vendredi 24 novembre 2017

L'étiquette du deuil en Chine.

L'étiquette du deuil en Chine.


Le deuil dans le Céleste-Empire est l'objet d'une infinie variété de règles conventionnelles minutieusement ordonnées, suivant qu'il s'agit de manifester son chagrin de la mort d'un ami, d'un parent ou d'un homme illustre et cher au pays tout entier, ou censé tel.
L'étiquette imposée dans de telles occasions s'étend jusqu'au plus minces détails du costume et exige une longue série de cérémonies qui diffèrent avec chaque cas particulier.
Lorsque le dernier empereur eut salué le monde, suivant l'expression consacrée, le châtiment le plus rigoureux n'aurait pas manqué de frapper quiconque eût osé se raser la tête ou le visage avant cent jours révolus. Une dame américaine, qui résidait alors à Pékin, écrivait, à ce propos, à l'une de ses amies, "qu'elle tremblait à la seule apparition de son professeur de chinois". C'est que l'infortuné professeur, au moment où il allait être autorisé à quitter le deuil de l'empereur, avait eu le malheur de perdre son père; et, comme le deuil nouveau que lui imposait cette perte le contraignait également à ne se raser de cent jours, il avait fini par avoir toute la tournure d'un véritable brigand, et pas des plus beaux. En outre, il était forcé de porter, pendant environ sept mois, des vêtements blancs qui, à la longue, étaient devenus d'une saleté repoussante.
Nous devons ajouter que, pendant les cents jours de ce deuil rigoureux, le fils qui a perdu son père couchera sur la dure, et rien au monde ne le ferait consentir à coucher dans un lit. Ce n'est, au reste, que le commencement, car le deuil d'un père dure trois ans; la mort d'un mari impose à la femme vingt sept mois de deuil; celle d'une femme se porte seulement à une année. Nous venons de voir que la perte du souverain est assimilée à celle d'un père, en vertu de la ritournelle connue qu'un souverain est le père de ses sujets.
Ce qu'il y a de plus remarquable encore chez les Chinois, c'est que le terme du deuil officiel est loin d'être celui des témoignages de respect dont on entoure la tombe d'un parent ou d'un ami défunt.

Journal des Voyages, dimanche 23 janvier 1887.

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