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dimanche 5 juillet 2026

 La laitière.







Lithographie de Wilk de 1825 représentant une crémerie.

Au bas de l'image, on peut lire, outre le titre "La Laitière":

A gauche: "Ce vilain polisson qui me fait répandre mon lait... tu mériterais que..." s'exclame une femme bousculée par un gamin. Au XIXe siècle, les expressions liées au lait comme "verser son lait" ou "donner son lait" sont à forte connotation grivoise. Dans le cas présent, l'enfant symbolise la domination de l'homme et les tentations de la rue qui perturbe la vertu des femmes (la blancheur du lait étant symbole de pureté).

A droite: pendant que la laitière sert une cliente en transvasant le lait contenu dans de grands bidons métalliques dans le pot tenue par la cliente, dans la boutique, en arrière plan, des personnes chuchotent près de la balance: "Dis donc chose, prend garde quelle ne te voye, et garde m'en toujours". Cette phrase révèle une escroquerie. A l'époque, Paris était réputé par ses fraudes massives dans le commerce du lait, soit le mouillage, c'est à dire le coupage du lait avec de l'eau soit le trucage des balances.

En dessous les mentions classiques liées à l'édition:
A gauche: Lith. de Langlumé (Atelier de Pierre Langlumé).
Au centre: A Paris chez l'auteur, rue du Marché Neuf n°26.
A droite la signature de l'auteur: Wilk 1825.

lundi 24 mars 2014

Le lait d'arbre.

Le lait d'arbre.


Au temps de la restauration, Alexandre de Humboldt avait recommandé à un jeune Français qui se rendait à la Nouvelle-Grenade, M. Boussingault, depuis si célèbre, l'étude de l'arbre à vache, l'arbre à lait, qui est le Brosimum galactodendron des botanistes (1). Il y a quelques mois, M. Boussigault a donné à l'Académie des sciences des détails intéressants sur ce singulier végétal.
L'arbre à lait atteint une hauteur de quinze à vingt mètres, et quelquefois de trente mètres; on le trouve en abondance dans le Venezuela. Ses feuilles sont oblongues, alternes, et son tronc fournit, quand on l'incise, un liquide abondant, blanc, visqueux, ayant, en apparence au moins, toutes les propriétés du lait.



M. Boussingault raconte que dans le Venezuela, qu'il parcourait, chaque jour les Indiens lui apportaient du lait végétal. Il en a consommé ainsi pendant un mois, mêlé à du café et à du chocolat.
Plus tard, pendant la guerre de l'indépendance, il vit des soldats se diriger vers une montagne avec des bidons vides, et comme il leur demandait ce qu'ils allaient faire, ils répondirent: "Nous allons traire l'arbre." Il les suivit, les vit entailler à coups de sabre des galactodendrons, et en moins de deux heures tous les bidons étaient remplis d'excellent lait.
L'arbre à lait rend de grands services aux habitants de l'Amérique tropicale. Les enfants en boivent beaucoup. Le lait de galactodendron est plus consistant que le lait de vache. Sa réaction est faiblement acide; à l'air il s'aigrit vite, en laissant une partie caillée.



L'analyse chimique qu'à faite M. Boussingault révèle la présence dans le lait d'arbre de quatre groupes de principes: 1° une substance grasse, saponifiable, qui fond à 50 degrés, analogue à la cire des abeilles; M. Boussingault a pu en faire de la bougie; 2° une substance azotée analogue au caséum, et rappelant par sa nature la fibrine végétale; 3° une matière sucrée; 4° divers sels, surtout de potasse, de soude et de magnésie,, principalement à l'état de phosphates. En tout, on dose 42 pour 100 de matière fixe.
M. Boussingault a pu reprendre et compléter en France ses premières analyses. Il a reçu de nombreux échantillons de lait végétal concentré par l'évaporation au bain-marie, et il a pu étudier, à l'Exposition universelle l'an dernier, un certain nombre de flacons de lait végétal parmi ceux que le gouvernement du Venezuela a eu l'heureuse idée d'envoyer au Champ de Mars. L'extrait de lait végétal donne à l'analyse 84 pour cent de cire et de matière saponifiable, tandis que le même lait non concentré n'en donne que 35.
En réalité, le lait végétal ne saurait être comparé au lait animal: il se rapproche beaucoup, au contraire, de la crème. On en jugera facilement d'après la compositions des deux substances:

