samedi 24 août 2013

Le carnet de Mme Elise.

Les conditions de paix de Madame.

Nos lecteurs se souviennent sans doute de la communication qui nous avait été adressée la semaine dernière par un mari mécontent, et quelles conditions de paix il posait à sa femme pour éviter le divorce; voici la lettre que sa femme nous écrit aujourd'hui à ce sujet:

Madame,

J'ai appris avec indignation la démarche inqualifiable que mon mari à faite auprès de vous. (ceci entre parenthèses vous prouve que les hommes ne savent pas toujours garder un secret.)
S'il introduit une instance en divorce, le jugement sera prononcé contre lui, cela n'est pas douteux, car il a tous les torts. Dès qu'il pressentira ce résultat humiliant, mon mari hésitera à poursuivre ses démarches, je le sais, il préférera faire amende honorable.
A ce moment, je profiterai de son émotion pour le faire signer, devant notaire, l'engagement que voici: 

Je ne traiterai pas ma femme comme une domestique qu'on surcharge parce qu'on a pas la ressource de donner ses huit jours.

Je ferai moins de cas de la fatigue de mon labeur et je m'inquiéterai un peu plus de la fatigue qui résulte pour elle de l'entretien du ménage et de la direction de l'intérieur.

Je ne persisterai pas à croire qu'on peut nourrir une famille avec 5 francs par jour, alors que la moindre de mes soirées au dehors m'en coûte autant.

Je ne lui donnerai plus comme modèle de propreté et de bonne tenue la maison d'une de nos relations, dans le seul but de la vexer ou de l'humilier.

Je n'admirerai plus systématiquement toutes les femmes qui passent dans la rue et je louerai parfois la grâce élégante de mon épouse.

Je la traiterai avec galanterie.

Je ne fumerai pas dans toutes les pièces de l'appartement.

Je ne réserverai pas toute ma gaieté pour les étrangers et ma mauvaise humeur pour les intimes.

J'interromprai la lecture de mon journal pour répondre aux questions de ma femme par autre chose qu'un hum ! indifférent.

Quand je la conduirai au théâtre ou à la promenade, je ne prendrai pas la figure résignée d'un martyr, de façon à lui gâter tout son plaisir dès le début.

Quand elle aura du chagrin, je ne l'accuserai pas de pleurnicher par sensiblerie.

Je me préoccuperai de sa santé; je serai prévenant et doux.

Je ne la contrarierai pas devant les enfants.

Je ne la cantonnerai plus dans son rôle de ménagère et j'accepterai qu'elle prenne part aux conversations d'ordre élevé.

Je ne m'entêterai pas à décider seul les graves questions qui intéressent toute la famille, je dirai mes décisions quand il sera encore temps de les combattre.

                                                                Pour copie conforme,
                                                                                                                 Mme Elise.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 4 janvier 1903.

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