mercredi 14 janvier 2015

Le Temple.

Le Temple
      à Paris.



L'origine du Temple remonte au douzième siècle. On désignait alors sous ce nom un grand manoir bâti par les chevaliers de l'ordre du Temple, en dehors des murailles de Paris, au milieu de vastes cultures qui s'étendaient à proximité de la place de Grève, sur l'emplacement en partie occupé aujourd'hui par le marché aux habits et par de nombreuses échoppes de fripiers et de revendeurs.
Sous le règne de Louis VII, ces dépendances du manoir ne tardèrent pas à se couvrir de constructions. La grosse tour du Temple fut construite en 1212, par le frère Hubert, trésorier de l'ordre, et bientôt, l'enclos, défendu par de hautes murailles flanquées de tourelles, devint une forteresse imprenable. Avant de partir à la troisième croisade pour conquérir Saint-Jean d'Acre à la tête des chevaliers du Temple, Philippe-Auguste fit déposer dans la tour ses trésors, et cette coutume fut suivie par saint Louis et ses successeurs.


L'ordre du Temple fut fondé en Palestine en l'année 1118 pour la défense du saint-sépulcre; comme tous les ordres militaires et religieux, il dérivait de Citeaux; il tenait de saint Bernard sa règle, qui était l'exil et la guerre jusqu'à la mort. Les templiers ne devaient jamais refuser le combat; ils juraient de ne point donner de rançon, "de ne céder ni un pouce de terre, ni un pan de mur." Les templiers étaient jugés dans leurs causes; il leur était défendu de payer tribut à aucune puissance; ils étaient libres de n'acquitter aucun droit ni péage. Un grand nombre de serviteurs, de familiers et de gens condamnés, vivaient au Temple en toute sûreté; les marchands jouissaient de la franchise du lieu. Les maisons de l'ordre avaient droit d'asile, et la protection des templiers, qui s'étendait en Angleterre et en Irlande, et Espagne et Portugal, en Italie et Sicile, était toute-puissante. En 1306, dans l'émeute des monnaies, Philippe le Bel avait profité de la protection des Templiers. Ce souvenir ne l'empêcha pas de faire prononcer par le pape Clément V, en présence du quinzième concile général tenu à Vienne, le 21 mars 1313, la suppression de l'ordre des Templiers, dont le développement l'inquiétait et dont il convoitait les immenses richesses; celles-ci comprenaient déjà, au commencement du douzième siècle, plus de neuf mille domaine rapportant ensemble cent douze millions de livres.
Après l'arrêt de suppression, les Templiers qui se trouvaient en France furent arrêtés et massacrés pour la plupart. Avant la fin même du procès qui leur était intenté, le grand maître Jacques Molay et le visitateur de France furent brûlés vifs sur un bûcher, dans une petite île de la Seine, entre le pont Royal et l'église des frères ermites de Saint-Augustin. Le premier chef d'accusation, le reniement, reposait sur une équivoque, comme on l'a prouvé depuis. "Ainsi, dit Michelet, l'ordre qui avait représenté au plus haut degré le génie du moyen âge mourut d'un symbole mal compris." Les biens des templiers, qui devaient primitivement être employés à la délivrance du saint sépulcre, passèrent aux hospitaliers de l'ordre de Jérusalem, et ceux-ci en donnèrent quittance, en 1317, aux administrateurs royaux.
La maison du Temple devint alors la maison provinciale du grand prieuré de France; on y enferma successivement le trésor, l'arsenal et les archives de l'ordre. On n'entendit plus parler de cet édifice, si ce n'est pendant la guerre de cent ans et pendant les batailles de la Ligue, où l'on se disputa souvent la possession du Temple.
L'église, bâtie au douzième siècle, et remarquable pas ses vitraux ainsi que par les mausolées des chevaliers, était desservie par six religieux conventuels de l'ordre qui étaient à la nomination du grand prieur.
Cet édifice, que le grand prieur Jacques de Souvré fit restaurer en 1667, était construit sur le modèle de Saint-Jean de Jérusalem.
Une rotonde environnée de colonnes précédait l'entrée de la nef; des galeries de cloître en formaient les côtés. Sur le maître-hôtel, avec balustrade et grille de fer, était une Nativité peinte par Suvée. Dans le chœur on voyait le mausolée en marbre noir d'Amador de la Porte, grand prieur en 1640; dans la chapelle du nom de Jésus, un cénotaphe de Philippe de Villiers de l'Isle-Adam, grand maître de Saint-Jean de Jérusalem, mort à Malte en 1534, et les tombeaux de nombreux prieurs, commandeur et chevalier de Malte. Dans la nef se trouvait le tableau de Philippe de Champagne, les Pèlerins d'Emmaüs. Ces richesses ont été détruites pendant la révolution.
Jacques de Souvré fit encore élever, en 1667, en avant du vieux manoir, l'hôtel qui a été démoli en 1853, et dans lequel son successeur Philippe de Vendôme donnait les soupers célèbres où l'abbé de Chaulieu, surnommé l'Anacréon du Temple, égayait toute une société épicurienne par son esprit et ses chansons.
En 1765, le prince de Conti donna asile au Temple, qui était inviolable, à l'auteur du Contrat social et d'Emile, menacé d'une lettre de cachet.
Le duc d'Angoulême fut le dernier grand prieur. Son père, le comte d'Artois, renouvela, dit-on, dans l'hôtel du Temple les soupers du prince de Vendôme.
Louis XVI fut détenu dans la grande tour du Temple, du 14 août 1792 au 21 janvier 1793. Marie-Antoinette, Madame Elisabeth et Marie-Thérèse de France, depuis duchesse d'Angoulême, y furent aussi prisonnières. Louis XVII y succomba après une dure captivité. On enferma encore dans ce sombre édifice les vaincus du camp de Grenelle; puis les conspirateurs Brottier, Duverne de Presles, Montlosier; les proscrits du 18 fructidor avant leur déportation à Sinnamary; l'Anglais Sidney-Smith, le défenseur de Saint-Jean d'Acre, qui y resta deux ans; enfin, après la découverte de la conspiration contre le premier consul, Moreau, Georges Cadoudal, les frères Polignac, et Pichegru qui s'y étrangla.
La tour du temple a été abattue en 1811, par ordre de Napoléon 1er, qui trouvait "qu'il y avait trop de souvenirs dans cette prison-là." Quant à l'hôtel du grand prieur, il devint, en 1810, une caserne de gendarmerie. En 1811, il fut restauré pour servir de ministère des cultes. En 1814, les alliés y établirent leur quartier général, et l'année suivante, la cavalerie prussienne campa dans l'enclos et les jardins.
En 1816, Louis XVIII fit don de l'hôtel à Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé, abbesse de Remiremont, qui fit élever une chapelle expiatoire dont l'entrée était rue du Temple. Cette princesse établit sous sa direction un couvent de Bénédictines qui exista jusqu'en 1848. A cette époque, les religieuses abandonnèrent l'hôtel du Temple, qui fut rattaché au domaine national. Enfin, en 1854, le Temple fut démoli, le sol nivelé, et il resta plus sur l'ancien enclos que la rotonde du Temple et les boutiques des revendeurs, au milieu des rues Cafarelli, Dupetit-Thouars, de la Petite-Corderie, Perrée, Dupuis, etc. , qui forment le quartier du Temple, aujourd'hui l'un des plus populeux et des plus commerçants de la capitale.

Magasin pittoresque, 1877.

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