé commandataire de l'abbaye de Saint-Germain des Prez lez Paris, a concédé à MM. les administrateurs et au préposé la conduite et direction de l'hôpital (hospice des incurables) ses droits de correction, de prison, de carcan et de fouet, seulement sur les pauvres et les domestiques."
La construction des bâtiments, commencée en 1635, par l'architecte Gamart, ne fut terminée qu'en 1649; mais depuis six ans déjà l'hospice recevait des malheureux. La fondation des trois premiers lits eut lieu, en effet, le 5 septembre 1642, grâce à la libéralité de "dame Catherine Rouillé, veuve de Jacques le Bret, en son vivant conseiller du roy en son Châtelet."
Ce premier hospice, établi rue de Sèvres, était destiné à recevoir immédiatement des hommes et des femmes incurables.
Après la révolution, l'hospice de la rue de Sèvres fut réservé aux femmes seulement. On destina aux hommes l'ancien couvent des Récollets, qui à cette époque cessa d'être un établissement religieux (1) 
Plus tard, les Incurables hommes durent abandonner l'hospice des Récollets, transformé en hôpital militaire (hôpital Saint-Martin), et furent transférés dans une caserne louée par l'Assistance publique au ministère de la guerre, située rue Popincourt, et qu'on désigna depuis sous le nom d'hospice Popincourt.
En 1869, les deux établissements séparés de la rue de Sèvres (femmes) et de l'hospice Popincourt (hommes) furent réunis dans un vaste établissement unique construit à Ivry (Seine). Les bâtiments de la rue de Sèvres (2), après la translation des Incurables à Ivry, achevée en 1870, restèrent pendant quelques temps inoccupés; ils ont été transformés en hôpital temporaire où sont traités les malades atteints d'affections aiguës et curables.
Le nouvel hospice a été construit par M. Labrousse, architecte en chef de l'administration de l'Assistance publique de Paris, et M. Billon, architecte-inspecteur. L'installation des services intérieurs (ventilation, chauffage, etc.) due à M. Ser, ingénieur de l'administration, professeur à l'Ecole centrale, est remarquable sous tous les rapports.
L'hospice d'Ivry-sur-Seine est situé à 2 kilomètres environ des fortifications et à quelques centaines de mètres de la Seine, dans des conditions de salubrité satisfaisante. Les moyens de transports sont le chemin de fer d'Orléans, les bateaux à vapeur et les omnibus spéciaux de Paris.
On peut se faire une idée complète de la distribution intérieure de l'établissement d'après les plans que nous publions (3).



A gauche de la porte d'entrée se trouvent la loge du concierge et le bureau de l'architecte. A droite, les bureaux et les logements du directeur et de l'économe; les logements des employés sont à gauche au premier étage.
Le jardin du milieu est séparé en ceux parties: l'une, à droite, est réservée aux hommes; l'autre, à gauche, est réservée aux femmes.; Une galerie couverte règne autour du jardin, le long des bâtiments affectés, à droite aux hommes, à gauche, aux femmes. La chapelle est située au fond, dans l'axe même de la porte d'entrée, et sépare les deux services. Les cuisines et le service des machines sont placés derrière la chapelle.
Les bâtiments ont trois étages.
L'hospice peut contenir 2.000 lits; on y compte actuellement 900 lits montés pour chaque sexe; soit 1.800 lits.
Il faut ajouter à ce chiffre 120 lits dits d'expectants, 60 pour chaque sexe.
Ces lits d'expectants, installés dans un service spécial, ne sont pas destinés aux indigents proprement dits; ils sont destinés à recevoir provisoirement des vieillards inscrits pour entrer à tour de rôle soit à la maison de retraite des Ménages d'Issy, soit à la maison de la Rochefoucault, et qui, par suite de leurs infirmité, de l'absence de famille ou de l'exiguïté de leurs ressources, ne peuvent attendre chez eux que leur tour d'entrée dans l'un ou l'autre de ces établissements soit arrivé. Le payement de la pension est exigé par l'administration aussitôt qu'ils sont admis dans le service des expectants, absolument comme s'ils entraient à la maison des Ménages ou à l'hospice de la Rochefoucauld.
Le nombre des employés et gens de service en exercice est d'environ deux cents. Le personnel de l'administration se compose d'un directeur, d'un économe, de deux employés, de deux aumôniers, de deux médecins et d'un chirurgien, aux soins desquels s'ajoutent ceux de sœurs de Saint-Vincent de Paul dirigées par une supérieure.



