mardi 16 décembre 2014

L'hygiène dans la Bible et le Coran.1/2

L'hygiène dans la Bible et le Coran.1/2
Prescriptions concernant l'alimentation.


Moïse et Mahomet ne furent pas seulement des prophètes, des fondateurs de religions; ce furent aussi des législateurs; ils durent donner une constitution à leurs peuples. 
Pour les Hébreux, cette constitution se trouve à peu près en entier dans le Pentateuque: mélange de principes de droit civil et criminel et de préceptes d'hygiène. Pour les musulmans, cette constitution est éparpillée dans le Coran, assemblage de préceptes moraux, religieux, civils, politiques et hygiéniques, d'exhortations, de promesses et de menaces relatives à la vie future.
On peut lire que Moïse, comme hygiéniste, fut pleinement à la hauteur de sa tâche. Il défend aux Hébreux l'usage de certains aliments parce qu'il les considère avec juste raison comme dangereux ou du moins mal appropriés à la vie de son peuple. Il impose des périodes de jeûne dont nous allons pouvoir apprécier l'utilité.
Il formule d'abord cette loi générale: "Tout ce qui se meut et qui a vie, sera votre nourriture: je vous ai donné toutes ces choses comme l'herbe verte" (1). Mais immédiatement, il formule une première restriction: "Toutefois, vous ne mangerez point de chair avec son âme, qui est son sang" (2).
Pourquoi cette interdiction de manger du sang que Mahomet devait plus tard imposer aussi aux Musulmans? Est-ce parce qu'il jugeait ces aliments comme facilement corruptibles et dangereux? Il fait cette interdiction comme un ordre de Dieu, sans donner aucune explication. Mais il insiste et revient à plusieurs reprises sur cette prohibition: "Vous ne mangerez rien avec le sang" (3). Il menace même de retrancher de son peuple ceux qui violeraient cette loi. "Si quelqu'un de la famille d'Israël, ou des étrangers qui font leur séjour parmi eux, mange de quelque sang que ce soit, je mettrai ma face contre cette personne qui aura mangé du sang et je la retrancherai de mon peuple" (4). L'âme de la chair est dans le sang et c'est là la raison de cette prohibition: "Car, l'âme de la chair est dans le sang; aussi vous ai-je ordonné qu'il soit mis sur l'autel, pour faire propitiation pour vos âmes, car c'est le sang qui fera propitiation pour l'âme" (5).
De là résulte naturellement l'obligation de ne pas manger de viande de bêtes étouffées ou assommées, mais seulement des bêtes saignées. Moïse indique cette conséquence de sa prohibition, mais sans trop insister:"Si quelqu'un des enfants d'Israël ou des étrangers qui font leur séjour parmi eux, a pris à la chasse une bête ou un oiseau qu'on mange, il répandra son sang, et le couvrira de poussière" (6).
On peut voir, à Paris, aux abattoirs, comment les Juifs de nos jours respectent encore la loi mosaïque. Les bœufs destinées aux boucheries juives ne sont pas assommés avant d'être saignés. Après les avoir renversés à terre, un sacrificateur juif se présente et d'un large couteau coupe d'un seul coup la gorge du bœuf, en observant certaines prescriptions rituelles.


Pour abattre l'animal, le sacrificateur tend avec sa main gauche la peau du cou et incise rapidement les parties molles un peu au-dessous du larynx jusqu'à la colonne vertébrale. L'incision doit traverser la peau, la trachée, l’œsophage, les artères et les veines et les gros troncs nerveux qui accompagnent les vaisseaux. D'après J. Marcus (7), le sacrificateur doit observer six prescriptions, suivant lesquelles il lui est défendu: 1° de faire des "pauses", c'est à dire de retirer son couteau avant que la trachée et l’œsophage ne soient traversées, de s'arrêter pour recommencer son incision; 2° de "peser", c'st à dire de peser sur le couteau sans le tirer de côté et d'autre; 3° de "couvrir", c'est à dire d'interposer quelque objet (corde, etc.) entre le couteau et la peau; 4° de "transgresser", c'est à dire de faire l'incision en dehors des limites prescrites par la loi; 5° de "déchirer", c'est à dire de tuer l'animal avec un couteau ébréché, ou d'arracher la trachée ou l’œsophage au lieu de les couper; 6° de pénétrer dans la colonne vertébrale et de léser la moelle épinière.


