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dimanche 4 janvier 2026

 Le chapeau haut-de-forme

dans le grand art.



Combien de fois n'avons-nous pas déploré la laideur de ce chapeau haut-de-forme dont nous coiffe une mode malencontreuse, et gémi sur le manque de goût de l'époque qui a inventé ce lugubre et désobligeant couvre-chef! Il est amusant de constater que, loin d'être une invention de mauvais goût moderne, le chapeau haut-de-forme a existé depuis fort longtemps et qu'on le retrouve dans les œuvres d'artistes très anciens. Est-ce une nécessité logique, est-ce une fatalité inexplicable qui impose ainsi à l'art comme à la mode une coiffure qui est vraiment impossible d'accepter sans murmures et de répudier définitivement?





A quel détail de costume reconnait-on qu'un homme appartient au XIXe siècle? Est-ce à la redingote? à l'habit? au parapluie? Ou n'est-ce pas plutôt au chapeau haut-de-forme que tous, tant que nous sommes, une nécessité commune et inéluctable nous force à porter?
Aux têtes les plus illustres, comme aux plus modestes, la mode a depuis cent ans imposé ce couvre-chef. Victor Hugo a porté le haut-de-forme et Pasteur aussi, comme le plus modeste des bourgeois et le plus humble des petits rentiers. Monsieur Prudhomme, dont Henri Monnier* a immortalisé la sottise, coiffait d'un haut-de-forme sa tête solennelle et niaise, et le pharmacien Homais*, ridiculisé par Gustave Flaubert, échangeait, les jours de cérémonie, son bonnet grec contre un super tuyau de poêle. M. Krûger n'a pas quitté cette coiffure pendant la guerre anglo-boer. Il n'est pas un héros ni un savant moderne qui n'en ait été surmonté. Il en résulte que si l'on veut faire de nos plus fameux contemporains un portait ou une statue qui leur ressemble, on est bien obligé d'y admettre cet accessoire.
Par exemple, veut-on élever un monument à Baudin*, le député tué à la barricade du faubourg Saint-Antoine, le 3 décembre 1851, au moment où il encourageait le peuple à la résistance? Il faut bien montrer qu'il est dans la rue et non pas dans son salon ou à la tribune, et, comme ce n'est pas l'habitude à Paris de sortir sans chapeau, force est donc de lui mettre sur la tête ou à la main le chapeau qu'il avait ce jour-là, le haut-de-forme, alors appelé "bolivar"*. De même pour la statue projetée du président Krüger*. On n'a jamais vu l'héroïque vieillard sans son chapeau de cérémonie; les Boers ne reconnaîtraient pas leur président dans son image de bronze, si elle en était privée. L'artiste chargé de modeler cette statue colossale n'a donc pas cru pouvoir se dispenser de la surmonter d'un "tuyau de poêle" de cinquante centimètres de haut.
Seulement, c'est ici qu'intervient une difficulté et qu'une question se pose. Le chapeau haut-de-forme est-il beau? est-il laid? A vrai dire, à la question ainsi posée, la réponse est unanime. L'opinion des artistes et des écrivains est ici d'accord avec l'opinion de Monsieur Tout-le-Monde. Ce n'est qu'un cri: non seulement le haut-de-forme est incommode, migrainifère, coûteux, vite abimé, mais encore il est fort laid. "Je voudrais l'abolition du chapeau haut-de-forme, objet aussi inconcevable pour le moins et aussi mystérieux que l'habit, et plus épouvantable encore, en dépit de la perverse accoutumance de nos yeux." dit M. Jules Lemaître. "C'est le dernier mot de l'horrible." a écrit M. Carolus Duran. Voilà qui est net.
Or, on se trompe quand on s'imagine que c'est nous qui avons inventé le chapeau haut-de-forme, et qui imposons aux artistes contemporains une mode si contraire aux exigences de l'art de tous les temps. On se trompe quand on s'imagine que les artistes anciens n'ont pas connu le chapeau haut-de-forme. Celui-ci n'est pas né d'hier. Sans parler des artistes du XVIIIe siècle, comme Goya et Boilly qui l'ont fait figurer dans leurs œuvres, on le retrouve jusque dans les portraits du XVe siècle. Philippe le Bon, duc de Bourgogne, portait déjà le chapeau de feutre sombre, haut de forme et rigide. 


Le premier chapeau haut-de-forme figuré dans le grand Art.
Antoine de Bourgogne, d'après le portrait de
 Roger van der Weyden (1456).


Le chapeau haut-de-forme n'est pas une création moderne.
Dans ce tableau, le fameux capitaine, le grand Bâtard
de Bourgogne, frère de Charles le Téméraire, nous apparaît
coiffé du feutre haut, à bords étroits, que portaient
 alors les grands personnages.
(Musée Condé, à Chantilly.)




Les contemporains de Dürer le portaient aussi, à bords plats comme celui de nos artistes, ceux de Rembrandt pareillement avec un bord relevé sur sur le côté, quelquefois une ganse ou une plume pour l'égayer un peu. Comment tous ces grands maîtres du passé ont-ils représenté l'étrange objet qui soulève l'indignation de ceux d'aujourd'hui? C'est ce que nous allons voir en jetant un rapide coup d'oeil à leurs œuvres. Nous y verrons notre chapeau habituel du XXe siècle figurer bien loin dans le passé, jusque dans le Mariage de la Vierge ou l'Ensevelissement du Christ et nous y trouverons une confirmation du précepte de Boileau:

Qu'il n'est pas de serpent, ni de monstre odieux
Qui, par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux.



Curieux rapport entre la forme des toits 
et celle des chapeaux. 

