lundi 16 octobre 2017

Lille.

Lille.


S'il faut en croire divers auteurs, Lille devrait son origine à un château bâti par Jules César. On ignore où était ce château; plusieurs le placent aux environs de l'église Saint-Maurice; il paraît plus vraisemblable qu'il a été où est présentement le cirque; son élévation et les fossés qui l'entourent désignent encore l'emplacement d'une antique forteresse; sa position dans une île formée par la Deûle aura vraisemblablement donné le nom de Lille, Illa, à la ville qui s'est formée autour d'elle.
Cette ville fut ensuite la demeure des châtelains que les Romains laissaient dans les pays qu'ils avaient conquis, et enfin des forestiers qui gouvernèrent la Flandre sous les rois de la première race jusqu'aux comtes de Flandre.
Baudouin IV, dit à la belle barbe, sixième comte, trouvant que la ville, qui s'était bâtie autour du château, pouvait faire un poste de résistance, la fit entourer de murs en 1030; son fils continua l'ouvrage; en 1047, il termina l'enceinte, y fit percer quatre portes, et obtint le surnom de Lille, à cause des grands établissements qu'il fit dans la cité.
En 1128, Lille soutint un premier siège contre Louis le Gros, qui fut obligé d'abandonner. Philippe-Auguste en fit le deuxième siège, en 1213, et s'en empara; le roi reprenait la route de la capitale lorsque les habitants se révoltèrent et chassèrent les troupes qu'il y avait laissées; Philippe-Auguste revint sur ses pas et réduisit la ville en cendres; l'incendie fut si violent que le terrain marécageux s'enflamma. C'est cependant à ce désastre que Lille doit son premier agrandissement; la cité fut rebâtie; elle s'accrue de la paroisse de Saint-Sauveur; elle eut alors six portes.
Après Baudouin et la princesse Jeanne, nul souverain n'a plus favorisé Lille que Louis XIV; sous son règne, la ville s'est fortifiée; aussi au-dessus de la porte de Paris on voit le buste du grand roi couronné par la Victoire. On s'est occupé récemment à restaurer une partie des ornements de la porte de Paris; c'était justice, surtout à l'égard de Mars et d'Hercule qui furent dénoncés comme aristocrates en 1793, et à qui on avait coupé la tête. Pendant plus de trente ans, ces deux infortunés figurèrent dans cet état; mais le jour de la justice étant arrivé, Hercule et Mars durent avoir part aux restitutions, et on leur remit la tête sur les épaules; Que n'a-t-on pu en faire autant à bien d'autres victimes?
La défense de Lille a été complétée par Vauban. La citadelle est une des plus belle qu'il ait en Europe; elle est séparée de la ville par une vaste esplanade, dont une partie est plantée de plusieurs allées d'arbres et forme une promenade agréable, la seule qui existe à Lille. La position de cette forteresse est telle qu'on ne peut l'attaquer qu'après la prise de la cité, ce qui ajoute beaucoup à sa force et à son importance. Vauban n'a rien négligé pour lui donner le degré de perfection que savait atteindre son génie; les fossés sont larges, profonds, bien entretenus; toute la garnison, en cas de bombardement, peut s'abriter sous des casemates; les dehors sont couverts, d'un côté par un grand retranchement en forme de digue, de l'autre par un fossé rempli d'eau. 
Au-dessus de la porte d'entrée, vers l'esplanade, on lit une longue inscription latine en l'honneur de Louis XIV; une seconde porte donne sur la campagne, et ne s'ouvre qu'en cas de siège. Enfin, Lille, qui compte une population de soixante dix mille âmes, rivalise, comme place forte, avec les plus formidables cités de France et de l'Europe; c'est aussi une des plus importantes villes du royaume, et la plus considérable de tous les départements du nord.
De la force matérielle, passons à la force morale, de la citadelle aux églises. La plupart des paroisses de Lille possèdent quelque chose digne de remarque. 
- L'église Saint-André est une des plus belles; elle a été dévastée dans les mauvais jours de la révolution, mais depuis on l'a restaurée avec soin; sa façade, ornée de colonnes, est d'une élévation imposante.
- L'architecture de l'église Sainte-Catherine est simple et noble; comme presque tous les vieux monuments, elle a le défaut d'être encadrée dans de grossières constructions; il y a dans le chœur un magnifique tableau de Rubens, représentant le martyre de Sainte-Catherine. La haute tour qui s'élève au-dessus de l'église porte le télégraphe de Lille.
- L'église Saint-Madeleine, couronnée par un gracieux belvédère, se distingue par sa coupole élégante des autres édifices religieux de la cité.
- L'église Saint-Sauveur possédait une belle flèche gothique qui servit de point de mire aux Autrichiens lors du fameux siège de 1792; cette flèche fut renversée par les boulets ennemis.
- Enfin, l'église Saint-Maurice, vénérable édifice du XIIe siècle, est le plus antique, le plus vaste des monuments de la cité, remarquable par l'élévation de ses arceaux et le nombre de ses chapelles. La grosse tour qui menaçait ruine a été abattue depuis plusieurs années.
L'ancien château de Courtrai, à Lille, avait été construit en l'année 1300, par Jacques Châtillon, d'après les ordres de Philippe le Bel, maître depuis peu de la cité, et qui n'avait pas lieu de compter sur le dévouement des habitants. 



En effet, Jacques Châtillon fut expulsé deux ans plus tard, et la ville se retrouva au pouvoir de Jean de Namur, fils du comte de Flandre. En 1577, le château de Courtrai fut démoli par ordre des états-généraux réunis à Bruxelles, ainsi qu'on l'avait fait de la plupart des citadelles des Pays-Bas, afin d'ôter aux insurgés l'occasion de s'en emparer et de s'y maintenir.
Philippe II ratifia cette mesure, et accorda le terrain avec les matériaux provenant des démolitions; une partie des fossés qui entouraient le château subsiste encore; cet emplacement, ainsi que le faubourg de Courtrai, a été enclavé dans Lille par l'agrandissement fait en 1617. 
Le palais de Rihour fut bâti en 1430; Charles-Quint et Philippe IV, son arrière-petit-fils, l'ont habité; ce dernier le céda, en 1660, aux magistrats, et il sert aujourd'hui d'hôtel-de-ville. L'aile droite, avec ses tours à créneaux et ses croisées gothiques, date du XVe siècle; l'aile gauche est moderne, un incendie l'ayant consumée il y a plus de cinquante ans.

Le Magasin universel, septembre 1837.

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