jeudi 28 avril 2016

Sur la famille de Ronsard.

Sur la famille de Ronsard.

A l'occasion de l'article publié l'an dernier sur le manoir de la Poissonnière et sur Ronsard, on nous a fait quelques observations qui tendent à faire douter de la véracité du poëte en ce qui se rapporte à sa généalogie.
Il se peut, en effet, que Ronsard ait reculé plus que de raison le point de départ de sa famille et lui ait attribué, sans assez de fondement, une noblesse quasi légendaire, en se donnant pour ancêtre un certain Baudouin, marquis à la fois hongrois et bulgare.
Et cependant, dès le seizième siècle, à partir de Claude Binet, son premier biographe, et du cardinal Duperron qui fit son oraison funèbre, ses contemporains comme ceux qui sont venus après, depuis Moréri jusqu'à Sainte-Beuve, ont accepté sans discussion la généalogie du poëte; il est vrai que Bayle dans son Dictionnaire, se borne à dire que Ronsard était de noble maison, et que son annotateur Desmaiseaux ajoute "qu'il faut mettre le marquisat en question au nombre des chimères que la plupart des maisons nobles racontent de leurs premiers fondateurs."
Mais, dans la séance de l'Académie des inscriptions du 25 juin 1875, l'un de ses membres a cru pouvoir réduire les prétentions du poëte à des prétentions très-modestes; suivant ses recherches, la noblesse de Ronsard ne remonterait qu'à son aïeul et à son père, l'un et l'autre monnayeurs à Bourges, cette profession ayant la prérogative connue de conférer la noblesse.
Cette assertion a, depuis, donné lieu à quelques recherches. Il faut partir de ce fait incontestable que Louis de Ronsard, père du poëte, était chevalier de l'ordre et maître d'hôtel du roi Henri II. On peut d'abord mettre en doute que cette fonction ne se conciliât pas avec la profession de monnayeur, et que cette dernière s'accordât avec les hautes alliances de la famille de Ronsard et des nobles maisons des la Trémouille et des du Bouchage. Des renseignements précis constatent d'ailleurs, que la charge de maître de la monnaie à Bourges était, à cette époque, comme inféodée, suivant l'expression d'un chroniqueur, à une famille Peloude, dont une branche reçut même le surnom de Peloude de la Monnaie.
Relativement au nom, il est à remarquer qu'au quinzième et seizième siècles, Bourges a compté parmi ses principales familles bourgeoises une ou plutôt deux maisons dont les noms se rapprochent beaucoup: les Rousard et les Arousard; d'où cette supposition que de la première aurait pu descendre la famille de Ronsard, soit qu'on admette le changement assez fréquent dans notre langue de la diphtongue ou et de la voyelle on, soit qu'on ait fait confusion facile de la lettre u avec la lettre n dans la lecture des originaux manuscrits; tandis qu'en s'appuyant sur le témoignage des documents imprimés et présentant le plus de garantie, tels que l'Histoire du Berry de la Thaumassière, les Privilèges de Bourges, attribués à Thoubeau, etc., partout on trouve le nom précité imprimé Rousard et jamais Ronsard.
Comme de raison, et suivant l'usage d'alors, cette famille de grosse bourgeoisie se décora d'armoiries fort compliquées et qui n'ont pas le moindre rapport avec le blason bien connu et très-simple des Ronsard.
Une dernière preuve vient confirmer la noblesse d'extraction de Pierre de Ronsard, et attester que ses descendants avaient droit à la qualité de gentilshommes, sans la devoir aux fonctions monétaires qu'on leur attribue. Un entrefilet du journal l'Intermédiaire, du mois de mars 1866, page 164, constate qu'on trouve aux archives d'une petite commune de la Sarthe (La Chapelle-Gaugain), dès 1544, d'abord un Claude de Ronsard; puis en 1567, un Loys et un Charles; enfin l'année suivante, Pierre, l'illustre poëte vendômois: tous nés au château de la Poissonnière, à six ou sept kilomètres plus loin; ils étaient aussi seigneurs de la Chapelle-Gaugain, où leurs armes, trois poissons (trois ronces), sont sculptées en plusieurs endroits autour de la nef de la vieille église.
Quel que soit le succès de cette sorte de réhabilitation, il est une autre noblesse inséparable désormais du nom de Ronsard: c'est la noblesse de son esprit. (1)

(1) C'est à la parfaite obligeance et au savoir de M. Boyer, membre de la Société historique du Cher, que sont dues les investigations curieuses ayant trait au nom et à la noblesse monétaire attribuée à Ronsard, et dont il n'a été possible de donner qu'un extrait.

Le Magasin pittoresque, mars 1876.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire