jeudi 30 juin 2016

Le public des tribunes.

Le public des tribunes.


L'infortuné que le malheur, la curiosité ou son député a attiré dans une des tribunes publiques du Parlement, est en général comme vous et moi, avec cette distinction qu'il arrive toujours de la province.
Avant la séance, il a l’œil vif, le teint clair, la lèvre souriante; il parle raisonnablement et parait doué de ses facultés mentales. 




Une fois installé sur son bac de supplice, ce n'est plus qu'un abruti. Attentif sans comprendre, perdu au milieu des chinoiseries parlementaires, brisé par un discours du centre, moulu par un raisonnement de la gauche, interloqué par une intervention de la droite, secoué à hue et à dia entre Benjamin Constant et Royer-Collard, étourdi par les coups de sonnette, égaré au milieu des interpellations, des rumeurs, des murmures, essayant vainement de comprendre l'énigme des ordres du jour, la charade des questions préalables, le logogriphe du texte motivé, le galimatias du développement sommaire, se heurtant comme un hanneton aux rappels du règlement, aux demandes de parole, à la clôture, à la censure, aux bulletins bleus, blancs, verts et jaunes flottant sous ses yeux, effrayé par les bras qui s'agitent, l’œil suivant tout à la fois, le président qui sonne, l'orateur qui pérore, le sténographe qui écrit, le secrétaire qui rédige, l'huissier qui glapit, le ministre qui entre, s'asseoit, sort et revient, le député qui fait sa correspondance, celui qui lorgne, celui qui dort, celui qui rit, celui qui s'ennuie, celui qui éternue, qui tousse, qui se mouche, s'épile, se met les doigts dans le nez, le spectateur harassé, excédé, hypnotisé, tombe dans un état de prostration qui ne se dissipe qu'au grand air.




S'il n'a pas le courage de fuir avec horreur ce huitième cercle de l'enfer, cercle de l'inutile, de l'ennui, du bâillement, de la niaiserie, il n'aura bientôt plus figure humaine; ce ne sera plus un homme, mais une contraction douloureuse, une crispation lamentable.




Et dire qu'il y a des gens qui font des bassesses pour assister à une séance. J'en connais qui revêtent l'habit noir.
Tels sont ces fumeurs d'opium parlementaire; mais du moins, plus corrigés que leurs congénères de Chine, ils ne recommencent plus.

Physiologies parisiennes, Albert Millaud, 1887, à la Librairie illustrée, illustrations de Caran d'Ache, Frick et Job.

mercredi 29 juin 2016

L'artillerie automobile.

L'artillerie automobile.

Les voitures automobiles ont joué un rôle important lors des dernières manœuvres de corps d'armée.
Nous les avons vues transportant rapidement les officiers généraux, leurs officiers d'ordonnance chargés de transmettre les ordres de l'Etat-Major sur les divers points de l'action. Elles ont été utilisées aussi pour le transport de certains objets de poids.
Au dire des autorités militaires les plus compétentes, la traction automobile est appelée à jouer un grand rôle en temps de guerre.
Les Anglais, en créant le canon automobile viennent de donner un emploi nouveau aux voitures mécaniques et une destination inattendue à la locomotion sur route. Ils viennent d'essayer, en effet, ces jours derniers, à l'Ecole d'artillerie de marine de Whale-Island, un engin de guerre nouveau, le canon automobile. Les expériences faites en présence du roi Edouard




Il s'agit d'une voiture, mue par un moteur à pétrole ou à alcool, recouverte d'un blindage en acier et armée d'un canon Maxim du dernier modèle. Cet auto peut faire quarante kilomètres à l'heure sur route.
Un sous-officier et un canonnier de la flotte prennent place à l'avant de la voiture, derrière le blindage, à droite et à gauche du canon; l'arrière sert de magasin à projectiles. Un troisième marin, le servant, se tient dans ce compartiment et à pour mission de faire passer les munitions au canonnier d'avant, au fur et à mesure qu'elles lui sont nécessaires.
Le marin, assis à l'avant, charge la pièce, pointe et fait feu; le sous-officier à sa droite est chargé de la manœuvre de la voiture.
Les artilleurs de la marine anglaise fondent de grands espoirs sur ce nouvel engin de guerre.

                                                                                                                   Will Darvillé.

Le Petit Journal militaire, maritime, colonial, supplément illustré paraissant toutes les semaines, 20 mars 1904.

Les esclaves.

Les esclaves.


Nos dessins représentent des marchés d'esclaves en Afrique, esclaves enfants, esclaves adultes, esclaves femmes.












C'est surtout à Zanzibar, sur la côte orientale de l'Afrique, que se font ces odieux trafics de chair humaine. On voit dans ces dessins le portrait d'un de ces cruels conducteur de troupeaux d'hommes; on voit aussi un jeune esclave, presque un squelette, qui avait été par son maître jeté, miné par la maladie mais vivant encore, au milieu d'un cimetière, et qui fut recueilli par des voyageurs français.





