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mardi 23 décembre 2025

 Les couvents au XVIIIe siècle.

Ecole de la vie du monde.



A côté des couvents qui étaient vraiment des maisons d'éducation où les jeunes filles trouvaient en même temps que des leçons de piété, un enseignement en rapport avec les idées de l'époque, il existait au XVIIIe siècle des couvents aristocratiques où les jeunes filles appartenant aux plus grandes familles de France passaient les années qui précédaient leur mariage, où des veuves pouvaient se retirer. C'est là que les futures grandes dames apprenaient de bonne heure ce merveilleux usage du monde qui faisait alors de la vie française un chef-d'œuvre d'urbanité. En pénétrant dans ce coin brillant de la vie d'autrefois, nous verrons ressusciter des élégances aujourd'hui disparues, nous assisterons à des scènes délicieuses, poétiques, parfois tragiques, souvent romanesques, dont le charme est fait de ce qu'il y a au monde de plus séduisant: la jeunesse des sentiments et la fraîcheur des émotions.



Elégante frivolité des êtres et des choses, menuet dont les notes se mêlent aux échos des oraisons, réceptions au parloir, goûters, bals, comédies, romans ébauchés en dépit des grilles trop finement ouvrées pour être très sévères, entrevues de fiancés, mariages, au besoin même, enlèvements, telles sont les idées qui s'éveillent dans notre esprit, y voltigent, y chatoient comme un essaim de papillons légers et colorés, lorsque nous songeons aux couvents du XVIIIe siècle.
Les couvents adoptés par la mode n'étaient pas alors, à proprement parler, des maisons d'éducation, du moins dans le sens que nous donnons aujourd'hui à ce terme, mais plutôt de somptueuses retraites, d'aristocratiques demeures, dont le séjour était imposé par l'usage. Les petites filles, les jeunes filles de la haute société qui y attendaient, sous la direction de femmes distinguées, au milieu de compagnes de leur âge et de leur caste, l'époque plus ou moins éloignée où on les marierait; les grandes dames en herbe qui, mariées à l'âge de dix ou douze ans, y étaient reconduites après la cérémonie de leur mariage et y restaient jusqu'à ce qu'elles eussent atteint l'âge de prendre rang dans le monde aux côtés de leur mari, tenaient au couvent état de filles riches et bien nées et y menaient, à quelque chose près, la vie luxueuse, facile, qu'elles eussent connue chez leurs parents. Elles n'étaient pas là pour acquérir d'autres talents que ceux qui pouvaient les mettre à même de remplir brillamment leur rôle futur: les conseils, les exemples, les leçons qu'elles recevaient, les divertissements qui leur étaient offerts n'avaient pas d'autre but que de les préparer à la vie de société.

La gaité du cadre et l'élégance du costume.

Visitons les plus fameuses de ces maisons: l'Abbaye-au-Bois*, Panthemont*, Belle-Chasse*, le couvent des Anglaises*. Nous sommes loin des murs noirs, des cours profondes et silencieuses de jadis, loin des vastes pièces froides, nues, mal éclairées. On a percé des fenêtres, on a posé des balcons, on a construit des cheminées; la sculpture, la dorure, la serrurerie la plus fine, ont tout transformé, embelli au goût du siècle. Des chevaux empanachés, des carrosses aux roues éclatantes, aux panneaux armoriés ou peints de sujets mythologiques, peuvent s'arrêter en nombre devant le haut portail, sans étonner personne.


Un des couvents à la mode. L'abbaye de Port-Royal à Paris.
D'après une estampe de Marot.


Panthémont, l'Abbaye-au-Bois, Port-Royal de Paris, situé dans le
faubourg Saint-Jacques, tels étaient quelques-uns des couvents les
plus fréquentés par les gens de qualité, pour qui les visites aux
 pensionnaires étaient une occasion de rencontres et d'entretiens
 frivoles ou sérieux sur les affaires de cour.



Le parloir, où abbesse, dames-maîtresses, pensionnaires, reçoivent la visite de leur famille, de leurs amies, est presque toujours au couvent, la pièce la plus élégamment ornée pour le plaisir des yeux, la plus commodément disposée pour l'agrément de la conversation. la ville et la cour y ont leurs grandes entrées. Des habits et des jupes brochées, changeants, veloutés, des jabots de dentelle, et des parures de diamants, des épées et des éventails, des catogans et des aigrettes y passent, s'y agitent, y proclament la mode du jour ou du lendemain.



Les couvents mondains au XVIIIe siècle. Une présentation au parloir.
D'après le tableau de A-F. Gorguet.


Appelées à tenir leur rang dans une société brillante, les jeunes
 filles de l'aristocratie, au XVIIIe siècle, devaient faire au couvent
même l'apprentissage de la vie mondaine. Bals, divertissements,
réceptions au parloir, leur permettait de faire montre de leur
grâce et de leur aisance, et, pour peu que le frère d'une pensionnaire,
 présenté par celle-ci à l'une de ses amies, fût un jeune et pimpant
cavalier, il n'était pas rare qu'un roman s'ébauchât qui se
 terminait par un mariage.



