Adultère.
Enluminure française du XIIIe siècle. Il s'agit d'une lettrine enluminée intitulée "De adulterio et abrupto".
On voit un couple, nu dans un lit, et trois soldats dont l'un vient constater l'acte de chair en cours. L'image semble assez surprenante avec le décalage qui existe entre la passivité du couple et les soldats en arme. Et on comprendra vite pourquoi lorsqu'on constate qu'il s'agit d'un copié-collé d'une image déjà utilisée. Au XIIe siècle les enlumineurs n'inventaient pas des illustrations à chaque fois. Ils disposaient de modèles qu'ils adaptaient plus ou moins en fonction des besoins. En l'occurrence, cette fois-ci, il s'agit d'une image tirée d'une illustration du Martyre de Saint-Thomas Becket ou un roi était assassiné pendant son sommeil. A la place du roi, l'enlumineur a dessiné un couple, sans retoucher les soldats. Et cette lettrine ainsi illustrée a pris place dans le "Decretum Gratiani" ("le Décret de Gratien"), l'un des textes majeurs à la fois juridique et théologique du moyen âge.
Sous l'impulsion de l'Eglise catholique, le mariage a profondément évolué au moyen âge à partir du XIIe siècle. Pour l'Eglise, le mariage n'est valide que s'il y a consentement libre et mutuel. Auparavant, c'était les chefs de famille qui vendaient ou donnaient les filles sans les consulter. Par ailleurs, un âge minimum légal est fixé pour pouvoir convoler, 12 ans pour les filles et 14 ans pour les garçons.
Cependant, le mariage reste une alliance entre deux familles qui se traduit par des exigences financières pour les familles aisées, une dot versée à la mariée par sa famille et un douaire versé par le marié à son épouse. Ce capital servait à la femme si elle se retrouvait veuve.
De plus pour être reconnu par l'Eglise, le mariage devait être consommé charnellement. Un mariage non consommé du fait de l'un ou de l'autre des conjoints pouvait être annulé par l'Eglise.
Afin d'éviter tout problème de consanguinité, l'Eglise a imposé des règles très strictes. Il était interdit de se marier avec une personne partageant un ancêtre jusqu'au 7e degré de parenté. Cependant, le Concile de Latran IV en 1215 a assoupli cette règle en la ramenant au 4e degré.
Le divorce n'existait pas, le mariage était éternel, mais deux recours étaient possible: la séparation de corps (et de lit) qui permettait aux couples de vivre séparés et l'annulation dans le cas d'un lien de parenté caché ou de l'absence de consentement. Dans ce cas l'Eglise proclamait que le mariage n'avait jamais eu lieu.
Le décor étant posé, revenons à notre cas d'adultère. Au moyen âge, l'adultère était un péché majeur pour l'Eglise et un crime grave pour la justice laïque. Il menaçait la paix sociale, la pureté des filiations et la transmission des patrimoines. Deux tribunaux pouvaient intervenir: le tribunal laïque du Seigneur ou le tribunal de l'évêque pour la justice ecclésiastique. Un procès devant le tribunal ecclésiastique suivait un processus d'enquête très strict alors que la justice du seigneur était plus expéditive. L'Eglise exigeait des preuves irréfutables pour éviter les fausses accusations. Elle exigeait des témoins capables de jurer avoir vu les amants s'embrasser ou être surpris au lit. Mais se trouver seul à seul dans un lieu clos dévêtu suffisait de preuve.
La justice du seigneur local prononçait souvent des peines d'infamie pour dissuader les autres tentatives. La peine le plus fréquente était la course à travers la ville. L'homme et la femme adultères étaient déshabillés et devaient courir entièrement nus par les rues de la ville sous les huées, les insultes et les jets d'ordure. Une autre sanction consistait à lier les amants nus par le cou et les parties génitales, le bourreau ou le mari trompé les promenant à travers le marché.
Une femme reconnue coupable d'adultère perdait sa dot qui devenait propriété du mari et aussi son douaire. Les amants, quant à eux, se voyaient frapper d'amendes considérables. Les femmes de la noblesse et de la bourgeoisie pouvait éviter le scandale public en acceptant le bannissement dans un cloitre. Le mari pouvait décider d'y enfermer sa femme à vie. Elle était tondue, vêtue de l'habit de pénitence et condamnée à des prières quotidiennes pour racheter sa faute.
Dans le droit romain ou dans d'anciennes coutumes féodales, s'il surprenait les amants en fâcheuse posture, le mari bénéficiait d'une grande tolérance. S'il tuait sa femme et son amant la justice lui accordait des lettres de rémission estimant que la défense de l'honneur et la colère étaient légitimes. Dans certaines régions d'Espagne ou d'Italie, la loi permettait de couper le nez et les oreilles de la femme adultère et de castrer l'amant.
Si l'affaire était jugée par un tribunal ecclésiastique, les peines étaient spirituelles: jeûne prolongés au pain et à l'eau, obligation de faire un pèlerinage, à Rome ou à Saint-Jacques de Compostelle, parfois une excommunication temporaire.
Voilà pourquoi le déploiement de la soldatesque pour ce délit de chair revêt un côté comique, voire surréaliste à cause de la paresse d'un moine.

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