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dimanche 6 octobre 2019

Les promenades de la guillotine.

Les promenades de la guillotine.

Autres temps, autres mœurs. Pendant des siècles, à Paris, la foule s'est ruée, avide d'impressions brutales, au spectacle des décollations, pendaisons et supplices divers ordonnés par les justiciers d'antan. Aujourd'hui aucun de nos arrondissements n'entend prêter la moindre de ses places ou le plus reculé de ses carrefours à l'exécuteur des hautes œuvres pour l'exercice de ses sinistres mandats. Et voici même que la commission du budget a rayé des dépenses de l'Etat les appointements affectés jusqu'ici à l'opérateur chargé d'appliquer la peine de mort.
Jadis les fourches patibulaires* se dressaient un peu partout dans Paris. Il y en avait autant que de juridictions et celles-ci étaient nombreuses. Tous les monastères avaient leur justice. Le plus ancien lieu d'exécution se trouvait dans la Cité, derrière Notre-Dame. Un lieu patibulaire plus connu est celui des Champeaux, ancien nom du quartier des Halles. L'abbaye de Saint-Victor exécutait au carrefour Coippeaulx. Ce carrefour prenait son nom de la butte Coippeaulx sa voisine, et cette butte n'est autre que le labyrinthe actuel du Jardin des Plantes.

Le gibet de Monfaucon.

Faut-il mentionner la Croix du Trahoir, maintenant la rue de l'Arbre -Sec? Là, aurait été écartelée ou traînée, tirée (d'où le nom Trahoir du latin trahere) à quatre chevaux, Brunehaut*, la reine de Bourgogne et d'Austrasie. Une vérité historique plus sérieuse, affirme que Brunehaut a été suppliciée près de la rivière de Viganne en Champagne. Mais il est très probable que d'autres exécutions ont eu lieu à cette même place, qui porte d'ailleurs un nom significatif. Arbre sec ou potence, c'est tout un dans le vieux jargon parisien.
La justice féodale eut un gibet célèbre. C'est celui de Montfaucon*, élevé par Enguerrand de Marigny, ministre de Philippe le Bel, qui y fut pendu en 1315. Comme les riches vêtements de ce ministre excitaient l'envie des exécuteurs, ils le descendirent du gibet pour l'en dépouiller, après quoi, habillé plus humblement, on le pendit à nouveau.
Parmi ses pendus de marque, Montfaucon compte encore Pierre Rémi, le trésorier de Charles le Bel, Jean de Montaigu*, un des principaux ministres de Charles VI; Hugues de Cuisy, président du Parlement, condamné à mort pour avoir vendu la justice; Jacques de Semtlançay*, surintendant des finances; l'amiral de Coligny*, assassiné puis transporté à Montfaucon où Charles IX alla le voir, disant aux courtisans qui se bouchaient le nez: " Le corps d'un ennemi ne sent jamais mal!"
Une des premières exécutions connues, faites place de Grève, est celle de Marguerite Porette*, hérétique, que l'on brûla en 1310.  Sur la même place mourut le maréchal de Marillac*, exécuté sur l'ordre du cardinal de Richelieu. Sous François 1er, on vit monter sur l'échafaud de cette place le marquis de Saint-Vallier*, que sauvèrent au dernier moment la beauté et la jeunesse de sa fille.
Pendant la Révolution, on guillotinait place du Trône et place de la Révolution (ancienne place Louis XV devenue la place de la Concorde). Puis on revint à la place de Grève où l'une des dernières exécutions fut celle de Lesurque* qui revêtit des vêtements blancs en protestation de son innocence. Sous Louis-Philippe, on exécutait les criminels à la barrière Saint-Jacques et depuis 1851 place de la Roquette;
Il semble, à lire nos vieux chroniqueurs, que toutes ces décapitations et ces pendaisons faisaient la joie du vieux Paris. L'opinion réclame aujourd'hui tout au moins le huis-clos. C'est une requête que l'on n'eût pas comprise autrefois.

                                                                                                                                  N. Flamel.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 4 novembre 1906.

* Nota de Célestin Mira:

* Les fourches patibulaires:





Les fourches patibulaires au moyen âge.




Fourches patibulaires d'Iroise.


* Brunehaut:

Supplice de la reine Brunehaut
en 613, à l'âge de 63 ans.

* Montfaucon:





* Jean de Montaigu:

Jean de Montagu ou
Jean de Montaigu.


* Jacques de Semtlançay:


Jacques de Beaune, baron de Semblançay
surintendant des finances de François 1er
monte au gibet de Montfaucon pour y être exécuté.

* Amiral de Coligny:



Gaspard de Coligny, comte de Coligny, baron de Beaupont et Beauvoir, Montjuif, Roissiat, Chevignat et d'autres lieux, seigneur de Châtillon. Assassiné lors du massacre de la Saint-Barthélemy: Coligny fut tué dans son lit à coups de dague; son corps fut jeté par la fenêtre, éviscéré, émasculé et décapité, traîné dans les rues par des enfants, puis pendu à Montfaucon.

* Marguerite Porette:


Marguerite Porete est une écrivaine mystique. Son livre, "Le miroir des simples âmes anéanties", rapidement considéré par l'Eglise comme subversif y voyant l'intention de se passer de l'institution, est estimé de nos jours comme un des livres les plus importants du moyen-âge . 
« Ces gens que je traite d’ânes, ils cherchent Dieu dans les créatures, dans les monastères par les prières, dans les paradis créés, les paroles humaines et les Écritures. » Elle fut condamnée à mort et son livre brûlé et interdit.


* Maréchal de Marillac:

Louis de Marillac.


Marquis de Saint-Vallier:

Jean de Poitiers, marquis de Saint-Vallier
est le père de Diane de Poitiers.

La fille du marquis de Saint- Vallier,
Diane de Poitiers à sa toilette.
* Lesurque:

Lesurque, en route pour l'échafaud.
Il fut condamné dans l'affaire du "Courrier de Lyon".

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