Le marché de Zanzibar est une grande place entourée de maisons; les esclaves mis en vente sont là, accroupis en rangées, débarrassés de leurs chaînes, et pour qu'ils n'aient pas l'air trop abattus, on les nourrit de chair de requin et de riz.






Les acheteurs font subir a ces malheureux leur inspection préliminaire comme à de véritables animaux. Le personnage important du marché est le conducteur qui est à la fois le commissaire-priseur. Jeunes, vieux, hommes et femmes, sont adjugés au plus offrant.





La punition des esclaves, qui cherchent à secouer leur joug, est terrible. On les suspend, on les attache, comme le montre un de nos dessins, à des poutres où on les laisse des heures, plus ou moins longues selon le bon plaisir du maître.

Le Petit Moniteur illustré, dimanche 5 octobre 1890.

La mobilisation.

La mobilisation.


En pays mobilisé.

La cloche du départ sonne. On monte dans le train. Il est onze heures quand nous entrons en gare. On placarde à la gare les affiches blanches ordonnant la mobilisation du corps. Il semble qu'on ait attendu l'arrivée de notre train pour exécuter cet ordre.
De nombreux groupes se forment autour des affiches, que les voyageurs lisent sans signe apparent d'impressions, tandis que les cochers de fiacre rangés sur la place et endormis sur leur siège s'abritent sous leurs larges parasols de cotonnade bleue. Mesures préventives excellentes contre les ardeurs de la canicule, car la chaleur est accablante.





N'importe! les braves gendarmes courent les routes poudreuses depuis le matin, allant transmettre l'ordre aux mairies des communes. Il y a en ce moment comme un réveil du pays, qui commence dès lors à sortir de son assoupissement pour se préparer aux événements.
De toutes parts dans la région les églises sonnent à toute volée le tocsin. Les habitants qui n'ont pas été prévenus sont dans l'effroi. Mais dans le village ou le tambourineur annonce la nouvelle sur sa caisse, avec une voix de rogomme, le calme est parfait. Des patrouilles d'infanterie au shako nouveau modèle, bas de forme, traversent la ville aux maisons en briques, tandis que des fours de campagne ou des voitures de subsistance mêlés  à de longues charrettes du pays, que traînent des chevaux portant de pittoresques colliers pointus, gémissent sur le pavage.
Toutes les gares du réseau portent les affiches blanches, rayées d'une ligne verte, qui prescrivent la mobilisation. Au dessus d'une porte on lit cette inscription:

Passage des réservistes.

Présenter le livre ouvert à l'ordre de route.

Les wagons de marchandises regorgent de foin et de paille pressés, de bestiaux et de farine, pour la nourriture du corps d'armée appelée aux manœuvres.
Des bourgs voisins du chemin de fer, aux églises en briques, présentant un joli cachet d'élégance mauresque, descendent des flots humains qui se pressent vers les gares. Ce ne sont partout que des gars en vêtements civils ou des soldats qui ont déjà endossé l'uniforme; ce ne sont que gentilles grisettes, coiffées du petit bonnet bordelais, qui viennent faire un bout de conduite à leurs frères ou à leurs fiancés, en portant à la main un petit bagage. Le pays est mobilisé.

Un essai de mobilisation.

A rapprocher de cette mobilisation sérieuse, la mobilisation pour rire de notre dessin.





La mobilisation a intéressé tous les papas, effrayé toutes les mamans et troublé la cervelle de tous les bébés.
Boum, boum! rataplan, rataplan! taratata, taratata!
C'est le canon, c'est le tambour, c'est le clairon, qu'imitent dans leurs cris les joyeux bambins; pantins, poupées, sont délaissés; une simple latte, un bâton, voilà les nouveaux joujoux servant de sabre ou de fusil. Les hommes jouent à la guerre, les enfants aussi. Et il faut avouer que c'est bien plus amusant. Voir plutôt le spirituel dessin de M. Gostiaux montrant l'un de ces bataillons carrés épiques. Nous ne l'analyserons pas, laissant à nos lecteurs ce soin par la simple inspection de la gravure.

Le Petit Moniteur illustré, dimanche 14 septembre 1890.

Les lecteurs d'affiches.

Les lecteurs d'affiches.


Ce qui suit va sembler moins une étude qu'un paradoxe, et cependant, rien n'est plus vrai. Ce travail est au contraire, le fruit de plusieurs semaines d'observation approfondie.
Embusquez-vous au coin d'une rue, vis-à-vis d'un large mur bigarré d'affiches et examinez avec attention ceux qui les lisent. Vous remarquerez d'abord que ceux qui s'arrêtent sont précisément ceux qu'un devoir professionnel invite à ne pas flâner. 
C'est un pâtissier qui porte une tourte; un garçon de recette dont l'absence prolongée peut inquiéter un patron défiant; un jeune télégraphiste qui porte dans sa gibecière la nouvelle d'un héritage.




