jeudi 21 septembre 2017

Les mystères de l'eau de Cologne.

Les mystères de l'eau de Cologne.


Depuis 1709, dix personnes seulement ont été initiées au secret de la fabrication de l'eau de Cologne. Jamais mystère d'Etat ne fut gardé avec plus de vigilance.
Nous sommes entrés, dit le rédacteur du Leisure Hour, dans la pièce où l'on conserve la recette écrite de la main de Jean-Marie Farina*. Ce document, qu'on ne nous a pas laissé voir, est roulé dans un gobelet de cristal enfermé lui-même dans une caisse à triple serrure. Nous étions dans la chambre qui servait de laboratoire à l'inventeur. C'est là que se trouve encore aujourd'hui l'immense machine où l'on mêle les huiles en faisant tourner une manivelle. Ce mécanisme ressemble à un appareil destiné à fabriquer le beurre.
Toute cette partie du bâtiment est construite en pierre et en fer et elle est protégée par des portes à double serrure. On voit à l'entrée de la pièce un vieux coffre de bois sculpté muni de robinets qui servait autrefois à remplir les bouteilles, et dont les dimensions rappellent les modestes origines de la maison
Les caves ne sont pas moins intéressantes à visiter que le laboratoire. Elles sont divisées en compartiment séparées par d'épaisses murailles. Pour empêcher un incendie de se communiquer de proche en proche, chaque cellier est entièrement isolé et ne communique qu'avec la voie publique. Autour de ces pièces sont rangés des tonneaux énormes remplis d'eau de Cologne.
Ces tonneaux sont en bois de cèdre que l'on fait venir du Liban. Le bois est transporté à Marseille où il est transformé en futailles. Il n'est rien qui vaille le cèdre pour la conservation des parfums, car il est très résistant et ne communique aucune odeur au liquide.
Les fûts n'arrivent pas vide à Cologne; avant de les envoyer à destination, on a soin de les remplir d'esprit de vin français. Le droit perçu à la frontière allemande est très élevé. Il est de 200 francs pour 100  kilogrammes, sans compter la taxe auquel les bois des tonneaux sont assujettis.
L'alcool provient de la distillation de raisins achetés aux environs de Narbonne où se trouve un établissement qui dépend de la maison Farina. Il n'y avait pas d'autre moyen de se procurer des produits d'une pureté absolue.
Il y a dans les caves de la Jülichs Platz des tonneaux qui sont en place depuis une cinquantaine d'années. Quelquefois les futailles éclatent et une surveillance très attentive est indispensable pour éviter les accidents.
Pour transformer l'alcool en eau de Cologne, les procédés de fabrication paraissent assez simples. Dans un tonneau à moitié plein d'alcool, on verse les huiles essentielles et on achève de le remplir avec de l'alcool. Au bout de quinze jours, le mélange est complet, les réactions chimiques se sont opérées et il ne reste plus qu'à soutirer le liquide. Le résidu qui s'est formé au fond de la futaille est une lie verdâtre qui est, dit-on, un remède efficace contre les rhumatismes.
Les huiles essentielles, dont la fabrication est entourée d'un impénétrable secret, sont conservés dans de petits bidons en fer-blanc protégés par une enveloppe de bois. Le contenu de chacun de ces bidons vaudrait au moins deux mille francs.
Il paraît que l'eau de Cologne s'améliore en vieillissant. Le Magasine anglais affirme qu'il existe dans les caves de la Jülichs Platz des flacons qui datent de 1750, mais d'ordinaire, on n'attend pas près de deux siècles pour livrer les marchandises à la consommation; on se contente d'un délai de six mois.

Le petit moniteur illustré, dimanche 17 mars 1889.


* Nota de célestin Mira:  Jean-Marie Farina, originaire d'Italie,  a fondé à Cologne, en 1709 la plus ancienne maison de parfum de l'époque moderne et fut le créateur de l"eau de Cologne."





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