La bière.
Gravure sur bois du français Gustave Doré de 1872, intitulée "Brewers at Rest" ("Brasseurs au repos") pour l'ouvrage collectif "London: A Pilgrimage" dirigé par le journaliste britannique William Blanchard Jerrold.
Cet ouvrage montre le contraste saisissant qui existait entre les quartiers aisés et la misère noire des quartiers populaires à l'époque victorienne.
Cette image est extraite du chapitre relatif à l'industrie de la bière à Londres. Elle montre des ouvriers d'une brasserie pendant une pause sur leur lieu de travail.
Pour réaliser ces dessins, Gustave Doré a dû se déguiser en troquant ses vêtements pour des habits élimés d'ouvriers. Accompagné par Blanchard Jerrold, il a ainsi pu visiter les recoins les plus sombres de Londres. Les habitants de ces quartiers se méfiaient des bourgeois et des journalistes, et non seulement, il fut obligé de se déguiser mais il était hors de question de faire des croquis de ce qu'il voyait. Doré fut donc contraint d'observer attentivement les scènes qui lui étaient offertes et de les dessiner de mémoire une fois de retour à son hôtel.
Les ouvriers, outre leur salaire, avaient droit à une ration de bière journalière, souvent plusieurs litres par jour, censée leur donner des forces pour porter les lourds tonneaux contenant la bière.
La publication du livre provoqua un véritable scandale à Londres. La presse britannique et la haute société de Londres accusa Gustave Doré d'être un "français ne sachant montrer que la laideur et la misère", de trop s'attarder que sur les conditions de travail très dures des ouvriers au lieu de vanter l'Empire britannique.
L'image nous montre possiblement l'intérieur de la brasserie Barclay Perkins & Co puisqu'on sait qu'il l'a visité.
En 1832, cette brasserie, qui était la plus grande du monde, fut victime d'un immense incendie qui la détruisit presque complètement. Les dommages furent énormes, estimées à plus de 40 000 livres de l'époque, ce qui représentait une fortune. La brasserie fut reconstruite mais sa destruction par l'incendie laissa un traumatisme durable dans l'entreprise.
En 1850, elle fut le théâtre d'un violent incident qui provoqua une crise diplomatique. Le général autrichien Julius Jacob von Haynau, qui s'était fait remarquer lors de la répression des révolutions de 1848 en Italie et en Hongrie par sa cruauté impitoyable, visita la brasserie.
Les ouvriers brasseurs, reconnaissant le général "hyène", c'était son surnom, entrèrent dans une grande colère et attaquèrent le général en lui jetant de la boue et du fumier. Il dut s'enfuir, poursuivi par les ouvriers aux cris de "A bas le bourreau!'. Cet incident provoqua une crise diplomatique majeure entre le Royaume-Uni et l'empire autrichien.
Au XXe siècle, la brasserie Barclay & Perkins, dont le produit phare était la bière Porter, une bière brune qui ne faisait plus recette, se mit à péricliter. En 1955, elle se voit contrainte de fusionner avec son principal concurrent, la brasserie Courage. Le site historique de Park Street, datant de 1616, cesse définitivement ses activités au début des années 1970. En 1981, l'immense site industriel est démoli pour laisser place à des quartiers résidentiels.
