samedi 4 novembre 2017

Comment nos pères allaient aux eaux.

Comment nos pères allaient aux eaux.


Un des plus extraordinaires médecins du XVIIe siècle, digne contemporain de Monsieur Purgon et de Monsieur Diafoirus, fut le fameux Delorme que Mme de Sévigné tenait en grande estime.
Il fallait le voir, à l'heure de ses consultations, enfoui dans une chaise à porteurs parmi des oreillers, sous un amas de couverture de laine, et entouré de trois ou quatre braseros remplis de charbons allumés.





Ses ordonnances étaient d'une admirable simplicité. Une jeune femme venait-elle le trouver, se plaignant de vapeurs, de vertiges, de maux de tête: "Madame la marquise, ordonnait Delorme, il faut aller aux eaux." A un gentilhomme revenu de l'armée, avec une blessure à la tête et une jambe cassée, il conseillait: "Monsieur le chevalier, il faut aller aux eaux". A un vieux magistrat, perclus et podagre, il déclarait: Monsieur le Président, il faut aller aux eaux."
Et ceci était dit d'un ton qui ne souffrait pas la réplique.


Ici, on guérit toutes les maladies.

Cet original passait bien pour un peu extravagant auprès de ses confrères, mais non sur ce point: tous partageaient sa foi robuste dans l'universelle efficacité des eaux.
Il y en avait pour toutes les maladies. Avez-vous des maux de tête, manquez-vous d'appétit, êtes-vous goutteux, paralytique, galeux, atteint de fluxion ou d'une "imbécillité d'estomac", buvez des eaux ferrugineuses, excellentes encore pour dessécher les plaies, "désopiler les hypocondriaques et assainir les calculeux". Si vous souffrez de spasmes, de tremblements, d'hydropisie, de coliques ou d'une jaunisse, ce sont les sulfureuses qui vous conviennent. Celles qui renferment du vitriol, essentiellement vomitives, sont favorables aux "maniaques""
Quant aux eaux chaudes, leurs effets tiennent du prodige. Ecoutez plutôt l'éloge qu'en fait un savant confrère de Delorme: "Elles fondent les phlegmes et rectifient les humeurs en séquestrant les impuretés du sang et en leur donnant chemin par les pores du cuir; elles guérissent les maladies de peaux, les douleurs des dents d'origine pituiteuse, venteuse ou vaporeuse, les bondissements d'oreilles, l'épilepsie qui ne provient que d'une plénitude impure du cerveau, etc." Ce serait à souhaiter d'avoir un phlegme ou un bondissement d'oreilles, pour éprouver l'efficacité des eaux chaudes!

Paris, ville d'eaux.

Pour trouver ces eaux mirifiques, ces eaux dont " l'esprit éthéré et minéral" mettait en déroute la gale aussi bien que la goutte et la paralysie aussi bien que le mal de dents, il n'était pas besoin d'aller très loin. Elles jaillissaient, abondantes et pures, aux portes mêmes de Paris. Quelques tours de roue en carrosse ou en coche, et un brave bourgeois du Marais était à même d'éprouver l'étonnante action du mystérieux esprit. 
C'est qu'il y a deux cents ans, Paris était une ville d'eaux! la capitale s'enorgueillissait de deux sources médicales renommées: celle d'Auteuil et celle de Passy, villages qui à vrai dire, ne faisait pas encore partie de Paris, mais qui étaient compris dans sa banlieue. 
A Auteuil, aux flancs du coteau, dans une pièce de vigne, se trouvait une fontaine. On ouvrait la porte fermée à clef, d'une petite construction basse, et, derrière, on apercevait le bout du tuyau, bouché avec un morceau de bois. Cette eau d'Auteuil tuait les poissons et jaunissait de rouille le bouchon de bois, attestant par là sa nature vitrioleuse et ferrugineuse; on la disait "apéritive, détersive, laxative, désopilant surtout le foie et la rate"; on assurait qu'elle était bonne pour la pierre, la jaunisse et les pâles couleurs.
Les eaux de Passy étaient plus appréciées encore. jaillissant à une petite lieue de Paris, au bout de la belle promenade du Cours de la Reine, elles étaient le but agréable de courses faciles. On les trouvait au pied de ce coteau riant d'où l'on dominait aux alentours seize villages. Il y avait là trois belles sources qu'on avait très proprement aménagées pour les buveurs, avec des "regards" voûtés en pierre, pavés, situés en contre-bas et où l'on accédait par un bel escalier que fermait une grille en fer. La fontaine coulait tout le temps. Le propriétaire généreux laissait boire les pauvres pour rien. Les gens de bel air aimaient à venir faire leur cure en carrosse. On trouvait que ces eaux avaient un goût "austère, stypique, acide et martial!". A la vérité, elles comptaient beaucoup de détracteurs. Les uns affirmaient qu'elles rendaient ivre, ce qui n'était pas vrai, car elles n'étaient pas "vaporeuses". Les autres prétendaient qu'elles donnaient des démangeaisons et faisaient se gratter, ce qui n'était arrivé qu'une fois à un médecin qui avait attrapé l'érysipèle.


