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jeudi 1 septembre 2022

Du mariage forcé au mariage par consentement.


        Quelques coutumes bizarres dans les différents pays. 


Tandis que le mariage n'est valable chez nous que si le libre consentement des époux a été assuré, il s'en faut qu'il en ait toujours été ainsi. Les cérémonies bizarres usitées encore en maints pays rappelle le temps où le mari devait, soit enlever violemment sa femme, soit l'acheter à prix d'argent, et montrent par quelles étapes successives de la civilisation nous en sommes arrivés à la conception du mariage consacré par la Religion et par la Loi, garantissant sa dignité à l'épouse et son autorité morale à la mère de famille.

Deux êtres qui se donnent librement l'un à l'autre, qui unissent leurs deux destinées et leurs deux âmes, dont les cœurs tressailleront dans la même souffrance aux heures de douleur et communieront dans la même allégresse aux heures de joie, telle est la conception que nous nous faisons du mariage dans notre société moderne. Autour de lui s'évoquent les aspirations les plus élevées de l'âme humaine: besoin de consacrer sa vie à un être qu'on aime et de combler ainsi le vide d'une existence solitaire; désir pour l'époux d'embellir sa vie par la présence d'une compagne et de lui consacrer les plus pures tendresses; désir enfin de fonder une famille et de revivre dans des êtres chéris. Tels sont les sentiments qu'éveille l'idée du mariage, sanctifié par la religion, consacré par la loi qui lui imprime la marque d'une institution sociale.


Le départ de la fiancée.- Tableau de Rochegrosse.

Le peintre nous transporte dans la Grèce antique. A la porte de la maison,
le père, qui vient de célébrer le mariage en offrant un sacrifice aux dieux domestiques, embrasse sa fille que son époux va emmener. A quelques pas,
un cortège de danseurs et de musiciens attend les nouveaux mariés.


Mais le mariage est loin d'avoir toujours eu ce caractère de noblesse et de gravité. Il a fallu pour le lui donner les lents progrès de la civilisation; il a fallu que peu à peu la condition de la femme fut considérée égale en dignité à celle de l'homme. Longtemps la femme a été regardée comme une esclave qu'on pouvait soumettre aux plus rudes travaux: cette conception subsiste encore aujourd'hui chez des peuples barbares; pour d'autres, c'est une marchandise qu'on achète et dont on se débarrasse à son gré. De là dans les cérémonies du mariage à travers les époques et les contrées différentes des coutumes qui nous étonnent par leur brutalité ou leur bizarrerie.


La toilette de la mariée.
Scène de la vie russe au XVIIIe siècle, tableau de Marowsky.

Quelle richesse dans ces toilettes! Quels magnifiques cadeaux de noce
sur cette table! Mais les Russes ne font encore que s'initier aux élégances européennes. Les rites de ce mariage le prouvent assez: quand la jeune fille
 aura été habillée par sa mère, son fiancé, pour lui montrer qu'elle doit lui
être soumise, lui donnera quelques légers coups de baguette sur les épaules.



Primitivement l'époux devait enlever sa femme.

Le moyen le plus simple qui se présenta d'abord à l'esprit de l'homme désireux d'avoir une femme, ce fut de l'enlever. Aux temps les plus reculés de l'histoire quand l'homme se souvenait encore de l'ancêtre "vêtu de peaux de bêtes", il ravissait brutalement la jeune fille dont il allait faire d'ailleurs une esclave plus que sa compagne. C'est ainsi qu'à l'origine de Rome, les aventuriers, compagnons de Romulus, voulant se marier et "s'établir", trouvèrent tout naturel d'arracher à leurs époux et à leurs pères les femmes de la tribu voisine. Ce fut le fameux épisode de l'enlèvement des Sabines.*
Vous imaginez-vous par hasard que ce mariage par capture a disparu de la surface de notre terre? Les nègres de la région du Tchad n'en connaissent pas d'autres. Un australien veut-il se marier? il se met à l'affût comme un chasseur, et poursuit dans les forêts la femme de son choix; puis il la saisit par les cheveux et, pour la maîtriser la frappe à coup de massue ou dowak: les coups sont parfois si violents que la tête et le dos de la malheureuse ruisselle de sang!
Cette coutume des peuples du midi se retrouve chez les habitants des contrées septentrionales. Au Groenland, un indigène demande-t-il une jeune fille, celle-ci s'empresse de s'évanouir, tant sa future condition d'épouse lui inspire d'effroi, puis s'enfuit dans les montagnes, où elle coupe ses cheveux en signe de désespoir. Le fiancé s'élance alors sur ses traces, la capture, lorsqu'il est arrivé à la découvrir, et la conduit à sa hutte en la rouant de coups.


