samedi 4 avril 2015

Ruines de l'abbaye de Mortemer.

Ruines de l'abbaye de Mortemer.
                                     (Eure)



A peu de distance d'Ecouy, au milieu de la forêt de Lyons, s'élèvent les belles ruines de l'abbaye de Mortimer. Beaumont, dans le Vexin normand, avait été le berceau d'une abbaye fondée, en 1130, par Robert de Candos, gouverneur du château de Gisors, en reconnaissance peut-être de ce qu'il avait échappé à la trahison qui avait menacé ses jours à Gisors. Mais, soit que les descendants de Robert n'eussent point conservé leur protection aux moines de Beaumont, soit que ces pieux cénobites aspirassent à une vie plus cachée, à l'aspect d'une nature moins riante et plus sauvage, ils quittèrent Beaumont après une résidence de quelques années et s'en allèrent à la recherche d'une autre solitude.
Dans la forêt de Lyons, est un vallon étroit et ombragé, dirigé du sud-ouest au nord-ouest. Les cris des oiseaux de proie et le murmure d'un faible ruisseau étaient, aux premières années du XIIe siècle, comme ils le sont redevenus aujourd'hui, les seuls bruits qui troublassent le silence solennel de cette nouvelle Thébaïde. Les eaux du ruisseau, violemment contrariées dans leurs cours disparaissaient tout à coup, puis se montraient de nouveau pour disparaître encore, et formant une espèce de marais entre le point d'où elles tiraient leur origine et celui où elles allaient se perdre, avaient donné à ce lieu le nom de Mortemer, nom qu'une bataille fameuse avait rendu cher aux Normands. 
C'est dans cette vallée solitaire, dans ces profondes retraites, asile assuré contre le tumulte et les distractions du monde, que se réfugièrent les moines de Beaumont.
Henri 1er, qui n'avait plus alors qu'un triste et rapide séjour à finir sur la terre, Etienne et Geoffroy Plantagenet, Henri II, Richard Cœur-de-Lion, protégèrent et dotèrent le monastère naissant, qui, ayant adopté la règle de l'ordre de Cîteaux, avaient besoin de la libéralité des princes pour devenir, comme les autres maisons de l'ordre, un refuge ouvert à tous les voyageurs.
La reine Mathilde, femme d'Etienne Plantagenet, concourut aux dépenses de la construction de l'église, qui ne fut cependant commencée que sous Henri II. Les travaux durèrent trois ans, et coûtèrent plus de mille livres de cette époque. Il ne restait plus qu'à élever le chevet, ou chœur des moines, dont les fondements furent jetés, de 1178 à 1180, par l'abbé Richard de Blosseville, et qui fut terminé par son successeur Guillaume pendant les dernières années du siècle. Henri II célébra à l'abbaye de Mortimer le commencement du carême en 1161, et avec toute sa cour il reçut les cendres des mains de saint Pierre de Tarentaise, légat du pape.
Tel est le seul souvenir qui se rattache à l'abbaye de Mortimer; mais si l'histoire a peu de chose à lire dans ses ruines, le peintre y trouvera les motifs les plus pittoresques, l'architecte d'intéressants sujets d'études. 


Ces beaux restes appartiennent aujourd'hui à une riche Anglaise, dont la sollicitude éclairée veille à leur conservation; mais malheureusement ce n'est que depuis peu d'années que cette propriété a passé dans ses mains, de celles d'un chaufournier, qui chaque jour démolissait une ogive, ou une colonne, dont les pierres lui servaient à faire de la chaux.
C'est ainsi que chaque jour encore un ignoble vandalisme fait disparaître de la surface de la France tant de beaux monuments dont elle devrait être fière.

                                                                                                                    Ernest Breton.

Magasin universel, janvier 1837.


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