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jeudi 10 octobre 2019

Celles de qui on parle.

Mlle Cassive.

Mlle Cassive a un peu de talent et s'en croit beaucoup. Jolie femme, adroite comédienne, elle reçoit comme son dû les applaudissements et ne les a jamais trouvés au-dessus de son mérite.
C'est au café-concert qu'elle se montra d'abord en public. L'Européen*, puis Ba-Ta-Clan* la comprirent dans leur troupe. Mais Mlle Cassive était ambitieuse; le café-concert ne lui paraissait pas fait pour lui donner la célébrité qu'elle convoitait. Aussi fut-ce avec joie qu'elle accepta un engagement au théâtre de la Porte-Saint-Martin* pour y jouer le rôle de Lisette dans le Petit Faust, aux côté de Jeanne Granier* (1891). C'était encore un rôle effacé. Avec un peu d'audace et de chance, elle l'abandonna bientôt pour un autre.
Mme Granier, la célèbre divette, l'étoile de première grandeur, se trouva un soir malade, l'imprudente! Mlle Cassive qui, sans cet événement eut peut être rempli longtemps encore des emplois modestes, fut priée de jouer au pied levé le rôle de Marguerite. Elle y obtint un grand succès, et certains spectateurs, fidèles admirateurs de Jeanne Granier, se surprirent à applaudir sa remplaçante sans le moindre regret. La Gaieté se souvint de l'incident quand Mme Simon-Girard* fut fatiguée de jouer le Voyage de Suzette et ce fut Mlle Cassive qui doubla cette autre fameuse divette.
Elle se sentait pourtant assez d'étoffe pour faire autre chose qu'une doublure, et elle fit partager sa conviction au directeur de la Gaieté. Le Pays de l'Or (1892), le Talisman, Les Bicyclistes en voyage, telles sont les pièces dans lesquelles elle fit ses véritables créations.
Après un simple passage au théâtre des Menus-Plaisirs où elle fut la commère d'une revue, elle entra aux Folies-Dramatiques pour un emploi semblable dans Tout-Paris en revue (1894). Sur la même scène elle se fit acclamer dans Nicol Nick, la Fiancée en loterie, la Falote* (1896) et autres pièces de fortune aussi brillantes qu'éphémères.



Jugeant alors que l'opérette, après la chanson de café-concert, lui avait apporté assez de lauriers, flairant peut être le déclin du genre illustré par Offenbach, Mlle Cassive l'abandonna pour le Vaudeville et daigna révéler son talent de comédienne aux spectateurs des Nouveautés dans le Sursis (1896), la Dame de chez Maxim's*, les Maris de Léontine* (1900), Nelly Rozier, Loute, La Duchesse des Folies-Bergères.
Mlle Cassive avait alors, semble-t-il, tout ce qu'il faut pour être heureuse à une actrice ordinaire. Tant qu'elle n'aura pas essayé de tous les genres, son ambition ne sera pas satisfaite. C'est pour l'Ambigu qu'elle quitta les Nouveautés. La môme crevette* devint Nana, la jolie  Cassive* eut le courage de  montrer au public un visage horriblement grêlé. Aussi lui en fut-il tenu compte et la loyauté de son essai dans le drame lui valu au moment du verdict, les circonstances atténuantes. Elle en profita pour récidiver et parut sur le même théâtre dans le Crime d'Aix.
Elle s'en est jusqu'à présent tenue là, mais on annonce une entrée prochaine à la Comédie-Française, où elle débutera dans le rôle de Dona Sol. Baron lui apprend à dire les vers de Hugo, et pour se les mieux rappeler, ils les mettent sur les airs de Planquette*.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 17 juin 1906.

* Nota de Célestin Mira:

* L'Européen:

L'Européen autrefois appelé le Concert Européen.

* Ba-Ta-Clan:

Le bataclan en 1865.

* Théâtre de la Porte-Saint-Martin:




* Jeanne Granier:


La loge de Jeanne Granier en 1905,
 par Leonetto Cappiello.

* Mme Simon-Girard:




* La Falote:



* La Dame de chez Maxim's:




* Les Maris de Léontine:



* La môme crevette:

La môme crevette est un personnage de la pièce "La Dame de chez Maxim's" de Georges Feydeau. La môme crevette est une danseuse du Moulin-Rouge aux mœurs légères.




* Cassive:

Louise, Armandine Duval dite Armande Cassive.

* Planquette: 

Robert Planquette est un compositeur d'opérette; une des plus connues encore de nos jours est l'opérette "Les Cloches de Corneville" (1877)




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