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mercredi 16 septembre 2026

Le coq du village.






 


Lithographie imprimée par l'imagerie Burckardt située à Wissembourg dans les années 1880-90, intitulée "Le Coq du village". L'imagerie Burckardt était  concurrente de l'imagerie d'Epinal. Ce titre est écrit en français, en anglais, en allemand et en espagnol.

Au XIXe siècle, être le "coq du village" signifiait être le jeune homme le plus en vue parmi la jeunesse locale, celui qui attirait tous les regards des filles. Le coq est toujours entouré de nombreuses poules et comme le coq, le jeune homme parade et redresse le torse. Pour se faire remarquer, il porte des vêtements voyants, une veste bleue, un gilet rouge, une fleur à la boutonnière et un chapeau haut de forme, pour faire comme à la ville, entouré d'un ruban. Porter une fleur du côté gauche signifiait que le jeune homme était libre et cherchait à séduire. En opposition à cet étalage, la jeune fille porte une coiffe blanche signifiant la pureté et la bonne éducation et un tablier symbolisant le travail domestique. Elle incarne la réalité et la stabilité contre les illusions de grandeur du coq du village. Elle lui pince le menton montrant ainsi qu'elle le domine et que c'est elle qui mène le jeu. Derrière la jeune fille, se trouve un rosier en pot qui symbolise l'amour civilisé, encadré par des règles précises, alors que derrière le jeune homme se trouve un lierre sauvage qui représente l'amour  incontrôlé.

A l'imprimerie Burckardt, le travail était divisé. Le dessin en noir et blanc était tout d'abord imprimé, puis distribué à des ateliers entiers de femmes et de très jeunes enfants qui les coloriaient. Chaque employé disposait d'un pochoir pour appliquer une couleur. Le pochoir étant posé sur l'image et, à l'aide d'un pinceau, un enfant appliquait le bleu de la veste, un deuxième le rouge du gilet, le troisième le jaune du tablier et ainsi de suite. Ce travail était extrêmement rapide et permettait une diffusion importante d'images à bas coût à travers toute l'Europe.

La diffusion était assurée par des colporteurs. Ils transportaient dans la "balle", une immense caisse en bois ou en osier entre 20 et 40 kg d'estampes, d'almanachs et de petits livrets. Ils parcouraient entre 20 et 30 kilomètres par jours à pied, par tous les temps, pour aller de village en village. La plupart n'exerçaient pas ce métier toute l'année mais seulement l'hiver lorsque les travaux des champs s'interrompaient. Certains allaient jusqu'en Europe de l'Est pour revenir à leurs fermes pour les moissons. Pour vendre ces images, il leur fallait animer la vente par des boniments ou en racontant les histoires relatives aux images. Il existait un véritable attrait pour les images. Beaucoup de villageois étaient analphabètes et l'image était  la seule source imprimée accessible pour eux.

Mais le pouvoir redoutait que ces estampes bon marché servent de propagande  auprès de la population. En 1852 est crée la Commission du Colportage dont le but était de contrôler tout ce qui circulait sur les routes. Avant d'imprimer une image, l'imprimeur devait envoyer un exemplaire à Paris pour recevoir, si elle était acceptée, le "visa de colportage". Sans ce cachet l'image était considérée comme illégale et le colporteur risquait la prison et la confiscation de sa marchandise. Le travail de la censure ne se limitait pas au texte, ils analysaient aussi les éventuels symboles cachés. La couleur rouge, symbole des républicains, était particulièrement surveillée. Il était strictement interdit de tourner en dérision l'armée, la police et l'administration. La coupe des vêtements des personnages ne devait en aucun cas rappeler un quelconque uniforme.
Pour les imprimeurs, cette censure était très dangereuse. Les imprimeurs devaient disposer, pour exercer leur métier, d'un Brevet d'imprimeur accordé par l'Etat, qui pouvait leur être retiré à tout moment en cas de manquement, entraînant la faillite de l'imprimerie et la mise au chômage de centaines d'employés.

dimanche 9 juillet 2017

Le colporteur espagnol.

Le colporteur Espagnol.



Les Espagnols sont de grands coloristes. Dans ce pays du soleil, on aime les étoffes à reflets chatoyants, on recherche la mise en scène; tout ce qui évoque les idées superstitieuses, tout ce qui rappelle le passé. L'Espagne a de la peine à se déshabituer du moyen âge. Ce colporteur ne serait pas complet sans cet oiseau sinistre, compagnon des bons et des mauvais jours. 



Ne dirait-on pas deux philosophes vivant de la même vie? Ils se complètent. les gentilles manolas achèteront des mouchoirs en fils d'aloës, des ceintures de soie et des éventails à ce colporteur, uniquement pour causer avec ce grand-duc, qui a pris le dos du marchand pour perchoir.
Cet oiseau de nuit représente la réclame: c'est l'enseigne pittoresque et vivante de ce pays original.
Vivant de peu, cheminant par les plaines dénudées, sous un soleil de plomb, le colporteur espagnol, lorsqu'il se sent fatigué, s'asseoit sur son ballot, fume sa pipe ou son manille, et boit une goutte d'eau. Il aime autant le soleil que son compagnon recherche l'ombre. Le soir venu, il s'étendra au pied d'un arbre, dînant d'une tomate crue, d'un piment ou d'un oignon au gros sel. Voilà la vie de ce sage; c'est le Diogène du midi! Accosté par les señoras, il étale ses marchandises, froidement; armé de patience, attendant avec une indifférence mauresque qu'on se décide à faire des emplettes. Parfois il perd une heure à satisfaire les caprices de ses clientes qui n'achètent rien.
Sa figure parcheminée sait se dérider au besoin et grimacer un sourire. Il excelle à prononcer une sentence galante et solennelle à la fois; sa patience est proverbiale; mais malheur à qui insulterait ou regarderait avec mépris ce sage qui sommeille.
Celui-là verrait vite briller la lame du cuchillo suspendu à sa ceinture, et en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, il aurait pourvu la peau de son adversaire de larges boutonnières.
Le colporteur enroule souvent les objets qu'il vend autour de son corps, se souvenant de son ancien métier de contrebandier.
J'en ai vu un à Biarritz, qui venait offrir aux dames des étoffes à acheter. Comme on lui demandait de faire porter les échantillons: "Voilà", dit-il, et il commença à dérouler de grandes pièces qui étaient adroitement pliées autour de son corps. Il fallut l'arrêter par décence; on ne sait pas à quel point il se serait arrêté. Comme Bias, il portait toute sa fortune sur lui.

                                                                                                                       Paul Cézano.

Le Musée universel, revue illustrée hebdomadaire, premier semestre 1875.