Les embarras de la route: faites votre testament.

Au surplus, on connaissait dès cette époque presque toutes les stations aujourd'hui à la mode: Vichy et Vals, Pougues et Plombières, Bourbon et le Mont-Dore, Cauterets et Spas. 


Pougues, il y a 80 ans.

Et les moins éloignées de ces sources étant à quatre-vingt lieues de Paris, il fallait donc subir les ennuis d'un voyage long et fatigant.
Non, ce n'était pas une petite affaire que de partir pour les eaux en ce temps-là. Que de précautions! Tout d'abord, il faut bien choisir son temps et ne pas aller à Plombières une année bissextile ou à Bourbon pendant la lune rousse; sinon, vous vous exposez aux pires maux. Ensuite, n'oubliez pas de rédiger votre testament! C'est ce que recommande le plus sérieusement du monde un guide d'alors au voyageur "afin d'éviter toute discussion entre les membres de sa famille, au cas qu'il vint à décéder en chemin".
Le voyage est alourdi et ralenti par tous les bagages qu'on traîne après soi. Voyez avec que équipage se met en route Montaigne qui, pour soigner sa gravelle, va un peu partout, à Plombières, à Baden en Suissse, à Lucques en Italie. C'est tout une caravane qu'il emmène avec lui. Précédé de chevaux de rechange, flanqué d'écuyers et suivi de valets armés veillant sur les bagages, il s'en va par monts et par vaux, à petites journées, restant chaque jour de huit à dix heures sur sa monture. L'allure de la troupe est des plus calmes et rarement les étapes dépassent cinq à six lieues. Une saison aux eaux, y compris le voyage, cela représentait plusieurs mois de l'année!
Quand elle se rend de Paris à Forges, distant seulement de vingt-quatre lieues, la Grande Mademoiselle met, en 1656, près de quatre jours; le premier, elle couche à Poissy, le deuxième à Pontoise, le troisième, elle dîne à Gisors, poursuit sa route pendant la nuit, s'égare dans une forêt et arrive à Forges au petit jour.
Quelle lenteur encore en 1676 pour gagner Vichy! Cette année-là, Mme de Montespan et Mme de Sévigné y vont l'une et l'autre prendre les eaux. La première voyageait dans une calèche à six chevaux avec une suite brillante et imposante de quarante-cinq personnes. Derrière la calèche venait un carrosse "attelé de même avec six filles"; deux fourgons, six mulets pour les bagages fermaient la marche; une douzaine de cavaliers faisaient escorte. Plus modeste, Mme de Sévigné se contenta d'un brave carrosse à quatre chevaux; elle mit neuf jours, et encore parce qu'elle avait de bons chevaux, s'arrêtant à Montargis, à Nevers, à Moulins et en quelques autres lieux.
Au XVIIIe siècle, on va un peu plus vite: en 1760, le coche de Forges partait de la rue Montorgueil le vendredi à midi et arrivait à destination le dimanche matin. Ce fut une révolution dans les habitudes. Néanmoins, en 1787, dix-sept jours sont encore nécessaires pour effectuer le parcours Paris-Barèges. 



Barèges en 1830.