Les vieillards de l'hospice pouvaient autrefois sortir librement, chaque jour, de sept heures du matin à huit heures du soir. Pour réprimer quelques abus, les sorties ont été restreintes: les jours de sortie des hommes sont aujourd'hui les lundis, mercredis et vendredis; les femmes sortent les mardis, jeudis et samedis. Les administrés ont congé un dimanche sur deux, alternant pour chaque sexe.
Les règles du régime intérieur sont les suivantes:
Les pensionnaires se lèvent à six heures et demie en hiver, à six heures en été. Ils font trois repas par jour.
Ils doivent être rentrés à huit heures en hiver, à neuf heures en été.
Le médecin fait ses visites chaque jour, à huit ou neuf heures du matin.
Les lits sont disposés dans des dortoirs sur deux rangs, quatre-vingt par dortoir. Ils sont en fer; chacun est pourvu d'un sommier, de deux matelas, et de rideaux blancs.
Chaque pensionnaire a une armoire à clef, une table de nuit, une chaise et un fauteuil; un tiroir-commode est installé au-dessous du lit.
Le chiffre annuel des admissions est, en moyenne, de 260 à 280 pour les hommes, et de 250 à 270 pour les femmes.
La mortalité varie entre 15 à 17 pour 100 pour les hommes , et 8 à 11 pour les femmes.
L'entretien de l'établissement des Incurables d'Ivry coûte annuellement plus d'un million à l'administration de l'Assistance publique de Paris.
Parmi les lits des Incurables, plus de six cents ont été fondés par des particuliers; les indigents qui les occupent sont présentés par les fondateurs des lits ou de leurs héritiers. Une plaque, fixée en tête de chaque lit de fondation, mentionne le nom du fondateur et la date de la donation.
Quant aux conditions d'admission, il importe de faire observer que l'hospice des Incurables (à part le service des expectants) est un hospice purement communal, dans lequel sont admis les malades incurables ayant leur domicile de secours à Paris.
Les malades doivent avoir soixante-dix ans révolus, ou justifier d'infirmités incurables les empêchant de travailler pour vivre; ils doivent être dénués de ressources et être inscrits au bureau de bienfaisance.
Les admissions sont prononcées par l'Administration centrale de l'Assistance publique, après décision d'une commission spéciale de neuf membres nommés par le préfet de la Seine, et dont six membres sont pris en dehors de l'administration.
Les postulants doivent produire les pièces réglementaires à l'administration centrale: acte de naissance, certificats d'indigence, de domicile et d'infirmités (4).

(1) Cet établissement était situé rue des Récollets, numéro 18.
(2) Aujourd'hui numéro 42.
(3) Ces plans ont été gravés d'après un grand modèle dessiné, avec une patience et une exactitude remarquable, par un pensionnaire de l'hospice, M. Michel, ancien ouvrier typographe;
(4) On n'admet point les malades affectés d'aliénation mentale, de cancer ou d'épilepsie. Les cancérés et les épileptiques sont reçus à Bicêtre (hommes) et à la Salpêtrière (femmes), et les aliénés dans les asiles spéciaux;
Les individus qui ont subi une condamnation correctionnelle sont exclus.

Le magasin pittoresque, juin 1876.

Règle d'antiphonaire.

Règle d'antiphonaire.

On désigne aujourd'hui sous le nom d'Antiphonaire ou Antiphonal le livre, en usage dans l'Eglise catholique, où se trouvent seulement notées les antiennes des vêpres et des matines, c'est-à-dire les morceaux de plain-chant qui se rattachent aux psaumes pour les commencer ou les terminer.
Mais autrefois, les antiphonaires contenaient toutes les parties chantées à l'ordinaire des messes, et, comme tels, occupaient la place la plus importante parmi les livres de chant en usage dans les églises: aussi étaient-ils généralement exécutés avec un grand luxe; on peut s'en faire une idée en se reportant à la lettre initiale tirée d'un antiphonaire conservé dans la cathédrale de Brescia...



La règle d'antiphonaire en fer forgé et gravé que nous donnons aujourd'hui, et qui fait partie de la collection de M. Jubinal, est elle-même un objet d'art. On la posait à plat sur le parchemin, et on pouvait ainsi tracer facilement les portées qui devaient recevoir les notes de plain-chant.

Le magasin pittoresque, juin 1876.

Serrurerie.

Serrurerie.
Les sonnettes.


Nous avons demandé à un habile serrurier d'où vient qu'il en coûte si cher pour faire poser des sonnettes dans les appartements. Voici sa réponse:
1° Ce travail est exécuté par des ouvriers spéciaux qui sont payés à plus haut prix que les serruriers ordinaires;
2° Lorsqu'un poseur de sonnettes a bien combiné tous les passages nécessaires des fils, il perce des trous, mais il arrive parfois qu'au milieu de ce travail et même vers la fin, il rencontre un obstacle, une barre de fer, par exemple, et pour ne pas nuire aux plafonds ou corniches, il est obligé d'abandonner la marche première et d'essayer une autre:
3° Les métaux employés pour les sonnettes ne sont pas d'un prix ordinaire.
Notre correspondant ajoute que le plus simple appareil pour la pose des sonnettes est fort compliqué. Il se compose des parties suivantes:
1° mouvements;
2° bascules à fourreau et à tourillons;
3° fil de fer galvanisé, ou fil de laiton; 
4° boucles de jonction;
5° ressorts de rappel en cuivre ou en acier;
6° conduits;
7° pointes d'arrêt;
8° tuyaux en fer-blanc.
Si l'on veut veiller au bon entretien des sonnettes, il faut ne jamais appliquer de peinture sur les fils et mouvements; passer de temps à autre une revue des fils, et les retendre s'il en est besoin; remettre les mouvements sur leur tirage; les huiler bien légèrement.
Dans les grandes maisons ou les hôtels, il n'est pas nécessaire d'avoir autant de sonnettes qu'il y a de numéro de chambres; une seule sonnette suffit, au moyen d'un chariot mû par une seule bascule et portant un indicateur pour chaque numéro.