Les uns et les autres s'arrêtent avec délices et dévorent les affiches avec appétit; et voici où le physiologiste s'excuse de paraître paradoxal, chacun se plaît à lire l'affiche qui le concerne le moins. Devant l'affiche de Panama, vous voyez des pauvres diables, qui ont des pantalons troués et des souliers sans semelles. Ils n'ont pas dix sous et ils étudient les échéances imposées aux souscripteurs.
Plus loin, c'est un vieux monsieur qui s'appuie sur des béquilles et qui n'a que le souffle. Il parcourt avec intérêt les affiches des chemins de fer, où on l'engage, pour un prix réduit, à escalader les montagnes de la Suisse et les glaciers Alpins.




Ici, un grave professeur à redingote de quaker, à lunettes bleues. Il se repaît de l'annonce d'un romancier à deux sous la livraison et se gave d'un dessin polychrome, , où l'on voit une femme à demi-nue et échevelée lutter contre un assassin à la figure d'agent de change.
Les jeunes mitrons contemplent les placards des modistes et des couturières. Un môme de onze ans épelle l'affiche:  Conseils aux jeunes affaiblis. Un septuagénaire étudie l'affiche de monsieur Foy; et une vielle édentée se goberge du prospectus d'un dentiste insensibilisateur.




A quels sentiments obéissent ces bipèdes parisiens? Pourquoi ces contradictions apparentes? Veulent-ils faire croire qu'ils sont capables des choses qu'ils lisent: le pauvre hère de souscrire, l'édentée de se faire arracher une dent, l'éclopé de gravir le Mont-Blanc? Ou bien sont-ils mus par ce mouvement de l'âme qui consiste à désirer ce qu'on ne peut avoir? Celui qui n'a plus de jambes, en lisant une affiche de voyages circulaires, rêve un instant que, l'alpenstock* à la main, il brave l'avalanche "homicide" au milieu des aigles et des chamois.

Physiologies parisiennes, Albert Millaud, 1887, à la Librairie illustrée, illustrations de Caran d'Ache, Frick et Job.


Nota de Célestin Mira. L'alpenstock est un bâton ferré ancêtre du piolet. Dans l'article d'Albert Millaud, cet outil est orthographié "alpinstock"




Montagnard appuyé sur un alpenstock.

Clermont-Ferrand.

Fontaine de Saint-Allyre.



Parmi les curiosités dont le sol de la France est parsemé, on doit placer au premier rang la fontaine et le pont naturel de Saint-Allyre, faubourg de Clermont-Ferrand.
Saint-Allyre posséda jadis un monastère fameux, placé sous l'invocation de saint Clément, pape, par saint Illydius, vulgairement appellé saint Allyre, quatrième évêque de Clermont, qui y fut enterré et qui donna son nom à ce lieu, qui auparavant portait celui de faubourg des Chrétiens.
Saint-Allyre doit toute se célébrité à une source thermale d'une chaleur moyenne de 20 degrés, qui, quoique limpide et transparente, contient en dissolution des matières calcaires que dans son cours elle dépose sur tous les objets qu'elle arrose. 
Beaucoup de sources thermales, telles que les bains de Saint-Philippe, près Badicofani en Toscane, ceux de Saint-Julien près Livourne, le lac de Bullicami près Viterbe, déposent ainsi un sédiment calcaire; mais aucune d'elles ne contient ces matières en aussi grande abondance que la source de Saint-Allyre. 
Cette fontaine pétrifiante s'est bâtie elle-même un pont qui traverse le ruisseau de Tiretaine; il n'y a qu'un arceau massif de pierre d'un seul bloc, long de 240 pieds, et qui, conservant toujours son niveau, malgré la pente du terrain, paraît à l'une de ses extrémités sortir de terre, tandis qu'à l'autre il a 16 pieds de hauteur, sur une largeur qui, croissant graduellement, finit par avoir 12 pieds.




Quoique dans cette longueur il ait enveloppé quelques laves et autres matières étrangères, partout cependant il est calcaire, partout il est homogène. Tout est bizarre et irrégulier dans ces constructions spontanées; mais aussi tout en elles offre un sujet d'étude pour le naturaliste, d'admiration pour le vulgaire.
Maintenant le pont de Saint-Allyre est séparé de la source, qui, après avoir obstrué son premier lit, s'en est creusé un autre plus élevé, et aujourd'hui encore, si l'on n'arrêtait ses progrès, elle édifierait de nouveaux ponts et de nouvelles murailles; mais on a soin de démolir ces travaux incommodes à mesure qu'elle les produit.
L'antiquité de ce pont est telle que le vieux nécrologue de Saint-Allyre dit, en parlant de l'abbaye de ce nom:


Juxtà et fons saltûs pontem lapidescit in altum.