En Extrême-Orient. Fiancée d'un mandarin annamite se rendant à la maison nuptiale.
D'après une photographie.

En Annam, le jeune homme achète sa fiancée à sa famille. Le jour des noces,
la jeune fille, recouverte d'un voile qui la cache entièrement, est conduite en
pousse-pousse à la maison de son époux. Ce dernier la voit pour la première
 fois, car c'est son père qui la lui a choisie sans lui demander son avis.


Cérémonies symboliques rappelant le rapt de jadis.

La plupart des peuples, en se civilisant, ont abandonné ces coutumes barbares. Toutefois, ils n'ont pas renoncé à en garder le souvenir. Au contraire, ils l'ont perpétué par des cérémonies réglées d'avance; le rapt fit place à l'enlèvement simulé. Ce simulacre contenait un symbole, il exprimait toujours que la femme conquise par la force de l'homme lui devait, comme tout vaincu, une entière soumission.
Le mariage romain n'est autre chose que la mise en scène de ce simulacre d'enlèvement, et c'est cette idée que toutes ces cérémonies symbolisent.
Voici comment un écrivain latin fait parler une jeune fille retraçant la scène de son enlèvement par son fiancé:" Notre maison, tapissée de lauriers, resplendissait des feux, résonnait des chants d'hyménée. Ma pauvre mère, tenant sa fille sur ses genoux, ajustait ma parue nuptiale, couvrait mon front de baisers, quand l'irruption soudaine d'une troupe de gens armés fit briller tout à coup à nos yeux des épées nues, et effraya toute la maison par les démonstrations les plus menaçantes. Ils s'abstinrent toutefois de tuer et de piller, mais, formés en colonne serrée, ils se précipitèrent dans notre appartement. Aucun des nôtres ne songeait à les repousser, ou seulement se mettre en défense. Eperdue et tremblante, je m'évanouis sur le sein de ma mère, ils vinrent m'en arracher..." Ainsi, à Rome, le fiancé semblait ravir par la force la jeune fille à ses parents, puis en grande pompe, précédé de jeunes enfants portant des flambeaux, suivi d'un cortège d'invités chantant et dansant, il la conduisirent à sa demeure.
Ce n'était là qu'un spectacle bien fait pour réjouir l'imagination des anciens, amoureux des pompes ordonnées avec art, des danses se déroulant parmi les fleurs sous des cieux ensoleillés.
Supposez un peuple belliqueux, tels que sont aujourd'hui les Tartares: il apportera dans ces cérémonies toutes symboliques une sauvagerie où se traduira son âme guerrière et nomade. Le matin du mariage, l'époux, à la tête d'une troupe de cavaliers munis de leurs armes de parade et montés sur des chevaux richement harnachés, galope vers la tente de sa fiancé. Mettant pied à terre, tous déchargent un chameau qu'ils amènent avec eux et amoncellent les présents, magnifique tapis de prière à la laine douce et profonde, robes d'apparat finement tissées, selles et bottes de cuir gaufré, etc..., puis, se formant en groupe serré, tirant et agitant au-dessus de leur tête leurs longs sabres recourbés, ils se précipitent dans la tente en poussant des cris effroyables. Mais la jeune fille prévenue échappe à son fiancé par une autre ouverture de la tente; un cheval l'attend, elle se met en selle et se lance au galop sur l'immense steppe dénudée en serrant contre elle un agneau ou un chevreau. Ses ravisseurs la poursuivent aussitôt, retardés dans leur course par des parents également à cheval. Une fusillade éclate; tous criant, gesticulant, font feu les uns sur les autres avec leurs fusils, chargés à poudre seulement, est-il besoin de le dire?, au milieu d'un épais nuage de poussière. Cette chevauchée éperdue ne prend fin que lorsque le fiancé a été assez heureux pour atteindre sa fiancée et lui ravir l'agneau.
Au surplus, pour trouver l'analogue de ces courses échevelées dans l'air vif du steppe, qui grise les Turkomans, il n'est pas besoin d'aller fort loin. En Grande-Bretagne, au pays de Galles, il n'y a encore pas longtemps, on voyait par les après-midi d'été, une cavalcade lancée à travers la lande semée de blocs de granit et que les bruyères recouvrent d'un tapis rose violacé. Dans la monotonie un peu triste du paysage sur lequel planaient encore des légendes du Moyen-âge, on pouvait se croire en présence de ces enchanteurs d'autrefois qui franchissaient sur des chevaux fantômes la grise étendue des plaines; c'était un fiancé et ses amis qui, bride abattue, poursuivaient la mariée galopant en croupe derrière un de ses parents.
Il est bien certain que ces scènes d'enlèvement sont, en somme, inoffensives. Pourtant tout appel à la violence doit être suspect. Qui sait si la lutte simulée ne peut dégénérer en rixe véritable et sanglante? Par exemple, dans la Nouvelle-Zélande, où les jeunes filles sont aussi robustes que les hommes, une lutte sérieuse s'engage, les vêtements sont mis en lambeaux, et ce n'est qu'au bout de plusieurs heures de combat que l'époux parvient à entraîner sa compagne dans sa case. S'il échoue, le mariage est rompu: jamais une Néo-Zélandaise ne consentirait à  suivre un homme sans courage et sans force pour la guerre.
Jusqu'ici nous vu le fiancé enlever sa fiancée; mais que la jeune fille ravisse son futur époux, voilà qui est plus étonnant! C'est pourtant ce qu'il se passe dans une province de l'Arménie, en Mingrelie. Après le dernier des repas de noces, qui durent plusieurs jours, l'époux court se cacher, soit en haut d'un arbre, soit dans quelque coin de la maison. Les parents et les amis de la mariée le cherchent; puis, quand ils se sont emparés du fuyard qui feint de se débattre, ils le conduisent de force au logis nuptial en le poussant et en le bousculant.