Le magasin pittoresque, juin 1876.

Chausse-pied allemand en fer gravé.

Chausse-pied allemand en fer gravé.


Au seizième siècle, on se servait, pour faciliter l'entrée du pied dans la chaussure, de longues cornes d'animaux, dont quelques-unes, ciselées et gravées avec soin, représentaient des sujets allégoriques quelquefois accompagnés de devises.
On fabriquait également des chausse-pied en métal, et celui en fer gravé que représente notre dessin, outre son mérite artistique, est remarquable par sa disposition ingénieuse; il est, en effet, terminé à sa partie supérieure par une sorte de pince à longue tige qui sert à tirer soit  les contre-forts du talon, soit les côtés latéraux de la chaussure.



La gravure, très-soignée, représente un compagnon cordonnier chargé de son ballot et faisant son "tour d'Allemagne". Quelques-uns de ces petits instruments étaient couverts d'inscriptions en vieil allemand, quelquefois ingénieuses.
On ne saurait dire à quelle époque remonte l'usage du chausse-pied; il était connu des Romains, et on en a trouvé dans plusieurs endroits, à Nîmes notamment, des spécimens en bronze, pareils de forme à ceux qu'on emploie de nos jours.

Le magasin pittoresque, mais 1876.

Cimetière de Montivilliers (Seine-inférieure).

Cimetière de Montivilliers (seine-inférieure).

Jadis, sur l'emplacement du cimetière que notre dessin représente, Jacques Deschamps, vicomte de Montivilliers, habitait un château dont la situation au milieu d'une charmante vallée devait faire un séjour aussi riant qu'il est triste aujourd'hui; un jour, une fille de ce seigneur tomba dans un puits et mourut. Désespéré, Jacques Deschamps ne voulut plus vivre en ces lieux: il transforma sa demeure en cimetière et fit élever une croix à la place du puits où avait péri sa fille; on rapporte que son projet avait été d'entourer ce "champ de paix" d'un beau cloître.
Il mourut en 1520 ou 1525, comme l'indique la date un peu effacée de la pierre tombale placée à l'entrée de la chapelle, où il est représenté avec le costume du seizième siècle.
La croix est gothique à l'exception du sommet; mutilée à l'époque des guerres de religion, elle fut restaurée, en 1600, par Beuriot, vicomte de Montivilliers, qui, sans souci de l'ensemble du monument, fit refaire au goût de son temps la petite croix qui le surmonte.
Le cloître, commencé selon les instructions de Jacques Deschamps, est de style renaissance; la voûte a conservé la forme ogivale. Il est, du reste, construit en charpente sauf le mur extérieur et la chapelle. Sur les piliers plus ou moins mutilés, on voit des écussons où quelques fragments de peinture figurent une danse macabre, et les instruments de la Passion.
En 1830, on a détruit, dans l'attique du cloître, un charnier formé de têtes superposées avec deux os intercalés entre chacune.



Nos lecteurs n'ont sous les yeux que deux des côtés du cloître. Sur le troisième est la chapelle; des bas-reliefs y représentent la Résurrection de Lazare et les armes du fondateur; et des fresques, recouvertes d'un badigeon dont on n'a pu les débarrasser, figuraient l'Enfer, le Purgatoire et la Paradis.

Le magasin pittoresque, mai 1876.

Le pommier de l'église de Bouillon (Manche).

Le pommier de l'église de Bouillon (Manche).

Rien n'est si fréquent dans l'Inde ou dans les terres chaudes de l'Amérique que de voir d'antiques constructions envahies par de puissants végétaux qui croissent au milieu des pierres et finissent par couvrir les ruines d'un réseau de verdure pour ainsi dire inextricable.
Le hameau de Bouillon, qui appartient au département de la Manche, et qui n'est pas inconnu aux archéologues, en raison du superbe menhir qui se dresse encore sur son territoire, non loin du village de Vaumoisson, offre un petit phénomène de ce genre fort rare sous nos climats.
Un pommier, que les plus vieux habitants du pays se rappellent avoir vu dans le même état de croissance, s'est implanté, on ignore à quelle époque, sur le mur de cette petite église, et ses racines se sont frayé un passage dans les interstices des pierres, sans que l'on puisse supposer qu'elles aient rencontré aucune parcelle de terre végétale. 


Ce pommier, renommé dans tout le pays d'alentour, fleurit chaque année, et, la saison venue, se couvre de pommes; elles sont petites, mais, au dire de chacun, d'un goût excellent.

Le magasin pittoresque, mai 1876.