                                                                         Crème            Lait végétal

                                             Beurre............       34                        35
                                             Sucre..............         4                           3
                                             Phosphate......        4                           4
                                             Eau.................       58                         58

On peut expliquer facilement d'après ces chiffres les propriétés nutritives du lait végétal.
Ne pourrait-on pas acclimater dans nos colonies des Antilles, ou à Bourbon, l'arbre à lait? M. Boussingault ne saurait rien préciser à cet égard. C'est un arbre très-robuste, très-vigoureux, qui exige une température moyenne de 22 degrés; mais il faut joindre à la température des conditions d'humidité qu'on ne trouve pas partout.  L'arbre serait précieux à introduire, en raison de la quantité énorme de cire que l'on pourrait en retirer.


(1) Il fait partie de la famille botanique des Artocarpées, qui possède également le Jaquier ou arbre à pain, qu'on rencontre aux îles de la Sonde et aux Moluques.

Magasin Pittoresque, 1879.

samedi 8 février 2014

Marengo.

Marengo.

Près de Saint-Omer s'élève un délicieux et frais village qui a nom Blaudèque.
Là vivaient, au commencement de 1832, dans une simple cabane, une vénérable grand mère, sa fille la veuve François, un jeune enfant, deux vaches nommées Brune et Blonde, et Marengo, le héros de cette histoire.
Le produit de la vente du lait de Brune et Blonde suffisait aux besoins de la modeste famille.

Chaque matin, la veuve François venait à Saint-Omer distribuer sa marchandise à ses pratiques, qui étaient nombreuses, car le lait de Brune et Blonde était justement apprécié: ce n'était pas, comme la crème de Paris, un composé de cervelle de mouton délayée dans l'eau et saupoudrée de quelques grains de blanc d'Espagne: c'était du lait excellent parce que c'était du lait.
Marengo était toujours du voyage. Il traînait une petite charrette sur laquelle était placé les différents pots disposés à l'avance pour chacun des habitués de la ville; le bon caniche s'acquittait de sa tâche avec zèle et intelligence; il savait où commençait et où se terminait sa tournée, et son instinct lui disait assez devant quelles maisons il devait s'arrêter. Aussi Marengo, le chien de la veuve François, faisait-il l'admiration de tous.
Le calme dont jouissait le ménage de Blaudèque ne devait pas durer, le choléra vint porter le deuil dans la pauvre famille. La veuve François fut la première victime, et son fils, pauvre orphelin de dix ans, ayant une vieille grand mère à soutenir, continua les courses matinales à Saint-Omer pour la vente du lait de ses vaches. L'intelligence de Marengo semblait grandir à mesure que le malheur venait accabler ses pauvres maîtres.

Un matin, la petite voiture était attelée, les pots de lait mis à leur place, et Marengo attendait la venue de son jeune maître; mais celui-ci éprouvait les premières atteintes du mal qui devait le conduire au tombeau. Le bon chien, pressentant qu'il devait dès lors se passer de conducteur, se mit seul en route pour Saint-Omer.
Arrivé à la porte de la première pratique, Marengo se mit à aboyer, et il donna à entendre, par ses gémissements, que lui seul représentait la pauvre famille de Blaudèque; il alla ainsi de maison en maison sans en oublier une seule. Chacun prit son pot de lait comme d'habitude, et le remplaça, sur la petite voiture, par le pot vide de la veille.
De retour au logis, Marengo reconnut, par la désolation qui y régnait, qu'il avait bien fait de ne pas attendre le malheureux orphelin.
Depuis ce temps, et pendant plusieurs mois, Marengo, guidé par son admirable instinct, fit seul, chaque jour, sa tournée habituelle. Enfin la vieille grand mère succomba à ses chagrins, et les deux vaches furent vendues par ses héritiers.
Le pauvre Marengo refusa de reconnaître d'autres maîtres; fidèle à ses habitudes, il venait chaque matin aboyer tout seul à la porte de ses anciennes pratiques.
Un soir d'hiver, on le trouva roide et glacé sur le seuil de la cabane de Blandèque.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 7 janvier 1906.


mardi 19 novembre 2013

Comment nourrir nos bébés?

Comment nourrir nos bébés?