Moïse ne se borne pas à établir la prohibition du sang, mais il précise quels animaux les Hébreux peuvent manger sans se souiller.
" Et l’Éternel parla à Moïse et à Aaron, leur disant: Parlez aux enfants d'Israël et dites-leur: Ce sont ici les animaux que vous mangerez d'entre les bêtes qui sont sur la terre: Vous mangerez d'entre les bêtes à quatre pieds de toutes celles qui ont l'ongle divisé, et qui ont le pied fourché, et qui ruminent. Mais vous ne mangerez point de celles qui ruminent seulement, ou qui ont l'ongle divisé seulement, comme le chameau, car il rumine bien, mais il n'a point l'ongle divisé; il vous est souillé; et le lapin, car il rumine bien, mais il n'a point l'ongle divisé et le pied fourché, il vous est souillé; et le lièvre, car il rumine bien, mais il n'a point l'ongle divisé, il vous est souillé; et le pourceau car il a bien l'ongle divisé et le pied fourché, mais il ne rumine pas, il vous est souillé; vous ne mangerez point de leur chair; même vous ne toucherez point de leur chair morte, ils vous sont souillés (8).
Tels sont les animaux dont un Israëlite ne peut manger sans se souiller: le chameau, le lapin, le lèvre, le porc. Moïse indique quelque unes des espèces qui sont permises:
"Tu ne mangeras point d'aucune chose abominable. Ce sont ici les bêtes que vous mangerez, savoir: le bœuf, ce qui naît des brebis et des chèvres, le cerf, le daim, le buffle, le chamois, le chevreuil, le bœuf sauvage et la girafe" (9).
Mêmes spécifications et même prescriptions pour les poissons:" Vous mangerez de ceci d'entre tout ce qui est dans les eaux; vous mangerez de tout ce qui a des nageoires et des écailles, dans les eaux, soit dans la mer, soit dans les fleuves; mais vous ne mangerez pas de ce qui n'a point de nageoires ni d'écailles, soit dans la mer , soit dans les fleuves, tant de tout reptile des eaux que de toute chose vivante qui est dans les eaux; cela vous sera en abomination".
Certains oiseaux sont également prohibés comme aliments: "Et d'entre les oiseaux vous tiendrez ceux-ci comme abominables, en n'en mangeant point; ils sont en abomination, savoir: l'aigle, l'orfraie, le faucon, le vautour et le milan, selon leur espèce; tout corbeau, selon son espèce; le chat-huant, la hulotte, le coucou et l'épervier selon leur espèce; la chouette, le plongeon, le hibou, le cygne, le cormoran, le pélican, la cigogne et le héron selon leur espèce, la huppe et la chauve-souris" (10)
Il défend également l'usage des reptiles: "Tout reptile qui rampe sur la terre vous sera en abomination, et on n'en mangera point".
"Vous ne mangerez point, entre tous les reptiles qui se trouvent sur la terre, de tout ce qui marche sur la poitrine, ni de tout ce qui marche sur quatre pieds, ni de tout ce qui a plusieurs pieds; car ils sont en abomination".
"Ne rendez point vos personnes abominables par aucun reptile qui se traîne, et ne vous souillez point avec eux; car vous serez souillés par eux". (11)
En somme, à part quelques prohibitions qui ont un caractère purement religieux ou symbolique ou qui ont leur point de départ dans un préjugé de l'époque, les prescriptions de Moïse sont des plus sages et admirablement adaptées aux besoins et à l'hygiène de son peuple qu'il veut préserver de l'usage de viandes malsaines.

(A suivre)

(1) Génèse, IX, 3.
(2) Génèse, IX, 4.
(3) Lévitique, XIX, 26.
(4) Lévitique, XVII, 10.
(5) Lévitique, XVII, 11.
(6) Lévitique, XVII, 13.
(7) Etude médico-légale sur le meurtre rituel, Thèse de Paris, 1900.
(8) Lévitique, XI, 3 à 8. Deutéronome, XIV, 6, 7 et 8.
(9) Deutéronome, XIV, 3, 4 et 5.
(10) Lévitique, XI, 13 à 19. Deutéronome, XIV, 9 et 10.
(11) Lévitique, XI,13 à 19. Deutéronome, XIV, 12 à 18.

Les annales de la santé, janvier 1909.

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