lundi 12 janvier 2015

Les lépreux.

Les lépreux.


La lèpre, ce terrible fléau du moyen âge, après avoir diminué insensiblement au seizième siècle, n'a guère disparu, de manière à ne plus être qu'une très-rare exception que vers la fin du dix-septième siècle.
Le troisième concile de Lyon, en 533, avait ordonné que les lépreux de chaque cité seraient nourris et entretenus aux dépens de l'Eglise par les soins de l'évêque, afin qu'ils ne fussent pas réduits à errer de côtés et d'autres.
Par une ordonnance de 757, Peppin autorisa le divorce entre deux époux dont l'un serait lépreux.
En 789, Charlemagne ordonna de séparer les lépreux de la société.
A la suite des croisades, au retour des croisés, le mal prit des proportions effroyables et se répandit sur l'Europe entière.
Aux douzième, treizième et quatorzième siècles, l'épidémie de la lèpre sévit même parmi les classes riches. En 1244, Matthieu Pâris comptait 19.000 léproseries ou maladreries dans la chrétienté; en France seulement il y en avait 2.000, comme on le voit par testament de Louis VIII, qui légua cent sols, ou environ 84 livres tournois, à chacune d'elles.
Ces léproseries, où chaque malade avait ordinairement un petit jardin et était suffisamment bien nourri, ne suffisait point à contenir tous les lépreux. On était obligé d'élever, dans les banlieues des villes et des bourgs, des cabanes pour servir de retraite à ces malheureux, soit sédentaires, soit passagers, et qui étaient des objets non seulement d'horreur, mais de haine.
Des mesures rigoureuses étaient recommandées et observées pour que le lépreux ne fût jamais en contact, par aucune surprise, avec les autres hommes.
Voici ce qu'on apprend à se sujet par un Rituel de Sens que le cardinal de Pellevé fit imprimer en 1550:
Dès que le mal était reconnu, le lépreux était enfermé et tenu isolé, jusqu'à un certain jour où il était conduit à l'église.
On l'étendait dans une bière comme un cadavre, et on récitait sur lui l'office des morts.
Ensuite le prêtre, le mettant sur pied et enlevant le suaire qui le couvrait, lui donnait une robe, deux chemises, un baril, une écuelle, un entonnoir, une baguette, des cliquettes ou une crécelle (pour avertir qu'on eût à s'éloigner de lui) , et disait:
- "Je te défends entrer ès églises, marché, moulin et lieux ès quels y a affluence de peuple.
"Je te défends laver les mains et chose à ton usage ès fontaines, ruisseaux, et si tu veulx y boire faut prendre avec un vaisseau honneste.
"Je te défends toucher aucune chose que tu voudras achepter que avec une baguette nette pour la démontrance.
"Je te défends entrer ès tavernes et maisons, hors celle en laquelle est ton habitation.
"Je te défends toucher aucunement enfants et ne leur donner ce que tu auras touché.
"Je te défends manger et boyre en autre compagnie que lépreux; et sache que quand tu mourras tu seras enseveli en ta maison, si ce n'est de grâce qui te sera faite par le prélat ou ses vicaires."
Nos temps modernes ne sont pas exempts de calamités; mais le moyen âge a connu tous nos maux, guerres et révolutions de toute nature, et de plus il y en a eu qui, grâce à Dieu, nous sont épargnés.

Magasin pittoresque, 1877.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire