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mardi 23 septembre 2014

Complication de la législation en Angleterre.

Complication de la législation en Angleterre.


L'Angleterre est régie par deux lois, la loi commune et la loi écrite ou l'ensemble de statuts; la première se compose des diverses coutumes et des précédens, c'est à dire des arrêts rendus par les différentes cours: c'est un monument des contradictions de tous les siècles; ces précédens sont religieusement observés. La loi écrite se compose de tous les édits du roi et des parlemens; il n'est pas d'avocat, pas de jurisconsulte qui ose se vanter de connaître la loi écrite. 
"La loi commune, disait un chancelier, je puis m'en tirer assez bien; quant à la loi écrite, je défie que qui que ce soit la connaisse." En effet, quel est l'homme qui peut dire qu'il connaît par cœur le contenu de 59 volumes in-4° de 1.500 pages, où se trouve consigné le texte de ces statuts?" M. Wade dit qu'il existe une petite compilation de poche des lois anglaises, qui comprend 20 volumes in-folio. On dit que la connaissance de ces 20 volumes est indispensable à l'homme de loi. Terme moyen, depuis vingt-huit ans, le parlement a voté chaque année 140 bills, qui sont devenus lois de l'état; les actes publics comprennent au moins 100 volumes in-folio.
Peu de gens connaissent ce qui est loi et ce qui ne l'est plus; souvent un acte a été rapporté sans que pour cela le premier ne cesse d'être appliqué; celui qui est intéressé à cette application n'a qu'à présenter le statut, c'est à son adversaire de prouver que ce statut a été rapporté, et les juges eux-mêmes reculent devant une telle tâche. Dans une occasion solennelle, les douze juges examinant une loi, avaient omis deux vieux statuts dont ils ignoraient l'existence.
La partie écrite de la loi commune, c'est à dire les reports of cases, ou jugemens rendus, consiste déjà en 280 volumes in-folio; chaque année il s'en publie 8 volumes nouveaux.
Il y a environ 987 actes relatifs à la laine, 290 sur les métaux précieux, 460 sur le tabac, 970 sur les prêcheries. Les lois du moyen-âge qui permettent de fouetter, de marquer au front, etc., sont encore lois du pays; il y a une douzaine de lois pour la manière d'emballer le beurre. De temps en temps, on change, on altère, on consolide ces statuts; alors se commettent les erreurs les plus étranges. Un jour, il s'agissait de changer une loi qui imposait la transportation et l'amende pour certain crime; le statut disait: "Sera condamné à la déportation pour quatorze ans et à une amende dont la moitié sera pour le roi." On voulait ôter l'amende de la loi, mais comme on se résout avec peine en Angleterre à détruire un vieux monument, on se contenta d'amender le statut, on retrancha les mots "et à une amende", de sorte qu'à la prochaine occasion, le coupable eût été condamné à quatorze ans de déportation, dont la moitié pour le roi.
Les lois de finances ne sont pas les moins nombreuses; il y a cent quarante statuts qui concernent les esprits.
Pour l'intelligence de ces lois, on conçoit que ce n'est pas trop de dix mille personnes à Londres, et de douze à quatorze mille dans la province. Il y a , à Londres, neuf cours supérieures, quatre cours ecclésiastiques, vingt cours pour le recouvrement des petites dettes, outre les cours d'oyer et terminer, les cours de fermiers, les petites cours de police, et d'autres encore. Il y a en outre les juges de paix, justice of the peace, qui jouissent d'un pouvoir presque illimité, les shériffs et les juges.
C'est un excellent métier que celui d'avocat en Angleterre; sir Samuel Romilly avait un cabinet qui lui rapportait 400.000 francs par an.
Les salaires des juges et autres magistrats sont proportionnés à ces bénéfices; ils varient, en y comptant les honoraires qu'ils reçoivent sous le nom de fées et d'allowance, de 100.000 à 400.000 francs par an (1). Les dépenses qu'occasionnent un procès, sont si élevées qu'elles devraient dégoûter tout plaideur.
La coutume est loin d'être uniforme dans toutes les parties de l'Angleterre; elle diffère de comté à comté, de ville à ville, souvent de manoir à manoir, de famille à famille; ainsi, dans le Middlesex, c'est le fils aîné qui hérite de la fortune de son père; à quelques pas de là, de l'autre côté de la Tamise, dans le Kent, la fortune est divisée en portions égales entre tous les enfans; dans une autre partie de l'ouest, c'est le plus jeune des enfans qui hérite de la propriété foncière.
Il est certaines propriétés dont on ne peux pas disposer par testament. Dans certains manoirs, un don par testament n'est pas valide, s'il est fait plus de deux ans avant la mort du testateur; dans d'autres lieux, c'est un an; en d'autres encore le temps est de trois ans; enfin il est certains lieux où il n'est pas question d'une telle restriction.
Dans certains manoirs, la fille aînée hérite, à l'exclusion de ses sœurs; en d'autres, elles restent toutes propriétaires indivis? Dans ce manoir, l'usage veut qu'une veuve ait pour domaine un tiers de la propriété; dans cet autre que ce soit la moitié; et ailleurs elle est usufruitière pendant sa vie, à l'exclusion de l'héritier.
A Londres, à Bristol, les créanciers peuvent saisir les sommes dues à leur débiteur; dans le reste de l'Angleterre, les débiteurs sont insaisissables.
Toutes ces coutumes différentes se perpétuent avec les propriétés foncières sur lesquelles elles sont assises.