Les uniformes que portent les pensionnaires, tout en restant très simples, s'harmonisent le plus souvent avec ce décor tout ensemble riche et plaisant.
A Panthémont, la jupe et le manteau sont d'étamine brune, mais la robe a un corps de baleines; une toile blanche est imposée aux têtes les plus coquettes, mais cette toile est garnie de dentelles. Quant à la coiffure, il est permis de se souvenir, en l'arrangeant, de celle qu'on a vue au parloir à telle grande dame dont les ajustements font loi. A l'Abbaye-au-Bois, les rubans qui indiquent les classes, égayent de fraîches couleurs la robe boire, qui est de règle. Et que rêver de plus seyant que l'uniforme de Port-Royal, ce fourreau blanc à queue traînante et à manches courtes qui, garni d'une collerette de batiste, laisse le cou à découvert et s'idéalise d'un long voile blanc, posé sur les cheveux.


Deux élèves du couvent de Saint-Cyr en 1686.
Gravure de Bonnary.


Représentations, bals, concerts, étaient pour les pensionnaires
autant d'occasions de montrer les talents qu'elles avaient acquis.
L'uniforme traditionnel était remplacé par les robes les plus élégantes.
 C'est à la maison d'éducation de Saint-Cyr, fondée par Mme de Maintenon,
 que fut donné la première représentation d'Esther,
la célèbre tragédie de Racine.



Les abbesses, à qui incombait la tâche délicate de gouverner ces maisons privilégiées, appartenaient à de grandes familles. Elles s'appelaient Mme de Richelieu, Mme de la Rochefoucauld, Mme de Montmorency, Mme de Rohan-Montbazon.
Et c'était fort heureux, car, aux yeux des jeunes personnes qui leur étaient confiées, l'infériorité de la naissance n'eût certes pas pu être effacée par l'autorité de l'âge et le prestige de la fonction. Quand un heurt se produit, il arrive que la toute petite bouche d'une enfant de huit ans laisse tomber quelque mot terrible et digne d'être recueilli par l'histoire. C'est ainsi qu'un jour, pour s'être laissée aller à dire à Mlle de Montmorency, entêtée à faire damner ses maîtresses: "Il y a des moments où je voudrais vous tuer!" Mme de richelieu s'attire cette fière réplique: "Ce ne serait pas la première fois que les Richelieu se feraient les bourreaux des Montmorency".
Les "premières filles de France" comme s'appelaient elles-mêmes ces jeunes filles, ne pouvant être régentées que par leurs égales, toute fonction importante était attribuée à une religieuse de naissance noble. Les dames-maîtresses étaient, comme l'abbesse, de véritables grandes dames. Parfois jeunes encore, elles étaient aussi de très jolies femmes.


Un perroquet célèbre, "Vert-Vert" au couvent des
Visitandines de Nevers.
D'après une illustration du poème de Gresset.


Les chanoinesses ou dames-maîtresses, dont beaucoup étaient
très jeunes,  savaient à l'occasion prendre leur part de la gaieté
des pensionnaires. Un poète du XVIIIe siècle, Gresset, nous a
plaisamment conté les aventures de "Vert-Vert", le perroquet
des Visitandines de Nevers, qui faisait l'amusement
de toutes les religieuses.



Il arrivait que ces dames eussent vécu dans le monde; du moins, toutes savaient le monde et possédaient les secrets de cette rare politesse et de ce goût qui firent à l'époque l'atmosphère incomparable de la société française.

Le professeur de "grâces" et le maître à danser.

La jeune couventine apprendra d'abord ce dont elle aura le plus besoin dans la vie mondaine: l'art du maintien, cet art de marcher, de traverser un salon, de s'asseoir et de se relever, de faire une révérence, dont aujourd'hui nous n'avons même plus l'idée. Il comportait tant de nuances qu'on jugeait bon d'en faire une étude toute spéciale et qu'il y avait des maîtres de "grâces", comme des "maîtres à danser".
Voici M. Abraham, le maître de grâces de Sa Majesté, qui donne une leçon dans le grand parloir. La pochette toujours à la main, coquet, mince, frétillant, vêtu de drap fin, jabot de dentelle, poudre à frimas, c'est l'homme le plus poli et le plus gracieux du monde!
Il s'installe dans un fauteuil et dit:
"Mesdemoiselles, je suis la Reine... Comme vous êtes toutes destinées à être présentées, nous allons étudier les entrées, les sorties et les révérences de la présentation."
On étudie la présentation. M. Abraham démontre la grâce par raison géométrique. Et les espiègles de rire, de faire volontairement mille maladresses, jusqu'au moment où, M. Abraham étant prêt à partir, elles affectent les plus charmantes mines et se montrent beaucoup plus "gracieuses" que leur professeur.



La leçon de "grâces".
D'après le tableau de A-F Gorguet.


La maintien était une des connaissances les plus indispensables
aux pensionnaires, futures grandes dames pour la plupart.
Leur gaieté espiègle se donnait libre cours pendant la leçon
de "grâces" où me maître à danser, poudré et coquet, les initiait
 aux lois de la présentation, à l'art d'esquisser une révérence
avec une aisance parfaite.



Les grands couvents de Paris s'étaient rendus célèbres par leurs "maîtres d'agrément". La musique, la déclamation, la danse, y étaient enseignées avec le plus grand soin. Une fille bien née devait savoir toucher de la harpe, du clavecin, de la guitare. Un moment, quand tout était à la pastorale, il fut de mode d'apprendre la musette, sorte de cornemuse qu'on habillait de satin et de rubans pour l'approprier mieux au milieu où on voulait bien l'admettre.