D'où est venu ce monstre? Est-il né tout d'un coup de l'imagination d'un bonnetier en délire, ou n'est-il que le produit de nombreuses générations et de croisements savamment opérés? Il suffit de jeter un coup d'œil sur les anciennes miniatures pour être fixé. Le haut-de-forme, tel que nous le connaissons, n'est qu'une espèce de compromis entre les deux grandes tendances du couvre-chef humain: la tendance au développement vertical et la tendance au développement horizontal, l'un protégeant mieux de l'humidité, l'autre protégeant mieux du soleil. Ce sont les deux mêmes tendances qui se sont disputé, pendant des siècles, la forme du toit destiné à abriter, non plus une seule tête, mais toute une maison. Et, chose curieuse, à peu près aux mêmes époques, on a vu à la fois les toits pointus et les chapeaux coniques à la mode; à d'autres époques, on a vu à la fois les chapeaux plats et les terrasses italiennes jouir de la faveur publique. Cela coïncidait avec les différentes influences étrangères s'insinuant en France. D'une façon générale, les coiffures plates, dont le type est le pétase* grec représenté sur les frises du Parthénon, sont venues du Midi; les coiffures hautes, dont le type est le heaume normand de la tapisserie de Bayeux, sont venues du Nord.
Les deux tendances se sont rencontrées en France et ont longuement lutté, l'une contre l'autre, entre les mains expertes des coiffiers, des aumussiers, des chaperonniers et des chapeliers de paon, occupés à embellir les têtes de leurs contemporains. Tant que prédomina la civilisation gallo-romaine, c'est à dire l'influence méridionale, ce fut le capuchon gallo-romain ou le bonnet phrygien à bout rabattu sur le devant qui prévalut. Il régnait encore au XIIe siècle. Mais lorsque le Nord fut assez civilisé pour imaginer, à son tour, des formes particulières de vêtements, il construisit un chapeau de castor, ou, comme on disait alors, un chapel de bièvre, en forme de cône, de façon à laisser écouler rapidement la pluie sur les poils, au lieu de garder l'humidité, comme la coiffure plate ou à larges bords. Sous Charles VII, on le vit poindre. En même temps, le Nord avait le goût des toits plus pointus qu'il n'était nécessaire et des flèches dressées vers le ciel. Il y conforma le chapeau, qui ne s'éleva à moins de 45 centimètres de hauteur. Ce monument était très impressionnant, mais très incommode, car il ne garantissait pas du soleil, étant sans bord ou simplement bordé  d'un ourlet de fourrure. Alors le chaperon plat et vaste reprit faveur, changeant plusieurs fois de forme, mais demeurant toujours le toit horizontal, qui protégeait la tête humaine du soleil et du froid. Sous Louis XI, il régna sans conteste. Sous Charles VIII, le chapeau conique revint à la mode, s'abaissa un peu et s'arrondit sur la tête de Louis XII, en s'ornant parfois d'un bijou. Mais, à la Renaissance, le chapeau vertical fut définitivement mis de côté. Dès que François 1er alla chercher ses modèles d'architecture en Italie, il revint au chapeau horizontal, très plat, tantôt à bords extrêmement exigus, tantôt à bords immensément larges, toujours orné de plumes, mais toujours comme les terrasses italiennes, garantissant du soleil et faisant prévaloir la ligne horizontale.
Ce plat à barbe s'élève un peu sous Henri II et devient la toque ou le toquet. Çà et là, il monte encore, s'arrondit et devient le chapeau melon du duc de Guise; mais cette fois, la ligne horizontale n'est plus sacrifiée. Les bords restent larges, quand même la coiffe devient haute. Sous Henri IV, le feutre de développe à la fois dans les deux dimensions, garantissant également de la pluie et du soleil: on dirait l'ancien chapel du Nord posé sur le pétase grec et orné d'une plumasserie abondante. Souvent pareil à un pain de sucre, il ressemble parfois à un "cul d'assiette avec un rabat plus que sesquipédal". Sous Louis XIII, prévaut décidément l'influence méridionale, espagnole ou italienne. La coiffe descend et les bords s'étendent: nous avons le feutre redondant des Trois Mousquetaires. Sous Louis XIV, toute influence du Nord à disparu: on traite les flèches des cathédrales de "barbare", et l'on trouve les hauts chapeaux ridicules. Le haut de forme disparaît, du moins en France, ne subsistant que dans les pays d'influence germanique. Mais là, sa forme se conserve avec le bord large qui permet de préserver la tête du soleil. Cette lutte entre la prédominance de la coiffe continue depuis lors et même encore aujourd'hui, dans les imperceptibles changements de mode. Mais, depuis le XVIe siècle, le compromis s'est fait, en sorte qu'on n'a plus vu un chapeau de feutre haut sans bord. La conciliation était trouvée et le principe du haut-de-forme, terme moyen entre deux tendances contradictoires, définitivement établi.

Lointains et illustres ancêtres de notre tuyau de poêle.

Maintenant, dans quelles œuvres d'art ce chapeau a-t-il été immortalisé?
Un des premiers portraits de maître où nous le voyons est celui d'Antoine de Bourgogne*, le hardi capitaine du XVe siècle qui battit les Maures, les Liégeois, fut vaincu par les Français à Granson et finalement se mit au service de la France, ayant été acheté par Louis XI au duc de lorraine pour la somme de 10 000 écus. Comme la plupart des hommes de guerre de son temps, ce rude capitaine s'est fait peindre en civil. C'est beaucoup plus tard, lorsqu'on ne porta presque plus la cuirasse, qu'on imagina de s'en revêtir devant les peintres pour laisser de soi une image belliqueuse. Le grand Bâtard de Bourgogne est en robe violette, à parements de velours noir, ouverte par devant sur une chemise blanche et lacée sur le cou par dessus cette chemise. Comme insignes, il porte seulement celle du chevalier de la Toison d'or et une longue bague d'émeraude au petit doigt. A son air froid et défensif, on devine facilement sa devise, qui était: Nul ne s'y frotte. Et, au dessus de son épaisse chevelure bouclée trône le feutre noir haut-de-forme, à rebord petit comme un ourlet, que portaient les grands personnages de son temps. Le peintre présumé de ce tableau, Roger van der Weyden, a traité ce chapeau avec autant de soin et de fini que le reste. Mais il faut noté que cet ancêtre avéré de notre "tuyau de poêle" n'offre pas deux lignes parallèles: partout, il présente des inflexions insensibles qui détruisent la forme géométrique, et sa silhouette n'est en aucune façon régulière.
Elle se régularise en Allemagne au commencement du XVIe siècle. Les bourgeois de Nuremberg portent quelquefois le haut-de-forme ferme, rigide légèrement conique et à longs poils, à peu près le chapeau des mariés de villages d'autrefois qu'on met ensuite de temps en temps au théâtre. Aussi Albert Dürer, pour faire honneur à la famille de la Sainte Vierge, a-t-il cru devoir coiffer du tuyau de poêle un des personnages qui assistent au mariage de la Vierge.



"Le Mariage de la vierge".
Composition d'Albert Dürer (XVIe siècle).


N'est-il pas amusant le chapeau dont l'artiste a orné la tête d'un
personnage qui se tient à la gauche de cette composition
représentant le mariage de la Vierge?



De même, quand il lui a fallu représenter Joseph d'Arimathie déposant le corps du christ dans le tombeau, il n'a pas manqué de lui donner le chapeau d'un riche bourgeois, qu'il était en effet. 


Un bourgeois allemand au XVIe siècle coiffé
d'un chapeau haut-de-forme, dans une scène
 de la Passion, d'après la gravure d'Albert Dürer.
(Ecole allemande).


Joseph d'Arimathie, qui soutient le corps du Christ, est coiffé
 d'un haut-de-forme à larges bords plats, comme en portaient
 les riches habitants de Nuremberg
.



Dans cette gravure d'Albert Dürer, les bords du chapeau sont plats, comme ceux qu'affectent de porter nos artistes aujourd'hui, et, à n'en juger que par la tête et la coiffure, il nous emble que c'est un de nos contemporains qui figure dans cette scène de la Passion.
De même, dans l'Ensevelissement du Christ* de Quentin Matsys, qui est d'Anvers et date de 1508, on voit l'un des bourreaux, assis sur le calvaire et occupé à ôter ses souliers, qui porte un solennel chapeau haut-de-forme, comme un notaire de province au XIXe siècle.

Coiffures distinguées, privilège des classes riches.

Mais là où ce chapeau devait triompher, c'est en Néerlande. 



Le chapeau haut-de-forme en Hollande au XVIIe siècle.
Le "charlatan", d'après le tableau de Jan Steen.


Porté surtout  en Hollande, le chapeau haut-de-forme, au XVIIe siècle,
 était encore une coiffure de luxe. Les arracheurs de dents s'en coiffaient
 pour paraître plus imposants aux yeux des badauds.



Au commencement du XVIIe siècle, il y était tellement répandu que, dans une gravure d'Esaïas van de Velde, représentant une foule  sur un place publique, à la Haye, nous apercevons des "tuyaux de poêle" s'étager et moutonner à perte de vue*. C'est à l'occasion d'une exécution capitale. On est en 1616. Un certain orfèvre d'Amsterdam, Jan van Weely, amateur d'art et providence des peintres, était venu à la Haye. Il fut assassiné, puis son cadavre fut caché dans un lieu désert. Toute la Néerlande s'est intéressée à cette affaire, et, les deux coupables ayant été retrouvés et condamnés à mort, une foule énorme est venue entourer l'échafaud. La victime avait été si utile aux artistes que ceux-ci ont voulu laisser un souvenir précis de tous ces détails; l'un a dessiné et l'autre a gravé les diverses phases du crime et du châtiment. Il faut croire que la foule est surtout, ici, composée de bourgeois, car, à cette époque, le haut-de-forme devait être une coiffure de luxe. En France, le chapeau de castor coûtait 40 francs, et les classes populaires se contentaient du bonnet de laine ou de coton. Il est probable qu'en Néerlande, même pour aller voir exécuter un criminel, les gens du peuple ne faisaient pas une dépense aussi considérable.
Aussi, dans la plupart des images de temps, nous ne voyons le haut-de-forme qu'à titre exceptionnel, sur une tête ou deux, dans la foule. 



Le haut-de-forme qu'on portait en Hollande en 1625.
Les joueurs de tric-trac, d'après la gravure de J. van de Velde.


Le Parisien de 1820 et le riche bourgeois de Harlem
qui vivait deux siècles auparavant portaient tous deux
une coiffure analogue pour aller faire leur partie
 de dames ou de tric-trac
.



On le met pour aller jouer au tric-trac, dans une tabagie de Harlem, en 1625, comme on le mettra, en 1820, pour jouer aux dames au café Lamblin, à Paris*. 


Le chapeau 'Bolivar" sous la Restauration.
Une partie de dames au café Lamblin, en 1820.
D'après le tableau de Boilly.


C'était Bolivar, le libérateur de l'Amérique du Sud,
qui avait mis à la mode cet immense chapeau à larges ailes.
(Musée Condé, à Chantilly).



On le met pour assister la nuit à l'exercice des bouches à feu, comme pour figurer dans une prise d'armes aux portes d'Amsterdam en 1642. A cette époque lointaine, il n'y a pas, comme aujourd'hui, de différence absolue entre le chapeau militaire et le chapeau civil. Une plaisanterie souvent répétée de nos peintres actuels consiste à peindre deux coquins, un civil et un soldat, qui s'en vont bras dessus bras dessous, un peu gais après boire, et jamais l'artiste ne manque de montrer le soldat coiffé du haut-de-forme du pékin et le civil coiffé du shako du soldat. Cet échange n'aurait rien d'étrange ni de plaisant avec les costumes d'autrefois. Au XVIIe siècle, le civil portait souvent un feutre relevé et empanaché comme un mousquetaire, et, de son côté, le piquier de la garde civique se coiffait fort bien d'un immense haut-de-forme. Nous voyons dans la fameuse Ronde de Nuit de Rembrandt* un des compagnons du capitaine Cocq arborer ce magnifique chapeau, tout comme un garde national de 1830. Mais il est le seul parmi tous les hommes d'armes peints par Rembrandt dans le hourvari de cette mise en marche impromptu. Le grand maître hollandais, qui a dû maintes et maintes fois rencontrer des gens coiffés du haut-de-forme, puisqu'il vivait au même moment que la foule dessinée par Van de Velde, n'a presque jamais introduit ce couvre-chef dans ses tableaux. On peut supposer qu'il était du même avis que les artistes d'aujourd'hui sur la beauté de cet accessoire.
Jean Steen, son compatriote, était moins difficile. Pilier d'estaminet, grand tarisseur de chopes et de piots, il se divertissait volontiers à mettre le même haut-de-forme un peu conique sur la tête de ses médecins et de ses charlatans. Les uns et les autres croyaient peut-être en imposer à leur clientèle par cet appareil majestueux. 


La coiffure du médecin de Hollande au XVIIe siècle.
D'après le tableau de Jan Steen.


Vêtus de noir, la tête couverte d'un chapeau haut,
presque pointu, les médecins du temps, en Hollande,
rappelaient par leur costume leurs confrères français.
 



Mais il est à noter que le haut-de-forme, au XVIIe siècle, ne sort guère de la Hollande. Si quelque Batave vient à la cour de Louis XIV, il faut qu'il laisse là son tube et se coiffe du chapeau à larges bords relevés, du tricorne. Les galants Français, qui empruntent tant de modes à la Hollande, sa toile, sa broderie, ses rhingraves*, trouvent son couvre-chef ridicule. Il ne faudrait pas moins d'une révolution, pensaient-ils, pour leur imposer les modes des "magots". Il leur semblait plus facile de faire tomber les têtes que de faucher les perruques.

Symbole imprévu de la liberté.

Les têtes tombèrent. En 1793, perruque, poudre, rubans, plumes au chapeau, vont rouler dans la boue et dans le sang. Alors on vit apparaître à l'horizon quelque chose, comme a dit le poète, de "sombre et de surnaturel". C'était le chapeau haut-de-forme. Par son aspect géométrique, égal de tous les côtés, uniforme, sans aucun atour, triste, lugubre, il symbolisait assez bien le règne de l'égalité lourde, raide, sentencieuse, qui, avec Robespierre, venait de s'établir. Au début, ce ne fut qu'un chapeau rond, à forme élevée, orné d'une humble ganse ou bourdalou. Mais bientôt il se transforma en un tromblon énorme, poilu, ridicule, sinistre.




Le "tromblon" en 1797.
Portrait du grand peintre espagnol Goya, par lui-même.


Enorme et semblant fait d'une peau de hérisson, le "tromblon"
 est le chapeau à la mode dans les dernières années du XVIIIe siècle.



Les Incroyables le portèrent. L'Europe enthousiasmée le porta, si bien que, en 1797, le grand peintre espagnol Goya fit son propre portrait coiffé de ce monument qui semble confectionné d'une peau de hérisson*. A la vérité, il subit des éclipses. Le même Goya, ayant à faire le portrait de son petit-fils, lui mit à la main un tricorne plutôt semblable à celui de Napoléon.
Mais le haut-de-forme ne devait plus jamais disparaître. Son sort était lié à celui de la liberté. Il reparut immense, écrasé, ouvrant de larges ailes, sur la tête du libérateur de l'Amérique du Sud, Bolivar, et, en 1820, les admirateurs de l'héroïque patriote témoignèrent de leur indignation contre l'Espagne et leur enthousiasme pour la colonie opprimée en mettant un bolivar pour aller faire la partie de dame au café Lamblin. A partir de ce jour, voici que contre les bicornes brodés, contre les schapskas des courtisans ou des officiers de la monarchie, le haut-de-forme se dressa partout et toujours, comme le ralliement des libéraux. C'est autour de ce chapeau que se groupèrent les insurgés durant les journées de 1830. Aussi Delacroix n'a-t-il garde d'oublier d'en coiffer le principal combattant dans son tableau fameux: la Liberté*. 


Le haut-de-forme à la révolution de juillet 1830.

Le haut-de-forme se démocratise au XIXe siècle.
En juillet 1830, les bourgeois libéraux le mettent
 pour aller faire le coup de feu.
(Fragment du tableau de Delacroix.)



Le premier bourgeois qu'on voit, fusil au poing, gilet ouvert, cravate dénouée, marchant à l'assaut du pouvoir derrière la robuste déesse des faubourgs, porte crânement incliné sur l'oreille, un "tuyau de poêle". C'est un "tuyau de poêle" qu'agite Baudin, le 3 décembre 1851, pour entraîner les ouvriers contre le coup d'Etat en leur criant: " Vous allez voir comment on meurt pour 25 francs par jour!" C'est lui qui roule aux pieds de Victor Noir, le journaliste républicain tué par le prince Pierre Bonaparte en 1870, et que M. Dalou a modelé en bronze et placé près du corps étendu de la victime, dans le monument du Père-Lachaise*. 


Le haut-de-forme de la bourgeoisie au XIXe siècle.
Fragment du portrait de M. Leblanc, par Ingres.



Dans toutes les luttes de la politique ou de la pensée, le haut-de-forme apparaît comme une protestation de l'avenir contre les entraves de la tradition. Il accompagne naturellement l'habit noir, la livrée d'une époque démocratique, laborieuse, moins apte à la fantaisie qui accompagne les générations monarchiques d'autrefois. "L'habit noir, a dit Musset, est un symbole terrible: pour en arriver là, il a fallu que les armures tombent pièce à pièce et les broderies fleur à fleur. C'est la raison humaine dépouillée de toutes ses illusions et qui en porte elle-même le deuil, afin qu'on la console". 



Le haut-de-forme des romantiques en 1841.
Alfred de Musset.
D'après le dessin d'Eugène Lami.



Il y a peu de tableaux par Fantin-Latour ou par d'autres "modernistes" groupant des jeunes révoltés d'art ou de poésie, dans lesquels ne se trouvent pas un chapeau haut-de-forme.
Enfin, quand les luttes sont finies, quand le chapeau haut-de-forme ne peut plus servir qu'à rendre un pacifique hommage en s'abaissant devant un grand mort qui passe, M. Detaille en fait encore une espèce d'insigne, bien en évidence dans la main de Félix Faure, saluant le drapeau aux funérailles de Pasteur. 


Le haut-de-forme du Chef de l'Etat.
M. Félix Faure saluant le drapeau aux funérailles de Pasteur (1895).
Tableau d'Edouard Detaille.


Tranchant de façon frappante, dans les grandes cérémonies,
 avec le képi des officiers, la toque des magistrats ou des professeurs
 et le bicorne des membres de l'Institut, le chapeau haut-de-forme
 est devenu aujourd'hui la coiffure officielle, le symbole de
l'époque pacifique et laborieuse où nous vivons
.



Il figure enfin dans la plupart  des portraits des Présidents de la République. Et lorsque Félix Faure se trouvait en Russie, au milieu de souverains et de grands-ducs casqués et empanachés, le haut tube noir, émergeant seul de ces coiffures brillantes et pittoresques, frappait bien tous les yeux comme le symbole d'un régime éminemment pacifique et bourgeois. Ainsi, après avoir paru sur la tête des plus grands chefs militaires, après avoir figuré dans les Rondes de Nuit et des combats pour la liberté, sur la tête des révolutionnaires, en contraste avec les casques ou les shakos des hommes de guerre, le haut-de-forme est devenu aujourd'hui le signe de la paix.

Irréductible ennemi du pittoresque et de la fantaisie.

En est-il devenu plus beau pour cela? Non, sans doute, et, même si nous considérons les divers exemples que voici pris un peu dans tous les temps, nous verrons qu'à aucune époque le haut-de-forme n'a été en si complète contradiction avec les principes de l'art. Un principe d'art absolu veut qu'on évite toute forme géométrique. "Il y a des lignes qui sont des monstres, disait Eugène Delacroix. Ce sont la droite et la serpentine régulière, surtout deux parallèles. Quand l'homme les établit, les éléments rongent. Les mousses, les accidents rompent les lignes droites de ses monuments. Chez les anciens, les lignes rigoureuses sont corrigées par la main de l'ouvrier. Jamais de parallèles dans la nature, soit droites, soit courbes. Les lignes régulières ne sont que dans le cerveau de l'homme. Les animaux ne les reproduisent pas dans leurs constructions, ou plutôt dans les ébauches de régularité que présentent leurs ouvrages comme le cocon, l'alvéole." En effet, aucun des chapeaux haut-de-forme figurés par les anciens maîtres n'offrent, ni de lignes exactement parallèles, ni de serpentine régulière. Celui du piquier de la Ronde de Nuit, par exemple, a un bord légèrement relevé et attaché sur le côté. De plus, il n'est pas géométriquement cylindrique, mais semble fait de plans plats, comme un polyèdre.
Ceux peints par Jean Steen sont plutôt coniques et légèrement cabossés. La nature pelucheuse du feutre conique de Dürer le rend encore plus pittoresque. Les hauts tubes de Van de Velde sont variés par les lignes des ganses ou des cordons qui en rompent la régularité. A cette époque-là, d'ailleurs, on ornait généralement le feutre, soit d'une enseigne, joyau posé sur le devant, et d'une plume, soit de cordons, ainsi que le prouve ce vers du Dit d'un Mercier:

J'ai beau laz à chapeau de feutre.

Même au siècle dernier, l'extraordinaire haut-de-forme de Goya a des poils si longs que la géométrie de la ligne en est toute bouleversée. Mais notre chapeau à nous ne possède plus aucune de ces irrégularités ni de ces fantaisies. Fait à la machine, il offre un cylindre parfaitement mathématique. De plus, il paraît beaucoup plus grand qu'il n'est en réalité. Mettez votre chapeau sur votre tête et ensuite priez une personne de marquer au bas de la porte le niveau présumé qu'atteindrait, selon elle, votre haut-de-forme, s'il était posé à plat sur le plancher. Une fois la marque faite au bas de la porte, posez le chapeau par terre: neuf fois sur dix, il sera bien moins haut qu'on ne l'aurait cru et n'atteindra pas la marque qu'on aura tracée. Sa forme déplaisante paraît donc encore plus considérable qu'elle n'est. Par suite, le sculpteur n'a pas d'intérêt à le placer sur la tête de son personnage. Le lui met-il dans la main? Son héros a l'air de faire la quête. Il y a ainsi, à Glasgow, une statue en bronze d'un personnage qui tient son haut-de-forme renversé, la coiffe en dessus. Quand vient l'hiver, la neige s'accumule dans les profondeurs du tube, et elle y reste bien après le dégel. Aussi, appelle-t-on cet inconnu: "l'homme qui a de la neige dans son chapeau". Si le personnage brandit son haut-de-forme, il a l'air de lancer une bombe. De quelque façon qu'il s'y prenne, l'artiste est assuré d'être en butte aux quolibets; le sculpteur beaucoup plus que le peintre. Quand le peintre est tenu de représenter un objet qui lui déplait, il peut le mettre dans l'ombre, ou bien y projeter des reflets qui varient sa silhouette, ou encore choisir l'angle sous lequel il présentera cet objet. Mais le sculpteur, lui, n'a pas ces ressources. En sorte que même si les grands peintres ont pu tirer parti du haut-de-forme, il n'y a rien d'étonnant à ce que d'excellents sculpteurs échouent aujourd'hui. Mme de Girardin disait un jour à un de ses amis: "Votre chapeau tuyau de poêle est bien laid, bien incommode, mais gardez-le: il est difficile à bien porter. C'est le dernier détail où puissent se marquer la distinction et le savoir-vivre." Il est surtout difficile à bien représenter, dirons-nous, et nos artistes ont raison de s'en plaindre. Pourtant nous venons de voir que leurs devanciers s'en sont tirés et que le haut-de-forme avait déjà triomphé dans l'Art ancien avant de venir hanter comme un cauchemar l'Art moderne. Aussi peut-on prendre confiance et s'assurer et s'assurer que, si laid soit notre chapeau, peintres et sculpteurs pourront encore faire des chefs-d'œuvre.