(1) Le salaire du lord chancelier n'est que de 100.000 fr.; ses fées s'élèvent en outre de 4 à 600.000 fr.

Le Magasin Universel, 1834-1835.

lundi 22 septembre 2014

Anciennes coutumes de France.

Maîtrise.

On entendait par maîtrise le droit d'être maître et d'exercer une profession dans le corps des marchands et dans les communautés d'arts et métiers. Le nombre en était limité pour chaque profession, et on ne pouvait être reçu maître qu'après plusieurs années d'apprentissage et de service comme garçon, et après avoir payé le brevet de la maîtrise.
Pour être marchand de draps (1), il fallait trois ans d'apprentissage, deux ans de service en qualité de garçon; le brevet coûtait trois cents livres et la maîtrise environ trois mille livres. Pour être orfèvre, l'apprentissage était de huit ans, le brevet coûtait cent quatre-vingt cinq livres et la maîtrise mille trois cent cinquante livres. Pour être apothicaire, l'apprentissage était de quatre ans et six ans de service comme garçon; le brevet d'apprentissage coûtait quatre-vingt six livres et la maîtrise cinq à six mille livres. Pour être bouquetière (2), l'apprentissage était de quatre ans et deux ans de service chez les maîtresses bouquetières; le brevet coûtait trente livres et la maîtrise cinq cents livres. Pour être savetier (3), l'apprentissage était de trois ans et quatre ans de compagnonnage; le brevet coûtait quinze livres et la maîtrise trois cent soixante livres avec chef-d'oeuvre.
Colbert disait à Louis XIV (4): "La rigueur qu'on tient dans la plupart des grandes villes de votre royaume pour recevoir un marchand, est un abus que votre majesté a intérêt à corriger; car il empêche que beaucoup de gens ne se jettent dans le commerce où ils réussiraient mieux souvent que ceux qui y sont. Quelle nécessité y a t-il qu'un homme fasse apprentissage? Cela ne saurait être bon tout au plus que pour les ouvriers, afin qu'ils n'entreprennent pas un métier qu'ils ne savent point; mais les autres, pourquoi leur faire perdre le temps? Pourquoi empêcher que des gens qui ont quelquefois plus appris dans les pays étrangers qu'il n'en faut pour s'établir, ne le fassent pas, parce qu'il leur manque un brevet d'apprentissage? Est-il juste, s'ils ont l'industrie de gagner leur vie, qu'on les en empêche sous le nom de votre majesté, elle qui est le père commun de ses sujets, et qui est obligée de les prendre en sa protection? Je crois donc que quand elle ferait une ordonnance par laquelle elle supprimerait tous  les réglemens faits jusqu'ici à cet égard, elle ne ferait pas mal."
Dans des momens où le trésor royal avait des besoins pressans d'argent, l'esprit de fisc, dérogeant aux ordonnances, avait imaginé de vendre des maîtrises sans qualité, c'est à dire de vendre à des gens qui n'avaient point fait d'apprentissage, et sans examen préalable sur leur capacité.

(1) Arrêt du conseil, de 1687.
(2) Lettres-patentes enregistrées au parlement en 1677. Par arrêt du 25 juillet 1736, il était fait très expresses inhibitions et défense à toutes personnes qui n'étaient pas reçues maîtresse bouquetière, de vendre, débiter et colporter aucunes fleurs ni bouquets dans aucuns lieux de la ville et faubourgs de Paris, à peine de 500 livres d'amende et de confiscation.
(3) Lettres-patentes de Charles VII, réformées, renouvelées et confirmées par plusieurs de nos rois jusqu'à Louis XIV en 1659, par lettres-patentes enregistrées au parlement.
(4) Testament politique, chap. XV.

Le Magasin Universel, 1834-1835.

De l'esclavage des nègres.

De l'esclavage des nègres.