Le pont et la source qui l'a produit sont les plus remarquables de ces curiosités naturelles; mais ce ne sont pas les seules que renferme le faubourg de Saint-Allyre; on y trouve quelques autres sources qui produisent des effets analogues. Une partie des maisons est même bâtie sur une roche composée de ces dépôts calcaires.
La fontaine de Saint-Allyre est le but des excursions de tous les voyageurs qui visitent Clermont. Ses produits sont même devenus une branche de commerce pour les habitants qui déposent dans la source une foule d'objets de toute espèce, fruits, plantes, corbeilles, animaux, qui en peu de temps s'enveloppent d'un sédiment qui leur donne l'aspect de fossiles, et qui, selon l'expression pittoresque employée par Pline, en parlant de la cascade de Terni, lapidco cortice obducuntur, se recouvrent d'une écorce de pierre.
Ces singulières pétrifications se vendent fort cher aux voyageurs, curieux d'emporter un souvenir de la fontaine de Saint-Allyre.

Le Magasin universel, juin 1837.

mardi 28 juin 2016

Voyage de l'explorateur français Jules Borelli dans l'Afrique orientale.

Voyage de l'explorateur français Jules Borelli dans l'Afrique orientale.



L'explorateur français, M. Jules Borelli a quitté la France au printemps de l'année 1884 et il n'y est rentré qu'au mois de juin 1889. Après avoir préparé une partie de son voyage en Egypte et subi mille contrariétés de toute nature sur la côte orientale d'Afrique, à Zeylah, à Toudjourah, à Ambado et ailleurs, il s'est mis en route avec sa caravane au mois de septembre 1885, se dirigeant vers Ankoboer, ville principale  du Zchôa, à travers le désert des Danakil.




A Antoto, capitale actuelle du Schôa, il fut reçu par le roi Menelik qui se prétend arrière-petit-fils de Salomon et de la reine de Saba. Le Négous le retint longtemps dans ce pays; Borelli en profita pour étudier les mœurs et recueillir des renseignements précieux au point de vue de l'histoire et de la géographie.
Menelik s'habille généralement avec des tissus de coton, fabriqués au Schôa; mais il recherche avec empressement les étoffes riches de provenance européenne. Il porte un chapeau de paille recouvert de velours noir avec un serre-tête en mousseline.
Ses habitations se composent d'un grand nombre de huttes ou maisons élevées dans des enceintes entourées de palissades. Les constructions sont faites en grands éclats de bois fichés dans le sol et recouverts de terre argileuse. Les toitures sont coniques, composées aussi d'éclats de bois reliés entre eux par des lanières de cuir vert  et recouvertes de longues herbes sèches.
Les femmes portent des coiffures compliquées dont les éléments éventuels sont des tresses plus ou moins larges. Les hommes ont aussi, pour leur chevelure, des soins laborieux qui en augmentent la malpropreté.
Après avoir, le premier, relevé scientifiquement la route d'Antoto à Harrar, dont Menelik venait de faire la conquête, Borelli a fait de nombreuses excursions, au Sud, dans les pays Oromo, dits Galla. Successivement, il a visité les Betcho, les Amaya, les Nonnos, etc., etc. Il a pénétré ensuite dans les petits royaumes de Limou, Gouma, Gomma, Ghéra, Djimma, etc., etc.
Dans cette région, hommes et femmes portent les cheveux en longues mèches ondulées qui couvrent souvent une partie du visage. A Djimma, l'usage des postiches est presque général et ces accessoires de toilette prennent des proportions et des formes extravagantes.









Ces contrées sont fertiles, bien peuplées et passablement cultivées. On y trouve, avec le blé et l'orge, le "tief" et le "daghousa", deux céréales particulières au pays. Le doura abonde. On y rencontre partout un grand bananier improductif appelé "kotcho". Les filaments de ses feuilles sont employés dans la confection des perruques pour les femmes de Djimma: les fibres servent à la fabrication des cordes; la pulpe se mange sous les formes les plus diverses.
Les bois et les forêts sont nombreux. Les arbres de la famille des "ficus" y dominent. Les "kelto", les "olda", les "abrou", les "woadeyssa" sont de véritables géants et souvent, dix ou quinze hommes ne réussissent pas à embrasser leurs troncs! 





Les Oromo (Galla) les ont en vénération; ils viennent en pèlerinage, suspendre à leurs branches des bagues ou des bracelets. En passant près d'eux, ils les frottent de beurre et ils déposent, sous leur ombrage, des brins d'herbe, à titre d'offrande pieuse.





La production et la consommation de miel sont très considérables. On en fabrique une boisson fermentée. La cire est utilisée pour les torches; on en recouvre une bande de cotonnade que l'on fixe avec un clou sur un appareil de bois qui sert de chandelier.
Pour conserver leurs grains pendant la saison des pluies, les Oromo les emmagasinent dans de grands paniers de deux mètres de hauteur et d'un mètre et demi de diamètre qu'ils couvrent d'un petit toit de chaume. Ils laissent ensuite au dehors ces greniers mobiles.
En dépit des obstacles de toute nature qui lui ont été opposés, Borelli est parvenu à traverser le fleuve Omo et à pénétrer dans les pays Sidama.




Les langues de cette région diffèrent absolument de la langue des Oromo. Borelli en signale quatre et a rapporté des vocabulaires de trois d'entre elles. Les noms même de ces contrées étaient ignorés ou à peine connus: Tambaro, Hadia, Waltamo, Amzoula, etc., etc.
L'explorateur français a pu apercevoir distinctement le lac Abbala dont l'existence avait été signalée sans qu'il ait encore été visité. Traversant de nouveau le fleuve, il est arrivé dans le Koullo, au prix des plus grands sacrifices et en exposant sa vie à toute heure; mais l'attitude constamment hostile des habitants et les terreurs des indigènes qui l'accompagnaient l'ont obligé à revenir sur ses pas. Il a voulu alors pénétrer dans le Zingero, petit pays dont les naturels lui avaient paru offrir un intérêt particulier au point de vue ethnographique. Il réussit d'abord; ayant fait alliance avec un chef puissant du pays de Hereto, qui vint avec lui accompagné de plus de 1.800 hommes. Mais pendant une dernière lutte, beaucoup trahirent, il se vit entouré de plusieurs milliers de cavaliers et obligé de fuit précipitamment. Le chef Oromo qui lui avait donné son appui et une centaine de malheureux indigènes tombèrent entre les mains de ces sauvages combattants. Il fut blessé. Le chef Oromo fut éventré et les prisonniers furent tués: on leur fit boire de l'eau bouillante.




Les Zingero pratiquent les sacrifices humains; les immolations ont lieu le premier jour de chaque nouvelle lune. Entre autres coutumes étranges de ce petit peuple, Borelli signale l'usage de se couper les bouts de seins "pour ne pas ressembler aux femmes" disent-ils.
Les habitants de ce petit royaume ont des cultures relativement soignées. Ils filent et tissent le coton, comme les Oromo; mais ils sont plus industrieux et leurs étoffes sont plus belles. Ils tissent notamment des orties qui atteignent la dimension de grands arbustes. Borelli a rapporté et réuni dans une magnifique collection dont il a fait présent à l'Etat de nombreux spécimens de l'industrie des peuples Sidama et Oromo. Le ministre de l'instruction publique et le monde savant ont grandement apprécié l'intérêt exceptionnel de cette série de documents ethnographiques qui a été définitivement installées et exposée  au musée de Trocadéro.




Le courageux explorateur qu'aucune épreuve n'avait découragé a été vaincu par la maladie au mois de mai 1888. A grand'peine, il a pu regagner le Schôa où il a passé la saison des pluies, épuisé par les fièvres et les privations, dans une hutte d'Antoto. Il voulait reprendre, quelques mois plus tard, le cours de ses explorations mais ses forces étaient à bout et la maladie ne le quittait pas. Il dut partir et retourner péniblement à la côte par Harrar et Zeylah.




Au cours de ses voyages, Borelli a relevé d'une façon absolue et minutieuse, qui a fait l'admiration des hommes compétents et des plus illustres géographes, les pays qu'il a parcourus. il n'a pas cessé de porter avec lui ses instruments de physique et il les a rapportés en France pour assurer le contrôle de ses observations. La carte de la région qu'il vient d'explorer est en grande parie achevée; elle a été dressée par lui, à l'Observatoire de Paris, sous la haute direction de l'amiral Mouchez.






J. Borelli est né à Marseille en 1853; ses études finies à Paris, il s'embarque sur un voilier américain, va à San-Francisco, s'engage sur un baleinier, est pris par les glaces au nord du détroit de Behring; il rentre en France en 1873, immédiatement il part sur un trois-mâts français, va aux îles Réunion et Maurice, puis dans l'Inde; au retour, le navire, pris dans un cyclone, désemparé, atteint Natal; Norelli retourne à l'île Maurice, puis rentre en France par le cap de Bonne-Espérance, Sainte-Hélène et les Açores; il repart de nouveau pour la Réunion, de là, il va dans les Indes et ensuite parcourt une partie de Madagascar. En 1878, il visite la côte du Sahara et du Sénégal, en 1879 et 1880, il parcourt les côtes de la Méditerranée et de la mer Noire, visite le Caucase, la Caspienne, la Russie méridionale, les principautés danubiennes et rentre en France par l'Autriche. Fin 1883, il part pour l'Egypte, parcourt l'Egypte et la Nubie jusqu'au-dessus de Wady-Alpha.
Ces utiles explorations ont trouvé leur récompense. M. Jules Borelli a été nommé le 14 juillet dernier, chevalier de la Légion d'honneur.

Le Petit Moniteur illustré, dimanche 17 août 1890.

lundi 27 juin 2016

Les "Carolines".

Les "Carolines".