Lectures pour tous, Revue populaire, Hachette et Cie, Paris, 1902.


Nota de célestin Mira:


* Monsieur Prudhomme:



Joseph Prudhomme, caricature d'Henri Monnier de 1868,
représente le bourgeois français du XIXe siècle.


* Le pharmacien Homais:



"Monsieur Homais", illustration d'Edgar Chahine pour
le roman "Madame Bovary. Mœurs de Province"
de Gustave Flaubert, édition Rombaldi en 1935.


* Le député Baudin:



Le député Alphonse Baudin tué sur une barricade dressée
Faubourg Saint-Antoine à Paris, en 1851, alors qu'il haranguait la foule.
 Cet épisode tragique participa à la fin de la 2ème République.


* Le chapeau Bolivar:


Caricature du chapeau "Bolivar" ( personnage de gauche sur l'image).



* Krüger:


Caricature de Paul Krüger lors de la guerre des Boers.



*Pétase:


Pétase ailé grec.

La pétase grec est un chapeau rond, de paille ou de feutre,
à bords larges. Il était tenu pas un cordon noué sous le menton.


* Antoine de Bourgogne:



Antoine de Bourgogne dit "le Grand Bâtard de Bourgogne"
est le fils du duc de Bourgogne Philippe le Bon et de
Jeanne Lemaire dite "Jeanne de Presles".
Son demi-frère est Charles le Téméraire.


* L'ensevelissement du Christ:


L'ensevelissement du Christ de Quentin Matsys, 1508.

On aperçoit sur le calvaire, assis un peu en dessous des croix,
un des bourreaux portant un chapeau haut-de-forme en train
 de retirer une de ses chaussures pour y retirer sans doute un caillou.


* Une exécution capitale:



Une exécution capitale par écartèlement, à paris, en 1582.
(auteur inconnu)
On peut noter le port systématique des chapeaux
et l'uniformité de ceux-ci.



Autre exécution en 1619 aux Pays-Bas: uniformité des chapeaux.


* Le café Lamblin:


Une partie de dames au café Lamblin à Paris, par L.L. Boilly.

Le café Lamblin, aujourd'hui disparu,  fondé en 1805,
au Palais-Royal, était le rendez-vous des femmes galantes
 et des Bonapartistes au XIXe siècle.


* La Ronde de Nuit de Rembrandt:


La Ronde de nuit de Rembrandt.

Au fond, au centre, un des personnages arbore un haut-de-forme.



* Rhingrave:



Le Roi de France, Louis XIV, au château
de Vaux-le Vicomte, par Maurice Leloir.


Louis XIV habillé d'une rhingrave. A la mode au milieu
 du XVIIe siècle, la rhingrave était un haut-de-chausses,
 à jambes larges et flottantes, garnie de rubans de couleur
 (petite oie), présentant l'aspect d'une jupe
du fait de ses nombreux plis
.


* Goya:


Francisco de Goya, autoportrait.


* La liberté:


La Liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix.

L'un des principaux insurgés mis en valeur dans ce tableau
 porte un haut-de-forme.


* Victor Noir:



Tombeau de Victor Noir au cimetière du Père-Lachaise.

Le chapeau haut-de-forme est représenté à côté du corps du défunt.



Le réalisme anatomique du gisant encourage les visiteurs
à toucher la sculpture depuis des années entraînant une
oxydation du bronze. Les parties les plus touchées sont
 le visage, l'impact de la balle, la bosse du pénis dans le
pantalon et les chaussures. Une légende prétend que les
femmes qui désirent  un enfant doivent la frotter ou
même la chevaucher. Cette pratique toujours existante
de nos jours, a rendu cette tombe célèbre. 


samedi 27 décembre 2025

 La paix au soir de sa vie.

La protection de la vieillesse.



C'est sans doute de sa propre protection et de l'affection de sa famille que le vieillard doit attendre la sécurité de ses dernières années. Mais, en fait, bien des cas se présentent où, après une vie de travail et d'efforts malheureux, il risque, faute d'une intervention étrangère, de se trouver en proie à la pire détresse. Aussi ne saurait-on trop encourager les institutions dues soit à l'initiative des particuliers, soit à la bienfaisance de l'Etat, et qui assurent l'accomplissement de ce devoir, l'un des plus impérieux de toute société civilisée, le devoir d'assistance pour la vieillesse.


Achever sa vie parmi les siens, dans un repos gagné par des années de travail, au milieu de soins attentifs et d'une tendresse respectueuse, c'est ne pas connaître les amertumes de la vieillesse. On a pu dire que les dernières années de la vie, dans de telles conditions, sont aussi les plus douces: désirs, passions, inquiétude du lendemain, tout ce qui fait l'existence tourmentée s'est calmé: on assiste aux spectacles du monde en témoin, non plus en acteur; on savoure délicieusement des joies dont on sait mieux le prix.
Mais à ce tableau d'une vieillesse souriante opposez-en un autre, celui d'une vie qui s'achève dans le dénuement et dans la solitude. Souvent les infirmités sont venues; en tout cas la vigueur, l'activité ont diminué. On ne peut plus se suffire à soi-même; plus que jamais, on a besoin des autres, et tout vous manque à la fois! quoi de plus douloureux?
Ce spectacle de la vieillesse abandonnée, si on le rencontrait dans une société civilisée comme est la nôtre, serait pour elle une honte: il serait un reproche vivant pour tous ceux qui sont dans la force de l'âge. En effet, nous devons assistance à ceux qui, malgré leur bonne volonté et leurs efforts, n'ont pu assurer le calme de leurs vieux jours. C'est, en quelque manière, réparer à leur égard la dureté du sort. A ceux mêmes qui ont été coupables d'imprévoyance, de paresse peut-être, nous devons, par un sentiment d'humanité, notre appui, notre aide charitable. Aussi cette question des devoirs de la société envers la vieillesse est-elle une de celles dont on s'est préoccupé de tout temps. Chez nous, de bonne heure, des institutions issues de l'initiative privée ou de celle de l'Etat ont assuré le sort du vieillard.

Vieux braves. Les invalides de la gloire.

Ce fut des anciens soldats que l'on s'occupa d'abord. A Paris, au début du XVIIe siècle, les vieux défenseurs de la patrie sans aide et sans pain se réunissaient sur le Pont-Neuf, où ils étalaient leurs plaies, implorant la pitié des passants, et, le soir, menaçant les gens attardés.
Ce ne fut pas une petite affaire que d'organiser la fondation nouvelle, et Louvois dut s'en charger lui-même; il fallut sa main de fer pour dompter ces batailleurs endurcis dont on ne pouvait pas obtenir l'obéissance. Ils se plaignaient de tout: ayant trouvé mauvais le pain qu'on leur distribuait, ils en cachèrent un morceau dans une corbeille de fleurs offerte par eux à Mme de Maintenon qui était venu visiter l'établissement; une supplique y était jointe, la priant d'intervenir. Louvois prit fort mal la chose, et déclara que, si elle se renouvelait, les réclamants seraient pendus; à la suite d'une véritable émeute, il fallut passer un récalcitrant par les armes.
Tout le monde connait le magnifique dôme doré, œuvre de Mansard, qui recouvre le monument. Pénétrons par la grille somptueuse dont l'invalide-concierge manchot à la voix de stentor, nous ouvre la porte; allons voir chez eux tous ces vieux braves à trois poils. Dès les premiers pas, nous en rencontrons qui vont et viennent dans leurs légendaires petites voitures qu'un mécanisme ingénieux leur permet de faire rouler eux-mêmes; plus loin, d'autres, sanglés dans leur uniforme bleu sombre constellé de médailles, encore droits et fermes, montent la garde. Ce sont là les deux catégories de pensionnaires de la maison: les premiers, impotents, perclus, sont les "moines lais", nom qui leur est resté des anciens couvents qui les abritaient jadis. Les seconds sont les invalides actifs, qui sont encore suffisamment ingambes pour faire eux-mêmes leur lit et leur petit ménage, et qui, sur leur demande, sont chargés, moyennant une rémunération supplémentaire, des différents services de l'hôtel: portiers, servants des moines lais, plantons, etc. L'un d'eux monte la garde devant le tombeau de Napoléon, un autre devant la porte du Général-Gouverneur, invalide lui-même, celui-ci au réfectoire, celui-là à la cuisine. Jadis une seule marmite, énorme, servait à faire la soupe pour tous les pensionnaires. Cette marmite a disparu et quatre autres l'ont remplacé qui sont encore d'une respectable dimension; la poche à potage a subsisté, longue de 2 mètres, et contenant une soupière pour le moins.
Nous n'avons aucune chance de rencontrer "l'invalide à la tête de bois" dont la légende remonte à la fondation même de l'hôtel.


Sur l'Esplanade des Invalides: deux Vieux de la Vieille.

A côté du tombeau de Napoléon et de la chapelle que décore
la collection glorieuse des drapeaux pris à l'ennemi, les survivants
 des grandes victoires que la France a remportées, des combats
héroïques où elle a défendu son territoire, terminent paisiblement
 leur existence. Ceux qui ont versé leur sang pour la Patrie passeront
 du moins à l'abri du besoin leurs derniers jours.



Mais nous trouvons plus d'un type curieux de vieux grognard; tel celui-ci, avec sa pipe, son bonnet de coton mis de travers, et sa longue barbe blanche: il a encloué, au siège de Sébastopol, 14 pièces de canon dans une seule bataille; par un hasard extraordinaire, pas un coup de sabre, pas un boulet, pas un obus ne l'a atteint; mais, le lendemain, une balle lui a enlevé un œil, à l'emporte-pièce. Ces autres aussi qu'on voit jouer aux boules dans les petits jardinets ont à leur actif de beaux traits de courage simple et d'héroïsme naïf.


A l'infirmerie des Invalides.
Tableau de Renouard.


Sur ces pauvres vieux déjà infirmes et que la vie a éprouvés
la maladie a une prise plus facile. Aussi l'infirmerie de l'hôtel
des Invalides ne chôme-t-elle guère. Et c'est un spectacle touchant
 de voir tous ces malades courbés et la tête branlante qui continuent
 à porter tant qu'ils le peuvent leur uniforme et leurs décorations.



L'organisation de la maison est d'ailleurs toute militaire; ces braves sont restés soldats, et s'en montrent très fiers, ayant le pas sur tous les autres corps d'armée. Parfois, dans les grandes circonstances, on les passe en revue, et ce n'est pas là un spectacle médiocrement curieux; tous ceux d'entre eux qui peuvent encore tenir debout sont présents et portent les armes. Leur nombre a beaucoup varié; sous Napoléon, il atteignit 6 000; en 1870, ils étaient encore un millier; aujourd'hui, ils ne sont guère que 160 environ. 

Les vieillards indigents assimilés jadis aux vagabonds.

Donner un asile aux vieux guerriers, c'était fort bien, sans doute; c'était insuffisant cependant, et, en dehors de ceux qu'une maladie aiguë, qu'une infirmité incurable, faisaient recevoir dans les hospices, le vieillard accablé par la misère et le poids des années demeurait abandonné, ou à peu près.
Assimilés aux mendiants et aux vagabonds, les vieillards devaient s'adresser au Grand Bureau des Pauvres pour obtenir quelque maigre secours. En 1637 seulement, l'Hôpital des Incurables, ouvrant ses portes aux infirmes qu'on trouvait "languissant dans les rues et sur les chemins, sans secours ni consolation, au grand déplaisir des âmes chrétiennes", offrit un asile aux plus misérables; enfin, la Salpêtrière hospitalisait au XVIIIe siècle, dans un immoral et malsain pèle-mêle, enfants, vieillards, infirmes, aveugles, folles et paralytiques.
La Révolution fit beaucoup pour la vieillesse; elle la glorifia en des fêtes spéciales, où sur un trône prenait place un octogénaire et sa femme, devant lesquels des jeunes gens dansaient et s'inclinaient; des vieillards présidaient à toutes les fêtes civiques.


Une Fête en l'honneur de la Vieillesse, sous la Révolution.
D'après une estampe du temps.


 Sous la Révolution, de louables efforts furent tentés pour améliorer
 le sort des vieillards. On les glorifia même en des fêtes spéciales.
Mais, pour ne pas mourir de faim, les braves gens que l'âge et
la misère accablent étaient obligés à une promiscuité dégradante
 avec les mendiants et les voleurs de grands chemins.



En même temps, un principe nouveau rétablissait l'Assistance publique sur de nouvelles bases; l'Etat prenait à sa charge la protection des faibles. Dotée d'un budget de 7 millions de francs, l'Assistance publique de Paris abrita dans ses hospices 8 000 infirmes et vieillards; elle en secourut à domicile un plus grand nombre encore. Sur la population de Paris, évaluée à 600 000 âmes environ, on comptait 98 000 indigents, ce qui donne l'effrayante proportion de 1 individu sur 6; les vieillards figuraient dans ce nombre pour un tiers.
Mais ce n'était pas encore là l'efficace et réelle protection de la vieillesse; le vieillard indigent continuait à être assimilé au vagabond. Dans la retraite qui s'ouvrait à lui, aucune distinction sociale n'était faite: le vieux noble ruiné par la Révolution, le vieux commerçant que la guerre avait mis sur la paille, y côtoyaient l'ancien voleur de grands chemins échappé du bagne et les professionnels de la mendicité. Subir une promiscuité repoussante ou mourir de faim, tel était le dilemme.

Retraites confortables. Ombrages hospitaliers.

C'est au contraire sur les distinctions sociales que se fonde aujourd'hui le mode d'assistance à la vieillesse. En effet, à un âge avancé, les habitudes sont devenues si tyranniques qu'on ne saurait en changer sans malaise et sans amers regrets; il faut qu'on finisse sa vie dans un milieu analogue à celui où l'on a toujours vécu.
Voici un homme qui, grâce à son travail, s'est toujours maintenu dans la classe aisée. Au seuil de la vieillesse, il se trouve dépourvu des ressources nécessaires à son entretien; les rentes ne sont pas encore venues, la famille s'est dispersée. Il dispose encore de quelques revenus, mais insuffisants pour parer aux frais d'une existence confortable.
Pour cette catégorie de vieillards, on a eu l'idée de fonder des maisons de retraite payantes, où la réunion des petites pensions individuelles et du capital de fondation versé par de généreux donateurs permet d'assurer à ceux qui y sont admis non seulement le repos matériel, mais un confort suffisant. Sans parler de la maison Sainte-Périne* où le taux de la pension est relativement élevé (2 000 francs par an), les maisons de retraite Chardon-Lagache* et Galignani* offrent aux vieillards possédant la modique rente de 700 francs environ, un séjour agréable et sain, où ils ont bibliothèque, livres et revues, salon de conversation. Ils sont là, en somme, dans un bon hôtel où l'on ne paye pas cher.
Comme d'ailleurs, il ne manque pas de très honnêtes gens qui n'ont pas 700 francs de rente, les fondateurs de Galignani ont voulu que cinquante lits et chambres fussent attribués gratuitement à de vieux hommes de lettres, libraires ou savants, dénués de toutes ressources, et qui y seraient traités sur le même pied exactement que les autres pensionnaires. Obéissant à la même idée généreuse, Mme veuve Rossini, en fondant la maison* qui porte son nom et celui de son illustre mari, lui a légué les ressources suffisantes pour que cent-vingt chanteurs, italiens ou français, y trouvent, s'ils en sont dignes, un séjour confortable et gratuit; après avoir porté toute leur vie le pourpre, le diadème et les pourpoints de soie des opéras, ils peuvent au moins chauffer leurs rhumatismes à un bon feu, et, se réunissant au salon, devant le piano du maestro lui-même, se remémorer les grands airs où ils triomphaient jadis.

Un conte de Daudet en action.

Descendons de quelques degrés, jusqu'à la classe des tout petits bourgeois; c'est pour ceux-là que s'ouvre sur leurs vieux jours la Maison des Ménages.
Peu d'établissements hospitaliers offrent un aspect plus curieux et plus spécial que la vaste demeure qui s'élève aux porte de Paris, à Issy*, avec ses innombrables fenêtres, ses grands parterres de verdure et sa population de vieux époux, de veufs et de veuves, aux petites calottes de drap et aux bonnets de dentelle. 


Un logement à l'Etablissement des "Petits Ménages", à Issy.

De nombreuses maisons de retraite ont été instituées pour les
gens âgés disposant de ressources modestes. A l'établissement
des "Petits Ménages", chaque couple, moyennant une pension
annuelle de 300à 400 francs, a droit à une pièce qui sert à la fois
 de cuisine et de chambre.



On connait la charmante nouvelle d'Alphonse Daudet, intitulée les Vieux, où il nous les montre trottinant en leurs chaussons de lisière, ajustant sur leur nez leurs lunettes, et montant à grand'peine sur une chaise pour tirer du placard le bocal de cerises à l'eau-de-vie..
Aux Ménages, ils sont quinze ou seize cents de la sorte, en chambre ou en dortoir, vivant là d'une petite vie tranquille et papotante, moyennant le versement annuel de 300 à 400 francs par tête; à moins d'être infirme, ils s'arrangent chacun comme ils l'entendent; chaque chambre d'époux a son autonomie particulière. Ils vivent vraiment "en ménage", faisant eux-mêmes leur cuisine devant la cheminée de la chambre. Aux Petits Ménages, l'âge n'a pas glacé les cœurs: on se fiance, on se marie, on se remarie; tant est si bien, qu'à cet effet, en face de la Maison des Ménages, un restaurant s'est établi avec cette enseigne engageante: "Salon pour noces".

Les vaincus de la vie. Le salut aux cheveux blancs.

Après ces petits rentiers, heureux dans leur médiocrité, viennent les vieillards pauvres. Ivry, Bicêtre, la Salpêtrière*, leur ouvrent les portes. Ce qu'il faut pour ceux qui ne peuvent rien payer, c'est tâcher d'en mettre le plus grand nombre possible à l'abri de la détresse*. Longs dortoirs à rangs pressés, longs réfectoires à table de fer, grandes cours où, l'été, ils viennent s'asseoir et se promener au soleil, tout se réduit au strict nécessaire. Rien d'analogue à la recherche de confort qu'on trouve dans certains hospices tels que l'hospice Favier*, à Bry-sur-Marne, où l'indigent est recueilli sans rien payer lui-même, mais à condition que 600 francs de rente soient payés pour lui par des personnes charitables où par la commune où il est né.


A l'Hospice Favier (Bry-sur-Marne).
La salle de conversation des femmes.


Pour ceux qui ne peuvent rien payer, il existe aussi des hospices.
A Bry-sur-Marne, les pensionnaires ont chacun une petite chambrette indépendante. Pendant la journée, les bonnes vieilles,  groupées
 dans une salle de conversation, cousent ou tricotent
si leur vue le leur permet.


 

Dans la serre de l'établissement de Bry-sur-Marne.
Une partie de "manille".


A Bry-sur-Marne, la serre est, pendant l'hiver, un endroit
de réunion. Pour les bonnes vieilles que l'odeur de la pipe
n'incommode pas, le jeu de cartes est, comme pour les
hommes, le passe-temps favori.


Nanterre est le grand déversoir du trop-plein des misères de Paris*; entre ses immenses murailles 4 000 nécessiteux s'abritent. Une injuste réputation a été faite à ce vaste et bienfaisant caravansérail admirablement ordonné et tenu, qui est aujourd'hui ce qu'était autrefois l'Hôtel-Dieu, un refuge ouvert à tous, quels qu'ils soient, même si leur passé n'est pas irréprochable; car il y a plus misérable que le vieillard pauvre, frappé par le sort, il y a celui dont le passé n'est pas net. Qu'il frappe alors à toutes les portes de l'Assistance publique, elles se fermeront devant lui; à Nanterre, au contraire, on le recevra quand même, et c'est assurément une grande et belle pensée que celui de l'oubli du passé devant les cheveux blancs. 


A la maison de refuge gratuite de Nanterre.
Le barbier.


La maison de Nanterre assure aux 4 000 malheureux
qu'elle hospitalise gratuitement, sinon le confort, du moins
 un abri et le pain quotidien. Le service est fait par les pensionnaires.
C'est ainsi que l'un deux tond et rase ses camarades.



Ce qu'on demandera seulement à ceux qu'on héberge ainsi, c'est de fournir un travail facile, mais assidu*: triage de plumes et de poils de lapin, fabrication de chaussons de lisière, couture de sac, et autres menus travaux.



A Nanterre. La confection des sacs.

Triage de plumes, couture des sacs, tels sont les travaux
exécutés par les pensionnaires. L'hospice est ouvert à tous les
 vieillards indigents, quel que soit leur passé. N'est-ce pas
une pensée charitable que d'offrir un refuge à tous ceux
qui se trouvent dans un état de dénuement, même s'ils sont
 eux-mêmes en partie responsables de la misère
dans laquelle ils sont tombés.



Le nombre des vieillards hospitalisés gratuitement par l'Assistance publique, en y comprenant la maison de Nanterre qui dépend de la Préfecture de police, est d'environ 12 000. Or, il y a à Paris près de 24 000 vieillards indigents; le reliquat est aidé et secouru par l'assistance à domicile, toujours préférable pour deux raisons: d'abord parce qu'elle ne rompt point les liens de la famille et les devoirs de ses différents membres, ensuite parce que la dépense est moindre. Le prix de revient annuel d'un lit d'hospice est de 700 francs environ, tandis qu'avec la pension de 360 francs servie à ceux qui ont plus de soixante-dix ans, une famille pauvre peut conserver chez elle et faire vivre le même vieillard, si chacun y met du sien, si peu que ce soit. A moins d'être destructive de ces devoirs de famille et de toute idée de prévoyance, l'hospitalisation doit donc être réservée à ceux qui réellement n'ont plus personne.

Paris encombré. Vieillesse et décentralisation.

Ils sont encore, hélas! trop nombreux. Plus de 2 000 dossiers parmi ceux qui ont été admis et classés attendent leur tour et cela pendant un an, deux ans même! La population du département de la Seine atteint aujourd'hui le chiffre formidable de 3 millions et demi. Il faudrait pour tous les malheureux de Paris 23 000 lits d'hospice: soit une dépense annuelle de 17 millions! Ici, comme pour tout le reste, apparaît visible la folie de se ruer sur Paris et sur les grandes villes. Le vieillard y trouve difficilement un tardif abri, tandis que, dans sa petite ville natale, toutes les mains se seraient tendues vers lui. Paris est un gouffre pour tant d'hommes jeunes qu'il n'y a pas à s'étonner que tant de pauvres vieux y sombrent.


Dans le jardin d'un hospice.
Les vieux convalescents.
D'après le tableau de Raffaelli.


Combien de malheureux, au sortir de l'hospice, où une maladie
 les a fait admettre, se trouvent abandonnés à la pire détresse!
Aussi a-t-on fondé des maisons où on les garde jusqu'à ce
qu'ils aient repris leurs forces.



On a déjà fait beaucoup pour la sécurité et le repos de la vieillesse: il reste encore beaucoup à faire. C'est là un domaine où la charité privée et la sollicitude ont le plus à s'exercer. Songeons que pour beaucoup de ces vieillards la vie a été rude, et compatissons à leurs infortunes, d'autant plus qu'elles nous auront été épargnées à nous-mêmes. Songeons que leurs seuls moments de repos seront peut-être ceux que leur aura ménagé notre sollicitude. Sans doute, ce serait une irréalisable chimère d'espérer qu'un jour viendra où le bonheur habitera sur la terre: du moins est-il en notre pouvoir de nous efforcer par des institutions de sage prévoyance, de ne pas laisser le pauvre sans un morceau de pain, ni le vieillard sans un abri.

Lectures pour tous, Revue populaire, Hachette et Cie, Paris 1901-1902.




* Nota de Célestin Mira:

*Pension Sainte-Périne:



La maison de retraite Sainte-Périne.
Le pavillon Joséphine.

Située à Paris, rue de Chaillot, sur la colline de Chaillot, ouvert en 1801.






*Maison de retraite Chardon-Lagache:


Maison de retraite Chardon-Lagache à Auteuil, Paris 16ème.
Inaugurée en 1865.


* Maison de retraite Galignani:



La maison de retraite Galignani.

Située 89 boulevard Bineau à Neuilly-sur-Seine, a été fondée en 1889.




* Maison de retraite Rossini: Olympe, Louise Rossini née Descuillers a fondé une institution propre située sur les terrains de l'institution Sainte-Périne en 1889. Comptant 54 lits, elle était destinée à abriter d'anciens artistes lyriques français et italiens ayant exercé en France.


* Maisons des Ménages:


Initialement appelé Hospice des Petites-Maisons à sa création en  1557,
 il abritait  un asile d'aliénés et une maison de retraite. Rebaptisé Hospice
 des Petits Ménages en 1801, il est transféré à Issy-les-Moulineaux
en 1863. Ces petites maisons étaient gérée par le
Grand bureau des Pauvres.

 



Maison des Ménages à Issy.




* Ivry, Bicêtre, la Salpêtrière:





Hospice de Bicêtre.



La Salpêtrière.


* Les chambres communes:


Dortoir pour homme à Nanterre, en 1936.


* Hospice Favier:


Initialement Hôtel Fort, puis Hospice Favier, situé à Bry-sur-Marne,
 reconstruit en 1899.
Les bâtiment d'origine ont été détruit durant la guerre de 1870.





Hospice Favier. Le dessin montre le bâtiment d'origine détruit
pendant la guerre de 1870.


* Hospice de Nanterre: Les pauvres et les sans-abris de Paris étaient regroupés et envoyés à Nanterre où ils côtoyaient des prisonniers de droit commun.



Nanterre, la sortie des visites.



Nanterre, le repas.

Les vieillards avaient trois repas par jour. Le repas du midi était
constitué d'un tiers de litre de légumes secs ou de pommes de terre
 au lard ou de riz au beurre. Le jeudi et le dimanche des rations
 grasses étaient servies avec du fromage le soir. Les pensionnaires,
 comme le montre ce dessin, devaient aller chercher leur repas dans
des gamelles à couvercle. (Dessin de l'Illustration du 8 octobre 1887.)
Les repas ne furent servis dans des réfectoires qu'à partir de 1903.


* Ateliers de la maison de Nanterre:



Nanterre: atelier des poils.

Le travail consistait à séparer, à l'aide de ciseaux, les poils
des peaux de lapin tannées et désinfectées. Ces poils étaient
utilisés dans l'industrie de la chapellerie.
(L'illustration du 15 octobre 1887).
Ce travail a été dénoncé comme insalubre.



Nanterre: atelier des femmes.

Les femmes étaient affectées dans des ateliers de couture
 pour la réalisation de linge, vêtements, sacs, etc.



Nanterre: la buanderie.

Dès 1894, la buanderie- blanchisserie fonctionne en régie.
Elle emploie des hébergés encadrés par des ouvriers embauchés.