La discussion soulevée récemment dans la chambre sur l'état de nos colonies et sur l'émancipation des noirs a confirmé les bruits répandus depuis long-temps sur les tourmens qu'endurent trop souvent les esclaves. En attendant que nous examinions avec nos lecteurs cette grande question, voici quelques-uns des faits qui ont été, à cette occasion, cités à la tribune.
"Un négociant de New-York en voyage à la Nouvelle-Orléans, fut rendre visite à la femme d'un de ses correspondans, propriétaire d'esclaves. Ils avaient un enfant qu'il trouva assis sur un tapis; pour amuser cet enfant, on fit venir un petit esclave du même âge. Ce dernier essaya de prendre à l'enfant blanc un morceau de gâteau. Pour le punir d'un acte aussi naturel, la mère blanche prit une corde de laiton, elle en frappa l'enfant noir dans la figure jusqu'à ce que le sang jaillit en abondance. Alors elle appela la mère esclave, lui disant d'emmener l'enfant, afin qu'elle ne fût pas fatiguée par ses cris. Le négociant, incapable de réprimer son indignation, lui fit des reproches auxquels on répondit en le priant de quitter la maison. Le lendemain, le mari, ayant rencontré le négociant, essaya d'excuser sa femme, en disant que telle était l'usage dans le pays."
"Des esclaves s'enfuyaient de l'une de nos colonies dans un canot qu'ils avaient enlevé, et emportaient avec eux une somme d'argent soustraite à leur maître. On les arrête en mer. L'un d'eux, Elysée, jeune noir, âgé de seize ans, s'était caché pendant quelque temps dans un asile où l'avaient reçu et nourri sa mère mulâtresse et une autre femme de la même couleur. Elysée et ses complices sont pendus et étranglés? Sa mère et l'autre mulâtresse sont forcées d'assister à ce supplice. La seconde est fouettée, marquée au fer rouge qui imprime sur son dos les trois lettres G, A, L, et envoyée aux galères pour y travailler à perpétuité avec les forçats; la première, par faveur insigne, est seulement jetée aux fers. On la trouva moins coupable que sa complice: le fugitif qu'elle avait osé cacher et nourrir était son fils."



"La veuve d'un colon est convaincue de s'être livrée habituellement aux plus atroces cruautés contre ses esclaves, et en dernier lieu d'avoir grièvement blessé une négresse d'un coup de couteau. Dans le premier moment on la condamne à vingt ans de bannissement; puis, quand la première impression est passée, on revient sur cette décision, et son exil est réduit à trois ans seulement."
"Un colon de Guadeloupe avait mis à mort son esclave, au moyen de la torture. On ne le punit que de dix ans de réclusion, tandis qu'en France, pour un pareil attentat, il eût été passible d'une peine bien plus grave."

Le Magasin Universel, 1834-1835.

A propos de John Higgins.

A propos de John Higgins.


Petit est le nombre de ceux qui connaissent l'ingratitude et les difficultés que présente l'entraînement d'un numéro de tapis, de trois bancs, d'un numéro, enfin, digne de tenir l'affiche en grosse lettres. Ainsi j'ai été surpris tant soit peu en voyant le travail de John Higgins au Nouveau-Cirque qui avait laissé de côté les sauts périlleux et acrobatiques, pour une suite de sauts simples, à pieds joints et avec le secours de petites haltères. Mais, en retour, nombreux ont été ses admirateurs, ce qui fait croire en cette occasion que le sport est en grand progrès en France, et que le public sait témoigner son étonnement et son admiration à toutes les bonnes manifestations sportives. Ceci est pour mettre au point, que nombreux sont les acrobates de métiers, mais petit est le nombre des athlètes qui peuvent se rendre suffisamment intéressants par des exercices athlétiques naturels et dont les résultats offrent une comparaison tellement frappante qu'elle soulève immédiatement les applaudissements des spectateurs. Tel est le cas de John Higgins et voilà quelle a été la cause de son succès.
Mais arrivons au point délicat. John Higgins le sauteur avec poids est-il un sauteur?...
Je crois soulever là une question à laquelle peu d'athlètes ne pourraient répondre, car elle exige de celui-ci d'être à la fois un très bon sauteur à pieds joints et en même temps un gymnaste. Eh bien, je vais vous donner l'opinion d'un homme qui a, je crois, ces deux qualités, je vous nomme Grisel, membre du Racing-Club de France.
Grisel, est élève de l'Ecole des Beaux-Arts, c'est un titre qui lui donnera plus d'autorité dans son jugement, par suite de son désintéressement. C'est d'abord un très bon gymnaste, il a remporté de nombreux prix dans les concours de gymnastique de Paris et a concouru à Nancy en 1890 pour le Championnat de France de Gymnastique, où il est arrivé dans les premiers. Au cirque Molier, il fait encore chaque année un numéro d'anneaux où les équilibres par renversement n'ont pas de secret pour lui.
Comme sauteur, il a été en 1896 champion de France du saut en longueur avec une jolie distance de 6,25 m. Bon coureur à pied, il a représenté les couleurs françaises en Angleterre, en Belgique et aux jeux olympiques.
Il est âgé de 25 ans, son poids à l'entraînement est de 69 kilos, sa taille de 1,65 m.
Il y avait déjà quelque temps que John Higgins était à Paris, lorsque Grisel vint me voir et me parla du Cirque Molier en me demandant quel numéro sensationnel il pourrait bien produire pour la représentation projetée? Le temps était court et par conséquent l'entraînement ne devait donc pas être trop laborieux. Nous allâmes au Nouveau-Cirque ensemble et justement nous vîmes le merveilleux Higgins. A la fin du spectacle, Grisel me dit: "Eh bien, mon cher ami, j'ai trouvé mon numéro, je vais faire mon petit Higgins". Le temps a justifié sa prédiction, son succès au Cirque Molier a été resplendissant et a couronné son laborieux travail.
Dans le cours de son entraînement voilà ce qu'il a constaté et ce qu'il pense de John Higgings:
"La presse le dénonce comme un champion sauteur. Je veux bien le croire, quoique je m'étonne d'un refus de sauter en public sans poids, qu'il a fait. Mais je trouve que ses sauts avec poids nécessitent plutôt les qualités d'un gymnaste que celle d'un sauteur.
"Lorsque par exemple, il saute dix chaises avec ses poids, après l'appel des pieds sur le sol, la première trajectoire semble s'arrêter vers la quatrième chaise; et c'est le mouvement de traction et translation en avant qu'il donne à son corps, au moyen de ses bras, en faisant effort sur les poids qui par suite de l'accélération offrent momentanément une force suffisante pour servir de point d'appui, qui lui font franchir les six dernières chaises. Cela est déjà concluant.
"Mais encore lorsqu'il fait comme au Racing-Club plusieurs sauts en longueur non interrompus. Il se sert à ce moment de masses de plomb pesant environ 8 à 9 kilogrammes, et comme chaussures il a des sabots bien attachés avec des semelles en bois très épaisses et arrondies dans le sens de la longueur, c'est à dire plus épais dans le milieu qu'au bout du pied et au talon. De cette façon lorsqu'il lance les poids en avant avec les bras, il est amené à venir sur la pointe des pieds sans faire aucun mouvement des jambes. A ce moment, il ramène les bras en arrière et en les renvoyant brusquement en avant il quitte le sol avec les poids. En l'air, il tractionne sur les bras, ramène les poids en arrière, au moment où les talons vont toucher terre, de cette façon les bras sont en position pour repartir, car en même temps qu'ils passent en avant du corps, l'homme bascule sur la pointe des pieds, quitte le sol parallèlement au mouvement ascendant des bras en avant du corps. Il suffit de répéter ce mouvement pour chaque saut. C'est ce qui explique la souplesse avec laquelle il saute, car cela ne lui nécessite aucun des coups de reins, que demande l'effort d'un saut déjà raisonnable. Sans poids, pour ramener le centre de gravité à l'aplomb des jambes, et leur permettre de recevoir le poids du corps d'une façon normale. Dans le saut avec poids, c'est le balancement des bras combiné avec la masse des poids qui produit cet effort. De là cette facilité de passer les chaises et surtout la résistance de sauteur dont il se fait gloire, et qu'il ne faudrait pas attribuer à ses jambes, qu'il a malades, et accompagnées, je crois, de varices. Ceci dénoncé par la teinture d'iode et ses bas varices.
"A mon avis, John Higgins a truqué le saut à pieds joints mais il saute avec les bras, c'est un gymnaste!
John Higgins ne saute pas les pieds réunis, il a toujours un pied devant l'autre, cela facilite le balancement du corps sur les jambes et augmente la longueur de ses sauts de près de 0,80 m."
Je ne puis vous dire toutes les études intéressantes que Grisel a vu dans le professionnel, je n'en ai pas la place, ce que je peux affirmer, c'est qu'il a su les mettre à profit.
D'abord, il a voulu sauter sans poids. Il a voulu rester sauteur! voilà le résultat de son opinion.



Voici maintenant le résultat de 3 mois d'entraînement. Saut en longueur sans obstacles: 4,07 m., avec obstacles 5 chaises, la figure n'en représente que 3. Saut en hauteur:1,6 m., le record du saut en hauteur facultatif en France est de 1,66 m.


Dans le saut des 2 chaises écartées, la distance de l'écart est de 5 mètres, le saut s'effectue avec un appel au milieu des 2 chaises après avoir franchi la première. 


La distance de la pointe des pieds au moment de cet appel sur le sol au plan des pieds du dossier de la chaise à franchir est de 2,45 m.
En trois sauts successifs à pieds joints Grisel franchit deux chaises dans son troisième saut, placées à 7,60 m. de la pointe des pieds au moment du départ du premier saut.
En s'appuyant sur le résultat d'une observation qui permet de dire qu'un sauteur moyen qui fait 2,40 m. à pieds joints, arrive à faire facilement 3,10 m. avec des poids, au bout d'un mois et demi d'entraînement, on voit que notre sauteur amateur aurait des chances de lutter avec Higgins, dans cette proportion.
Grisel estime qu'il faudrait au moins un an d'entraînement pour avoir un résultat avec les poids. 
Il tourne les sauts périlleux à la même hauteur que ses sauts ordinaires, c'est à dire, disait un homme du métier: "il les monte très haut".