Les chanoinesses au couvent de Montigny, au XVIIIe siècle.
Gravure de Gravelot.


Les chanoinesses séculières, c'est à dire celles qui n'avaient pas
 prononcé de vœux, ne portaient pas l'habit monastique.
La plupart d'entre elles étaient de très grandes dames qui
gardaient dans leurs coutumes et leurs allures
toute l'élégance de la cour.




A l'Abbaye-au-Bois, c'est Novarre, Philippe et d'Auberval, premiers danseurs à l'Opéra, qui donnent des cours de danse. Ailleurs, c'est le légendaire Vestris, celui dont la mère avait dit que "ses premiers pas avaient été des pas de danse". Les pensionnaires des couvents mondains devaient être initiées à toutes les danses du siècle, menuet, gavotte, passe-pied, sans compter les danses du siècle précédent qui n'avaient pas disparu, la sarabande, la chaconne, la passacaille, l'allemande. On leur apprenait, selon les traditions du célèbre Marcel, une des gloires du règne de Louis XV, le secret d'un certain "coup de talon" qui écartait gracieusement l'embarras de la traîne et permettait que l'on dansât avec sécurité "sans jamais amuser d'une chute l'impertinence des marquis".
De nombreuses occasions de briller par les talents qu'elles avaient acquis étaient offertes aux pensionnaires. Il y avait, au couvent même, des concerts où les musiciennes faisaient merveille et des bals où, tout en dansant entre elles, les jeunes filles pouvaient rêver aux succès que leurs pas savants et leurs poses gracieuses leur vaudraient à la cour. Beaucoup de femmes du monde prenaient leur part à la fête, "surtout des jeunes femmes qui n'allaient pas seules dans le monde et préféraient ces bals aux autres, parce qu'elles n'étaient pas forcées d'être toujours assises à côté de leurs belles-mères".


La chapelle d'un couvent mondain, au XVIIIe siècle.
La leçon de catéchisme.
D'après le tableau de Baudoin.


Même aux heures des leçons, l'élégance ne perdait pas ses droits
 dans les couvents du XVIIIe siècle, et il n'était pas jusqu'à la chapelle
 où maîtresses et élèves ne fussent vêtues avec une recherche
dont cette gravure nous donne un idée.




L'Abbaye-au-Bois possédait un théâtre, de nombreux décors, des costumes dont l'élégance ne laissait rien à désirer. On y dansa le ballet d'Orphée et Eurydice. Mlle de Choiseul tenait le rôle d'Orphée, Mlle de Damas celui d'Eurydice, la princesse Massalska celui de l'Amour; cinquante-cinq de leurs compagnes figuraient dans le ballet. Sur la même scène et avec un succès égal, les pensionnaires de l'Abbaye-au-Bois jouèrent Polyeucte, le Cid, la Mort de Pompée. Ces représentations les intéressaient si fort qu'elles consacraient souvent toutes leurs récréations à répéter les rôles.
Mais la plus belle des représentations fut celle d'Esther, jouée avec des costumes dessinés d'après ceux de la Comédie-Française. La petite fille qui jouait le premier rôle portant pour "plus de deux cent mille écus de diamants", ayant tous ceux de Mmes de Mortemart, de Grammont et de Choiseul.



L'uniforme d'un couvent au XVIIIe siècle.
Une jeune pensionnaire.
D'après une gravure de Chardin.


D'une simplicité gracieuse, l'uniforme des pensionnaires était
des plus seyants. La plupart d'entre elles d'ailleurs avaient
une ou plusieurs femmes de chambre pour les aider à s'habiller,
à poser sur leur tête la coiffe blanche que la règle n'interdisait
pas de relever par quelque accommodement au goût du jour.




Plaisirs variés. La chambre hantée. 
A la recherche de la victime.