Quant aux malades à qui, vers la même époque, on prescrit le séjour à Bourbonne, il leur faut un courage au-dessus de la moyenne pour suivre l'ordonnance. L'itinéraire comprend d'abord le trajet de Paris à Montereau en coche d'eau, immense barque couverte d'un pont et contenant une grande pièce où s'entassent 400 personnes; on part le matin à cinq heures et, bien qu'il n'y ait que vingt lieues à faire, on trouve moyen de n'arriver que la nuit suivante à trois heures. A Montereau, on monte dans une carriole du pays et l'on gagne Troyes; là, on change encore de véhicule, on passe à Chaumont et l'on finit par faire son entrée en Bourbonne rompu de fatigue, plus mort que vif.


Dans les hôtelleries du temps jadis.

Voici notre buveur d'eau enfin arrivé à destination. Devant la porte de l'auberge, le Soleil d'or, le Coq hardi ou la Cour d'Angleterre, le carrosse ou le coche s'arrête.
Ces auberges des stations thermales sont bien plus confortables que celles des bourgades ordinaires. Celles de Spa, qui disposent, en tout, de onze cents à douze cents lits, sont célèbres dans l'Europe entière pour leur aménagement et leur table. A Luxeuil, au Lion vert, la cuisine est excellente; à Plombières encore, la chère est exquise et les hôtels pourvus de chambre très bien meublées. En revanche, Pougues et le Mont-Dore sont d'affreux "trous", villages sales et boueux, logements dégoûtants.
En 1580, à Plombières, Montaigne, descendu à la plus belle auberge, à l'enseigne de l'Ange, occupait un appartement composé de plusieurs pièces qui ne lui coûtait que quinze sous par jour. A Bourbon-l'Archambault, vers 1660, une belle chambre garnie se louait de douze à quatorze sous par jour, et, en 1676, Mme de Sévigné écrivait à sa fille que la vie à Vichy "n'y coûte rien du tout, trois sous deux poulets et tout à proportion".
Avec mille soins, on décharge les malles, contenant robes et chapeaux. Quand, en 1760, Mme d'Epinay se rendit aux eaux de Cauterets, elle emportait vingt malles "toutes énormes". Trois filles "très habiles, de vraies merveilles" avaient charge de veiller à l'entretien des toilettes qui y étaient contenues.
A peine les voyageuses ont-elles aventuré un pied hors du carrosse, leur première question est: " Y a-t-il beaucoup d'étrangers? Qui donc est déjà arrivé?" C'est avec bonheur que Mme de Sévigné, en arrivant à Vichy, apprend que "jamais il ne s'est vu tant de monde". Le chevalier de Flamarens, M. et Mme d'Albon, Mme de Sourdis, Mme de Brissac "ne sont pas bien" et le marquis de Termes est tout "malingre de goutte"... On aura de la compagnie.

Sévérité et cocasseries de traitement.

Mais tout de suite, ce sont d'autres questions: "Comment prend-on les eaux? Quelle quantité faut-il en boire?" Car il fallait observer scrupuleusement les règles de la Faculté. Alliez-vous vous soigner à Alise, vous ne deviez point dormir l'après-midi, car cela empêche les eaux de sortir: elles gonflent la rate et se portent à la tête. Preniez-vous les eaux de Spa, c'était bien pis. Le traitement dure quarante jours: le premier, prenez un bon lavement; le lendemain matin, faites-vous saigner, puis avalez une purgation; le troisième, mettez-vous à boire. Commencez par six verres, en ayant soin, après chaque verre, de manger une pincée de grain d'anis ou bien de fenouil. Augmentez chaque jour le nombre des verres, jusqu'à seize. Et si vous pouvez boire davantage sans inconvénient, ne vous privez pas! C'était presque la "question" de l'eau. Mais cela n'était pas pour effrayer nos pères, intrépide buveurs. Chaque jour, pendant sa cure à Plombières, Montaigne avalait neuf grands verres; de Thou, en 1581, aux bains de Béarn, aujourd'hui les Eaux-Bonnes, absorbait ses vingt-cinq verres d'eau sulfureuse. Encore passait-il pour modéré auprès d'un jeune Allemand qui en engloutissait cinquante, coup sur coup.

Une journée à Vichy au dix-septième siècle.

Une chose importante, c'était de boire les eaux à l'heure voulue; en certains endroits, tels que Spa, on allait à la fontaine dès quatre heures du matin. 



La fontaine de la Sauvenière, à Spa.