Une photographie le représente sautant une chaise en faisant une demi pirouette de façon qu'ai moment où il touche le sol, il ressaute la chaise aussitôt. Il répète ce tour 4 ou 5 fois de suite, avis aux amateurs de jeux de société!


Tous ces exercices sont faits à pieds joints, précédé de quelques pas de marche, pour les sauts qui ne sont pas multiples. C'est du reste la méthode préconisée par John Higgins.
Grisel va  se remettre à l'entraînement en automne, et s'apprête à nous révéler un nouveau truc sensationnel pour l'année prochaine au Cirque Molier.

Le sport universel illustré, 6 août 1898.

samedi 20 septembre 2014

La foire aux femmes.

La foire aux femmes.


Dans une contrée élevée, à l'extrémité orientale de la Hongrie, s'élève une montagne appelée Bihar. Ce coin isolé n'est habité que par une race de pâtres d'origine valaque, à moitié sauvages, qui n'ont que peu de relation avec le reste du monde, et demeurant étrangers à toute civilisation.
Tous les ans, à la fête de Saint-Pierre, les Valaques du Bihar se rendent dans la plaine de Kalinasa pour assister à une foire où ils traitent d'affaires de tout genre, mais qui a un intérêt particulier pour les jeunes gens des deux sexes; car il s'y conclut aussi des mariages, et on y choisit des femmes comme on y achète des meubles ou des denrées. Tous les pères de famille y amènent leurs grandes filles avec leur dot, entassées sur des charrettes ou à pied. Cette dot se ressent de la pauvreté des montagnards, et se borne à des pièces de bétail, des moutons, des porcs, des volailles. On n'oublie pas la parure des femmes, c'est à dire des pièces de monnaie percées pour être attachées aux tresses des cheveux. C'est avec cette suite que chaque fille qui veut un mari s'achemine à la foire.
De leur côté, les garçons qui veulent se marier arrivent à la foire revêtus de peaux de moutons. Leurs yeux hagards, qui suffiraient pour mettre en fuite toutes nos dames, font alors l'inspection des jeunes filles que leurs parens ont amenées. Chacun choisit selon son goût. Le choix fait, on s'adresse aux parens, on demande ce qu'ils exigent, ce qu'ils donnent, ce qu'ils ont apporté. On marchande, et si l'on ne peut tomber d'accord, l'amateur passe à une autres personne. Dans le cas contraire, les deux parties se frappent dans la main de manière à se faire entendre par tout le voisinage: c'est un avis pour les concurrents que tout est conclu et que leurs vœux sont exaucés.
La famille entoure alors les deux fiancés: l'eau-de-vie se verse à plein bord; on appelle le prêtre, et, sans désemparer, celui-ci tire de sa poche le livre de prières, et prononce la bénédiction.
Vient ensuite le moment de la séparation. La jeune femme prend congé de sa famille, à laquelle elle n'appartient déjà plus; elle monte sur la charrette de son mari, qu'elle ne connaissait pas il y a peu d'heures, et, suivi de ses troupeaux, elle est conduite dans la maison qui va être la sienne, et où l'attendent les devoirs sur lesquels elle n'a pas eu le temps de méditer.
Souvent, dès la première entrevue, le pouvoir du mari se fait sentir, et quelquefois, à la foire même, il éclate des rixes sanglantes entre les montagnards. Le gouvernement hongrois cherche depuis long-temps les moyens de supprimer cette foire; mais une défense contrarierait trop les anciennes coutumes, et même les besoins de la peuplade pastorale de Bihar, pour qu'elle pût être efficace. Aussi la foire continue-t-elle. On s'y marie, on s'y enivre, on s'y bat; et pourtant tous les Valaques du pays soutiennent que c'est une fête superbe.

Le Magasin Universel, 1834-1835.


Les Bohémiens.

Les Bohémiens.


C'est dans les montagnes de la Transylvanie, aux confins des provinces turques et de l'Autriche, que réside principalement cette race d'hommes extraordinaires que nous nommons Bohémiens. Ce fut vers l'année 1438, qu'ils se montrèrent en Hongrie et en Bohème, on les appela Zigueries ou Czingaries; mais lorsqu'ils quittèrent ce pays pour se répandre dans les parties les plus occidentales de l'Europe, on leur donna le nom de Bohémiens, parce qu'on supposait qu'ils étaient originaires de la Bohème. Bien qu'il y en ait une très grande quantité au centre de l'Europe, ils attirent peu l'attention, parce qu'ils sont divisés en petites compagnies; les uns habitent les faubourgs de quelques villes, et les autres errent sans cesse, dressent leurs tentes dans les lieux qui leur plaisent le plus. On en compte actuellement deux cent vingt-deux mille dans la Valachie, la Moldavie et la Transylvanie où on les appelle généralement Czingaries; mais dans quelques endroits, on les nomme Dfaronnes, ou sujets de Pharaon, et dans d'autres Egyptiens, parce qu'on pense qu'ils sont d'origine égyptienne, comme les juifs, ils ont des marques distinctives indélébiles; les yeux creux, le teint brun, les cheveux noirs; une grande horreur du travail, et beaucoup de propension à commettre des petits larcins. Ils ne reconnaissent aucune religion pour la leur, mais ils suivent en général le rite grec, dont ils n'ont cependant qu'une idée très imparfaite: ils baptisent généralement leurs enfans eux-mêmes dans une maison publique, au milieu de scènes profanes et indécentes; ils forment des liaisons avant d'être en âge de mariage, et les rompent quand il leur plait: il n'est pas rare de voir des mères entourées d'enfans de différens pères. A un certain âge, on laisse les garçons courir tout nus dans les temps les plus rigoureux. Lorsque plusieurs familles veulent mener une vie sédentaire, elle construisent une cabane où elles se logent, avec différens animaux; l'air qu'elles y respirent est très malsain, à cause de leur malpropreté.
Les Bohémiens sont très irascibles; leurs emportemens vont souvent jusqu'à la fureur; bavards et souvent menteurs, ils sont presque toujours en discorde; ce qui donne lieu surtout à cette désunion, c'est leur goût pour les liqueurs fortes. Malgré le rang abject qu'ils occupent dans la société, ils sont remplis de vanité; ils professent le plus grand respect pour certaines familles d'entre eux, qu'ils appellent Voïvodes et parmi lesquelles ils choisissent un individu à qui ils donnent le nom de chef; ils le portent trois fois autour de leurs huttes, en jetant des cris épouvantables; telle est la cérémonie d'inauguration. Les chefs sont gardiens de quelques privilèges qui leur ont été accordés vers l'année 1600; les Czingaries de Transylvanie sont très fiers de ces privilèges.
Outre leur dépravation générale, ils ont des degrés d'infamie; il y en a qui sont si pervers qu'ils sont généralement repoussés; c'est parmi eux qu'on choisit les bourreaux; ils remplissent leur tâche avec délices; ils inventent des instrumens de torture, et prennent un plaisir féroce à faire aux victimes le détail du supplice qu'elles doivent éprouver.
En général, ils gagnent leur vie à fabriquer des outils de fer, des couverts de corne, des paniers et d'autres objets; on les emploie aussi, dans la Valachie, à recueillir l'or dans l'Olt, la Dobriza, etc.; d'autres servent de marmitons, ce qui est la cause principale de la saleté des cuisines de la Valachie; quelque-uns cependant ont de plus agréables occupations: doué par la nature d'une oreille fine et délicate, ils sont très propres à l'art de la musique, qu'ils aiment beaucoup. Presque tous les musiciens de ce pays sont Bohémiens; ils excellent surtout sur les instrumens à vent. Je les ai souvent entendus, et toujours avec le plus grand plaisir, cependant on m'a dit qu'ils ignoraient les premières règles de l'art.
Leur langage est un mélange de mots bulgares, hongrois, arabes, et d'autres dialectes de l'Orient; de sorte que lorsqu'on est versé dans les langues orientales, on peut comprendre leur jargon. Ils apprennent avec facilité et ils adoptent la langue du peuple près duquel ils ont l'intention de s'établir. Ils n'ont point d'écoles, et sont peu capables de discipline et d'instruction.
Leur situation civile en Transylvanie est tolérable; là, ils jouissent de quelques privilèges qui les élèvent jusqu'à un certain point, au rang de citoyens; tandis qu'en Valachie et en Moldavie, ils sont esclaves. Une partie de cette caste appartient au gouvernement, et l'autre aux individus; ils sont achetés et vendus ordinairement de cinq à six cents piastres; cependant, les ventes sont rarement publiques. Ceux qui appartiennent au gouvernement peuvent errer à leur gré, en s'engageant à ne pas quitter le pays, et à payer une taxe annuelle de quarante piastres pour chaque individu de seize ans; ils se procurent généralement cette somme en recueillant de l'or dans le lit des rivières. Ceux qui appartiennent aux boyards sont employés aux fonctions que désignent leurs maîtres; ils servent le plus souvent comme domestiques ou vignerons. Un boyard n'est pas inquiété pour avoir tué un de ses bohémiens, et pour le même cas, un étranger n'est condamné qu'à une amende de quatre-vingt-dix florins. Ils commettent rarement de grands crimes, mais se rendent souvent coupables de délits; pour les plus graves, ils reçoivent un certain nombre de coups de bâton sur la plante des pieds, et pour ceux de moindre importance, on leur met un masque de fer, qu'ils gardent plus ou moins long-temps; outre qu'il les gêne beaucoup, il les empêche de boire et de manger. Pour de petits vols on leur inflige une autre punition; leur cou et leurs bras sont serrés dans une planche fendue, qu'ils emportent avec eux. Ce châtiment a de l'analogie avec la fourche romaine, et avec la congue des Chinois.

