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vendredi 13 mai 2016

Effets vulnérants des balles de petit calibre.

Effets vulnérants des balles de petit calibre.


La balle française de 8 millimètres est actuellement la plus volumineuse. La balle allemande de 7,5 millimètres est celle qui s'en rapproche le plus.





L'Italie, la Hollande et la Norvège ont adopté des projectiles de dimensions plus réduites (6,5 mm). Le poids oscille entre 10 grammes (balle norvégienne) et 15 grammes (balle française).
Les armées européennes ont adopté les balles cuirassées formées d'un noyau de plomb entouré d'une chemise de maillechort, d'acier ou de cuivre.




Le projectile de Lee-Metford, si tristement célèbre aux Indes et en Afrique sous le nom de dum-dum, possède une chemise de maillechort qui va s'amincissant du culot de la balle au sommet de son ogive, où le plomb est laissé à nu, de sorte que, résistant moins au choc, il tend à se télescoper et multiplie ainsi les meurtrissures lorsqu'il rencontre sur sa route un obstacle sérieux tel qu'un os par exemple.
Les tissus se comporteront différemment selon leur résistance propre: c'est ainsi qu'un os ne réagira pas de la même façon qu'un organe mou comme le cerveau ou qu'un organe constamment plein comme le cœur.
On admet que les petits projectiles actuels, à grande vitesse initiale, ne font que des blessures minimes s'ils ne traversent que les parties molles sans léser les gros vaisseaux ou les os, et, dans ce cas, la plaie d'entrée ressemble à la plaie de sortie. La blessure est généralement représentée par un orifice très petit, ovalaire ou circulaire, dont le fond est couleur lie de vin; les bords taillés à l'emporte-pièce sont entourés d'une zone circulaire violacée très étroite.








Le moindre obstacle qui s'oppose à la traversée des tissus par une balle, un os, par exemple, en retardant cette traversée, permet une action plus prolongée du projectile et dès lors, celui-ci cause des délabrements considérables une fois l'obstacle franchi. Une vaste plaie de sortie produite par une balle de petit calibre est l'indice presque certain d'une fracture.




Les effets des petits projectiles varient avec la distance à laquelle les coups de feu sont tirés. Si quelque résistance sérieuse s'oppose à la traversée de l'organisme par une balle, la blessure faite dans ces conditions entre 10 et 400 mètres revêt une gravité exceptionnelle. Les désordres sont comparables à ceux qu'une explosion produits dans l'épaisseur mêmes des organes; jusqu'à 2.000 et même 2.500 mètres, la lésion se réduit généralement à une perforation, sans apparence d'éclatement ou de dilacération.
A des distances supérieures à 2.500 mètres les balles, en raison de leur vitesse alors réduite, ne produisent plus que de fortes contusions, mais sont encore capables, dans certains cas de fissurer un os.




Certaines expériences exécutées sur des animaux vivants et sur cadavres humains sont de nature à frapper l'esprit. 
C'est ainsi que la balle du Mosin russe a traversé sept cadavres à 600 mètres; la balle Lebel a perforé deux cadavres à 1.000 mètres et brisé la clavicule d'un troisième; elle a tué des chevaux à 1.800 mètres et des moutons à 2.400 mètres; enfin le projectile le plus réduit de tous, la balle de 6 millimètres du fusil des Etats-Unis, qui ressemble plutôt, a-t-on dit, à un jouet d'enfant qu'à une véritable arme de guerre, traverse deux hommes à 4.570 mètre et un seul à la distance de 5.490 mètres.
Ces faits ne prouvent rien au point de vue de la force de pénétration des projectiles, car les conditions expérimentales varient avec chaque expérience, et il est plus malaisé à un projectile de perforer un seul fémur que de traverser de part en part les parties molles de trois sujets.
De plus, ces projectiles, si pénétrants qu'ils soient, n'arrêtent pas toujours l'élan d'un ennemi déterminé. Au Dahomey, des amazones percées de balles vinrent plusieurs fois tomber à quelque mètres des tirailleurs.
En Abyssinie, un bataillon italien fut abordé et mit en déroute par une troupe qu'il criblait de balles depuis quelques instants. On constata avec stupeur que la plupart des assaillants, qui avaient dû franchir 200 mètres à découvert, étaient blessés du fait de la fusillade terrible qu'ils avaient essuyés; enfin, pendant la guerre du Chi ral, les Anglais songèrent un instant à abandonner leur fusil du modèle Lee-Metford qui "ne tuait pas". Les soldats commençaient à se défier d'une telle arme et c'est pour rendre confiance aux troupes qu'il adoptèrent alors le projectile dum-dum.
Ceux-ci se déformaient aisément par suite de l'allègement de sa coque en certains points, produisant, en s'écrasant dans la plaie, des blessures si meurtrières que certains chirurgiens le taxèrent de projectile explosif.
En résumé, qu'une blessure résulte d'un coup de feu tiré de très près ou, au contraire de très loin, sa gravité est subordonnée au hasard qui a dirigé le projectile dans les tissus. Presque immédiatement mortelle si un organe important comme le cœur ou le cerveau est atteint, elle sera au contraire bénigne si les muscles et les parties molles se trouvent seuls sur le trajet sanglant, à l'exception du squelette et des vaisseaux de gros calibre.  
Les lésions de la tête seront toujours graves, sinon mortelles. Je me rappelle avoir vu un soldat d'infanterie coloniale qu'une balle Lebel avait atteint au-dessus de l'arcade sourcilière droite. La plaie d'entrée était minuscule et comme un confetti de peau semblait avoir été enlevé à l'emporte-pièce.
Les dimensions de la plaie de sortie à la nuque étaient un peu plus grande et ses bords déchiquetés s'éversaient légèrement en dehors. La tête, dans son ensemble, paraissait intact, mais à l'autopsie, on constata sous le cuir chevelu un broiement tel que les os du crâne n'étaient soutenus que par leur adhérence au cuir chevelu et par le cerveau réduit en bouillie sue lequel ils reposaient.
L'usage des projectiles non déformables doit entraîner pour les blessés de plus grandes chances de guérison si des organes essentiels à la vie n'ont pas été atteints.
La lésion produite par la balle cuirassée est chirurgicalement plus susceptible de guérison que toute autre; c'est pourquoi il convient de s'élever avec force contre le reste de barbarie qui pousse certains hommes à dénoncer comme insuffisant le projectile actuel, afin de le remplacer par une balle déformable qui tuera avec plus de certitude.

                                                                                                         Maurice Andral.

Le Petit Journal, militaire, maritime, colonial, supplément illustré paraissant toutes les semaines, 7 février 1904.

jeudi 19 novembre 2015

Les quarante-cinq balles de Zacharof.

Les quarante-cinq balles de Zacharof.

C'est un record. Depuis l'homme à la fourchette, on a souvent retiré de l'estomac des collections de couteaux, cuillers, clous, épingles, cailloux, verre, vieux débris de toutes sortes. Je me souviens d'un saltimbanque qui faisait métier d'avaler tout ce qu'on lui présentait. Après les cailloux, des morceaux de bouteilles, des vis en acier, des lacets de bottines... Et le curieux de tout cela, c'est que tous ces objets disparates s'installaient tranquillement dans les voies digestives et ne sortaient que rarement par les voies naturelles. Pourtant, à la fin, la collection devenait gênante, et son propriétaire avouait qu'il souffrait énormément. On était obligé, pour le sauver d'une mort certaine, d'avoir recours à l'intervention chirurgicale. On retira un jour, d'un professionnel, trois cent soixante grammes de matériaux de matériaux divers.
Le cas de Zacharof est encore plus extraordinaire. Il a été raconté par le docteur Lewoniewki, qui a soigné cet avaleur de balles de fusil.
Zacharof est un jeune cosaque de dix-sept ans. Il règne dans son pays une légende bizarre, mais bien dangereuse. Quiconque avale en secret des balles de fusil est certain de ne pas être tué par les balles de l'ennemi. Zacharof allait partir pour la Mandchourie, et, pour ne pas être tué par les projectiles des Japonais, il absorba, en plusieurs jours, quarante-cinq balles à enveloppe lisse du fusil russe.
C'était un peu lourd à l'estomac, car chaque balle pèse plus de treize grammes. Cependant, tout alla bien d'abord; mais, un beau jour, des douleurs très vives se manifestèrent. Zacharof était fort embarrassé, car, d'après la légende, il ne devait pas avouer qu'il avait avalé des balles; sinon, il n'eût pas été mis à l'abri des projectiles de l'ennemi. Il attendit, s'efforça de se débarrasser de sa collection. Peine inutile.Il tomba en syncope et on dut l'envoyer à l'hôpital.
La radiothérapie permit de dépister les balles; elles s'étaient agglomérées, sous forme de masse noire, tout près de l'anse intestinale. Quelque-unes s'en allèrent à la longue, mais le paquet résista. M. Lewoniewki dut se résigner à l'opération chirurgicale.
Le cosaque se porte bien, aujourd'hui. Mais il a bien juré qu'il ne recommencerait plus. Il avait avalé un poids de balles équivalant à cinq cent quatre-vingt huit grammes; plus d'une livre de plomb!

                                                                                                            Henri de Parville.

Les Annales politiques et littéraires, Revue universelle paraissant le dimanche, 12 mai 1907.

samedi 17 octobre 2015

Les balles animées.

Les balles animées.


Les deux jouets représentés par nos gravures sont très simples, très amusants et très instructifs en même temps parce que leur action est le résultat de la combinaison d'un assez grand nombre de principes de mécanique.
Le premier est constitué de deux balles de bois portant chacune un anneau. Dans ces deux anneaux on passe une élastique double et le jouet est construit.



Pour le mettre en mouvement, on tord le fil de caoutchouc en tenant une des balles dans sa main tandis que l'autre est restée sur le sol. On fait décrire à cette dernière un chemin circulaire en imprimant à la main un mouvement giratoire. Quand l'élastique est suffisamment tordue, on prend dans sa main la balle restée libre, on les pose toutes les deux sur le sol et on les lâche en même temps.
Aussitôt le fil se détord et les deux balles se mettent à tourner sur le sol en courant l'une après l'autre circulairement. A mesure qu'elles tournent plus vite, les deux balles s'écartent l'une de l'autre, entraînées par la force centrifuge, agrandissant ainsi le cercle dont elles parcourent la circonférence. Puis, peu à peu, leur vitesse diminue, le cercle se rétrécit et les balles s'arrêtent. Mais la vitesse que leur avait imprimé l'élastique en se détordant, s'étant conservée pendant quelques instants encore, leur a permis de tordre le double fil de caoutchouc en sens contraire, si bien qu'elles ne s'arrêtent qu'un moment pour repartir en sens inverse. Ce double mouvement se continue assez longtemps jusqu'au moment où les deux balles, n'acquérant pas une vitesse assez grande, ne puissent plus tordre l'élastique.
Le second jouet est beaucoup plus original que le premier. 



Voici ce qu'on en fait. C'est une balle creuse absolument semblable extérieurement aux balles de caoutchouc que possèdent les enfants. Vous lancez cette balle en ayant soin de lui imprimer un rapide mouvement de rotation sur elle-même. La personne à laquelle vous l'avez lancée tend les mains pour la recevoir, mais elle est toute étonnée de voir la balle décrire en l'air une série de courbes bizarres, telles que nous les avons représentées dans la partie supérieure de notre gravure.
Si vous lancez la balle devant vous pour atteindre un objet, vous la verrez, au lieu de suivre la ligne directe, revenir brusquement sur ses pas, puis tourner, virer et décrire en fin de compte le chemin tracé sur la partie inférieure de notre gravure.
Ces mouvements bizarres sont dus à un petit artifice de construction. Sur la paroi interne de la balle est attaché au moyen d'une petite bande un poids assez léger. C'est ce poids qui entraîne à chaque instant la balle et lui fait faire des mouvements désordonnés.
Ce poids excentrique par rapport à la balle n'épouse à aucun moment le mouvement qu'on a imprimé à cette dernière. La rapide réaction dont elle est animée au départ fait qu'à chaque instant le petit poids entraîné par la force centrifuge tend à s'échapper par la tangente. Comme d'autre part, il est lié à la balle, il entraîne cette dernière  dans son mouvement et lui fait parcourir les chemins les plus bizarres.
C'est là un jouet très simple et très amusant, car il peut intriguer bien des personnes qui resteront longtemps avant de se rendre compte qu'une balle absolument semblable aux autres et parfaitement ronde, puisse s'écarter de son chemin sans qu'aucun agent extérieur intervienne, et malgré l'impulsion primitive qu'on lui aura transmise.
Il semble que cette balle ne soit plus soumise aux lois  de la mécanique alors qu'au contraire ce sont ces mêmes lois qui lui permettent de prendre des mouvements variés. Presque tous les jouets, et particulièrement les plus surprenants, reposent d'ailleurs sur des principes très simples. Il ne s'agit que de savoir les appliquer et en tirer des effets merveilleux; mais en cela réside la grosse difficulté. Dans un des derniers numéros, nous vous parlions des culbutants; rien n'est plus simple et pourtant leur mouvement étonne absolument au premier abord.

                                                                                                                Alexandre Rameau.

La Science illustrée, 30 juillet 1892.