A Vichy on était moins matinal et l'on ne buvait qu'à six heures.
Un peu avant l'heure fatidique, les rues étaient déjà pleines de monde; c'est un brouhaha gai, vif, enjoué, de buveurs et de buveuses se saluant, se complimentant, échangeant d'aimables badinages, tous en déshabillé galant et léger, mais frisés, peignés, poudrés. 





Un petit mur de pierre contre lequel on s'appuie entoure la source; des femmes qu'on appelle poétiquement des nymphes font le service, puisant l'eau dans un bassin et emplissant des gobelets qu'elles tendent. "On boit les eaux et l'on fait une fort vilaine mine, écrivait Mme de Sévigné, qui traitait à Vichy ses rhumatismes, car imaginez-vous qu'elles sont d'un goût de salpêtre fort désagréable."
Quand on quitte la buvette, il est 8 heures. on fait une courte promenade, puis on va à la messe. On rentre pour échanger le déshabillé du matin contre une toilette de jour et l'on se promène encore jusqu'à midi. Cette promenade, c'est l'heure brillante et mondaine de la journée aux eaux. On va, on vient par petits groupes, on se croise, on s'arrête, on se salue, on s'examine à la dérobée. On admire les yeux de Mme de Ludre, la blancheur de teint et les cheveux blonds de Mme de Sourdis, les merveilles de la coiffeuse de Mme de Brissac. Voici une certaine Mme de la Barrois et aussitôt ce sont des sourires et des propos chuchotés.  "Nous avons ici une Mme de la Barrois qui bredouille d'une apoplexie; elle fait pitié mais quand on la voit laide, point jeune, habillée de bel air avec des petits bonnets à double canons et qu'on songe de plus qu'après vingt-deux ans de veuvage elle s'est amourachée de M. de la Barrois qui en aimait une autre et qui l'a chassée de chez lui outrageusement, on a extrêmement envie de lui cracher au nez."
Le jeu des surnoms va son train. C'est ainsi que Mme de Picquigny est appelée la Sibylle Cumée: " elle cherche à se guérir de soixante et seize ans, dont elle est fort incommodée; toute parée, toute habillée en jeune personne, elle croit guérir: elle fait pitié."
Ces malicieux commérages, ces médisances, ces railleries, c'est le grand amusement des villes d'eaux. Une année, à Bourbonne, raconte Diderot, deux baigneuses égayaient chaque jour la société par la bizarrerie de leurs manières., "une Mme de Nocé qui se fait doucher avec son chien, une Mme de Pers qui prend son bain avec son singe, lequel est boiteux et a un sourire hideux."
L'après-dîner (le dîner de nos pères correspondait à notre déjeuner), on se réunit chez l'un ou chez l'autre et l'on joue à l'hombre. Si le temps est beau, vers 5 heures, on fait une excursion sue les bords ravissants de l'Allier. Quelle délicieuse campagne! Mme de Sévigné en est ravie: "mille petits bois, des ruisseaux, des prairies, des moutons, des chiens, des paysans qui dansent la bourrée dans les champs". La marquise raffole de cette bourrée: "C'est la plus surprenante chose du monde, des paysans, des paysannes, une légèreté, une disposition, enfin, j'en suis folle". 




Et pour faire partager à ses amis le plaisir qu'elle éprouve à la voir danser, elle invite des "demoiselles du pays" à venir l'exécuter en leur présence. " Je donne tous les soirs un violon avec un tambour de basque qui me coûte quatre sous; et, dans ces prés et ces jolis bocages, c'est une joie que d'y voir danser les restes des bergers et bergères du Lignon."

La vie de Versailles continue- Intrigues de romans.

Chaque ville d'eaux a ses attraits. Il y en a qui sont certes bien déshéritées. Plombières, pour Voltaire en train d'y soigner ses rhumatismes, n'est qu'un

                              antre pierreux
Entre deux montagnes cornues,
Sous un ciel noir et pluvieux
Où les tonnerres orageux
Sont portés sous d'épaisses nues.