La "Caroline" est une névropathe de création récente, absolument comme les morphinomanes. Son nom lui vient d'un des membres les plus distingués de l'Académie française, M. Caro.
Il parait que M. Caro, comme certaines plantes de la Flore orientale, répand des émanations subtiles, exerce un magnétisme particulier, qui saisissent les individus du sexe féminin. Tous ne succombent pas, mais tous en sont frappés.
La caroline, quand elle subit les premières atteintes de cette hystérie spéciale, devient pâle, rêveuse et méditative. Son pas est plus léger, son sourire plus mélancolique, son teint plus diaphane. La Caroline est maigre; les plus avancées portent des lunettes. Leur parole s'alanguit. Le plus effrayant symptôme, c'est qu'elles cessent d'être des femmes pour devenir des Carolines.




Jeune fille, la Caroline se voue au célibat et prend M. Caro pour époux spirituel. Ce spiritualisme permet à M. Caro de prendre un grand nombre de femmes sans se fatiguer. Mariée, la Caroline néglige son ménage. Le mari d'une caroline est assuré de porter des chaussettes trouées et des chemises sans boutons. Il retrouve de vieux mouchoirs dans ses poches et n'a pas d'enfants.





La Caroline fait des vers et, quand elle ne sait pas, de la prose poétique. elle est philosophe, philologue, astronome, mystique, idéaliste, conceptualiste, néoplatonicienne et encyclopédique; mais avec un fond de cupidonnerie platonique, de concupiscence religieuse, d'aspirations à des joies matérielles, tout en restant éthérées. Elle plane sur un divan.






Le remède à ce mal est dans le mal lui-même. M. Caro est tout à la fois l'auteur et le curateur. Il fait la plaie et la guérit. Naguère, il pouvait, dans ses cours publics, donner aux femmes des consultations gratuites, qu'il continuait dans les salons particuliers. Aujourd'hui le gouvernement, inquiet ou maladroit, poussé par quelque Pasteur avide d'appliquer un virus carolique de son invention, a interdit l'accès de la Sorbonne aux Carolines.
Celles-ci s'étiolent et se laissent dévorer par le plus implacable des platonismes. Elles se consument de désir à la porte du sanctuaire et ne peuvent trouver qu'un médiocre soulagement à contempler de loin M. Caro, quand il sort de la Sorbonne, emmitouflé dans un foulard de soie et chaussé de socques en caoutchouc.
Peut être les plus robustes des Carolines résisteront-elles en vertu de l'axiome: Cessante causa, cessat effectus. Mais que de victimes avant ce dénouement!

Physiologies parisiennes, Albert Millaud, 1887, à la Librairie illustrée, illustrations de Caran d'Ache, Frick et Job.

dimanche 26 juin 2016

Le chef de gare parisien.

Le chef de gare parisien.


En principe, le chef de gare est un fonctionnaire public. Il appartient à une grande administration, et en cette qualité, il devrait être hautain, important et désagréable. De fait, un grand nombre de chef de gare sont fidèles à la routine administrative. Mais il y a des exceptions  que nous voulons croquer en quelques lignes dans l'espoir qu'elles feront des petits.
Le chef de gare parisien est un homme avant tout aimable, sachant concilier les devoirs de son métier difficile, pénible,  chargé de responsabilités avec les bonnes façons, l'urbanité et la politesse des mœurs modernes. Loin d'être rogue et impoli, comme tous les êtres administratifs qui portent un uniforme et une casquette galonnée, il reste un homme du monde. Plein d'obligeances et de sourires pour ses amis, il est poli avec les voyageurs qu'il ne connait pas. Il écoute les observations, s'efforce d'aider le voyageur embarrassé; il ne rudoie pas les hommes d'équipe, il est et reste toujours bien élevé. 




Cette chose est si rare dans la bureaucratie française, où tous les commis sont désagréables, que le chef de gare parisien s'est fait une situation et une réputation à part. Surpris de ne pas être injuriés, bousculés, mis à la porte, traités comme des chiens, les voyageurs reconnaissants ont élevé des autels aux quelques rares spécimens de chefs de gare bien élevés.
Quand nous disons chefs de gare parisien, il ne faut pas croire que notre esquisse s'applique aux seuls chefs des gares parisiennes. J'en pourrais citer à Paris qui ne sont guère plus aimables que les moins aimables de la basse province. Il y a des chefs de gare parisiens dans un grand nombre de villes, même éloignées de la capitale. Il y en a à Marseille, à Bordeaux, à Lyon. Il y en a même dans d'infimes banlieues.







Ce sont des hommes qui ont marché avec leur siècle et qui ont compris qu'on pouvait être un parfait employé, tout en demeurant un gentleman et un homme agréable. L'importance des fonctions que l'on exerce n'exclut pas la politesse et l'esprit, et l'on peut être colonel sans être un Ramollot* et donner un ordre sans le faire suivre ou précéder d'un juron ou d'une insulte.
A l'étranger, les chefs de gare sont en redingote et en chapeau haute forme. En France, ils sont en uniforme. C'est peut-être le costume qui fait l'homme. Il faut donc savoir le plus grand gré à ceux qui restent des hommes, malgré le costume.