Le Magasin Universel, 1834-1835.

vendredi 19 septembre 2014

Orléans.

Orléans.


Orléans est situé dans un pays agreste, sur la rive droite de la Loire. Elle est environnée de nombreuses maisons de campagne, et précédée de grands et beaux faubourgs, qui annoncent une riche cité. Les promenades qui l'entourent sont délicieuses, et contribuent à en rendre le séjour fort agréable.
Cette ville offre plusieurs quartiers où l'on remarque des maisons construites avec élégance, des rues larges et bien percées, et de vastes places publiques: la rue Royale, qui conduit en droite ligne de la place du Martroy au pont de la Loire, est la plus belle d'Orléans; mais il est fâcheux que les quartiers construits à droite et à gauche de cette rue soient si mal bâtis.
Orléans renferme un assez grand nombre d'édifices publics d'une architecture remarquable: le Palais de Justice, entre autres, est un beau bâtiment moderne; sa façade, composées de quatre colonnes doriques, et surmontée d'un fronton, forme un péristyle exhaussé de huit ou dix marches, et décoré de deux figures de sphinx. Ce bâtiment qui date de 1825, fait honneur à M. Pajot, architecte de la ville. parmi les constructions gothiques, nous citerons les églises, et surtout la cathédrale, connue sous le nom de Sainte-Croix; c'est l'une des plus belles de France. Les premiers fondemens en furent jetés par l'évêque saint Euverte; brûlée, ainsi que la ville, par les Normands, en 865, la piété des rois de France la releva de ses ruines. Elle fut encore détruite en 999, et rebâtie par l'évêque Arnoult. Les calvinistes la ruinèrent de nouveau en 1567; il n'en resta que quelques chapelles et six piliers de la nef.
Henri IV assigna, en 1599, les fonds nécessaires à sa réédification. Depuis cette époque, les travaux ont été, à divers intervalles, suspendus et repris; il appartenait à notre époque d'achever ce superbe édifice, destiné à faire l'admiration des siècles. Les vieilles tours subsistaient encore en 1726; elles furent démolies pour faire place aux nouvelles et au beau portail qu'on voit aujourd'hui.




Le plan de l'église Sainte-croix est d'un ensemble harmonieux; malgré toutes les vicissitudes qui ont entravé sa construction, il n'offre aucun disparate. Quant au style des ornemens d'architecture gothique qui décorent les diverses parties du monument, il est riche, fleuri et élégant; il n'y a rien de plus délicat et de plus gracieux que les sculptures du portail et des tours, terminées par une espèce de couronnement de l'effet le plus pittoresque. On admire aussi les portails latéraux, l'audace irrégulière et gigantesque des voûtes, et l'aspect mélancolique de l'intérieur. Le chevet est orné d'une chapelle de la Vierge, dont les lambris, le retable et le pavé sont de marbres blanc et noir.
L'église d'Orléans a été illustrée par plusieurs prélats et saints personnage de haute réputation: Eusèbe, Anselme, Théodoric, Arnoult et autres, ne furent pas moins recommandables par leur science que par leur vertus. Un grand nombre de conciles, où furent agités les points les plus importans de la discipline ecclésiastique et séculière, ont été tenus dans cette église, et l'ont également rendue célèbre. Enfin, c'est aussi dans cette cathédrale qu'eurent lieu les cérémonies du sacre des rois Charles-le-Chauve, Eudes, Robert, Louis-le-Gros, Louis-le-Débonnaire et Louis-le-Jeune, qui y célébra en même temps ses noces avec la princesse Constance.
Orléans offre encore d'autre monumens dignes de la curiosité des artistes; nous voulons parler de l'hôtel des Créneaux, bâti sous le règne de Louis XIII, et de plusieurs maisons charmantes de l'époque de la renaissance.
Mais c'est surtout sous le rapport historique qu'Orléans mérite d'être mis au rang des villes les plus intéressantes. Son origine se perd dans la nuit des siècles. Il est vraisemblable que cette antique cité doit sa fondation aux Carnutes ou Chartrains, sous la domination desquels elle était lorsque César fit la conquêtes des Gaules. Plusieurs historiens prétendent qu'elle fut bâtie sur les ruines de l'ancienne Genabum, prise et brûlée par César; mais il paraît prouvé aujourd'hui que c'est Gien qui occupa l'emplacement de Genabum. Elle prit un accroissement considérable, vers 272, sous le règne d'Aurélien, à qui elle doit le nom d'Aurelianum, dont on a fait Orliens, et ensuite Orléans.
En 451, Attila, à la tête d'une armée de cinq cent mille hommes, entre dans les Gaules, dans l'espoir de les conquérir facilement. Après avoir brûlé Cologne, Trèves, Reims, Cambray, Besançon, Langres et Auxerre, il arrive le 24 juin devant Orléans. Il comptait s'en emparer pour en faire sa place d'armes, et aller ensuite attaquer les provinces situées au delà de la Loire. La ville était mal fortifiée et paraissait incapable de résister à ses armes victorieuses. Néanmoins, les habitans, encouragé par saint Agnan, leur évêque, se défendirent vaillamment pendant quelques jours. Au bout de ce tems les vivres commençaient à manquer; les murailles s'écroulaient sous l'effort des machines; la brèche se trouvait praticable pour un assaut général; quelques officiers principaux avaient même pénétré dans la place, et ils étaient en pourparler avec les habitans pour prendre des otages et convenir d'une capitulation, lorsque Aétius, général romain, arriva au secours des assiégés, à la tête d'une armée nombreuse. Attila ne connaissant pas la force des ennemis, et craignant de perdre une bataille ou d'être forcé dans son camp, prit le parti de la retraite. Mais aussitôt qu'Aétius s'aperçut qu'il levait le camp, il attaqua vigoureusement son arrière-garde, et en fit un grand carnage. Attila perdit 160.000 hommes: la perte des Romains n'en fut pas moins considérable, mais ils restèrent maîtres du champ de bataille. La nuit couvrit la retraite des Huns.
Vers l'an 570, Odoacre, duc des Saxons, après avoir remonté la Loire, vint mettre le siège devant Orléans. Les habitans appelèrent à leur secours Chilpéric, roi des Francs, qui battit Odoacre sous les murs même de la ville, le poursuivit jusqu'à Angers, s'empara de cette cité ainsi que d'Orléans et de tous les lieux riverains de la Loire, et les réunit à son empire. Ce fait prouve qu'il est quelquefois dangereux d'appeler à son secours un allié puissant.
En 1428, les Anglais, possesseurs de la Normandie, de la Picardie, de la Champagne, de l'Anjou et de la Touraine, attaquèrent à leur tour Orléans: le duc de Bedford s'étant fait déclarer, à Paris, régent de France pour Henri VI, encore au berceau. Charles VII était brave mais faible et voluptueux: il oubliait dans les plaisirs le soin de sa gloire et le salut du royaume. Tout était désespéré: Orléans, pressé par le comte de Salisbury, était sur le point de se rendre, lorsqu'une jeune bergère, animée par l'exaltation religieuse, se crut destinée par le ciel à délivrer la France de ses ennemis. Couverte d'une armure, et la bannière à la main, elle marche à la tête de l'armée: généraux et soldats, tous partagent son enthousiasme, tous imitent ses prodiges de valeur, et après un siège de dix mois, les Anglais sont forcés de se retirer. Plus tard la fortune abandonna l'héroïne: blessée et prise par les Anglais, qui exercèrent contre elle une honteuse vengeance, elle fut condamnée comme sorcière par l'infâmes juges, et brûlée vive à Rouen.
Une statue, élevée sur la place du Martroy, consacre à la fois le souvenir des exploits de la vierge de Domrémy, et la reconnaissance des Orléanais.
Sous le règne de Charles IX, Orléans fut ensanglanté par les massacres de la St-Barthélemy. Tous les calvinistes furent impitoyablement égorgés: on n'épargna ni les femmes ni les enfans. Ce forfait exécrable est rappelé par une espèce de tercet, que les sicaires seuls peuvent avoir composé:

                                                A Orléans, le jour de la Saint-Barthélemy,
                                                Y avait plus de huguenots morts que vifs:
                                                Plus de huit cents à mort y furent mis.

Tels sont les évènemens les plus saillans de l'histoire de cette belle cité, qui donna le jour à un grand nombre d'hommes célèbres, tels que Amelot de la Houssaye, savant commentateur; Daniel, avocat, littérateur et bibliographe: Etienne Dolet, imprimeur, poëte et grammairien, brûlé à Paris comme athée, en 1546; et l'illustre jurisconsulte Pothier, dont les cendres reposent dans la cathédrale.
Orléans présente un aspect admirable, vu de la rive gauche de la Loire, qui, dans cet endroit, est très large et dont le lit n'est embarrassé par aucune île. Le pont sur lequel on traverse le fleuve, est magnifique par ses proportions: il a 664 pieds de long, et se compose de 9 arches, dont la principale a 100 pieds d'ouverture. Sur l'ancien pont on voyait autrefois un monument de bronze, élevé en l'honneur de Jeanne d'Arc: elle y était représentée au pied de la croix, tenant sur ses genoux le corps du Christ; à droite et à gauche étaient les statues de Charles VII et de la Pucelle, revêtue de son armure. Ce monument, mutilé pendant les guerres civiles et religieuses, fut enlevé en 1743 de dessus le pont, restauré avec soin et placé en 1771 à l'angle des rues Royale et de la Vieille-Poterie; mais il a été complètement détruit en 1793.

Le Magasin Universel, 1834-1835.