dimanche 15 octobre 2017

Ceux de qui on parle.

Le chansonnier Montoya.


M. Montoya est né à Alais, mais il a passé sa jeunesse à Perpignan, puis à Lyon. C'est dans cette ville qu'il commença ses études de médecine; c'est là aussi qu'il écrivit, seul ou avec M. Maurice Boukay, ses premières chansons.
De Lyon, il se rendit à Paris pour y conquérir la célébrité. Comme médecin? Peuh! Sachez que M. Montoya est "un littérateur dont la médecine a charmé les loisirs". C'est écrit en toute lettre dans la préface de sa thèse.
Malheureusement, M. Montoya, à Paris, trouva les places prises. Sans se lasser, il promena de café en café, du Caveau de la Gauloise à celui des Alpes Dauphinoises, du quartier latin à Montmartre, ses strophes sentimentales.
Le public parisien lui sut gré de sa bonne volonté et fit bonne mine à ses romances simplettes. Mais une grave pleuro-pneumonie, contractée par le jeune poète, faillit mettre les lettres en deuil. Déjà, quelques journaux avaient publié des chroniques nécrologiques (auxquelles des mauvaises langues prétendaient que le "mort" aurait collaboré) quand il entra en convalescence.
Les Lettres se réjouirent et la Médecine aussi. Mais une nouvelle déconvenue attendait le poète. Quand il voulut quitter la maison paternelle où il avait achevé de se rétablir, M. Montoya père refusa de le laisser repartir à Paris et l'envoya à Montpellier. Il y chanta de nouvelles chansons et y soutint une thèse sur "l'antitoxine tétanique".
Désireux de voir du pays, il s'engagea alors comme médecin à bord des navires de la Compagnie Transatlantique. Pendant dix-huit mois, il visita tour à tour les côtes de l'Afrique et celles d'Amérique, après quoi il donna sa démission et, laissant là ses malades, retourna au Chat-Noir.
Quand il put quitter la réserve professionnelle, mettre son chapeau en arrière et les mains dans ses poches, quand il entonna devant un public joyeux et sympathique les couplets de Tes Yeux, le docteur Montoya ressentit sûrement plus de joie que s'il avait découvert le remède du cancer.




Depuis cette bienheureuse année 1894, M. Montoya n'a plus cessé de rimer. La chanson eut toujours ses faveurs; (N'a-t-il pas écrit modestement: "Je crois occuper dans la chanson littéraire une des premières places.") Mais sans délaisser la chanson, il s'est évertuer à écrire quantité de piécettes, de scènes lyriques, et même de drames en cinq actes et en vers. Il paraît que M. Montoya tient en réserve dans ses cartons cinquante-quatre pièces de théâtre. Ce chiffre est-il gros de menaces ou de promesses?
Faut-il souhaiter que les pièces de M. Montoya continuent à reposer en silence dans ses cartons? C'est aux directeurs qui jouèrent le Frisson de la Gloire et le Baiser de Phèdre à répondre.
M. Montoya a bon cœur. Ayant accompagné Silvain dans une tournée qu'il fit en Algérie; il accepta pour boucher un trou, de jouer au pied levé de petits rôles d'Hernani et de la Fille de Roland. En 1899, il avait donné une autre preuve de sa bonne volonté en posant sa candidature au poste de conservateur du Musée d'Eunery. Comme il n'avait aucune compétence pour cet emploi, il ne cherchait évidemment par là qu'à tirer le Ministre d'embarras, dans le cas où il n'aurait personne qui acceptât cet emploi. Certainement M. Montoya a bon cœur.

                                                                                                                       Jean-Louis.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 16 août 1908.



Nota de Célestin Mira:  "Les veuves du Luxembourg" chanté par Gabriel Montoya, enregistrement de 1907.





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Elles vont, les yeux baissés
Et marchent à pas pressés, 
Un doigt soulevant la jupe,
Et malgré le voile noir
Qui les cache, l'on peut voir
Qu'un désir les préoccupe.
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Peut être les reins brisés
Par leurs terribles baisers,
Tu viendras aux saisons neuves
Promener au Luxembourg
Ton corps fatigué d'amour
Las de consoler des veuves.

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