Mariés Géorgiens.

La coutume veut qu'en Géorgie, les mariés restent coiffés de la couronne dorée, depuis la bénédiction nuptiale jusqu'à la fin des fêtes du mariage. Cet ornement symbolique ajoute encore au pittoresque du costume national.



Le mariage devient un marché.

Est-il préférable d'être enlevée ou vendue? Vaut-il mieux être la proie d'un ravisseur plus ou moins farouche ou l'objet d'un marché conclu d'avance entre les parents de la jeune fille et le fiancé? Le fait est que dans nombre de pays, sans compter beaucoup de contrées civilisées où trop souvent le mariage n'est qu'une affaire d'intérêts, l'épouse est traitée comme n'importe quel objet de négoce.
Deux hommes sont attablés devant des pots de bière. L'un offre un prix. L'autre demande davantage. A chaque prétention nouvelle, on vide un nouveau pot de bière. La discussion se prolonge, les pots se vident: les deux hommes effroyablement ivres roulent sous la table... C'est une demande en mariage suivant les us et coutumes de Sibérie, et c'est ainsi que se mettent d'accord le prétendu et son futur beau-père.
On ne peut imaginer une race plus mercantile que les chinois; aussi le mariage par achat est-il le seul qu'ils pratiquent. Le jeune homme ne connait même pas la jeune fille qu'on lui destine. Ce sont les pères qui, à force de marchandages et de discussions, finissent par tomber d'accord sur le nombre de taels qui seront comptés. Le jour des noces arrive. La mariée se pare de sa plus belle robe de soie brochée d'or et d'argent, dispose des pierreries et de fleurs artificielles dans ses longues nattes noires, farde ses joues, rougit ses lèvres, noircit l'arc de ses sourcils et inonde de musc tous ses vêtements. Devant la maison paternelle, un palanquin s'arrête, laqué de rouge, chargés de peintures d'or et portés par des serviteurs aux éclatantes robes jaunes. Des musiciens l'entourent, soufflant dans des flûtes stridentes, agitant des clochettes; au milieu d'un vacarme assourdissant ils frappent des cymbales de bronze. L'épousée monte dans le palanquin, et un vieux domestique de confiance, vêtu de vert, de jaune et de noir, l'y enferme à clef; puis, sous sa direction, le cortège s'ébranle, suivi d'une foule de parents et d'amis aux costumes de fête. On s'arrête enfin devant la maison de l'époux, qui se tient sur le seuil entouré de ses serviteurs. Après avoir reçu du vieux domestique la clef du palanquin, il en ouvre la porte et pour la première fois aperçoit celle qui sera sa femme. Mais la nuit est venue, des lanternes multicolores s'allument au bout des tiges de bambou et, tandis qu'appuyée sur son époux, la fiancée franchit le seuil de la demeure conjugale, un feu d'artifice éclate, semant dans l'air d'étranges et courtes gerbes de feu vert et rouge vif; les cymbales retentissent avec fureur, les flûtes hurlent, invités et serviteurs acclament les époux, et c'est, dans l'ombre piquée par les points lumineux des lanternes et rayée pas la courbe des fusées, un grouillement de faces jaunes hurlantes et grimaçantes.