Il y aurait toutefois une grande exagération à ne se figurer les pensionnaires des couvents du XVIIIe siècle que comme de jolies petites mondaines, toujours préoccupées de briller, marchant et parlant, saluant et dansant, chantant et jouant la comédie avec le talent et l'assurance des dames de la Cour qu'on leur donnait pour modèles. Les moments étaient nombreux où la gaieté, l'exubérance joyeuse de leur âge, éclataient sans souci du décorum. 
Par exemple un jeu très aimé parmi les "premières filles de France" était celui de la chasse. La classe rouge élisait des piqueurs, des valets de chiens, puis on choisissait celles qui devaient être les cerfs, et l'on allait demander avec beaucoup de politesse à la classe bleue de "vouloir bien être les chiens".
Mais voici qu'une belle fois, en courant dans le jardin, on entend une voix qui semble sortir de terre; on regarde, on cherche, on constate que la voix vient d'une sorte d'égout qui correspond avec les sous-sols de l'hôtel de Beaumanoir. Cette voix est celle d'un petit garçon qui s'appelle Jacquot et sert dans les cuisines du comte de Beaumanoir. On cause. Au bout de peu de temps, le petit Jacquot reconnaît à leur voix quelques-unes de ces demoiselles. Il appelle: "Hé d'Aumont!, Hé Damas!, Hé Mortemart!" On lui raconte qu'on va goûter; il dit que sans une grille de fer qui est placée au milieu de l'égout, il passerait des gâteaux à ses nouvelles amies... Puis Mme de Saint-Pierre, une des maîtresses, survient... Et les petites filles s'enfuient, tandis que Jacquot crie: "Choiseul, Damas, écoute donc, la grille sera ôtée demain".
Mais M. de Beaumanoir fut avisé et l'on mura l'égout!
Un des plaisirs était aussi de se faire raconter des "contes bleus". Certaines vieilles sœurs en savaient de captivantes, d'admirables. Puis chaque couvent avait sa légende. On y montrait une chambre hantée, comme cette "chambre d'Orléans" où l'on entendait des hurlements, des coups de fouet, des bruits de chaînes, et où l'âme de Mme d'Orléans, fille du Régent, revenait "pour expier le mal qu'elle avait fait dans sa vie". On était intéressée, on avait un peu peur et c'était délicieux.
Au couvent des Anglaises où fut élevée dans les premières années du XIXe siècle, la petite Dupin, la future George Sand, avait cours la légende de la "victime". Les ébats émouvants auxquels elle donnait lieu nous sont plaisamment contés par George Sand dans l'Histoire de ma vie.
D'âge en âge, on se répétait qu'il y avait quelque part, au couvent, une prisonnière enfermée dans un réduit impénétrable. Une exploration fut décidée dans les immenses souterrains qui s'étendaient sous le monastère. "Nous voilà donc lancées, mes camarades et moi, écrit George Sand, à la recherche de cette introuvable captive qui languissait on ne savait où. Elle devait être bien vieille depuis tant d'années qu'on la cherchait en vain."
Une porte défendait l'entrée de l'escalier qui descendait dans cette région ignorée. Les pensionnaires, grâce à une gymnastique périlleuse, parviennent à tourner l'obstacle en passant d'une rampe à l'autre. Les voilà en bas des degrés. Mais là, nouvelle déception. Elles se trouvent dans une impasse sans issue. A la lueur pâlotte d'une bougie, elles tâtent les murs, cherchent un bouton, un anneau, un de ces mille engins qui, dans les romans de Radcliffe, font comme par miracle mouvoir une pierre ou tourner un pan de boiserie. Mais rien. Le mur est lisse. Soudain, l'une d'elle déclare que la muraille sonne le creux. On vérifie le fait. "C'est là, s'écrie-t-on. Il y a un passage muré, celui de la fameuse cachette." Et les oreilles ne tardent pas à percevoir des plaintes confuses, des grincements de chaînes. Que faire? L'une d'elle a une idée: "Il faut démolir le mur!"
Et voilà toutes les jeunes héroïnes à l'ouvrage. Armées de bûches, de pelles, de pincettes, elles poussent, frappent de toutes leurs forces. A peine ont-elles réussi à entamer le plâtre que l'heure de la prière vient de sonner. "Nous n'avions que le temps de recommencer notre périlleuse escalade et de regagner nos classes. Nous remîmes au lendemain la poursuite de l'entreprise."
Ce petit jeu dura tout l'hiver. Dégradé, le mur de l'impasse ne céda pas. On ne put délivrer la "victime". Elle y est encore.

En pleine révolte. Le cloître à l'envers.

L'espièglerie ne perdait pas davantage ses droits dans ces malicieuses troupes de fillettes. Personne ne se gênait pour dire de Mme de Saint-Romuald, "vieille grognon" et de Mme de Saint-Jérôme, "vieille grognon aussi", qui passaient leur temps à lire dans de grands livres d'archives, leurs lunettes sur le nez. On ne résistait pas toujours non plus à la tentation de jouer quelque bon tour, d'empêcher les cloches de sonner au moyen d'une condamnation de mouchoirs de poche, ou de remplir d'encre le bénitier dans lequel, à l'heure encore obscure des matines, les pauvres religieuses trempaient leurs doigts... bientôt toutes barbouillées de noir et si drôles qu'au lever du jour, elles ne pouvaient s'empêcher de rire.
Puis, une révolte éclate, à propos d'une maîtresse trop sévère. Les élèves se barricadent dans les cuisines et fomentent une conspiration digne de leurs aïeules de la Fronde. Elles prennent pour signe de ralliement une feuille verte tout comme fera plus tard Camille Desmoulins. On s'établit pour un siège de longue durée, et quand on en vient au traité de paix il est porté solennellement par une délégation à Mme l'Abbesse. Ces petites filles n'ont peur de rien! Et cette bravoure ne paraît pas déplaire aux supérieurs.
"Moi, je n'étais pas de la révolte, dit après l'émeute une sage de la classe.
- Mon compliment!" répond la maîtresse générale, et l'ironie de son intonation est des plus significatives.
Quand vient la Sainte-Catherine, les jeux bruyants s'apaisent, les folies sont oubliées, on ne songe qu'à fêter la patronne des couvents. A l'Abbaye-au-Bois, il existait un usage bizarre. Le jour de la Sainte-Catherine, il était permis aux élèves de prendre les costumes et les emplois ou dignités de toutes les dames du couvent, depuis l'abbesse jusqu'à la simple religieuse. L'anneau au doigt, la petite abbesse entendait la grand'messe sur le trône abbatial garni de velours violet et frange d'or, comme aux grands jours, puis elle présidait au réfectoire un dîner solennel "où l'on mangeai des glaces". Toutes ces religieuses en miniature prenaient un air grave fort gentil et fort frôle.
Après dîner, on parcourait le couvent en évitant de rencontrer Mme de Rochechouart "qui ne pouvait souffrir ces mascarades" et en faisant force visites à Mme de Sainte-Delphine qui s'en amusait "comme une reine".

