jeudi 19 novembre 2015

1er mai 1907.

1er mai 1907.

Il s'est passé sans que Paris ait vu se déchaîner sur lui l'orage de la guerre sociale. L'ordre n'a pas été troublé dans ses rues, il ne l'a, d'ailleurs été nulle part sérieusement, et, sans un assez gros incident à la place de la République, la journée eût été plutôt calme.
Cet incident, c'est à un étranger qu'il est dû; à un jeune tailleur russe, qui, du haut d'un omnibus, a tiré plusieurs coups de revolver sur les soldats de service. La voiture se trouvait à la hauteur de la rue du Temple, quand, brusquement, et sans que rien dans son allure ait pu faire pressentir son acte, on le vit se lever et décharger rapidement son arme sur un peloton de cuirassiers qui passaient. Deux projectiles portèrent: l'un qui alla s'aplatir sur la cuirasse d'un cavalier, l'autre qui frappa, sans le blesser, heureusement, un soldat d'infanterie.
Cet attentat, que rien n'excusait, reçut presque immédiatement un premier châtiment. La foule exaspérée, en effet, se rua sur l'individu, que les agents venaient de précipiter à demi de l'impériale, et ce n'est pas sa faute s'il arriva vivant jusqu'au prochain poste de police.



C'est, comme on vient de le dire, un sujet russe du nom de Jacob Law. Il s'est déclaré anarchiste, et n'a montré aucun regret de son acte, bien au contraire.
- Je voulais, aurait-il répondu, tirer sur des chefs, sur des officiers; tant pis si j'ai atteint des soldats.
En province, il ne s'est produit d'incidents un peu graves qu'à Dijon, où un agent de police a été assommé, ou peu s'en faut, au cours d'une bousculade, à la sortie d'une réunion publique, et à Nancy, où les grévistes et la troupe se sont heurtés un moment.
Toutefois, les arrestations y ont été nombreuses, nombreuses comme à Paris, d'ailleurs, où elles ont atteints près d'un millier.

Les Annales politiques et littéraires, Revue universelle paraissant le dimanche, 12 mai 1907.

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