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dimanche 27 septembre 2026

Le pédicure.









 
Peinture à l'huile de l'allemand Hermann Clementz datant de 1903 et intitulée "Der Pedikör" ("Le Pédicure").

Au delà de l'art de la pédicurie, le peintre inverse les relations de pouvoir et de genre très codifiées au début du XXe siècle. Ici, l'homme, plus âgé, se trouve à genoux, courbé, absorbé par sa tache, devant une jeune femme noyée dans des coussins et des riches étoffes. C'est la raison pour laquelle ce tableau a été qualifié "d'art féministe amusant". Hermann Clementz profite aussi du fait que les soins du corps, autrefois cachés, étaient devenus, à cette époque, des signes de richesse et de distinction. La jeune femme a donc ajouté à la panoplie indispensable des preuves de sa réussite, outre la coupe de fruits frais, le vase de fleurs coupées et son chien blanc blotti contre elle, le pédicure à genoux, à ses pieds, ce qui d'ailleurs pour un pédicure n'a rien de surprenant.

En Egypte ancienne, le soin des pieds était un marqueur social. Les esclaves frottaient les pieds des nobles avec des huiles parfumées et du lait. Le flacon de vernis servait à afficher son rang, seules les familles royales et la haute noblesse avaient le droit de se peindre les ongles de pied en rouge. Les classes inférieures devaient se contenter de teintes plus claires.
Chez les romains, la santé des pieds était essentielle. Et on peut le comprendre. Pratiquement tout le monde marchait en sandales sur des chemins boueux ou des rues pavées plus ou moins régulièrement. Les pieds ne devaient comporter aucun poil et c'est pourquoi dans les thermes des esclaves exerçaient le métier d'alipilus. Les alipilis épilaient les aisselles, les jambes, le dessus des orteils et des pieds. On dispose de ces détails car Sénèque s'était étendu sur le sujet dans ses écrits. Il habitait au dessus de thermes à Rome et il se plaignait fort des hurlements des clients à qui on arrachait les poils à l'aide d'une pâte de poix brûlante.
Pour nettoyer la peau, les Romains n'avaient pas de savon. Ils s'enduisaient d'huile d'olive. Ensuite, un esclave raclait l'huile mélangée à la sueur et à la saleté avec un instrument de métal incurvé appelé strigile. Pour les pieds, ils utilisaient la pierre ponce volcanique pour supprimer la corne et les cals nombreux à cause de la marche.
Au moyen âge, on ne s'occupait pas des pieds que l'on jugeait impurs. Les ongles incarnés et les cors étaient confiés aux barbiers-chirurgiens qui utilisaient les mêmes outils pour couper la barbe, arracher les dents, faire des saignées ou raboter les callosités des pieds sans la moindre aseptie.
Cependant, Louis XV avait à son service un certain Rousselot, médecin-pédicure de son état en 1762. Les pieds du roi ont dû l'inspirer car il a publié un des premiers traités sur les maux de pieds. Napoléon 1er, quant à lui, était obsédé par ses pieds. Son pédicure attitré Tobias Koen le suivait partout et accessoirement s'occupait aussi des pieds de Joséphine et de Talleyrand.

Nous n'aborderons pas ici la podophilie car au vu de la trousse à outils du vieux monsieur, visiblement, il ne s'intéresse qu'aux cors de la jeune fille.