Forges est assommant, et Mme du Deffand, en 1742, s'y ennuie à mourir. "La compagnie est terrible, écrit-elle au président Hénaut, je n'ai trouvé qu'une dame d'Orléans qui m'ait intéressée. Nous donnons aujourd'hui un festin, nous en donnerons encore un autre et nous aurons tous les habitants de Forges qui ont figure humaine."
Cauterets, au dire de l'abbé de Voisenon, "ressemble à l'enfer, excepté pourtant qu'on y meurt de froid. On y est écrasé par des montagnes qui se confondent avec le ciel, on y voit de la neige sur la cime, plus bas sont des fumées qui ressemblent aux fours à plâtre de Belleville". Mais, en revanche, comme la société au XVIIIe siècle y est nombreuse, agréable, choisie! L'année où la duchesse de Choiseul y fait un séjour, on s'y croirait à Paris ou à Versailles. Ce sont sans cesse des dîners, des bals, des soupers fins, comme au Palais-Royal. 




La duchesse de Choiseul, Mme de Stainville, Mme de Périgord, Mme de Clermont-d'Amboise, Mme de Berrier ont chacune leur petite cour. On se dispute d'exquis et de brillants causeurs, comme l'évêque de Soissons et l'abbé Bartélémy; on s'arrache surtout l'acteur à la mode, l'"incomparable" Jélyotte. Chez Mme de Choiseul, chaque jour on fait de la musique, on chante, la maîtresse de maison accompagnant admirablement sur son clavecin. A quatre heures, on se retrouve chez le pâtissier, un pâtissier qui "fait des tartelettes admirables, de petits gâteaux d'une légèreté singulière et de petites tartes composées avec de la crème et de la farine de millet"; on appelle ça des "millasous". "Je m'en gave toute la journée." écrit un commensal de la duchesse de Choiseul.
Admirables occasions pour nouer une intrigue, entamer un roman! Une année, à Cauterets, une jeune veuve, Mme de Plancy, fut sensible à l'empressement que marquait auprès d'elle un officier, M de Quéveron. Celui-ci s'enhardit jusqu'à demander sa main. Mais la famille de Mme de Plancy, qui ne se souciait pas de la voir se remarier, s'opposait de toutes ses forces à l'union. Toute la société à Cauterets se passionnait pour la lutte engagée: on pariait, on faisait des gageures de toute sorte à qui l'emporterait, et finalement ce fut la famille qui dut s'avouer vaincue.

Un individu dont il faut se méfier.

Bals, soupers, toute cette agitation faisait le désespoir des médecins. heureux quand la nuit ne se passait pas à battre les cartes. Toutes les villes d'eaux à la mode possédaient des maisons de jeu où les parties de lansquenet allaient leur train. Un peu mêlée, par exemple, la foule qui se pressait autour des tables.
Dans une de ses comédies, qui se passe justement aux eaux de Bourbon, Dancourt met en scène un personnage qu'on rencontrait fréquemment en ces endroits: il se fait appeler le chevalier, et c'est en effet un chevalier... d'industrie. Ce chevalier de la Bressandière gagne tout ce qu'il veut à un brave gentilhomme de campagne, le baron de  Saint-Aubin.

"Me Guimauvin, notaire.- Il est ici pour une jambe qu'il a eu cassée par un parti de miquelets, à ce qu'il dit, à la descente d'une montagne, mais...
- La Marquise.- Il ne ment que dans les circonstances. La jambe cassée n'est pas un conte; mais ce fut à Paris, dans la rue de l'Université, par un parti de laquais à la descente d'une fenêtre, par où les maîtres l'avaient prié de sortir. Il est un peu sujet aux aventures d'éclat, c'est un de ces fripons de distinction."

De plus en plus, à la fin du XVIIIe siècle et surtout au commencement du XIXe, les villes d'eaux devinrent des villes de jeu. Au temps des dandys, des lions et des gandins, ce n'étaient pas les vertus des eaux qui conduisaient aux bains de Bade, dans la Forêt-Noire, la station à la mode, une foule élégante venue des quatre coins de l'Europe, mais bien plutôt l'attrait des folles parties de roulette qui faisaient ruisseler l'or sur les tapis verts.



Forges et ses fontaines en 1696.

Bade aujourd'hui est déchue de sa splendeur, mais d'autres villes d'eaux l'ont remplacée. On voit ainsi quel a été de tout temps, à côté de la bienfaisante action des eaux, l'inconvénient de certaines stations. Fuir l'ennui est bon, mais cet excès de distractions et de plaisirs variés fait songer à la boutade d'un humoriste: "Il faut être très bien portant pour aller aux eaux."

Lectures pour tous, juillet 1908.




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