Physiologies parisiennes, Albert Millaud, 1887, à la librairie illustrée, illustrations de Caran d'Ache, Frick et Job.


* Nota de Célestin Mira: Le colonel Ramollot est un personnage du roman de Charles Leroy, publié en 20 volumes de 1885 à 1889, Histoire du colonel Ramollot: aventures et araignées, boutades et joyeux récits




Le nom de ramollot est passé dans le langage courant. Wiktionnaire en donne la définition suivante:
ramollot: Militaire doté d'une voix puissante, prompt à l'algarade, fantasque, foutraque et ne brillant pas par son intelligence.




La Sainte-Marie.

La Sainte-Marie.


Outre les jardins publics, très bien entretenus du reste, et où de riantes corbeilles multicolores s'encadrent artistement dans les frais gazons, il y a d'autre jardins à Paris que celui de Jenny l'ouvrière*. Pas plus ceux-ci que ceux-là ne fournissent de fleurs, et cependant il n'est pas de population au monde qui en fasse une pareille consommation.
Il n'est pas d'appartement si modeste qu'il soit, qui n'ait ses plantes vertes et ses bouquets; pas de table servie dont le milieu n'ait sa corbeille. Qu'on donne une fête, et dans tous les coins et les recoins, sur tout les meubles, les corolles brillantes entourées de feuillage rivalisent d'éclat avec les lumières.
Nous ne parlerons pas des enterrements où depuis quelques années les catafalques et les chars disparaissent sous les couronnes et les bouquets, ni des autres cérémonies religieuses comme les mariages, les mois de Marie, les Fêtes-Dieu qui transforment nos églises en de véritables parterres.
Mais vienne au calendrier un nom de saint ou de sainte, en faveur, comme la Saint-Louis, la Saint-Charles, la Saint-Paul, la Saint-Jean, surtout la Sainte-Marie. Il y a tant de Louis et de Louise, de Charles et de Charlotte..., enfin de Marie dans les familles, que ces jours-là on rencontre des fleurs partout.
C'est que si les Parisiens, ou très peu, n'ont pas de jardin particulier où cueillir ces fragiles et charmants ornements, ils ont dans tous les quartiers, des marchés où s'entassent en toute saison roses et violettes, lilas et résédas, œillets et giroflées, etc. Le marché aux Fleurs embrasse à lui seul plusieurs quais, le marché de la Madeleine, le marché Saint-Sulpice font aux abords des deux églises de véritables allées garnis de massifs odorants.
Aux Halles centrales, les fleurs occupent aussi une grande place et se distribuent dans ces centaines de petites voitures qui passent dans nos rues laissant après elles leur doux parfum.
Les petites boutiques du coin, les modestes gradins des portes cochères, certains kiosques des boulevards s'approvisionnent de la même manière.
Quant aux marchands en magasin, ils font venir leurs fleurs de plus loin; ils ont leurs usines de fabrication à la Corniche ou aux environs de Paris. Aussi leurs vitrines sont-elles parfois plus séduisantes que les étalages des joailliers, sans rivaliser pour cela avec ces jolis marchés dont nous parlions plus haut.




C'est de l'un de ces marchés que reviennent sans doute la mère et l'enfant dont M. Albert Fourié a fait le sujet du gracieux dessin que nous publions. C'est sans doute la fête de la grand'mère que l'on va souhaiter posément et gravement, monsieur Bébé** porte son doux fardeau, récitant mentalement le compliment qu'il doit débiter au dessert.
Fleurs, symbole de l'enfance, continuer à inonder nos promenades, nos salons, nos tables, cachez nos draps mortuaires, encadrez dans nos fêtes de famille le doux visage de nos enfants, mêlez vos senteurs et vos sourires à leurs baisers et à leurs joyeux ébats.


Le Petit Moniteur illustré, 17 août 1890.


* Nota de Célestin Mira: Jenny l'ouvrière est un roman feuilleton de Jules Cardoze qui obtint à la fin du XIXe siècle un succès populaire  extraordinaire. Son héroïne, Jenny, ouvrière, tisseuse pauvre, mais courageuse et travaillant dur devient le symbole de la condition des femmes ouvrières de cette époque. 
Dans ses maigres loisirs, Jenny cultivait des fleurs dans sa balconnière accrochée à la rambarde de son balcon.



 

La popularité de Jenny l'ouvrière grandit encore avec une chanson et la création d'un spectacle, drame en cinq actes,  portant le même  nom, donné au théâtre de la Porte Saint-Martin en 1850.

** Allusion au roman de Gustave Droz, "Monsieur, madame et bébé" publié en 1866, en rendant populaire le mot de "bébé", assez peu répandu jusqu'alors, et qui traduit la place croissante de l'enfant dans la vie familiale.



samedi 25 juin 2016

Le petit attaché.