Le roman au parloir. Débuts d'idylle et dénouements de drame.

Mais au milieu des fêtes, des jeux, des leçons de déclamation ou de danse, le temps s'écoule et les fillettes grandissent. Un beau jour, sans que personne ne soit avisé de sa venue, le roman fait son entrée au couvent sous les traits d'un être bien réel qu'on rencontre au parloir.
La pensionnaire de Panthémont ou de l'Abbaye-au-Bois a toujours une amie très intime et très chère et cette amie à presque toujours un frère. La présentation se fait tout naturellement. La petite pensionnaire est bien jolie. Le frère de l'amie est un beau cavalier qui embaume la poudre à la Maréchale et auquel sied à merveille une épée valeureuse aussi étincelante qu'un bijou. On le devine ou on le croit aussi doux et tendre qu'élégant et brave. Et il a bien de l'esprit!
Le soir, quand le parloir, un instant plein de caquets, est retombé dans le silence, les petites amies causent tout bas. "Vous savez, mon cher cœur, que mon frère est follement épris de vous!" Et ce sont des projets d'avenir. Les fillettes n'hésitent pas à arranger un mariage.
La baronne d'Oberkirch raconte dans ses "Mémoires" une histoire qui commence à peu près ainsi, mais dont le dénouement est triste. Le beau cavalier reçoit la petite pensionnaire; des fiançailles secrètes se concluent. Puis, au bout de quelque temps, la jeune fille sort du couvent, et ses parents, qui désirent la marier, s'étonnent fort de la trouver décidée à ne voir personne, à refuser même de quitter sa chambre. Ce n'est qu'au bout de deux mois qu'elle consent à assister à la messe du Roi. Là, on la voit soudain pâlir et trembler.
" Ce jeune homme qui entre à côté de cette jeune femme, qui est-ce?
- C'est le marquis de ***  et sa femme, Mlle de L... Leur mariage est tout récent.
- Marié, marié, lui!"
La malheureuse s'évanouit, on l'emporte... Détaché d'elle par la perspective d'un mariage plus brillant et plus riche, et craignant que ses juvéniles accordailles ne fussent pour lui cause de quel embarras, le marquis de *** avait continué à jurer un éternel amour à sa petite fiancée; mais, quand il avait su qu'elle devait sortir du couvent, il avait prétexté de mystérieuses difficultés et lui avait fait promettre de vivre cloîtrée chez ses parents pendant deux mois. C'était le temps que le perfide jugeait nécessaire pour mener à bien les négociations de son mariage et se marier.
Heureusement que les "romans de parloir" ne finissent pas toujours aussi mal; ils finissent même quelque fois le plus joliment du monde. Je n'en veux pour exemple que le charmant mariage du chevalier de Lamartine.
C'était avant la Révolution. Le chevalier de Lamartine allait souvent au chapitre de Salles voir sa sœur qui était chanoinesse et avait prononcé ses vœux dès l'âge de vingt et un ans. Il était bien entendu, qu'au chapitre de Salles, que les hommes étaient exclus des réunions du parloir; mais il y avait à cette règle sévère une exception qui conciliait tout, puisque les jeunes chanoinesses pouvaient recevoir chacune leur frère et le présenter à leurs amies. Or, la sœur du chevalier de Lamartine avait une amie de seize ans qui était charmante et libre de tout vœu... Ce qui devait arriver arriva. La jeune recluse et le bel officier s'aimèrent; la chanoinesse fut la confidente de cette mutuelle tendresse; puis, après bien des obstacles surmontés, des oppositions vaincues, le chevalier de Lamartine épousa Mlle Alix de Roys. De ce mariage d'amour allait naître le grand poète qui écrivit peut-être les plus suaves et les plus nobles des vers d'amour.

Un mari de quinze ans qui enlève sa femme.

Ce fut aussi un aimable roman que celui du duc de Bourbon, fils du prince de Condé, et de sa cousine Bathilde d'Orléans. Le seul obstacle sérieux qui les séparait était l'âge du petit duc, qui n'avait que quinze ans alors que Mlle d'Orléans en comptait déjà vingt.
Celle-ci avait quitté Panthémont pour assister au mariage de son frère, le duc de Chartres avec Mlle de Montpensier; aux fêtes des noces, le petit duc, fort empressé auprès d'elle, avait risqué sans plus tarder une brûlante déclaration dont elle avait souri, mais qui, tout en l'amusant, l'avait touchée. De retour à Panthémont, elle vit bientôt qu'il ne s'agissait pas d'un simple badinage de cousin.
Sous le sempiternel prétexte de voir sa sœur, Louise de Condé, pensionnaire au même couvent, le petit duc devint un habitué du parloir. Il est charmant avec ses grâces de page; et, toute svelte, toute fraîche, la jeune princesse semble aussi jeune que lui. Nos amoureux sont persuadés qu'ils ont été créés l'un pour l'autre. Après avoir hésité à accepter pour sa fille une union mal assortie, le duc d'Orléans se laissa convaincre par cette raison subtile: le bonheur empêche de vieillir et Bathilde ne peut être heureuse que si elle épouse son cousin de Bourbon. Et le prince de Condé ne résiste pas longtemps à un fils qui lui fait remarquer gaîment que cet âge qu'on lui reproche était à peu de chose près celui du Cid.
Le mariage fut célébré en grande pompe, mais on s'avisa de renvoyer la mariée à Panthémont et de décider que le marié voyagerait pendant deux ans. Ce n'était pas le compte de l'inflammable adolescent. Furieux d'être éloigné de Bathilde, agacé par les sourires des gens qui s'amusaient de sa mine déconfite, le petit duc parut se résigner; puis, très prestement, il enleva sa femme, qui ne résista guère, heureuse d'être traitée en héroïne de roman et de jouer au naturel une de ces scènes qui ravissent spectateurs et spectatrices, quand on les voit représentées dans les théâtres.