Le départ des mariés Georgiens pour la maison nuptiale.

Les fêtes terminée, les mariés, toujours coiffés de la couronne nuptiale, prennent place dans un "drohki" qui va les conduire à leur de
meure.



Même procession bruyante, même musiques barbares à Java, mais plus d'exubérance, plus de gesticulations désordonnées, plus de somptuosité éclatante, s'alliant au magnifique décor qu'offre la nature tropicale...
Voici d'abord une troupe de Javanais qui s'avance en dansant, frappant des mains, faisant retentir l'air du son grave du gong, des roulements de tambour, du heurt des cymbales. Puis c'est le palanquin surmonté d'un dais orné de treillages de bambou et de feuille de palmiers qui abrite le fiancé et la fiancée. Celle-ci a été cédée par sa famille contre de riches étoffes, des lingots d'or, ou des graines comestibles. Sous leurs robes de soie rouge rehaussées de broderies d'or, sous la mitre bizarre constellée de pierres brillantes qui charge leur tête, les deux époux graves et immobiles, semblent des idoles de bronze ornées à profusion de bijoux, de colliers, de bracelets, de pendeloques. Au coin du palanquin, quatre hommes en veste et culotte jaune, ceinture bleue et blanche, turban jaune, portent au bout d'un long bambou des bouquets flexibles faits de lamelles de rotang garnies de pompons de papier bleu, jaune et blanc et jettent de temps en temps un long cri traînant et modulé. La foule des invités suit en désordre, pêle-mêle avec des badauds que le spectacle a attirés.
Plus pittoresques encore sont les cérémonies du mariage marocain. Au Maroc, la jeune fille est échangée contre des chameaux, des moutons, des chevaux, et elle est conduite à la tente de son époux enfermée dans un panier d'osier fixé sur la croupe d'un cheval. C'est la nuit close que la procession s'avance lentement, accompagnée par une musique plaintive et un chant traînant. De grandes torches brandies au-dessus de la foule qui se pressent devant les tentes font briller les lames luisantes des sabres et éclairent les grands manteaux rouges des cavaliers qui galopent sur les flancs du cortège, tournoient, s'éloignent, puis reviennent en déchargeant leurs fusils. Spectacle qui dans l'obscurité troublée seulement par des lueurs fumeuses et rougeâtres prend un aspect fantastique, presque diabolique.
Chez la plupart des peuples de l'Orient, l'achat de la femme est réel; on en donne un prix plus ou moins élevé suivant sa beauté et sa condition. Dans d'autres races orientales d'origine européenne, cet achat, comme ailleurs l'enlèvement, n'est plus qu'un rite. Ainsi, au Montenegro, le fiancé remet aux parents de la jeune fille une petite pièce d'or. Chez les Grecs d'Asie mineure, ce sont des soieries, de somptueux tapis de Smyrne, des narghilehs d'argent, des vases à parfums.



Une noce à Tsinondali, en Géorgie. Groupe des invités.

Les fêtes du mariage durent souvent plusieurs jours et consistent en
longs festins, accompagnés de musique instrumentale, de chants
et de danses. Les nombreux invités, convoqués pour la circonstance,
 arrivent et repartent à pied, à cheval, ou en "arba", lourd et primitif
chariot, dont se servent plus particulièrement les femmes et les enfants.



Cérémonies gaies.

