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mercredi 30 novembre 2016

Le ministère 1895.

Le ministère 1895.


On sait qu'après le départ singulier de M. Casimir-Périer, son sympathique successeur, M. Félix Faure, fit d'abord appeler pour constituer un ministère l'homme que la situation semblait indiquer.








A deux reprises, M. Bourgeois tenta de former un cabinet; à deux reprises, il fut obligé de confesser son impuissance.



Si, moins nerveux, M. Perier avait lui aussi convoqué M. Bourgeois, dont il paraissait tant redouter la venue au pouvoir, peut-être serait-il encore à l'Elysée.
Notez que ce n'est point un regret que nous exprimons; tout est bien qui finit bien.




Quoi qu'il en soit M. Ribot, à huit heures moins le quart un beau matin, voyait arriver le colonel Chamoin qui le priait de venir conférer avec M. le président de la République.
On est matinal à l'Elysée. Vers neuf heures tout était terminé.






M. Ribot se mettait en campagne et bientôt présentait un ministère dont les débuts ont été assez heureux.




Nous ne voulons pas recommencer la biographie déjà faite des nouveaux gouvernants; mais nous avons pensé que nos lecteurs, après avoir vu dans tous les journaux ce qu'ils étaient, ne seraient pas fâchés de savoir comment ils étaient; c'est pourquoi nous vous offrons les portraits des nouveaux ministres.

Le Petit Journal, dimanche 10 février 1895.

mardi 9 août 2016

Le ministre en herbe.

Le ministre en herbe.

Le ministre en herbe est un bipède, qui n'était rien hier et qui n'est pas grand chose aujourd'hui. Un beau matin, son nom est cité dans les journaux, pour être compris dans une des plus prochaines combinaisons ministérielles.
Aussitôt le ministre en herbe se fait une tête ad hoc. Il porte une redingote croisée, se colle un portefeuille, généralement vide, sous le bras droit et se montre dans les "cercles politiques". On le voit, à deux heures, dans la salle des Pas-Perdus; le soir, à l'Elysée, où il vient faire sa cour; et le matin dans l'antichambre de celui que le Président de la République a chargé de composer le futur Cabinet.




Il ne sait pas encore dans quel ministère on l'enverra. Il est apte à tout. A deux heures il est plein de zèle pour l'intérieur. Il a tout un système de réorganisation administratives. C'est son affaire. Il expose des idées nouvelles sur la nomination des préfets, sur la centralisation et sur le régime douanier. A cinq heures, tout est changé. On lui a offert l'instruction publique. Qu'à cela ne tienne! Il devient littérateur, professeur et artiste. Il imagine, séance tenante, des modifications dans les écoles et les lycées. Il parle belles-lettres et beaux-arts. A huit heures, on le désigne comme ministre du commerce. Incontinent, il change de peau, apprend par cœur le code commercial, opère des réformes dans le corps consulaire et médite une loi sur les faillites. Le lendemain, on lui donne les travaux publics. C'était son rêve. Le voilà ingénieur. Il connaît la question des chemins de fer et il émet, sur la voirie, des idées qui jusque là étaient demeurées inconnues et inédites.
Folâtre la veille, indifférent, grincheux, récalcitrant, il est maintenant homme de gouvernement. Hier, il votait contre le Tonkin, contre l'Eglise, contre la mairie centrale de Paris; aujourd'hui, il se ravise: "Il faudra voir, dit-il, on ne peut lâcher du jour au lendemain une conquête comme l'Indo-Chine. Il est nécessaire de rester en bons termes avec le Pape, et il faut se garder de donner trop de puissance au pouvoir municipal.
Mais la combinaison échoue, son nom, prononcé un instant, est déjà méconnu, oublié. 



L'ex-apprenti ministre lâche la redingote, se remet en veston et prépare dans l'ombre l'ombre d'horribles interpellations contre les ministres de l'avenir, qu'il ne connaît pas encore.

Physiologies parisiennes, Albert Millaud, 1887, à la Librairie illustrée, illustrations de Caran d'Ache, Frick et Job.