Le roman au couvent. Un enlèvement nocturne.
D'après la gravure de Ponce (XVIIIe siècle).


L'usage de laisser les jeunes filles au couvent, longtemps après
 leur mariage, donnait parfois lieu à des aventures romanesques.
Il arrivait qu'un mari, lassé d'attendre,  enlevât sa femme.
Ces épisodes inspirent les artistes du temps, et l'un d'eux nous montre
 ici une chaise de poste à l'arrêt, la nuit, dont deux pensionnaires
franchissent le mur à l'aide d'une échelle.



Les deux familles se montrèrent bien un peu scandalisées de ce coup de force, mais l'aventure sembla piquante; le monde s'en montra charmé, et bientôt Orléans et Condé ne songèrent plus qu'à applaudir la jolie pièce qu'un auteur en vogue, Laujon, venait d'écrire en l'honneur des jeunes époux, pour être représentée au château de Chantilly, sous ce titre: l'Amoureux de quinze ans. De nos jours, l'histoire séduisit un librettiste et le Petit Duc passa héros d'opérette.

Tragique aventure.

Le mariage secret de Mlle de Moras et de M. de la Roche-Courbon, qui eut lieu en 1737, prêtait moins à rire, et même il dut faire réfléchir plus d'un amoureux.
Le 26 octobre 1737, à sept heures du matin, un jour gris et brumeux éclairait à peine les façades moroses des vieilles maisons de la rue du Cherche-Midi. Devant la porte cochère du couvent des dames bénédictines, une chaise de poste, attelée à deux chevaux noirs, s'arrêta. Un homme à cheval suivait, de haute taille, maigre, botté; il était enveloppé dans un vaste manteau dont le col relevé dissimulait ses traits. Le cavalier mit pied à terre, attacha son cheval au brancard de la chaise, puis se glissa dans le couvent par la porte soudainement entrebâillée. Quelques instants après, il ressortait portant avec un autre personnage une longue malle recouverte de cuir noir qu'il installa à l'arrière de la chaise. A peine ce travail était-il terminé que la lourde porte s'entr'ouvrit de nouveau et une jeune fille de quatorze à quinze ans parut, chaudement enveloppée dans une pèlerine de voyage dont le capuchon rabattu couvrait une partie de son visage. Accompagnée d'une femme de chambre, elle monta rapidement dans la chaise de poste. L'homme au manteau se remit en selle, le postillon fouetta ses chevaux, la chaise s'ébranla avec fracas, rebondissant sur les pavés avec accompagnement de grelots et disparut au grand trot dans la rue du Regard.
La jeune fille qui quittait le couvent de si grand matin et dans un si étrange équipage, n'était autre que Anne-Marie de Moras, fille d'un riche financier anobli, et le cavalier mystérieux, un homme de confiance de celui qu'elle allait rejoindre, le comte de la Roche-Courbon.
La passion qui poussait l'un vers l'autre, malgré la différence des âges, le comte de Courbon, capitaine de cavalerie au régiment de Clermont, âgé de trente-huit ans, et Mlle de Moras, qui venait d'atteindre à peine quatorze ans, était née à la campagne, au milieu de la tranquille vie de château. Au couvent du Cherche-Midi, où la jeune fille avait été placée, M. de Courbon continua de la visiter sous prétexte d'examiner des bandes de tapisserie. Les détails de l'enlèvement furent arrêtés dans une correspondance secrète qu'échangèrent le comte et la jeune fille. La femme de chambre de Mlle de Moras lançait par-dessus le mur du couvent un panier contenant les lettres de sa maîtresse; dans la rue, un domestique de M. de Courbon les prenait et plaçait dans le panier la réponse. Il fut décidé que le comte se rendrait au château de Contré, dans le Poitou, et que la jeune fille irait l'y rejoindre.
Le 25 octobre, Anne-Marie de Moras soumit à la prieure du couvent une soi-disant lettre de sa mère où celle-ci lui ordonnait de partir le lendemain matin pour venir la retrouver à la campagne. C'est ainsi que la jeune fille put s'évader le 26 sans éveiller les soupçons des religieuses.
La chaise de poste fila vers la route d'Orléans. Il avait été convenu entre Mlle de Moras et sa femme de chambre que celle-ci, pour se mettre à couvert et prouver qu'elle avait été contrainte de suivre sa maîtresse, témoignerait à un endroit déterminé de sa résistance. A Arpajon, en effet, la femme de chambre cria tout à coup au postillon d'arrêter et de retourner à Paris. mais, à ce moment, Mlle de Moras braqua un pistolet sur sa servante en lui disant à voix haute qu'elle lui casserait la tête si elle continuait à faire du bruit.
Cette petite comédie jouée, la route se poursuivit. Enfin, on parvint à Contré, au fond du Poitou. Le comte de Courbon fit appeler le curé de Contré et lui demanda de bénir son union avec Anne-Marie de Moras. Le curé hésitait, mais devant les impérieuses sommations du gentilhomme, il dut céder à la force et, bon gré mal gré, célébrer la mariage dans son église.
Cela se passait le 8 novembre. Le jour même, dans la soirée, M. Fargès de Polizy, maître des requêtes au Parlement et oncle de Mlle de Moras, arrivait à Contré en bel habit rouge, l'épée et les pistolets à la ceinture, accompagné de deux cavaliers de la maréchaussée, et réclamait sa nièce.
L'aventure se termina de façon tragique. La justice fut saisie de l'affaire et le Grand Châtelet de Paris rendit un arrêt qui condamnait le comte de Courbon à avoir la tête tranchée. Pour échapper au supplice, le ravisseur d'Anne-Marie de Moras dut s'enfuir en Italie.
De tels épisodes furent rares. Mais on ne se fit pas faute pour des faits moins tragiques d'user de ces vieux moyens de roman: déguisements, correspondances et entrevues mystérieuses.