Si l'on voulait voir à quel point les cérémonies du mariage sont en rapport avec le caractère et le degré de civilisation de chaque peuple, aucun exemple ne serait plus probant que celui du Japon. Dans cette contrée où la nature est riante, la vie sans souci et facile, la cérémonie du mariage elle-même semble une fête plus que le début d'un engagement, tout y est gai, gracieux, léger.
La noce se célèbre chez l'époux. Dans une vaste pièce, les images des dieux y ont été rassemblées: dieux complaisants et qui n'exigent qu'un minimum de culte. Vers le milieu du jour, un splendide cortège envahit la salle ainsi préparée. La mariée s'avance, son petit visage jaune aux yeux bridés tout enduit d'un fard blanc rosé; les deux coques de sa chevelure noire se dressent en un savant édifice soutenu par de longues épingles. Deux mousmés l'accompagnent, ce sont ses demoiselles d'honneur, Papillon mâle et Papillon femelle, vêtues de mousseline, de gaze légère et bouffante. Tous les invités s'assoient en cercle sur des nattes autour des époux agenouillés l'un près de l'autre. Une des mousmés prend un vase en forme de puisoir, munis de deux goulots, et le remplit de saki (eau-de-vie); l'autre l'élève à la hauteur des lèvres des deux époux et les boire alternativement; ainsi ils devront goûter les mêmes délices et aux mêmes souffrances, unis dans la vie conjugale.
Bien amusante encore est la scène qui caractérise le mariage persan. Conduite par les parents, la mariée s'arrête à une certaine distance de la maison de son époux. Celui-ci arrive à sa rencontre, lui lance une orange de toutes ses forces et prend la fuite. On se précipite derrière lui, et voilà tous les gens de la noce qui s'essoufflent à courir.


Le menuet de la mariée. Tableau de Debucourt, peintre et graveur de la fin du XVIIIe siècle

C'est une noce au XVIIIe siècle, à la campagne. Le bailli ouvre la danse
avec la mariée; le fête est joyeuse et animée. Grâce légère et enjouée, gaieté charmante, goût du plaisir fin et délicat, l'âme française du XVIIIe siècle
est tout entière dans cette scène prise sur le vif par un des maîtres de l'époq
ue.



Le respect de la femme.

Enlèvement ou achat, tel a donc été le point de départ, et l'on voit combien il restait de chemin  à faire pour arriver au mariage tel que nous le concevons, et dans lequel la femme est libre d'accepter ou de refuser qui prétend à l'honneur de sa main.
C'est chez les peuples du Nord que la femme semble avoir toujours été respectée; c'est là qu'est né l'esprit chevaleresque. Au Moyen âge, dans toute la Scandinavie, la jeune fille à marier portait suspendu par un baudrier un fourreau d'épée, et le jeune homme qui l'aimait devait lui révéler son désir de l'épouser en y glissant son propre glaive. La jeune fille conservait-elle le glaive? c'est qu'elle le considérait comme l'arme d'un guerrier valeureux dont elle consentait à devenir la femme. Cette coutume s'est conservée dans certains villages de Finlande. Chaque jeune fille à marier porte à sa ceinture une gaine de couteau, et le jeune homme épris de l'une d'elles doit y placer son poignard.
Nous nous plaisons à rappeler que nos ancêtres gaulois poussaient la courtoisie jusqu'à laisser à la femme le soin de faire connaître la première ses préférences. Un banquet réunissait tous ceux qui pouvaient prétendre à la main de la jeune Gauloise et, à la fin du festin, celle-ci se levait tenant à la main une coupe pleine de vin qu'elle offrait à l'élu de son cœur. La légende raconte qu'Euxène, chef des Phocéens, abordant sur la côte où devait s'élever Marseille, fut accueilli à la table du roi du pays alors que celui-ci mariait sa fille Gyptis. Séduite par la beauté et la noblesse de l'étranger, Gyptis, dit-on, présenta la coupe à celui qui quelques heures auparavant n'était pour elle qu'un inconnu. Telle est la scène célèbre qui a été retracée souvent par les peintres*.


Le mariage catholique. Une noce au Puig, tableau de L Peyrô Ubrea.

Les cérémonies du mariage religieux ne diffèrent guère dans les pays
catholiques. Mais comme on se sent transporté dans un pays méridional
où tout es plus simple, plus familier! Les assistants s'agenouillent au hasard.
Sur les dalles jonchées de fleurs, des enfants jouent librement. Et ce jeune
garçon au teint basané, ces musiciens nonchalants évoquent bien l'Espagne,
ses mœurs si pittoresques.