Le petit attaché.

Jeune, mais gourmé; alerte, mais important; bouillant, mais plein de réserve  est le petit attaché. Bien entendu, il ne s'agit pas ici d'attaché d'ambassade. Il ne peut être question que des jeunes gens attachés au cabinet d'un ministre.
Le petit attaché est un produit de la République. Il a vingt-cinq ans; il est riche, bien apparenté dans une famille politique et il a beaucoup de prétention sans savoir grand chose.
Sa mère, sa tante, sa cousine, sa marraine ont un mari ou un frère ou un parent, député ou sénateur. Sa voix est utile au ministre.
"Vite il faut que je case mon fils, mon neveu, mon filleul."
Il n'y a plus de places. On en fera. Le ministre a des bureaux inoccupés; il s'attachera quelques jeunes gens.
Du jour au lendemain, l'adolescent devient un jeune homme politique. Il a une jaquette noire, des gants rouges et une serviette sous le bras. Généralement, il se fait la tête de son ministre. Frisé, s'il est frisé; barbu, s'il est barbu; chauve, s'il est chauve. Il attend son ministre, le suit à la Chambre, l'accompagne dans les couloirs, porte sa serviette et se bat en duel pour lui quand on l'insulte ou quand on le blague.




Il ne fait absolument rien. Une douzaine de cigarettes le matin et quelques lettres sur un papier avec cet en-tête: "Cabinet du ministre."
Le grand chic, c'est de les faire porter en ville par un dragon, qui croit porter un secret d'Etat et qui ne charrie en réalité qu'un billet ainsi conçu:
"Ma chère Titine, renvoie-moi mon parapluie que j'ai oublié dans ton antichambre."
C'est le petit attaché qui reçoit les rédacteurs des journaux politiques, les reporters, les interviewers. 




Il leur parle avec discrétion, avec mystère, sourit quand on l'interroge sur la pensée du ministre, en laisse échapper quelques bribes et recommande une grande prudence. Il dicte quelquefois le sens des articles officieux, leur promet la protection du maître et les renvoie avec un geste superbe.
Souvent le ministre appelle son attaché. C'est pour lui demander une cigarette ou le récit de quelque historiette galante, dont le petit attaché connait le fin mot.
Le petit attaché ne s'attache pas. il disparaît avec le ministre qui l'a créé. Le petit attaché n'a pas de racines. C'est une fleur dans un vase, qui se fane avant d'éclore. Quand un attaché ne l'est plus, c'est un homme fini. Il a goûté du pouvoir et désormais il ne pourra plus s'en passer. Heureusement, il a de la fortune.
Dans le monde, le petit attaché est aimable. Il danse bien le cotillon et fait des madrigaux aux dames. 



C'est le "talon rouge"* de la République; sans lui, la galanterie serait bannie de la politique en France.


Physiologies parisiennes, Albert Millaud, 1887, à la Librairie illustrée, illustrations de Caran d'Ache, Frick et Job.



*Nota de Célestin Mira: d'après les Amis du Patrimoine Napoléonien, Section Belgique:

             "En 1662, Philippe de France, Duc d’Orléans et frère de Louis XIV, est ce que nous appellerions aujourd'hui une fashion victime et se met un point d'honneur à toujours être total tendance et à donner le ton à la cour de Versailles. À tel point que la moindre de ses fantaisies stylistiques est aussitôt reprise dans la journée par les courtisans. Mais une des fantaisies involontaires de Monsieur va jouer un rôle capital dans les codes de la Cour et pour les siècles qui suivront.
Monsieur est un joyeux luron et passe une bonne partie de son temps libre dans les bals publics parisiens mais pour éviter la lourde étiquette royale, il se rendit au Marché des Innocents pour ne pas être reconnu. Mais sur le chemin, il croise le quartier des abattoirs où le sang des animaux ruissellent sur les pavés et souillent ses souliers royaux. De retour de sa sortie nocturne, il s'effondre sur son lit tout habillé. On vient le réveiller au matin pour qu'il siège à la demande de son frère au Conseil du Roi. Il s'empresse de faire une légère toilette, mais ne prend pas soin de changer de chaussures dont la semelle et les talons sont toujours imprégnés de sang bovin et ovin. Cette marque rouge est directement repérée par les courtisans qui s'empressent d'assaillir le jour même les cordonniers parisiens pour leur confectionner des chausses à talons rouges. 
À partir de ce jour, le talon rouge devient le symbole de la noblesse.




On utilisera au XIXe siècle également cette expression pour dire de quelqu’un qu'il a des prétentions à l’élégance, aux belles manières et par déformation qu'il est prétentieux.
Napoléon consul interdira les talons rouges après la révolution française vu leur symbole d’aristocratie et de monarchie.
Ni talon rouge, ni bonnet rouge, je suis national.