mercredi 28 janvier 2015

Les ruines de l'abbaye de Villers.

Les ruines de l'abbaye de Villers.
                         (Belgique)


Au commencement du douzième siècle, un pauvre moine, nommé Laurent, parvint à détacher du monde douze hommes de classes différentes. Renonçant, les uns aux douceurs du foyer, les autres à l'éclat d'un haut rang, ils cherchèrent un lieu solitaire.
Or, ayant trouvé dans les environs de Nivelle une vallée ignorée au milieu d'une forêt sauvage, ils y bâtirent une chapelle et quelques cellules avec des débris de rochers et des branches d'arbre. 
Il y avait plus de vingt ans qu'ils vivaient là, presque aussi ignorés qu'au premier jour, lorsque saint Bernard vint en Belgique prêcher la croisade. Si peu connus qu'ils fussent, saint Bernard les découvrit et alla les visiter. Émerveillé de cette vie de paix, de prière et d'abstinence qui se maintenait ainsi depuis si longtemps, sans discipline réelle, par la seule force de la volonté, il demanda et il obtint du pape Eugène III une bulle qui érigea cette petite association en communauté régulière.
Dès lors, l'humble thébaïde de Villers se transforma en splendide abbaye. L'enthousiasme de saint Bernard pour les nouveaux religieux se propagea au loin, et les hauts barons de la province luttèrent de prodigalité: c'était à qui apporterait les plus riches offrandes au monastère naissant. Bientôt l'abbé de Villers fut un des plus puissants seigneurs de la contrée.


Les ruines de ce cloître splendides, isolées au centre d'une vallée, entourées de tous côtés de bois épais, ont un aspect imposant: les voûtes massives, les longues arcades, la brasserie contemporaine des premiers pères, sont mutilées, renversées, à demi couvertes par le lierre et les herbes grimpantes.
L'église, d'un style très-ancien, est moins dévastée; mais on peut prévoir qu'avant la fin du siècle ses débris seront épars sur la terre et enfouis dans la verdure.

Magasin pittoresque, février 1853.

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