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lundi 8 mars 2021

Le cardinal Richard quitte l'Archevêché de Paris.


C'est dans l'après-midi  de lundi que le cardinal Richard a quitté l'archevêché. Il avait déclaré, la veille, qu'il considérait la démarche faite auprès de lui, vingt-quatre heures auparavant, par le commissaire de police, M. Chanot, comme constituant la "contrainte morale" qu'il attendait pour se "soumettre aux injonctions de l'autorité civile", et celle-ci n'a pas eu à renouveler sa première sommation.
Dans la cour de l'archevêché, de nombreuses personnalités s'étaient réunies et, parmi elles, les comte de Mun, d'Haussonville, de Maillé, le marquis d'Elbée, le général de Charette, l'amiral Bienaimé, MM. Boni de Castellane, Paul et Guy de Cassagnac, Henri Piou, Anthime Ménard, de Lamarzelle, Edouard Drumont, la baronne Reille, la princesse de la Tour-d'Auvergne, la comtesse de Maillé, la vicomtesse d'Aurigny, la marquise de Vasselot, etc., etc. Comme le prélat tardait un peu, l'assistance, à laquelle s'étaient de nombreux ecclésiastiques se découvrit et entonna le Credo, le Parce Domine, et le cantique: Sauvez, sauvez la France. Lorsqu'il apparut, courbé et soutenu par son coadjuteur, Mgr Amette, les fidèles répondirent non seulement à son geste, mais on vit un groupe d'entre eux dételer les chevaux de sa voiture, lorsqu'il y fut monté, et la traîner eux-mêmes jusqu'à l'hôtel de M. Denys Cochin.


La foule des fidèles escortant la voiture dételée
du cardinal Richard vers son nouveau domicile.



"Et c'est ainsi, dit un témoin, que se poussant, se portant, trois mille fidèles ont accompagné le cardinal jusqu'à la rue de Babylone. Il faut cinq minutes pour faire le trajet, mais le cortège mit une heure."

L'expulsion du cardinal et le nouveau projet du gouvernement sont très différemment appréciés, et voici, à titre documentaire, les commentaires les plus caractéristiques de la presse:

Ces catholiques ne semblaient même pas songer qu'ils eussent à revendiquer les droits qu'ils tiennent de leur qualité de Français et de leur titre de citoyen.
Ils priaient pour les bandits qui les oppriment et les dépouillent.
On n'a entendu que des paroles de pitié et de pardon, et pas une voix ne s'est élevée flétrissant les proscripteurs et maudissant les despotes: c'était l'Eglise souffrante et confiante, écartant, jusqu'à l'heure de la justice vengeresse, toute pensée de révolte contre l'injustice et de représailles contre les abus de la force et les iniquités du pouvoir.

(Le Soleil)                                                                                                                 Editorial.

Malgré les convocations et les excitations de la presse cléricale et réactionnaire, la manifestation organisée à la sortie du cardinal Richard quittant "son" archevêché a échoué piteusement. Elle s'est évaporée en quelques clameurs pieuses et vaines. Voilà à quoi se réduit maintenant, en ce Paris où l'aristocratie dispose encore de tant de ressources, la faculté de mobilisation catholique.

(L'Humanité)                                                                                                       Jean Jaurès.

Ce Chanot, le commissaire de police désigné pour procéder à cette tâche et signifier l'ordre d'expulsion, est, paraît-il, bien vêtu. Avant de se couvrir de honte, il se couvre d'un pardessus bien coupé.
Quant à Clémenceau, il triomphe et fait des gambades, mais il fait des gambades qui n'amusent plus et il triomphe dans les inquiétudes.

(La Libre-Parole)                                                                                              Edouard Drumont.

Ainsi, le Parlement et l'Exécutif ne savent pas encore quelle sera la charte de l'Eglise de France; mais ils sont fixés sur un point, sur la curée. Sans consulter le pays et ses représentants, on frappe à la caisse, on prend d'office, aux détenteurs légitimes leurs propriétés. Jamais vol ne fut consommé plus avidement, avec plus de tranquillité et d'impudeur.

(L'Eclair)                                                                                                                 Ernest Judée.

L'article 5, qui vise les pensions et les allocations, est véritablement trop doux.
Ne serait-il pas plus juste et plus simple de supprimer tout de suite, par mesure générale, toutes les allocations?
Dans tous les cas, c'est rapidement qu'il faut voter la loi. Le temps n'est plus aux formes et aux politesses.

(La Lanterne)                                                                                                       Maurice Allard.

Les Annales politiques et littéraires, Janvier-juin 1907.


La séparation.


Entre deux articles de finance, le gouvernement a déposé un projet de loi sur l'exercice public du culte. Aux termes de ce projet, la loi de 1905 reste le texte législatif, auquel il faudra se référer quant à l'exercice de ce culte. S'il n'est pas formé d'associations cultuelles dans les termes prévus par cette loi, tous les privilèges concédés à raison de cette constitution disparaissent, et c'est le régime du droit commun, celui de la loi des associations du 1er juillet 1901, qui devient applicable aux associations. L'exercice public du culte peut être assuré par le moyen d'associations établies suivant les prescriptions de cette dernière loi, ou par l'effet de volontés individuelles, à condition que la déclaration ordonnée par la loi de 1881 sur les réunions publiques sera régulièrement faite.
Le projet comporte l'affectation immédiate aux établissements communaux de bienfaisance ou d'assistance des biens ecclésiastiques vacants, faute d'associations cultuelles constituées pour les recueillir de la main des fabriques. Quant aux pensions et allocations, les unes restent soumises aux dispositions de la loi de 1905; les autres ne seraient supprimées que dans le cas où les ministres du culte "continueront à exercer leurs fonctions dans les circonscriptions ecclésiastiques où n'auront pas été remplies les conditions prévues, soit par la loi de 1905, soit par la nouvelle loi".
En attendant que ce projet vienne en discussion, le gouvernement applique intégralement la loi de 1905. Tous les archevêchés et évêchés ont reçu, à l'heure qu'il est, signification d'avoir à quitter, dans le plus bref délai, les archevêchés et évêchés. L'abandon des vieilles demeures épiscopales s'effectue lentement, avec ou sans résistance, suivant le caractère des prélats qui les occupent. A Paris, l'archevêque, dont la santé est chancelante, est allé, au milieu d'un grand concours de catholiques, habiter chez Denis Cochin, en attendant que les appartements qu'on lui destine à l'hôtel Ginoux de Fermont soient préparés. Tous les "occupants" des séminaires ont été invités à quitter ces établissements. 



Le déménagement du grand séminaire de Saint-Sulpice.


Dans beaucoup, on s'est borné à déménager, et les élèves d'un certain âge parlent de résister manu militari. Enfin, le gouvernement dirige les poursuites contre les abbés Jouin, curé de Saint-Augustin, Richard, curé de Saint-Pierre du Gros-Caillou, et Leclerc, curé de Saint-Roch, dont le langage au lendemain des dernières instructions du pape, tomberait sous le coup de la loi.



L'abbé Richard, curé de 
Saint-Pierre du gros-caillou.



                                                                                                                            Jacques Lardy.

Les Annales politiques et littéraires, janvier-juin 1907.