Des affaires qui ne traînent pas. Les fiançailles de Mimi.

Au XVIIIe siècle, le mariage était avant tout une affaire de famille, un arrangement qui se faisait au gré des parents et où il n'était guère tenu compte que de considérations de naissance et de fortune. La jeune personne n'était pas consultée et il arrivait souvent qu'elle fut la dernière de la famille à apprendre qu'on allait la marier.
Les Tableaux des Mœurs du Temps, de La Popelinière, nous dépeignent une mère amenant pour la première fois, au parloir du couvent l'homme que sa fille épousera dans huit jours: "Tout est convenu, ma fille, entre lui et moi, il n'y a qu'à signer les articles, qu'à vous fiancer et à vous mener à l'église. Je ne compte pas vous laisser ici plus de cinq jours; pendant ce temps, vous trouverez bon que le comte de X... vienne tous les jours dans ce parloir passer une heure, afin que vous vous connaissiez." Cinq heures pour se connaître avant de s'embarquer ensemble pour un si long voyage, c'était peu!
C'est plus encore pourtant qu'il n'est accordé à Mlle d'Herbonville dont le "oui fut prononcé à Saint-Sulpice" après trois entrevues au parloir.
Ecoutez maintenant, tout au long, le récit du mariage de Mme d'Houdetot, née de Bellegarde.
M. de Rinville est venu proposer à M. de Bellegarde un mari pour sa fille Mimi. M. de Bellegarde veut avant tout que le jeune homme "plaise à sa fille", on prend jour, et, Mimi ayant été bien prévenue, parce qu'elle a l'habitude de ne jamais faire attention à personne, on va dîner chez Mme de Rinville où l'on trouve tous les Rinville et tous les d'Houdetot du monde. On se met à table, Mimi est à côté du jeune d'Houdetot, et, au dessert, on cause tout haut mariage. Le café pris, les domestiques sortent: "Tenez, dit bravement le vieux M. de Rinville, nous sommes ici en famille, ne traitons pas cela avec tant de mystère. Il ne s'agit que d'un oui ou d'un non... Notre jeune comte est déjà amoureux, votre fille n'a qu'a dire s'il ne lui déplait pas... Qu'elle le dise!" Là-dessus, Mimi rougit... Quelqu'un fait observer qu'il est préférable de traiter d'abord la question des articles et de laisser les jeunes gens causer.
Les parents se retirent dans un coin du salon, s'y entretiennent un instant, puis ils se lèvent en disant: "Nous voilà tous d'accord, signons le contrat tout de suite; nous ferons publier les bans dimanche, nous aurons dispense des autres et nous ferons la noce lundi."

J'ai une grande nouvelle à vous annoncer.

Un autre usage de l'ancienne société était de marier les filles très jeunes, alors qu'elles n'étaient encore que des enfants. Qu'on s'imagine l'émoi, la fierté d'une fillette de dix ou douze ans annonçant à ses compagnes du couvent qu'elle se marie!
La coutume était d'annoncer son mariage soi-même; on s'acquittait de ce devoir avec une certaine solennité, en se faisant escorter par sa meilleure amie. Les compagnons de la fiancée s'émouvaient, s'agitaient aussi. Puis, quand le fiancé venait, tout le monde courait aux fenêtres ou trouvait moyen de se mettre sur son passage, et c'étaient des babillages et des commentaires sans fin!



Pensionnaire jouant à la poupée.
Tableau de Chardin.


L'usage, au XVIIIe siècle, était de marier les filles très jeunes,
souvent même à dix ou douze ans; et telle qui, la veille, avait
 cérémonieusement reçu au parloir la visite de son mari, jouait
 encore à la poupée ou à la raquette.





