samedi 19 mars 2016

Jean Courtois.

Jean Courtois.
(Assiettes en émail)


Parmi les œuvres charmantes ou curieuses du seizième siècle qu'avait rassemblées à l'Exposition rétrospective de Tours une commission d'hommes dévoués à l'histoire de l'art français, on admirait six petites assiettes en émail, aussi remarquables par leur exécution que par les compositions et les ornements dont elles étaient ornées.
Les lettres J. C. qu'elles portent toutes au revers indiquent le nom de leur auteur, Jean Courtois, un des plus féconds et des plus élégants artiste émailleurs de Limoges.
Fils de Robert Courtois, habile peintre verrier de la Ferté-Bernard, dans le pays du Maine, Jean commença par étudier avec son père l'art de peindre sur verre, et non sans succès, semble-t-il, puisque, d'après un document conservé dans les archives de l'église de la Ferté-Bernard, nous le voyons chargé, en 1533, de l'exécution de trois verrières pour la chapelle du chevet de l'église. Le peu de documents qu'on a sur cet artiste n'indiquent pas à quelle époque et par suite de quelles circonstances il abandonna la peinture sur verre pour se livrer à la pratique de l'émaillerie; mais il est à présumer qu'il se consacra de bonne heure et tout entier à cet art, qui venait d'entrer dans une voie nouvelle et qui offrait aux artistes des ressources bien faites pour les tenter.
L'industrie de Limoges, en effet, après avoir brillé d'un vif éclat pendant toute la période du moyen âge, après avoir fourni de châsses et de reliquaires somptueux presque toutes les églises de la chrétienté, avait vu, sous des influences diverses, s'éteindre peu à peu la prépondérance qu'elle s'était acquise; ses ateliers étaient pour la plupart fermés dans la dernière moitié du quinzième siècle, et ceux qui restaient en activité ne produisaient plus que quelque ouvrages grossiers qui accusaient la décadence d'un art dans lequel la vieille cité limousine n'avait pas de rivale.
Mais au commencement du seizième siècle, cet art dégénéré se transforma subitement comme beaucoup d'autres, et prit une vigueur et une extension que justifiait la perfection de nouveaux procédés.
L'émail des peintres, c'est ainsi qu'on le désigne, grâce à sa finesse et à sa précision, permit aux artistes de reproduire de façon charmante, facile et durable, les gracieuses compositions des artistes italiens et des petits maîtres français et allemands. Le modelé par transparence sur un fond coloré en brun violacé, en noir ou en bleu foncé légèrement rehaussé d'or, donnait aux coupes, aux aiguières et aux plats d'apparat une richesse nouvelle. Ainsi les produits de Limoges jouirent-ils bien vite, non-seulement chez les hauts personnages, mais aussi dans la riche bourgeoisie, d'une vogue considérable en France, en Italie et surtout en Allemagne. Un grand nombre d'artistes verriers se mirent à l'émail et y acquirent promptement une grande renommée, Jean Courtois fut de ceux-là.
Comme presque tous ses collègues, il produisit beaucoup, se bornant à copier des compositions qu'il arrangeait quelquefois et qu'il accompagnait d'ornements puisés principalement dans les œuvres des petits maîtres français et allemands.
Les assiettes que représentent nos gravures sont faites d'après la série des Mois d'Etienne Delaulne. 














Assiettes en émail, par Jean Courtois, dans la collection de M. Jean Palustre, de Tours.
Dessins d'Edouard Garnier, d'après les photographies de M. Blaise, de Tours.

Plusieurs artistes de Limoges se sont plu à reproduire ces sujets; le Musée du Louvre et quelques riches collections particulières en possèdent du même genre, exécutées non-seulement par Jean Courtois, mais aussi par Pierre Reymond, Pierre Courteys, Jean Court, etc. Quelques-unes portent des armoiries.
Toutes ces assiettes, d'une exécution et d'un fini précieux, sont peintes en grisaille, rehaussé d'or sur fond noir; les carnations sont légèrement saumonées; le revers est toujours richement orné de guirlandes, de rinceaux, de rosaces, de masques, etc. d'une grande variété d'arrangement.

Le Magasin pittoresque, décembre 1877.

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