Toute femme doit allaiter son enfant, voilà la règle, et toute femme peut le faire. Il suffit d'un peu de patience et de bonne volonté. C'est merveille de voir comment les enfants ainsi nourris se développent. Ils poussent sans incidents et sans maladies: jamais d'indigestion ni d'entérite. Les dents sortent à la date voulue et dès qu'il a douze ou treize mois, M. bébé commence à marcher. Quelques petits conseils pratiques, basés sur l'expérience, ne seront cependant pas de trop.

De la régularité.

Que dès les premiers jours, les tétées soient données régulièrement toutes les 2 h 1/2 de 8 heures du matin à 8 heures du soir; toutes les 4 heures pendant la nuit. Au bout de 3 mois, une tétée toutes les 3 heures et 2 la nuit suffisent. Après 8 mois, supprimez une de ces dernières. Sois aucun prétexte il ne faudra modifier l'heure du repas.
Si l'enfant pleure, laisser le pleurer. Très vite il s'habituera à son régime.

Rien que du lait.

Avant 10 mois, ne lui donnez pas autre chose que du lait: pas de bouillie, pas de farine alimentaire. Du lait et seulement du lait! Si vous vous fatiguez, si la sécrétion lactée se ralentit, complétez la ration journalière avec du lait de vache stérilisé.
Mais dans certaines circonstances, la mère ne doit pas nourrir, par exemple si elle est atteinte d'une maladie aiguë ou chronique. Dans d'autres cas, elle ne peut pas le faire: telles les ouvrières obligées de travailler au dehors toute la journée. Que faut-il faire?

La nourrice proscrite.

Prendre une nourrice? Mais toutes les mères n'ont pas une situation de fortune qui leur permette  ce luxe. Et le pourraient-elles, au nom de la morale elles ne le doivent pas. Car pendant que le votre boit son lait vivifiant, l'enfant de la nourrice, abandonné à la garde de quelque voisine, végète et souvent meurt faute du sein maternel. Si donc vous ne pouvez pas nourrir votre enfant, acceptez le biberon et toutes ses conséquences.

192 enfants sur 200 meurent parce qu'ils sont mal nourris.

Il n'y a pas bien longtemps, sur 1.000 enfants qui naissaient 200 mourraient avant un an et, sur ces 200, 192 succombaient à une affection digestive causée par une alimentation défectueuse: mauvais lait ou mauvais biberon. D'autres, plus heureux, échappent à cette issue fatale mais voient leurs articulations se nouer et leurs membres se tordre. Aujourd'hui, avec beaucoup de soins et une vigilance toujours en éveil, on peut élever au biberon de très beaux enfants.


Le mauvais lait.

C'est le lait des vaches mal nourries avec des drêches ou des tourteaux, ou avec des aliments herbacés qui augmentent la quantité de lait aux dépens de ses qualités nutritives. C'est le lait trait depuis la veille par des mains malpropres, exposé à tous les contacts, transporté dans des bidons douteux. C'est le lait coupé d'eau, ou écrémé, additionné de substances diverses pour le colorer, l'épaissir ou le conserver. Ce lait-là, c'est du poison, et des enfants meurent en 24 heures pour en avoir absorbé un seul biberon!

Le lait peut être un poison dangereux.

Le lait, même le meilleur, ne se conserve pas s'il n'est stérilisé. Après 3 heures en été, 6 heures en hiver, il contient déjà des poisons sécrétés par un nombre incalculable de microbes. De ces microbes on compte, par centimètres cubes: 9.000 deux heures après la traite; 60.000, 9 heures plus tard; et enfin 5.600.000, 27 heures après, soit 28.000.000 par cuillerée à café de lait.

Le bon lait.

Que ce soit du lait de vache, de chèvre ou d'ânesse, le seul bon lait, c'est celui qui ne contient ni microbes ni poisons. Et pour l'obtenir, un seul procédé existe, c'est de le stériliser par la chaleur aussitôt après la traite ou plus tard dans les 3 heures qui suivent.
Le lait peut être stérilisé sur place immédiatement après la traite. On peut, en général, avoir confiance dans ces laits donnés par de bonnes vaches, recueilli proprement, stérilisés immédiatement et expédiés dans des récipients hermétiquement fermés. Malgré son goût un peu spécial, il est bien accepté et toléré par le nourrisson. C'est le lait le plus convenable dans la plupart des cas.