Mariage chrétien.

C'est le christianisme qui, en relevant la condition de la femme, lui a assuré la dignité dans le mariage.
Nous n'avons pas à décrire le mariage chrétien, dont les principes sont partout les mêmes; il est curieux seulement de noter que chaque peuple y a introduit des coutumes particulières.
En Russie, dans les campagnes, le prêtre devant l'autel place sur la tête des époux des couronnes de feuillage; puis il se fait apporter un vase de vin, y goûte et le passe aux époux, qui après l'avoir bu le brisent contre le sol. Les femmes répandent alors sur leur tête de la graine de lin et de chanvre. Enfin la mariée monte dans un traineau éclairé par six flambeaux, et son mari la suit à cheval.
Faut-il rappeler un usage naguère encore en vigueur? Avant la cérémonie, le père de la fiancée s'approchait de sa fille et lui donnait quelques coups de fouet en disant: " Ma fille, c'est la dernière correction que vous recevez de moi; désormais c'est votre mari qui vous châtiera."


Un étrange cortège de noce. D'après une caricature de Caldecott, dessinateur anglais contemporain.

La caricaturiste a plaisamment raillé les mœurs des hobereaux anglais du commencement du XIXe siècle. Grands chasseurs, presque toujours
bottés et vêtus de l'habit rouge, ces braves gentilhommes campagnards,
pour honorer la mariée, suivent en tenue de chasse et à cheval la chaise
de poste qui la conduit à l'église à travers les champs couverts de neige
.



Les libations de vin faites devant l'autel, nous les retrouvons chez les Arméniens. Aussi amis du bruit sont leurs voisins les Georgiens. Mais quel tableau pittoresque et singulier que celui d'une noce géorgienne dans le décor sauvage du Caucase! Le futur arrive à la maison de sa fiancée escorté par une foule de parents, d'amis, de chanteurs et de musiciens. Tout ce monde se place sous la véranda de l'habitation tandis que le jeune homme fait porter par ses amis les cadeaux d'usage, vêtements, fourrures, tapis, bijoux, qu'il a apporté sur un chariot. Parmi ces présents figurent deux pains de sucre ornés de faveurs rouges dont l'un est partagé entre les parents de la fiancée et le prêtre. On rompt ensuite quelques pains blancs que les assistants mangent aussitôt: c'est le symbole de l'abondance qui doit régner dans le nouveau ménage. Alors seulement le futur fait son entrée dans l'appartement et le garçon d'honneur le conduit à l'escabeau qui lui a été réservé auprès de la jeune fille. A l'église commence la partie la plus bruyante de la fête: la flûte hurle, le tambour gronde, les invités chantent, les pétards éclatent et les fusées s'envolent dans les airs...
Chez nous, le plus petites gens, les plus humbles et les plus pauvres tiennent à honneur de donner à la cérémonie de leur mariage toute la solennité possible. Ce jour-là, il faut faire de la toilette, se montrer en public, en cortège, témoigner par des signes extérieurs et visibles de l'importance de l'acte qui s'accomplit.


Surpris par l'orage. Tableau de Brispot.

C'est ici la traditionnelle noce de campagne. Après le mariage à l'église
et le festin, le cortège s'est aventuré à travers champs. Mais un orage
éclate au cours de la promenade. Tous se hâtent vers un abri en déplorant
les dégâts causés aux vêtements de cérémonie.



Un trait ici est essentiel et montre bien le résultat de l'évolution à laquelle nous avons assisté. En France, depuis la Révolution, pour que le mariage soit valable, les époux doivent échanger leurs serments devant un officier de l'état civil: de cette façon seulement le mariage existe devant la loi.
Par là le législateur a bien marqué l'importance du mariage dans notre société. En effet, le mariage, tel que nous le concevons, est la plus sûre garantie de la dignité de la femme.

Lectures pour tous, 1900-1901


Nota de Célestin Mira:

* L'enlèvement des Sabines:


L'enlèvement des Sabines, toile de David, 1799.
Les Romains (à droite) enlèvent les Sabines
que les Sabins( à gauche) tentent de défendre.



* Le mariage de Protis et Gyptis:



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