dimanche 24 septembre 2017

Curieuses lettres de sauvages à l'Exposition.

Curieuses lettres de sauvages à l'Exposition.


Quelques uns des Okandas qui se trouvent sur l'esplanade des Invalides ont prié M. de Brazza de bien vouloir transmettre leurs nouvelles à leur famille. M. de Brazza a immédiatement satisfait à ce désir et il a pris lui-même note sur un calepin des réflexions que les Okandas désiraient envoyer au Congo. Voici les principaux passages traduits de trois de ces lettres:

Agoulamba à Ngiogoni (petite poule), son frère, au village de Djangui, terre de Bongi, district de Lopé.

Va chez ma mère Chiono, au village d'Oleko, et dis lui que son fils se porte bien. Garde bien mon fétiche de famille: offre lui du poisson, des bananes et une poule. Va chercher trois grands féticheurs qui feront à mon intention une cérémonie pour qu'il m'arrive rien de mal dans ce voyage. Dis à tout le monde que nous sommes dans une ville qui est, à elle seule, aussi grande que tout le territoire des Okandas. recommande bien à tout notre monde de bien veiller sur nos femmes, surtout quand elles iront loin aux plantations ou à la pêche.

M'Bengo, chef de pirogue, à Rembangue, à son frère, au village d'Odembe, district d'Aschuka.

Dis à tous les Okandas, qui nous conseillaient de ne pas aller si loin, que, malgré tout ce qu'ils pensaient, le voyage s'est très bien passé, et personne n'a été malade. Et tout le monde est bien content ici. Et nous mangeons de la viande tous les jours. Et tu vas dire à M'Bico, du village de Boya, qu'il aille construire une grande case, qui sera prête à mon retour. Je le payerai avec des marchandises, car j'en aurai gagné beaucoup.

Lettre de Mamoaka, chef de pirogue.

Qu'on fasse appeler Lemba et Lendé, mes deux frères, Niati et Sobi, mes neveux, et mon oncle Limoassa. Et qu'on leur dise d'aller au village de Duomalambomba, où s'est sauvée une de mes femmes, Micadilemba. et qu'ils s'arrangent avec la famille pour qu'elle revienne au village.
Si elle rentre, je récompenserai bien sa famille à mon retour. Et si celle-ci réclame de suite des marchandises, que mes parents les lui avancent. A mon tour je saurai récompenser les services qu'on m'aura rendus ou punir ceux qui m'auront fait tort dans cette affaire.
Nous sommes ici, à Paris, très bien, dans une ville où il y a tellement de monde, que les blancs sont serrés comme des plants de maïs dans les champs. Et tout le monde va bien. Et le grand commandant (M. de Brazza) est avec nous. Et nous sommes bien contents d'être venus. Et il faut dire à tout le monde que, lorsque nous rentrerons, nous aurons tant de choses à dire sur ce que nous avons vu, que nous pourrons parler pendant des mois entiers avant d'avoir fini.
Et, en dernier lieu, qu'on dise à ma femme Iressa qu'elle fasse savoir à la station de Lastoursville, dès qu'elle aura mis au monde le petit que j'attends, pour qu'on me l'écrive.

Le petit Moniteur illustré, dimanche 16 juin 1889.

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