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jeudi 12 avril 2018

Au temps des crieurs de rue.

Au temps des crieurs de rue.


Au quatorzième siècle, l'office des crieurs était si singulier qu'il mérite d'être exposé avec quelque détail.
Dans un temps où ni les journaux ni les affiches n'étaient connus, les commerçants n'avaient que la voie de proclamation pour déférer à la connaissance du public les marchandises qu'ils mettaient en vente. De là des crieurs de profession qui allaient de rue en rue annoncer telle chose à vendre, en tel lieu, à tel prix. Les hommes-sandwichs n'ont donc pas été inventés qui ornent de façon si incongrue les trottoirs de notre cité. Dans l'origine le métier de ces hommes s'exerçant s'exerçant sur la voie publique avait été considéré comme propriété du roi, qui plus tard le céda moyennant finance à la Compagnie marchande.
Quiconque avait à faire faire une annonce payait un droit à la Compagnie propriétaire du criage et en outre salariait le crieur. La Compagnie voulant rendre son revenu aussi fructueux que possible usa de tous les moyens pour contraindre les marchands à se servir de ses crieurs. Pour cela, elle limita à trois jours le temps que les marchandises amenées au port pourraient rester en bateau, de manière que les marchands pressés de vendre eussent recours au moyen de publicité le plus prompt.
Elle ordonna à ses crieurs d'entrer dans toutes les tavernes pour lesquelles ils n'auraient pas été chargés d'annonce, de s'y enquérir du prix du vin auprès des consommateurs et de crier incontinent un prix inférieur.
Il fallait que le commerçant en passât par les conditions de l'annonce faite malgré lui.
On imagina bientôt d'aller au devant des consommateurs en livrant au crieur un broc et un gobelet*. Celui-ci, joignant le spécimen à la réclame, établissait par un débit fructueux la réputation de la marchandise offerte au public. A ces bachiques attributions, les crieurs en joignaient d'autres d'un ordre bien différent. A la tombée de la nuit, ils s'affublaient d'une dalmatique blanche semée de lames noires et s'en allaient, une clochette à la main, crier les morts de la journée, leurs noms et prénoms, leur paroisse et l'heure de l'enterrement*! L'accès qu'ils obtenaient par là dans l'intérieur des familles leur attira des demandes de services pour ces apprêts si pénibles dans le premier moment de la douleur; peu à peu, ils devinrent entrepreneurs de pompes funèbres. On peut donc dire que leur premier métier était de rire et de pleurer!

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 29 décembre 1907.

* Nota de Célestin Mira:



Crieur de vins.



Crieur des trépassés.