Comment stériliser le lait.

Si toutefois vous ne pouvez vous procurer du lait sur la provenance, la pureté et la fraîcheur duquel vous n'avez aucun doute, dans ce cas, et dans ce cas seulement, stérilisez votre lait vous-même à domicile à l'aide d'un de ces appareils dits"appareils de Soxhler".
Six ou huit petits flacons gradués sont remplis de la quantité suffisante pour une tétée et fermés à l'aide d'un bouchon de caoutchouc conique simplement posé sur leur orifice.
Les flacons maintenus dans une grille métallique sont placés au bain-marie. On laisse bouillir pendant trois-quarts d'heure, puis on retire les flacons. Sous l'influence du vide, les bouchons s'enfoncent dans les goulots et l'occlusion est parfaite.
Ce lait parfaitement stérile doit néanmoins être consommé au plus tard dans les 48 heures.
Il n'a pas le goût de lait cuit que l'on reproche quelquefois au lait stérilisé. Pour chaque tété, on débouche un flacon et l'on y adapte une tétine.

Le biberon.

Plus le biberon sera simple, et meilleur il sera. Rejetez tout biberon dont les tuyaux difficiles à nettoyer sont le réceptacle d'innombrables microbes. Ce sont des appareils meurtriers qui ont causé la mort de bien des bébés. Un simple flacon gradué muni d'une tétine en caoutchouc est ce qu'il y a de mieux. Après chaque tétée, le biberon est rincé à l'eau bouillante, rempli d'eau boriqué et la tétine est placée dans de l'eau bouillie.

Faut-il couper le lait.

Pendant les 3 premiers mois, le lait sera coupé de son 1/3 d'eau bouillie sucrée à raison de 10 grammes de sucre pour 100 grammes d'eau. Après 3 mois, si l'enfant le supporte, le lait sera donné pur: sinon pendant quelques semaines encore on le coupera de son 1/4 d'eau bouillie.

Suralimentation des nourrissons.

Le gros écueil à éviter lorsqu'on élève un enfant au biberon et au lait stérilisé, c'est la suralimentation. Trop de lait est aussi mauvais que pas assez.
Pendant les 3 premiers mois, 8 tétées par 24 heures; pendant les 3 suivants, 7; au bout de 6 mois, 6 tétées par jour sont bien suffisantes.
Les tétées seront dosées de façon à ce que l'enfant prenne 600 grammes par jour pendant le premier mois ( les 10 jours qui suivent sa naissance sont naturellement moindres). Puis, mois par mois, on augmentera de 50 grammes, de telle sorte qu'à 7 mois, l'enfant absorbe journellement de 900 grammes à un litre de lait.
Inutile de dépasser les doses.
L'enfant, il est vrai, engraisserait plus vite, mais il sera bouffi, ses chairs seront pâles, molles et flasques; son ventre grossira, indice d'une dyspepsie chronique, et le rachitisme surviendra. Le mieux est quelquefois l'ennemi du bien.

Le lait aliment exclusif du nourrisson jusqu'à 10 mois.

En tous cas pour le nourrisson nourri au biberon comme pour celui nourri au sein, le lait doit rester la nourriture exclusive pendant 10 mois.

                                                                                                                               Dr D. V.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 15 mars 1903.

mercredi 18 septembre 2013

Un peuple qui ne boit pas de lait.

Un peuple qui ne boit pas de lait.



Les vaches sont à peu près inconnues aux Japonais; aussi les familles Chrysanthèmes ne boivent-elles point de lait, d'autant moins que la religion interdit en partie la consommation de produits animaux. Et cependant, le Japonais mange des oeufs, chasse le gibier, se livre à la pèche, etc, d'où une série d'exceptions aux règles de ce culte antique et bizarre.
Les Japonais ne boivent donc pas de lait ?
Mais si, ils en boivent; seulement c'est du lait maternel. Dans les campagnes, on allaitent les petits Japonais jusqu'à l'àge de 5 ou 6 ans, tout en leur donnant, dès la deuxième année, une nourriture plus substantielle. Mais le Japonais ignore le beurre, la crème, le fromage, le vin et les alcools. Et cependant la fâcheuse tuberculose sévit dans toutes les classes de la société, comme chez les autres peuples.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 15 février 1903.