Le héros de la fête n'était pas toujours séduisant. Les petites amies de Mlle de Bourbonne furent très déçues en voyant M. le comte d'Avaux qui n'était ni jeune, ni beau. 
Dès que Mlle de Bourbonne sortit du parloir, on se précipita au devant d'elle:
"Ah! mon Dieu, que ton mari est laid! Si j'étais toi, je ne l'épouserais pas. Ah! la malheureuse!...
- Je l'épouserai, parce que papa le veut, mais je ne l'aimerai pas, c'est une chose sûre!"
L'impression produite par le fiancé de Mlle de Choiseul, M. de Choiseul-La-Baume, qui a dix sept ans, est bien différente. Le lundi de la signature du contrat, toute la classe est aux fenêtres, selon la coutume pour voir arriver M. de Choiseul, qu'on trouve "fort joli". Puis la grande révérence que M. de Choiseul fait à sa fiancée achève de conquérir ces demoiselles; et, le lendemain, l'enthousiasme redouble quand on apporte une corbeille magnifique achetée chez Mlle Bertin, un écrin de beaux diamants, des bijoux émaillés en bleu et une bourse de deux cents louis.
Quoique n'ayant pas choisi son mari, Mlle de Choiseul est fort satisfaite de son sort. Elle déclare que, "pour son mari, elle l'aime à la folie, qu'il est gai et drôle, qu'on ne les a jamais laissés seuls ensemble et que cependant il a trouvé le moyen de lui dire bien des choses."
On sait qu'aussitôt après les fêtes du mariage, la mariée de douze ans était ramenée au couvent. Tous les maris n'étaient pas aussi romanesques ni aussi audacieux que Louis-Henri de Bourbon. S'ils étaient très jeunes, comme M. de Choiseul, on les laissait à leur gouverneur ou on les envoyait commander une compagnie; s'ils étaient plus âgés, comme M. d'Avaux, ils continuaient à vivre dans le monde, reçus de temps à autre au parloir par leur femme, à moins que comme la petite Mme d'Avaux, elles ne s'autorisassent d'un pied soi-disant démis pour éviter leur visite.
Revenue à son existence au couvent, l'épousée, toute fière d'être appelée madame par ses compagnes, se perfectionnait encore dans l'art de "tenir état de femme qui doit vivre dans le monde". Cet art elle le possédait presque complètement deux ou trois ans plus tard, lorsqu'un jour, dans tout l'éclat de sa beauté épanouie, elle s'asseyait à l'Opéra, au bord de la loge où il était d'usage que les jeunes mariées titrées fissent leur première apparition mondaine.
A l'Opéra, à la cour, dans un salon, elle entrera sans peur et sans embarras comme chez elle. Elle connait le monde avant de se trouver en contact direct avec lui; les attitudes qu'on y prend, les gestes qu'on y fait, le langage qu'on y parle, les grâces qui y plaisent lui sont familières.
En donnant à la haute société des femmes du monde accomplies, le couvent a rempli la tâche qu'on attendait de lui et il l'a remplie avec assez de douceur et d'aimable gaieté pour laisser dans les jeunes têtes qu'il a presque uniquement tournées vers tout ce qui fait le charme de la femme dans la société, de reconnaissants et chers souvenirs.


Le monastère de Port-Royal des Champs, au XVIIIe siècle.
Les religieuses au chapitre.




Lectures pour tous, Revue populaire, Hachette et Cie, Paris 1902.




* Nota de Célestin Mira:

* L'Abbaye-au-Bois:


L'abbaye au Bois, à Paris, sur le plan Turgot en 1739.




Ruines de l'Abbaye au Bois.

L'Abbaye au Bois, couvent des Bernardins, était située rue de Sèvres,
 à Paris. Elle a été fondée en 1202. Les bâtiments de l'abbaye ont été
transformés en prison pendant la Révolution, sous la Terreur en 1792.
Le monastère fut détruit en 1907 lors de l'agrandissement
de la rue de Sèvres.


* Abbaye de Pantemont:



L'Abbaye de Pentemont.
Le logis abbatial.


Ce bâtiment, fondé par les religieuses de l'abbaye de Pentemont,
initialement située près de Beauvais, est situé dans le faubourg
Saint-Germain à Paris. Transformé en caserne sous l'Empire, l'abbaye
est affectée au Ministère de la Guerre en 1915, puis devient le lieu du
ministère des Ancien combattants. Vendu en 2014, il devient
le siège de la maison Yves Saint-Laurent.


* Abbaye de Belle-Chasse:


Couvent des Dames de Belle-Chasse.
Plan Louis Bretez 1739.


Fondé en 1637, par des religieuses de l'ordre de Saint-Augustin,
chemin des Vaches, devenu la rue Saint-Dominique, à Paris 7ème.



En 1777, les religieuses cèdent une partie de leur terrain à
Louis-Philippe d'Orléans, duc de Chartres, qui fit construire un
pavillon pour y loger ses filles et leur gouvernante Mme de Genlis.


* Le couvent des Anglaises:

Il existait deux couvents des Anglaises: le couvent des Filles Anglaises situé fossé Saint-Victor (actuellement rue du Cardinal Lemoine) et le couvent des Filles Anglaises du Faubourg Saint-Marcel à Pais. Le couvent du fossé Saint Victor fut crée en 1638 par des religieuses augustines anglaises fuyant les persécutions religieuses contre les catholiques en Angleterre.


Entrée du couvent des Filles Anglaises rue du Fossé Saint Victor.



Vue du cloître par Hubert Robert.


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