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jeudi 29 mars 2018

Le militaire et sa bonne.

Le militaire et sa bonne.

Gageons que M. Chéron*, pourtant si attentif à satisfaire les moindres souhaits de nos braves pioupious, n'avait pas encore prévu celle-là: la bonne du soldat!
Elle existait pourtant, jusqu'à ces dernières années, mais c'était au Pérou qu'il aurait fallu l'emprunter et le Pérou est un peu loin...
Il y a trois ans encore, le gouvernement péruvien distribuait à chacun de ses soldats une solde de cinquante francs par mois. Les hommes devaient se nourrir avec cette somme. Et, comme ils n'étaient pas cuisiniers, ils prenaient une sorte de vivandière*, la Rabona, quelque chose comme une bonne à tout faire.
La Rabona était maternelle, prévoyante et habile à tourner les sauces. Elle excellait dans l'art de réparer le linge et les uniformes. Et, en campagne, elle suivait son maître comme un chien fidèle, pliant sous le poids des bagages et du fusil qu'elle portait aussi.
Quelques soldats se cotisaient et, à trois ou quatre, ils avaient une seule Rabona. Mais c'était là l'exception. On peut en conséquence se rendre compte qu'avec une pareille institution, l'effectif des troupes était aisément doublé. Sans compter que les militaires péruviens épousaient souvent leur Rabona. Les enfants augmentaient alors cette armée bizarre dont l'arrière-garde était grossie par les vigognes, les cochons, les chiens, les poules et les lapins de ces petites familles militaires.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 1er décembre 1907.


Nota de Célestin Mira:

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M. Chéron faisant un discours au Havre
devant la Fédération des gauches le 15 février 1914. (Source: BNF)

Henry Chéron, très populaire à son époque occupa plusieurs ministères. En temps que sous-secrétaire d'Etat à la guerre, il améliora le sort des soldats ce qui lui valut le surnom de "la petite fée barbue des soldats"

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Vivandière française, 1860.